Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Voir du pays », Delphine COULIN

voir du paysElles ont vingt-cinq ans, sont amies depuis le lycée puis se sont engagées dans l’armée, parce qu’elles ne savaient pas trop quoi faire et voulaient voir du pays. Et maintenant, après six mois passés en Afghanistan, elles reviennent en France, elles font partie des dernières troupes qu’on retire de ce théâtre d’opération.
Avec leurs camarades, Aurore et Martine doivent d’abord faire une escale de trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles. Leur séjour est conçu comme un sas de décompression est prévu pour faciliter le retour des militaires au pays et dans leurs vies.
Ce laps de temps sera-t-il suffisant pour permettre aux deux jeunes femmes de restaurer une amitié qui semble avoir été mise à mal ? Aurore sent que Martine s’est éloignée d’elle, sans comprendre exactement pourquoi. Elle sait juste que cela a un rapport avec l’embuscade dans laquelle leur groupe était tombé, une embuscade qui va se rejouer sous leurs yeux, à l’occasion de séances de débriefing collectif destinées à évacuer le stress post-traumatique.

Soleil, piscine et mer, alcool à profusion et sexe enfin possible, Chypre devrait être un paradis. Mais l’ombre des événements vécus, tragiques, s’étend pesamment sur les heures qui s’écoulent. Et alors que le besoin de faire la fête, sans tenir compte des mises en garde reçues, s’avère irrésistible, une sourde menace semble planer au-dessus de ces réjouissances …

Je pars du principe que l’auteur a effectué un travail d’investigation préalable suffisant (même si la seule information que j’aie pu glaner à ce sujet figure dans « Elle », où il est précisé : « Pour ce roman, Delphine Coulin a rencontré des soldats et recueilli leurs témoignages. Elle n’a pas voulu embellir leurs souvenirs. ») pour que son roman, sans être un documentaire, puisse cependant être considéré comme une histoire plausible, à partir d’éléments vraisemblables. Une fiction réaliste, donc. C’est important, à mon sens, car c’est tout ce qui fait la force de ce roman : l’auteur ne s’amuse pas à inventer n’importe quoi, elle (re)crée à partir du réel et de fait tout sonne terriblement juste et vrai dans son récit. La vallée de la Kapisa, en Afghanistan, comme si on y était. L’embuscade, comme si on y était. Et les trois jours à Chypre, idem.
Il y a aussi l’avant, quand Aurore et Martine, la plus forte des deux, vivaient à Lorient, ce qu’elles étaient et ce qui les a façonnées.

Delphine Coulin suit les deux jeunes femmes alors qu’elles arrivent à Chypre et construit son récit en y intégrant des retours en arrière successifs, sans que jamais le procédé apparaisse comme tel, tout est fluide, le passé s’inscrit dans le présent et parfois n’a pas fini d’être lu : ce qui a été vécu n’est pas toujours compris dans le moment.
L’auteur (qui est aussi réalisatrice de films) promène sa caméra de Lorient à l’emblématique Chypre, en passant par l’Afghanistan, saisit les scènes du quotidien aussi bien que celles qui marquent à jamais et à chaque fois le lecteur se trouve projeté au cœur de ce qui se joue, impossible pour lui de rester extérieur. Elle le plonge dans un conflit armé qu’elle interroge au travers de ce qu’elle montre et donne à voir la manière dont les femmes peuvent évoluer dans ce milieu essentiellement masculin.

« Voir du pays » est un roman passionnant, prenant et oppressant, une histoire, sur fond de guerre, d’amitié féminine et de douleurs que le temps n’effacera jamais, le portrait de deux vies à peine entamées mais déjà tellement abîmées. Lu quasiment d’une traite et pas près d’être oublié.

J'ai beaucoup aimé !« Voir du pays », Delphine COULIN
Editions Grasset (267 p)
Paru en août 2013

Repéré à La grande librairie (le 3/10/2013, pour une fois que je regardais l’émission, pour Richard Ford).

