Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Rebecca », Daphné du Maurier (relecture dans la nouvelle traduction)

RebeccaPrésentation de l’éditeur :
Une longue allée serpente entre deux arbres centenaires, la brume s’accroche aux branches et, tout au bout, entre la mer et les bois sombres, un manoir majestueux : Manderley, le triomphe de Rebecca de Winter, belle, troublante, admirée de tous. Un an après sa mort, son charme noir hante encore le domaine et ses habitants.
La nouvelle épouse de Maxim de Winter, jeune et timide, pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?
Immortalisé au cinéma par Alfred Hitchcock, le chef-d’œuvre de Daphné du Maurier a fasciné depuis sa parution plus de trente millions de lecteurs à travers le monde. Comme Les Hauts de Hurlevent ou Jane Eyre, Rebecca est devenu un des mythes de la littérature.
Paru pour la première fois en France en 1940, le livre est ici présenté dans une nouvelle traduction d’Anouk Neuhoff qui restitue toute la puissance d’évocation du texte origine et en révèle la noirceur et la complexité dramatique.

Je pense que je m’attendais, avec cette relecture, à retrouver le plaisir de ma lecture originelle comme ce fut le cas lorsque, il y a trois étés, j’ai relu « Jane Eyre ». Mais contrairement à ce qui s’est passé avec l’œuvre de Charlotte Brontë, il n’y a pas eu ici de redécouverte soit de pans entiers de l’histoire dont je ne me serais pas souvenue (pour Jane Eyre, il s’agissait entre autres de tout ce qu’elle vit avant d’arriver au manoir), soit de réflexions qui enrichissent le récit, l’histoire est nettement moins dense et je me souvenais trop bien de tout. Quant aux fameuses 40 pages dont la version antérieure avait été amputée (elles sont évoquées par Tatiana de Rosnay dans sa présentation), il aurait fallu que j’aie moyen de les repérer, en tout cas il n’y a rien qui m’ait surprise par rapport à ce que j’avais pu lire il y a (au moins …) trente ans (eh oui, ça nous rajeunit pas !). Cette nouvelle version ne m’a donc pas donné l’impression que (pour reprendre la quatrième de couverture) m’étaient (enfin !) révélées « la noirceur et la complexité dramatique » de  l’œuvre : heureusement, elles étaient déjà perceptibles dans la première (sinon je ne pense pas que le roman, même moins bien et incomplètement traduit, aurait connu un tel succès).Laurence Olivier and Joan Fontaine in Rebecca
Notons quand même que j’ai été frappée par l’âge de la narratrice (qui m’a rappelé celui de mes filles), que l’actrice jouant Rebecca dans l’adaptation cinématographique d’Alfred Hitchcock dépasse de 10 points : 21 ans, alors que Maxim de Winter en a 42 !

Il reste que cette relecture (bien qu’en deçà de ce que j’en espérais), fut agréable. J’ai apprécié le style de l’auteur, dont je ne doute pas que la nouvelle traduction rende parfaitement compte et j’ai été très sensible à la fois aux descriptions de Manderley (ah ! ces rhododendrons aussi envahissants que dans un cauchemar ou un conte de fées !) et à l’évocation des pensées/états d’âme/poussées d’imagination de l’héroïne (jamais nommée, elle, contrairement à Rebecca) : je me dis (à juste titre ?) que ce sont de tels passages qui avaient été jugés superflus et retirés, dans la première traduction, alors qu’ils contribuent à rendre perceptible l’atmosphère si particulière de cet inoubliable roman.

