Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« La vallée des masques », Tarun TEJPAL

La vallée des masquesQuatrième de couverture :

Au cours d’une longue nuit où il attend ses assassins, d’anciens frères d’armes, un homme raconte son histoire, celle d’une communauté recluse dans une vallée inaccessible de l’Inde, selon les préceptes d’un gourou légendaire, Aum, le pur des purs…

Il m’est arrivé une drôle d’histoire avec ce livre !
Je venais d’achever « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert », j’avais le choix entre deux romans empruntés à la bibliothèque mais je voulais donner la priorité à « La vallée des masques », repéré chez des copines blogueuses et que j’avais, en plus, offert à une amie. Seulement, pas question de récidiver direct avec le coup du roman-à-suspense-que-tu-peux-pas-te-coucher-parce que-tu-veux-savoir-la-fin ! Donc, ni une ni deux, je fais ce que je n’avais pas fait depuis un moment : zieuter la fin du roman ! Ensuite, tant que j’y étais (à m’autospoiler !), je cherche les passages clés (pour savoir comment diable cet homme en arrive à devoir être assassiné). A ce stade-là, c’est bon, j’en connais assez sur ce livre (pas au point de faire un billet mais au moins pour que ma curiosité soit satisfaite), je n’ai plus qu’à passer au suivant.
Et puis, non.
J’ai repris le livre en me disant que j’allais pouvoir maintenant, en toute sérénité, suivre le cheminement de cet homme, essayer de comprendre en me projetant en lui ce qu’il avait vécu, comment son environnement, son éducation, avaient pu assoir en lui des convictions puissantes et quasi indéracinables et le pousser à vouloir devenir un de ces incroyables guerriers chargés de les défendre, les Wafadars, experts dans l’art de combattre mais aussi de tuer. Et j’ai plongé dans son enfance, l’histoire de sa vie et de la communauté à laquelle il appartient, tels qu’il les relate en se remettant volontairement, soucieux de ne pas observer la distance critique qui est maintenant la sienne, dans l’esprit et le corps de celui qu’il était alors.

Roman surprenant, passionnant et terrible, « La vallée des masques » ausculte de l’intérieur la construction d’une idéologie et d’une spiritualité, la manière dont elle peuvent séduire et capter en s’érigeant sur les aspirations les plus nobles, mais aussi comment elles peuvent conduire aux pires aberrations en niant l’individu pour mettre en œuvre leurs préceptes.

J'ai beaucoup aimé« La vallée des masques », Tarun TEJPAL
Titre original : The Valley of Masks
Traduit de l’anglais (Inde) par Dominique Vitalyos
Editions Albin Michel (454 p)
Paru en août 2012

Repéré chez Yspaddaden et Clara


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« Les ombres de Kittur », Aravind ADIGA

Présentation de l’éditeur :
Kittur, une petite ville imaginaire de l’Inde du Sud située sur la côte du Karnataka – entre Goa et Calicut – est le théâtre des dernières histoires de l’auteur du Tigre blanc.
Avec ses hautes et ses basses castes, ses multiples religions, ses immigrés tamouls, ses rikshawallahs, ses fonctionnaires corrompus et ses enfants des rues, Kittur incarne l’Inde toute entière.
On y croise Ziauddin, garçon famélique parmi tant d’autres qui hantent les gares du pays ; « Xerox » Ramakrhishna, arrêté pour vente illégale de photocopies des Versets Sataniques ; Shankara, poseur de bombe dans son école jésuite ; Abbasi, propriétaire musulman d’un atelier de confection qui résiste aux pressions de fonctionnaires véreux ; Soumya, douce petite fille d’ouvrier qui, par amour pour son père, court lui cherchez sa dose d’héroïne à l’autre bout de la ville ; George D’Souza, le jardinier catholique de Mrs Gomes, qui peine à établier la bonne distance entre maîtresse et serviteur ; Murali, le brahmane devenu communiste, qui a laissé la vie passer…[…]