L’avis de Clara (très positif lui aussi) et d’autres sur Babelio.


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« Au revoir là-haut », Pierre LEMAITRE

au-revoir-la-hautA quelques jours de l’armistice de la guerre 14-18, sur le front, la cote 113 est le théâtre d’événements dramatiques et révoltants qui nous sont narrés dans le détail et dont l’écho se propagera jusqu’à la fin du récit.
Celui-ci se poursuit dans la période de l’après-guerre. Deux jeunes soldats démobilisés, mais profondément marqués (c’est un euphémisme) par ce qu’ils ont vécu, peinent à retrouver une place au sein de la société. La France connaît en effet d’importantes difficultés économiques, ce qui n’empêche pas certains combinards de profiter du contexte et des besoins spécifiques qu’il génère.
Telle est la toile de fond, historiquement intéressante, d’« Au revoir là-haut ». L’histoire elle-même, je préfère vous laisser la découvrir. Quant aux personnages y occupant le devant de la scène, ils sont dessinés d’un trait appuyé mais, même s’ils restent romanesques, ils ont de la présence et on y croit. A eux tous, ils représentent les diverses facettes de la société de l’époque, classes sociales et familles du bas au sommet de l’échelle. On plonge dans leurs vies et leurs actes, pour certains plus ou moins désespérés, ne nous laissent jamais indifférents.

Ce qui m’a frappée, dans les premières lignes de ce roman, c’est le style utilisé, familier et primesautier, car l’auteur s’amuse à se couler dans le langage de l’époque, adaptant le registre de langue utilisé en fonction des divers protagonistes (et le premier personnage qui apparaît vient d’un milieu simple). Au passage, et là c’est sa patte, il glisse quelques métaphores joliment trouvées, très expressives. Par moments aussi, le narrateur omniscient se plaît à apostropher son lecteur et à tisser avec lui la connivence de ceux qui observent et commentent.
Bref, l’écriture de ce roman est à son image, populaire au meilleur sens du terme. Avec « Au revoir là-haut », on plonge dans une tragicomédie dont, jusqu’au bout, on appréhende l’issue. Aucun doute : Pierre Lemaître (dont j’avais beaucoup apprécié « Cadres noirs ») est un très bon raconteur d’histoires, à la manière des feuilletonistes sur les traces desquels il marche avec bonheur.

J'ai beaucoup aimé !« Au revoir là-haut », Pierre LEMAITRELogo 14 18 red
Editions Albin Michel (564 p)
Paru en août 2013
Prix Goncourt


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« Petites scènes capitales », Sylvie GERMAIN

petites scènes capitalesEnfant, « Le jour où son père lui annonce la mort de cette inconnue [sa mère] qui lui est d’une intimité lancinante et dont elle attend le retour avec une patience inébranlable, elle ne dit rien, ne demande rien, elle court faire de la balançoire à en perdre le souffle ».
C’est la deuxième de ces « Petites scènes capitales », des moments fixés à jamais, dans leur brièveté et leur intensité, dans le tissu de son existence.

J’ignorais, en commençant ce livre, qu’il porterait sur toute la vie de son héroïne et j’ai d’abord cru, peut-être parce que sa capture d’instantanés me rappelait « Enfance« , de Nathalie Sarraute (et je me disais qu’il ne parviendrait pas à le détrôner), qu’il ne dépasserait pas cette période. Mais je me trompais et le roman court bien au-delà de ces premières années. Lorsque j’ai compris qu’on allait me raconter une vie, j’ai alors redouté sa banalité (que voulez-vous, quand on a découvert les familles des romans avec John Irving, les autres risquent de ne pas être à la hauteur !). Là aussi, je me trompais. Parce que cette vie est jalonnée, précisément, d’incidents ou d’événements hors du commun.