« Rebecca », Daphné du Maurier
Titre original Rebecca (1938)
Nouvelle traduction française par Anouk Neuhoff
Editions Albin Michel (535 p)
Paru en mars 2015

(et je n’attribue pas de cote d’amour à cette relecture : la lecture d’origine prévaut, qui le classerait dans « Le coin des préférés »)


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« The Girl With All The Gifts » (« Celle qui a tous les dons »), M.R. CAREY

The_Girl_with_All_the_GiftsTous les matins, on vient chercher Mélanie dans sa cellule. Deux gardes la sanglent dans un fauteuil roulant, la petite fille plaisante en disant qu’elle ne va pas les mordre.
Elle et ses condisciples, toujours attachés à leurs fauteuils, sont conduits dans une salle de classe où des professeurs leur font cours. Helen Justineau, entre autres, qui sait si bien leur raconter les contes et légendes et aussi les saisons là-bas, dehors …

J’avais été sacrément intriguée par ce bouquin, à sa parution, lorsque je l’avais aperçu en librairie, avec une présentation de l’éditeur (L’Atalante pour la traduction française) pour le moins sibylline.
Renseignements pris, j’avais mieux compris de quoi il s’agissait… (et si vous ne voulez absolument pas le savoir, il ne faut pas continuer à me lire). Mais cela ne m’a pas empêchée, la curiosité et l’envie de lire un texte en VO aidant, de sauter le pas et de me plonger dans ce roman.

Pour ce qui est du niveau de langue, j’avoue que je me suis un peu fait avoir, car si les 100 premières pages étaient tout ce qu’il y a de plus accessibles, puisque c’est Mélanie qui s’y exprime, la suite s’est avérée d’un registre un peu plus soutenu. Qu’importe ! Cela m’a permis de mettre à distance un récit qui, après cette partie se déroulant uniquement dans le centre où vit Mélanie, se transforme en un road trip bien moins étonnant (il s’avère que le début du roman était une novella, que l’auteur a ensuite développée). On y retrouve en effet (enfin d’après ce que j’en sais, car ce n’est absolument pas ma tasse de thé) tous les codes du roman mettant en scène des morts-vivants (et je pense que mieux vaut être prévenu avant de s’embarquer), dans un environnement post-apocalyptique faisant suite à une épidémie présentée de manière si scientifique qu’elle a l’air vraisemblable (beurk !).

Malgré tout, et parce que l’étude de la très attachante personnalité de Mélanie ne manquait pas de mordant, j’ai poursuivi l’incursion (d’autant que, je le souligne à nouveau, quelques carences en vocabulaire m’ont évité de goûter comme ils le méritaient certains passages guère appétissants …) : j’étais curieuse de voir où l’auteur allait nous mener, au terme de moult péripéties qui m’interdisaient, d’un rebondissement à l’autre, de lâcher l’affaire.
La fin, surprenante et originale, s’est avérée à la hauteur ! Donc, étonnamment (car pour être très claire, je déteste les histoires de morts-vivants, au point d’être incapable de lire la BD « Walking Dead » ou de regarder la série qui en a été tirée, je ne supporte pas ce que je vois, que voulez-vous je suis une petite nature), j’ai bien aimé.

A noter que le film va faire l’objet d’une adaptation cinématographique (que je n’irai pas voir, faut pas pousser non plus !).

J'ai bien aimé !« The Girl With All The Gifts », M.R. CAREY
Editions Orbit (416 p)
Paru en 2014

Lu en VO et en numérique

Les avis de : Chiffonnette, BlackWolf, Cornwall, Lune, Cuné, Mrs FiggArieste


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« Elizabeth et son jardin allemand », Elizabeth von Arnim

Elizabeth jardin allemandElizabeth von Arnim (que j’ai très longtemps prise pour un auteur allemand, tout ça parce que l’anglaise Mary Anne Beauchamp se dissimulait sous le nom de son héroïne accolé à celui de son mari, soit le pseudonyme créé en 1973 par les éditions Virago Press qui ont remis ses œuvres à l’honneur) est surtout connue pour son roman « Avril enchanté ». Je l’ai lu il y a seulement une paire d’années et il ne m’a pas plus séduite que cela (pas chroniqué), le charme qui opère sur tant de ses lectrices n’avait guère agi sur moi.
Il en a été tout autrement avec cet « Elizabeth et son jardin allemand » (oui, grâce au mois anglais, j’ai redonné une chance à l’auteur, qui le valait bien), premier opus qu’elle publia anonymement en 1898 (elle avait 32 ans) et qui remporta tout de suite un grand succès.

