« Black Hammer » – tome 1, Jeff LEMIRE et Dean ORMSTON

Dix ans. Dix ans qu’ils se sont retrouvés là, ils ne savent pas comment, dans cette ferme où ils vivent en se faisant passer pour une famille : Abraham Slam joue le rôle du grand-père ; Gail celui de la petite-fille de 9 ans ; Mrs Dragonfly se présente à l’occasion comme sa mère, le colonel Weird endosse le rôle de père et Batralien celui d’oncle. Le robot Walky, lui, aussi loquace qu’un humain, est prié en cas de visite de disparaître. Car sous le masque de la famille se dissimule en réalité un groupe d’ex super-héros : après avoir sauvé la ville de Spiral City de l’anti-dieu et grâce au sacrifice de l’un d’eux, Joseph Weber alias Black Hammer, ils ont été propulsés là, pas loin d’un village, dans une zone dont ils ne parviennent pas à sortir, tout comme ils ne parviennent pas à sortir, Abraham excepté, des regrets qui les hantent et de leurs difficultés à se lier à autrui.
De son côté, la fille de Black Hammer est persuadée qu’ils n’ont pas péri dans l’ultime bataille et les cherche …

Dans Black Hammer, les super héros n’ont pas perdu leur pouvoir mais leur vie et le sens qu’elle avait. Dix ans après, excepté pour Abe Slam, qui se plaît en fermier et se lie avec une femme du village voisin, ils ne s’en sont toujours pas remis. Il faut dire que Gail, à 53 ans, se retrouve coincée dans le corps d’une fillette de 9 ans. Barbalien est un martien capable d’adopter des formes diverses mais se morfond en espérant trouver l’âme sœur. Le colonel Weird, ombre de lui-même, navigue étrangement (il a le patronyme ad hoc), entre les différentes strates du temps. Quant à Mrs Dragonfly, c’est certes une sorcière inquiétante, dont on ne perçoit pas encore bien les liens avec les super héros, mais ce premier tome nous offre déjà un aperçu des deuils qu’elle a portés.

Jeff Lemire est aux manettes du scénario de Black Hammer. De lui, j’avais déjà lu Trillium. Comme il n’était pas disponible pour réaliser le dessin, ce qui était son intention initiale, celui-ci a été confié à Dean Ormston, dont j’ai apprécié le travail (j’ai juste tiqué sur les petites hachures sur certains visages, des rides je suppose, qui m’ont paru curieuses).
Qu’importe si ma connaissance de l’univers des super héros est beaucoup trop modeste pour que je sois en mesure de repérer les nombreuses références dont l’album, d’après ce que j’ai pu lire ici ou là, est truffé. Tel quel il m’a plu, tant pour l’atmosphère graphique, très réussie, que pour l’atmosphère tout court (SF mais pas que, car il y a des touches de fantastique et d’horrifique), avec son mystère et sa manière d’osciller entre présent et passé pour nous laisser, peu à peu, appréhender les différents protagonistes et leur environnement.

Bloqués dans leur parenthèse désenchantée, les personnages de Black Hammer ne laissent pas indifférent. Je les ai quittés curieuse de découvrir à la fois ce qui leur était arrivé pour qu’ils atterrissent ainsi dans cette ferme et ce qu’ils allaient maintenant devenir. Espérons que le tome suivant de ce diptyque (enfin, il me semble que c’en est un), annoncé pour le mois d’avril, répondra à mes questions.

A noter :
L’album est suivi d’une postface de Jeff Lemire, qui revient sur la genèse de Black Hammer (une histoire qu’il a très longtemps portée en lui) et de divers suppléments comme les fiches initiales des personnages, des crayonnés et des couvertures alternatives, bref, un sympathique petit dossier.

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« Black Hammer – tome 1 : Origines secrètes », Jeff LEMIRE et Dean ORMSTON
Urban Comics – collection Urban Indies (150 p + dossier)
Paru en octobre 2017

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22 commentaires sur “« Black Hammer » – tome 1, Jeff LEMIRE et Dean ORMSTON

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  1. Les BD et moi c’est une histoire récente alors je ne vais que vers des valeurs consacrées, pas sûre que ce soit le cas.

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    1. Ah ! Ah ! Je t’ai repéré, Jérôme, avec ta réticence à t’engager dans les séries ^^ ! Mais c’est pas comme ça que ça marche, les séries : on les lit au fur et à mesure, figure-toi 🙂 !

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  2. Cette nouvelle série jouit d’une excellente cote, ca doit donc surement être excellent… mais dieu que les ricains me saoulent avec ces dessinateurs très médiocres… Combien de séries que je ne commence pas à cause des dessins… Faudra surement que je me force un peu, mais là je bloque un peu, dommage.

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    1. Je ne trouve pas que le dessin soit très médiocre, loin de là, mais les goûts et les couleurs :). Et il y a un paquet de BD francophones dont le graphisme ne m’emballe pas spécialement. A côté de cela, nous avons aussi des dessinateurs talentueux, mais il faut dire que, compte tenu de notre production pléthorique, on a davantage de chances d’en trouver.

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  3. Jamais lu du Lemire… Pourquoi pas ? C’est tout l’intérêt de la « BD de la semaine » de nous sortir de notre zone habituelle de lecture, n’est-ce pas ? 😉

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