C’est donc l’histoire d’une lecture que j’ai commencée par simple curiosité (j’allais enfin lire un roman de Sylvie Germain) et, plus j’avançais, plus j’étais captivée tant j’aimais ce que je lisais, le contenu comme le contenant : l’écriture-sculpture de moments de vie répond aux exigences de la romancière, passeur d’un récit au travers duquel chacun, en fonction de son âge, me semble-t-il, distinguera en échos des traces de son propre parcours.

Une lecture-surprise et un texte (dont je vous avais donné un extrait ici) que je relirai, je le sais déjà.

J'ai beaucoup aimé !« Petites scènes capitales », Sylvie GERMAINPriceminister 2013RD
Editions Albin Michel (247 p)
Paru en août 2013


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« Kinderzimmer », Valentine GOBY

Kinderzimmer« […] il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent. »
C’est dans ce but, raconter au plus près de l’instant, que Valentine Goby a écrit l’histoire de Suzanne Langlois, alias Mila dans la résistance, déportée politique arrivant en avril 1944 au camp de Ravensbrück. Jeune femme dont la grossesse débutante passe inaperçue, elle découvrira plus tard l’existence, sur place, d’une Kinderzimmer (chambre des enfants) pour les nourrissons…

Dans « Kinderzimmer », des mots sont mis sur l’horreur au quotidien, dans les détails de l’intime des corps, ceux que les images d’un film ne peuvent montrer. Et les images, les sons et les odeurs se forment en nous et malgré nous, on voudrait les tenir à distance mais c’est impossible, on est submergés par tout cela qui n’aurait jamais dû exister et que pourtant des êtres humains ont vécu, tandis que d’autres, ces surveillantes monstrueuses, s’y complaisaient.  Ce n’est pas l’espoir, cramponné à la volonté de survivre, que je retiendrai de ce roman, tant il a été balayé par l’insoutenable de ce qui m’a été donné à ressentir.
J’ai lu ce livre rapidement car c’était une lecture éprouvante, mais à celles qui ont tant enduré on doit au moins cela.

Au cours d’une interview que j’ai écoutée ensuite, l’auteur explique que la Kinderzimmer de Ravensbrück a existé de septembre 1944 à la libération. Elle précise que ce camp n’est pas documenté, raison pour laquelle dire Ravensbrück est d’autant plus nécessaire. Cette nécessité apparaît déjà, dans le roman, à Mila :
« […] dire, dire maintenant, pour qu’un jour ce soit dit dehors par elle ou par une autre, qu’importe, que celles qui réchappent soient armées de ses yeux à elle, des yeux de toutes. Pourvu qu’on s’en souvienne. Précisément. Chaque soir avec Teresa, se répéter encore une fois les événements. Les noms. Les chiffres. Les dates. Ne pas abandonner, parler, donner à voir. »
Réussir à témoigner aura, sans aucun doute, représenté une nouvelle épreuve pour les survivantes. Valentine Goby, en offrant ainsi ses mots à des vies humiliées et pour la plupart anéanties, contribue à son tour à perpétuer leur mémoire.

Marquant !« Kinderzimmer », Valentine GOBY
Editions Actes Sud (224 p)
Paru en août 2013

Les avis de : Véronique, Clara, Jostein, Krol,  Stephie


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« La théorie du chaos », Leonard ROSEN

theorie_chaos_rosenIl s’appelle Henri Poincaré, comme son grand-père mathématicien, mais lui est commissaire à Interpol, basé à Lyon et actuellement chargé de la sécurité du sommet de l’OMC qui se tient à Amsterdam. Et ça démarre plutôt mal puisque James Fenster, brillant scientifique américain, est victime d’un attentat à la bombe dans sa chambre d’hôtel. Il devait faire une conférence sur le thème de « L’inévitabilité mathématique d’une économie mondialisée ».
Les investigations de Poincaré le conduiront notamment aux Etats-Unis, il sera amené à s’interroger sur le pouvoir d’explication qu’auraient les fractales, le tout dans un contexte chaotique où l’ordre des choses (des prophètes, pas toujours pacifiques, prédisent l’arrivée du grand Enlèvement) autant que ses proches (une précédente affaire le poursuit) sont directement menacés