S’il porte le nom de roman, le livre s’avère d’inspiration très largement autobiographique. L’auteur y dépeint la vie d’Elizabeth qui vient de s’installer dans un château en Poméranie, bien loin des contraintes de la vie mondaine de Berlin. En attendant l’arrivée de ses trois petites filles et de son mari, Elizabeth passe d’abord quelque temps seule, théoriquement pour superviser les travaux à l’intérieur des lieux. Mais en réalité elle occupe l’essentiel de ses journées à faire aménager le jardin à sa guise ou à y jouir de sa solitude. Enfin, le jardin, façon de parler ! Il s’agit plutôt d’un immense parc (on est dans un château, ne l’oublions pas), où tout est placé sous le signe de la profusion.

Les entreprises de jardinier-paysagiste (débutant et enthousiaste) d’Elizabeth tiennent une place importante dans le récit, mais on y trouve bien d’autres choses encore. Déjà, on découvre la personnalité d’Elizabeth, naturelle et directe, bref à l’opposé de ce qu’on attend d’une jeune femme de sa condition dans le beau monde, ce qui fait qu’elle s’y sent totalement étrangère et se voit ravie de bénéficier de l’isolement du château (au point de ronchonner à loisir dès que des visiteurs pointent le bout de leur nez, tant lui sont pénibles l’inconsistance et l’artifice des échanges avec eux). Elle n’a pas la langue dans sa poche, y compris quand il s’agit d’évoquer son mari, the Man of Wrath (l’Homme de colère), comme elle le surnomme ironiquement, ce dieu domestique à la raison et aux volontés desquelles elle feint de se plier. Ses trois petites filles (ses « bébés »), qu’elle adore, sont présentes dans le tableau, au fil de petits moments saisis sur le vif, spontanés et souriants.

On ne s’ennuie pas un moment en compagnie d’Elizabeth, dont on apprécie notamment qu’elle aime lire autant que nous et bénéficie d’une fort jolie bibliothèque. Elle est aussi prompte à partir dans des envolées passionnées quand il s’agit de son jardin qu’à lancer quelques piques acérées quand il est question de ses jardiniers ou des importuns venus forcer les portes de sa retraite. L’écouter croquer avec humour les anecdotes de son quotidien est un vrai bonheur. Et on achève ce petit livre plein de fraîcheur et de sagesse, car notre héroïne ne manque pas de perspicacité dans ses vues sur les choses et les gens, ode à la nature et aux vertus des jardins, avec une furieuse envie d’en avoir un rempli de roses et de toutes sortes de fleurs, comme celui d’Elizabeth !

Extraits :

* Nul ne paraît comprendre, ici, combien le cœur me bat en attendant la floraison de mes roses.

* C’est dans le jardin que je cherche refuge, jamais dans la maison. La maison, ce sont les devoirs, les tracas, les domestiques qu’il faut exhorter ou admonester, les meubles, les repas, alors qu’au dehors je ne rencontre que plaisir et contentement – là je regrette mes moments de méchanceté, mes pensées égoïstes toujours pires qu’elles n’en ont l’air, là me sont pardonnés mes péchés et mes bêtises, là je me sens protégée, je me sens chez moi, en ce lieu où chaque fleur est une amie et chaque arbre un amant.

* Voici venu le temps des journées calmes, du lierre rougeoyant et des mûres gorgées de jus ; des douces après-midi passées dans le jardin en pleine floraison ; du thé pris sous les acacias et non plus à l’ombre des grands hêtres ; des feux de bois dans la bibliothèque, les soirs de fraîcheur. L’après-midi, les bébés sortent cueillir des mûres le long des haies ; les trois chatons, gros et gras maintenant, procèdent à leur grande toilette sur les marches ensoleillées de la véranda ; l’Homme de Colère tire des perdreaux là-bas derrière les chaumes ; l’été paraît un rêve sans fin.

