Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Shane – L’Homme des vallées perdues », Jack SCHAEFER

Shane« Il arriva dans notre vallée au cours de l’été de 1889. J’étais alors tout gamin et ma tête affleurait à peine le haut des ridelles de la vieille charrette de mon père. Juché sur la barrière de notre modeste corral, je me prélassais au soleil de cette fin d’après-midi quand je l’aperçus qui chevauchait dans le lointain, là où, quittant la plaine, la piste faisait un coude pour remonter notre vallée. »
Lui, c’est Shane, cavalier mystérieux toujours sur le qui-vive mais qui va néanmoins passer quelque temps dans la petite ferme des parents du narrateur, Bob, parce qu’entre lui et son père, Joe, le courant est immédiatement passé et Marian, l’épouse, n’y a rien trouvé à redire.
S’égrèneront alors les jours à la ferme, avec le rude labeur de Joe et Shane (qui commencera dans un viril affrontement autour d’une souche d’arbre), la présence efficace et séduisante de Marian, les chaleureux moments en famille, mais le tout sous l’ombre menaçante du grand propriétaire voisin, Fletcher …

Parce que mon enfance et mon adolescence ont été nourries de westerns et que je continue à les aimer (même s’ils sont devenus rares, mais dans les plus récents « Danse avec les loups » et « Open Range » (tiens, tous les deux avec Kevin Costner …) sont très réussis), j’étais toute contente de découvrir l’existence de ce roman (pas tout jeune) grâce au billet de Claudialucia. Et comme il était à la bibliothèque (et que ce n’est pas un pavé), hop, j’ai galopé vers le Wyoming et je ne l’ai pas regretté. On y retrouve la classique opposition entre le grand propriétaire de bétail (ici, le fameux Fletcher) et les fermiers qui l’empêchent de laisser ses bêtes aller où bon leur semble. Le récit se déroule tranquillement et agréablement et on se plaît à partager le quotidien de la petite famille de Bob, dotée maintenant d’un membre supplémentaire. On apprécie d’autant plus l’atmosphère qu’on se doute qu’il s’agit du calme avant la tempête : il y a une tension sous-jacente, créée par le dangereux voisinage de Fletcher, qui finira par exploser dans la dernière partie. Les relations entre les principaux protagonistes sont finement présentées et sont parfois piquantes, pas d’analyse psychologique mais un œil d’enfant qui voit et pressent, avec nous, ce qui se joue derrière les actes et les gestes.

Un bon moment de lecture, dépaysant et attachant (qui a été adapté au cinéma, peut-être ai-je déjà vu le film mais je ne m’en souviens plus … et pour le moment j’ai plutôt envie de rester avec les images que je me suis faites en lisant).

J'ai bien aimé !« Shane – L’Homme des vallées perdues », Jack SCHAEFER
Titre original Shane (1949)
Traduit de l’anglais par Éric Chédaille
Editions Phébus (188 p)


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« True Grit », du film au livre…

« Les gens ne croient pas qu’une fille de quatorze ans puisse quitter sa maison pour aller venger la mort de son père en plein hiver. Cela ne semblait pas étrange, alors, mais j’admets que cela n’arrivait pas tous les jours. Je venais juste de fêter mon anniversaire lorsqu’un lâche du nom de Tom Chaney abattit mon père à Fort Smith, en Arkansas. En plus de sa vie, il lui vola son cheval, cent cinquante dollars en liquide, et deux pièces d’or frappées en Californie qu’il gardait dans la doublure de sa ceinture en toile. »
Environ quarante ans plus tard, Mattie Ross raconte comment elle embaucha deux marshals pour partir à la recherche de Tom Chaney : Rooster Cogburn, la cinquantaine, borgne, et dont le goût pour la bouteille n’a d’égal que sa facilité à jouer de la gâchette ;  et LaBoeuf, un sémillant ranger texan déjà à la poursuite de l’individu, recherché pour meurtre dans un autre état.
En compagnie de ces deux lascars auxquels elle réussit à s’imposer, Mattie part pour une chevauchée aventureuse, ponctuée de dangereuses rencontres avec des hors-la-loi…

Après avoir vu le film qu’en ont tiré les frères Coen, j’étais très curieuse de lire ce roman et c’est grâce à Keisha (merci !) que cette curiosité a pu être satisfaite.
J’ai constaté que les cinéastes avaient été particulièrement (je dirais à 80/90 %) fidèles au roman, ce qui est remarquable… sauf que, du coup, je me suis presque ennuyée en le lisant. Là où j’espérais un peu d’introspection, ce que la plupart du temps le cinéma peine à restituer, j’ai retrouvé la narration distanciée du film telle que l’effectue sa principale protagoniste, avec le recul des années : même tête près du bonnet (Mattie est comptable et légaliste : un sou est un sou et elle est une négociatrice de premier ordre ; elle n’hésite jamais à évoquer la possibilité de faire appel à l’avocat de sa famille, à croire que les Américains ont toujours eu ce travers !) ; même intransigeance relevant d’une rigoureuse éducation presbytérienne, même certitude d’avoir toujours raison mais aussi, bien sûr, mêmes vivacité, sens de l’observation et de la répartie (non dénué d’humour), mêmes pugnacité et volonté farouche de mener son dessein à bien, qui rendent attachante notre jeune héroïne, une sacrée petite personne (incarnée à merveille par l’actrice choisie pour le film). Mais on n’entre pas dans sa tête, dans ses pensées, on reste autant à l’extérieur qu’en regardant le film. Vous me direz que les gens font ce qu’ils sont et, en l’occurrence, vous aurez raison : Mattie existe par l’exécution de ce grand projet, dont l’issue sera déterminante pour le reste de sa vie.

Ma recommandation : à lire si le thème et une plongée dans l’Amérique de la fin du XIXème siècle vous tentent et si vous n’avez pas déjà vu le film !

N.B. : j’avais déjà noté une fidélité similaire de l’adaptation cinématographique à l’œuvre littéraire originale en lisant a posteriori « Brokeback Mountain », d’Annie Proulx et, dans ce cas, j’avais été jusqu’à préférer le film : en comparaison la nouvelle m’avait paru beaucoup plus sèche, un récit relativement lapidaire des événements qui ne véhiculait pas autant d’émotion.

« True Grit », Charles PORTIS
Editions du Serpent à plumes (229 p)
Paru en janvier 2011