« Mon mari », Maud VENTURA

« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire : je suis toujours amoureuse de mon mari.
J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais quinze ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche.
Je vis dans la peur de le perdre. Je crains à chaque instant que les circonstances tournent mal. Je me protège de menaces qui n’existent pas. »

Chronique d’un amour littéralement fou, « Mon mari » égrène, à la première personne, le quotidien d’une épouse obsédée par son cher et tendre (mais cette tendresse, il ne la lui manifeste jamais assez à son gré, elle guette sans arrêt tout signe de manquement de sa part) et qui voudrait être tout pour lui comme il est tout pour elle. Manquant singulièrement de confiance en elle, alors qu’elle est très belle, elle ne supporte rien qui pourrait la remettre en question. Aussi, lorsque, à l’occasion d’un jeu dînatoire avec des amis, le fruit que son mari lui associe s’avère être la clémentine, elle prend très mal de se voir rattachée à un fruit aussi ordinaire …

« Mon mari » est un petit roman dont j’ai pour la première fois entendu parler au Masque et la plume, où il faisait partie des recommandations de fin d’une émission. J’ai constaté plus tard qu’il était porté par un joli succès critique. De mon côté, j’ai eu la chance de pouvoir le lire en bibliothèque : ça m’a évité de l’acheter, ce que j’aurais regretté.
J’ai dans un premier temps savouré ce texte au propos original, où les émotions de la narratrice, d’ailleurs très lucide sur son cas, sont tellement exacerbées qu’elles n’ont aucun mal pour le lecteur à en paraître comiques, en témoigne l’épisode de la clémentine cité plus haut. J’ai retrouvé ici, au passage, la thématique de la transfuge de classe, que j’avais déjà vu abordée récemment dans « Un tesson d’éternité », de Valérie Tong Cuong : tout doit être parfait pour l’héroïne, soucieuse de se conformer au mieux aux codes de son nouveau milieu.
Le style est alerte et notre héroïne pleine de verve. Le lecteur, surpris et un tantinet amusé, découvre jusqu’à quelles troubles extrémités elle peut aller dans le cadre de son dévorant amour.
Passé ce stade, j’ai attendu une ou de nouvelles surprises, quelque chose pour chasser ce sentiment de voir le récit tourner en boucle sans rien apporter de nouveau.
Ce quelque chose n’a surgi que dans les toutes dernières pages : elles apportent un nouvel éclairage sur le roman et sont assez terribles pour le pimenter a posteriori d’une bonne dose d’humour noir. Malheureusement, c’était trop tard pour moi et elles n’ont pas réussi à m’ôter l’impression que le récit, tout décalé et réjouissant qu’il soit, avait fini par patiner et faire du sur place sans parvenir à retenir durablement mon attention. Dommage !

« Mon mari », Maud VENTURA
éditions L’Iconoclaste (356 petites pages)
paru en août 2021

22 commentaires sur “« Mon mari », Maud VENTURA

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  1. Très déçue par cette lecture, moi aussi . Alors qu’elle a enchantée les membre de mon club de lecture. Elles l’ont trouvée très drôle alors que je l’ai trouvée plutôt triste : comment peut-on dire qu’on aime quelqu’un et passer son temps à épier ses moindres gestes .

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  2. Je voudrais le réserver à la bibliothèque, mais j’attends ; les réservations en ce moment ça coince beaucoup (manque de personnel). J’en ai déjà 6-7 de bloquées et ma crainte et qu’elles arrivent en même temps.

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    1. 6-7 réservations bloquées ?! Mais c’est pas limité à 2, chez toi (ou alors c’est justement parce que le dispositif coince ?) ?
      Ceci dit, c’est toujours le problème avec les réservations : on ne sait pas trop quand elles vont arriver (parce que, même si on a la date de retour théorique du bouquin, ce qui n’est pas toujours le cas, loin de là, certains se permettent de la dépasser laaargement !), du coup ce n’est pas évident. Il m’est même arrivé de ne pas lire le livre réservé, parce qu’il arrivait à un moment où je n’étais pas/plus d’humeur pour lui.

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      1. On peut aller jusqu’à dix pour les réservations. D’habitude je n’en fais jamais plus de deux à la fois, mais là, ça traine depuis septembre, du coup j’en ai rajouté plusieurs fois. Moi aussi parfois je rends des livres parce que ce n’est plus le bon moment.

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  3. Je ne suis pas trop tentée, d’ailleurs (je vérifie parce que j’ai la mémoire courte) il n’est pas dans mes listes de livres à emprunter, je ne vais donc pas l’y ajouter. 😉

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  4. Bonjour Brize, me revoilou 🙂 Ce roman semble sympathique, j’aime assez les obsessionnelles, je me note ça dans un coin pour quand je pourrai à nouveau aller à la bibliothèque (juillet prochain je crois…)

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  5. Ben dites donc, ça a l’air compliqué les bibliothèques … Pour ce titre, dont je n’avais jamais entendu parler, me voilà curieuse, malgré ton avis mitigé. J’ai moi aussi un faible pour les obsessionnelles et le personnage me fait penser à un autre roman, que j’avais beaucoup aimé

    Mrs Bridge, Evan S. Connel


    sur les leurres de l’amour conjugal et la recherche de la perfection …

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    1. Les bibliothèques, c’est génial, ça évite de regretter d’avoir acheté un livre qui finalement ne nous convient pas ou pas assez. Le fond à disposition est conséquent et le choix important, mais si on est tentée par les nouveautés, il faut savoir être patiente parce que c’est là que les réservations entrent en jeu, vu qu’on n’est pas la seule à être intéressée et que les biblis ne vont pas acheter 10 exemplaires du même livre (qui ne tentera plus personne un an après). Et si ça ne nous convient pas … eh bien, on n’a qu’à acheter le bouquin en question 😉 !
      La narratrice de « Mon mari » est effectivement une obsessionnelle mais n’a pas grand-chose à voir avec Mrs Bridge, tu verras si tu fais sa connaissance :).

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  6. Moi j’ai bien aimé ! C’est un livre assez court, donc ça ne m’a pas lassée. Et j’ai adoré la fin, qui m’a bien fait rire… Il faut prendre ça comme une fable à l’humour assez noir !

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