Le récit commence directement après un bref prologue anticipant sur la suite (et fin ?) des événements qui m’a un peu dérangée en me donnant l’impression que l’auteur en dévoilait trop, mais, bon, après tout j’ignorais quand exactement la scène se situait par rapport au déroulement à venir du livre.
Cette réserve initiale ne m’a pas empêchée de plonger dans l’histoire, en appréciant l’art avec lequel dont sont posés les personnages : impossible de ne pas les « saisir » et comme, ces temps-ci, c’est régulièrement ce que je reproche aux livres que je lis, le manque de vérité-crédibilité des protagonistes, j’ai été sensible à ce point (et d’autant plus sensible, au fil du texte, au fait que l’auteur n’épargne pas son héros, j’avais sans doute un peu oublié qu’un polar, le plus souvent, c’est noir…).
L’enquête avance, sans qu’on devine ce que l’histoire nous réserve comme surprises (j’avais au moins pressenti un élément mais c’était minime au regard du reste). Le tout est bien ficelé (on pourrait pinailler sur un point un peu trop facile à mon goût, mais à ce compte-là il y en a dans tous les polars) et, surtout, original sur le fond, avec cette réflexion mathématique qui sous-tend l’intrigue (rassurez-vous, pas de quoi perdre le commun des mortels, on n’est pas dans un roman SF de hard science) et la description d’un environnement géopolitique troublé très bien rendu.

Un polar de qualité, lu sans traîner (avec un auteur américain qui s’est choisi un héros français : rien que pour ça il mérite un détour !) !

J'ai bien aimé !« La théorie du chaos », Leonard ROSEN (488 p)
Titre original All Cry Chaos (2011)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hubert Tézenas
Editions du Cherche Midi (collection Thrillers)
Paru en août 2013

Repéré chez Keisha . Lu aussi par Dominique .

N.B. : Quand nos lectures se font écho …
En ce moment je lis (entre autres) « Dans les forêts de Sibérie », de Sylvain Tesson et, page 88 de l’édition de poche, je tombe sur ce passage, qui me rappelle immédiatement les fractales évoquées dans « La théorie du chaos » :
« Je traverse des chaos de banquise. […] Parfois, le soleil illumine la pointe des glaçons : des étoiles s’allument en plein jour. Sur les sections obsidionales, les craquelures courent dans la masse de verre selon un schéma récurrent, le dessin d’une arborescence à angles brisés. Les lignes de cassure se scindent à la manière des arbres généalogiques ou des tiges de certaines plantes. Cela correspondrait-il à une structure mathématique, à une écriture déterminée par les lois de l’Univers ? »


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« La grâce des brigands », Véronique Ovaldé

grace des brigandsMaria-Cristina Väätonen, écrivain trentenaire de renom, reçoit un jour un appel de sa mère, avec laquelle elle n’a pas eu de contact depuis plus de dix ans.
Retour sur le parcours de cette jeune femme riche et solitaire, de son enfance pauvre dans des contrées aussi réfrigérantes que le contact maternel, à son arrivée à Los Angeles, où elle ne tarde pas à faire la connaissance d’un écrivain célèbre, Claramunt …