Le recueil se présente comme un guide de Kittur, les quatorze histoires ponctuant les diverses étapes du parcours dans la ville. Sans se perdre en longues descriptions, l’auteur donne à chaque fois, après un petit préambule historico-géographique, un aperçu saisissant du quartier évoqué et des lieux (une école, une petite entreprise, une villa bourgeoise…) où se situe le récit. Il l’inscrit au cœur d’un système de castes et de classes complexe où se côtoient diverses religions et langues (l’ensemble n’étant pas toujours évident à appréhender pour le lecteur lambda, il y a des castes comme celle des hoykas dont je n’avais par exemple jamais entendu parler). Chacun de ces portraits (ce ne sont pas vraiment des nouvelles à chute, plutôt des séquences de vie, dont certaines s’achèvent abruptement) s’avère criant de vérité, de l’ordre d’un mini-reportage consacré à une personne que l’on suit pendant un temps donné, si bien qu’on la voit évoluer dans son quotidien, fait de travaux répétitifs souvent éreintants et à peine rémunérés. On est frappé, en particulier, par les réflexions que les protagonistes se font à eux-mêmes et qui nous sont rapportées telles quelles, car elles témoignent souvent de leur lucidité : ils se voient comme ils sont, plongés dans une misère dont ils voudraient sortir (à plusieurs reprises, d’ailleurs, le récit se situe au moment précis où ils effectuent une tentative en ce sens), mais sans trouver le moyen d’y parvenir, prisonniers d’un destin qui les accable.

J’avais beaucoup apprécié le précédent opus de l’auteur, « Le Tigre blanc » (roman et non pas un recueil de nouvelles) et je pensais qu’il en serait de même avec ce deuxième. Mais ici, pas de héros plein d’allant pour partir à l’assaut de ce pays sans pitié où la corruption pourrit tout et décider que, coûte que coûte, il y fera sa place. L’écriture demeure vive et de qualité car Aravind Adiga est un écrivain talentueux et il y a bien quelques traces de cet humour noir si présent dans « Le Tigre blanc », mais c’est le noir qui domine et le sentiment (la certitude ?) que la plupart des personnages représentés n’ont strictement aucun moyen de s’extirper de la condition dans laquelle le hasard de leur naissance les a jetés, dans un pays incapable d’offrir à ses habitants un traitement équitable. Cette lecture terriblement sombre (que j’aurais sans doute abandonnée s’il ne s’était agi d’un livre reçu dans le cadre d’une opération Masse Critique de Babelio, je n’arrêtais pas de remettre au lendemain la nouvelle suivante…) a fini par se révéler, pour moi, aussi éprouvante que la réalité qu’elle dépeignait, impression seulement atténuée in fine par la teneur des trois derniers récits, beaucoup moins âpres.

« Les ombres de Kittur », Aravind ADIGA
Editions Buchet Chastel (354 p)
Paru en août 2011

Les avis (plus enthousiastes) de : Kathel, Benebonnou… (et d’autres sur Babelio)


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« Le Tigre blanc », Aravind ADIGA

    Balram, dit « Le Tigre blanc », écrit une lettre au premier ministre de la Chine, qui doit bientôt effectuer un voyage officiel en Inde.

   Pour qu’il comprenne. Parce que ce qu’il va voir de l’Inde n’est pas l’Inde. Alors, Balram a décidé le l’éclairer, de le guider, lui, l’entrepreneur nouveau qui est sorti des Ténèbres où il était né pour se faire une place à Bangalore, dans la Lumière, en créant sa propre société.

   Mais ça ne s’est pas fait tout seul.

   Aussi Balram se raconte-t-il, au travers d’une longue lettre rédigée sur sept nuits, afin d’illustrer au travers de sa vie la vérité de l’Inde.

   Et, à la fin de la première séquence du récit, il dit ce qu’il lui a fallu faire pour gagner le statut social qui est dorénavant le sien…

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