« La grâce des brigands » aurait pu s’appeler « Ce que je sais de Maria-Cristina », pour reprendre un des précédents titres de l’auteur, auquel elle-même fait une allusion en forme de clin d’œil dans les débuts du roman. En alternance, le récit à la troisième personne focalisé sur le personnage principal croise la voix du narrateur, un « je » qui s’insère pour commenter la narration en cours, cette biographie en marche d’une femme dont la vie n’en est encore qu’à ses débuts.
Malgré cette mise en scène/construction originale, je n’ai à nouveau pas été plus intéressée que cela par l’histoire que me racontait Véronique Ovaldé (j’en viens à me demander si je le serai un jour), au point que j’ai traîné à lire ce roman (sans vouloir m’avouer qu’il ne me passionnait pas, mais en me disant que je prenais mon temps pour savourer le style).
J’ai pourtant, une fois de plus, été conquise par son écriture, capable de saisir dans leur instantanéité des moments du présent et du passé, n’hésitant pas aussi à épouser le rythme des choses ou des pensées enchaînées en longues phrases qui n’en finissent pas, sur un paragraphe, une page ou plus, mais ça ne gêne pas, on suit, la vie ne se séquence pas à coups de points puis majuscule. Au passage, on glane de ces petites notations dont l’auteur a le secret, comme cet « elles entretiennent une amitié un peu oublieuse » que je ne risque pas d’oublier.

Ce n’est qu’à la toute fin du roman que s’expliquera le titre, « La grâce des brigands ». Mais pour ce qui est de la grâce de l’écriture, elle est omniprésente.

J'ai bien aimé !« La grâce des brigands », Véronique Ovaldé
Editions de l’Olivier (284 p)
Paru en août 2013

Un coup de cœur pour Cathulu et Clara.
Des avis plus réservés chez Val et Theoma.


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« Maître de la matière », Andreas ESCHBACH

maitre-de-la-matiere-eschbachHiroshi a dix ans, habite à Tokyo en face de l’ambassade de France où sa mère travaille comme blanchisseuse. Dans le jardin de l’ambassade, il repère une fillette de son âge, Charlotte Malroux, la fille de l’ambassadeur, dont il réussit à faire la connaissance. Les deux enfants se lient d’amitié. Charlotte est douée pour les langues et aussi pour « lire » les objets, dont le passé se révèle à elle lorsqu’elle les touche.
C’est à cette époque qu’Hiroshi déclare à Charlotte qu’il a trouvé comment faire pour qu’il n’y ait plus ni riches ni pauvres, mais sans vouloir lui en dire davantage.
Charlotte étudiera la paléoanthropologie, persuadée que cette science n’a pas encore révélé aux hommes l’histoire vraie de leur passé. Quant à Hiroshi, il mènera des études scientifiques, dans le domaine de la robotique en particulier, sans cesser de poursuivre son rêve d’enfant.
Leurs deux parcours se croisent, comme si le destin s’amusait à les séparer et à les rapprocher tour à tour. Les recherches d’Hiroshi connaissent de remarquables avancées, propres à bouleverser l’ordre des choses …

« Maître de la matière » commence en mode roman d’apprentissage, avec l’évocation de la jeunesse d’Hiroshi, puis se poursuit en roman de campus. Tout ce premier volet, soit la moitié du roman, se laisse lire agréablement. On ne piaffe pas trop en attendant de découvrir le cœur du récit, à savoir l’idée à laquelle Hiroshi veut donner corps pour réaliser son projet d’enfance.
Dans la seconde partie (ma préférée), le rythme s’accélère, on bascule dans la SF avec une histoire beaucoup plus mouvementée, du suspense et quelques épisodes ou scènes spectaculaires. La réflexion sur ce que seraient nos vies si nous pouvions tout avoir n’est qu’esquissée, mais les développements dans des domaines connexes (ou pas) sont fascinants et/ou très bien trouvés (et je n’avais pas tout vu venir, même si j’avais pressenti certaines choses).

« Maître de la matière » m’est d’abord apparu comme un roman mixte, pour moitié Lévy-Musso et pour moitié Crichton (façon « La proie »), mais cette impression (caricaturale ?) s’est dissipée plus j’avançais dans le roman : une fois les jalons posés, il monte en effet progressivement en puissance pour aboutir à un final très cinématographique et se clore sur une dernière scène parfaite, tant dans l’émotion qu’elle dégage que dans son rapport au récit.
Un roman où le plaisir de lecture a été, de bout en bout, au rendez-vous.

J'ai bien aimé !« Maître de la matière », Andreas ESCHBACHDialogues Croisés
Titre original Herr aller Dinge (2011)
Traduit de l’allemand par Pascale Hervieux
Editions L’Atalante (638 p)
Paru en septembre 2013


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« La nostalgie heureuse », Amélie NOTHOMB

NostalgieEn 2012, Amélie Nothomb est contactée par France 5, qui veut lui consacrer une émission de sa série « Empreintes » : elle se déroulerait au Japon, où l’écrivain vécut enfant et retourna jeune fille, comme elle le raconte dans certains de ses livres.
C’est ce tournage qu’évoque « La nostalgie heureuse ».

J’avais regardé cette émission d’ « Empreintes » avec ma fille cadette (la miss a lu l’œuvre d’Amélie Nothomb dans son intégralité) lorsqu’elle était passée à la télé. Je me souviens surtout du passage, bouleversant, où Amélie retrouve son ancienne nourrice, Nishio-san.

C’est donc avec curiosité que j’ai à nouveau suivi l’auteur sur ce chemin japonais et j’ai apprécié cette incursion de l’autre côté de l’écran, dans les pensées d’Amélie-filmée, car on en apprend finalement bien davantage sur elle que dans le documentaire.
L’écrivain se livre en toute sincérité, avec par moments un zeste d’autodérision, et nous fait partager ses réactions et ses émotions, au fil des situations et des rencontres (et quelles rencontres ! celles de Nishio-san et de Rinri sont inoubliables et la dernière ne figurait pas dans l’émission). Elle parsème ce récit d’elle à nous de réflexions d’ordre personnel ou à portée plus générale suggérées par l’expérience, formulées avec son art coutumier de l’aphorisme ou des considérations piquantes. Et, au détour d’une page, c’est une de ces remarques qui trouve une résonance chez le lecteur, quand il ne reconnaît pas, confusément, dans l’une ou l’autre des manières d’être d’Amélie ou dans un de ses désarrois, un écho des siens.

Découvrir le livre dans sa version audio a été un vrai plus (je le souligne car je suis plutôt difficile dans ce domaine et ma dernière expérience, non relayée ici, s’était soldée par un raté) : la voix vive et enjouée de la comédienne, Cathy Min Jung, dont le timbre m’a un peu rappelé celui d’Amélie Nothomb, est parfaitement adaptée, un vrai bonheur d’écoute.

Echappée à la fois exotique et intime, « La nostalgie heureuse » est un (tout petit) opus autobiographique, mais jamais l’écrivain Amélie Nothomb, en tant que personne, ne m’a semblé aussi proche, voire touchante, que dans ce texte.

Et si vous souhaitez une séance de rattrapage, notez que l’émission « Empreintes » dont il est question fait l’objet d’une rediffusion sur France 5 jeudi prochain 19 septembre à 21H40.

J'ai bien aimé !« La nostalgie heureuse », Amélie NOTHOMB
lu par Cathy Min Jung
Audiolib – 2CD audio, durée 2H33
Paru en août 2013


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« Dans la lumière », Barbara KINGSOLVER

Quatrième de couverture :
Dans les Appalaches, au cœur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n’ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres.
Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l’Amérique se met à observer ce coin isolé ancré dans des traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papillons vont bouleverser sa vie, et peut-être l’ordre du monde.

Séduite par cette quatrième de couverture et conquise d’avance parce qu’il s’agissait du dernier ouvrage de Barbara Kingsolver, auteur que j’apprécie, j’ai plongé avec enthousiasme « Dans la lumière » … pour, hélas, vite déchanter, me dire ensuite qu’il fallait sans doute laisser à l’histoire le temps de démarrer, constater qu’au bout de 200 pages ça ne démarrait toujours pas et achever péniblement la lecture de ce (long) roman.

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