* Il y a quelques jours, lors d’un dîner dans la ville la plus proche d’ici (il nous fallut toute une après-midi pour nous y rendre), toutes les femmes se montrèrent curieuses de savoir comment j’avais pu passer l’hiver loin de tout le monde, dans un domaine enfoui sous la neige parfois pendant des semaines d’affilée.
« Ah, ces maris ! soupira une dame plantureuse en hochant lugubrement la tête, ils enferment leurs épouses à double tour et ne s’inquiètent guère de leurs souffrances. »
Là-dessus toutes se mirent à soupirer en chœur et à hocher la tête elles aussi, car la plantureuse dame était une puissance, et l’on entreprit de me conter par le menu l’histoire d’un autre mari détestable qui avait emmené sa jeune femme à la campagne et l’y avait tenue recluse, dissimulant sa beauté et ses talents de la plus cruelle façon. Après plusieurs années passées à se lamenter et à mettre ses enfants au monde, la malheureuse épouse venait de s’enfuir avec une personne de la condition la plus vile – valet de pied, boulanger, on ne savait plus.
« Mais je suis parfaitement heureuse, commençai-je dès que je pus placer un mot.
– Ah, l’excellente petite femme qui sait prendre son mal en patience …, proféra la puissante dame en tapotant ma main sans cesser de hocher la tête.
– Comment être heureuse quand on passe l’hiver entièrement seule ? ajouta la femme d’un officier de haut rang, qui n’avait pas l’habitude d’être contredite.
– Je le suis pourtant.
– A votre âge ? Impossible
– Votre mari doit absolument vous emmener en ville cet hiver.
– Mais je ne veux pas aller en ville.
– Et ne pas vous enterrer pendant vos plus belles années.
– Mais je l’aime, cet enterrement.
– Cette solitude est inconvenante.
– Mais je ne suis pas solitaire.
– Et ne peut mener à rien de bon.
Elle s’irritait de plus en plus. […]
« J’ai profondément aimé l’hiver, persistai-je quand elles furent un peu calmées. J’ai pu faire de la luge et du patin à glace. Mes enfants étaient là. Et puis j’avais des quantités de … »
J’allai dire des quantités de livres, mais sus m’arrêter à temps. La lecture est réservée aux hommes. Pour une femme, ce ne saurait être qu’une perte de temps. Et comment leur faire comprendre la joie que me procurait un rayon de soleil sur la neige, ou l’enchantement d’un jour de gel ?

J'ai beaucoup aimé !« Elizabeth et son jardin allemand », Elizabeth von Arnim
Titre original Elizabeth and Her German Garden (1898)
Traduit de l’anglais par François Dupuigrenet Desroussilles
Editions Bartillat (175 p)


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« Les îles du Soleil », Ian R. MacLeod

iles du soleilGeoffrey Brook est professeur à Oxford. On est en 1940. La photo de John Arthur, leader charismatique de la Très-Grande-Bretagne, trône jusque dans les vespasiennes publiques immaculées où Brook cherche la marque laissée par sa relation pour leur prochaine rencontre clandestine. Mais sa relation n’est pas au rendez-vous et Brook apprend qu’il a été emmené, avec toute sa famille. Pas à cause de sa déviance, mais parce que sa femme est juive.

Brook se met alors en tête de partir en voyage vers le nord, comme autrefois avec certain compagnon, vers ces îles du soleil dont il veut savoir  exactement ce qu’elles dissimulent.
Ce périple le ramènera à ce qu’il est maintenant, lui qui a tant bénéficié de l’avantage que constituait le fait d’avoir eu un temps John Arthur comme élève…

Quelle gageure de présenter ce roman en veillant à vous laisser tout le sel de sa découverte ! C’est la raison pour laquelle je me suis contentée de ne vous donner qu’un aperçu de ses débuts. Tout le reste, à savoir le chemin divergent qu’a pris l’histoire de la Grande-Bretagne à un moment donné (eh oui ! on est en pleine uchronie, vous l’aviez remarqué !), vous le comprendrez au fur et à mesure de votre lecture, quand les éléments nécessaires vous seront fournis.
Et dans ce « tout le reste », il y aura aussi l’essentiel, qui fait qu’un homme (un peuple) vit son propre destin en acceptant ce qui se joue autour de lui.

Si le rythme n’est pas trépidant (même s’il s’accélère dans la dernière partie), peut-être parce qu’il s’agissait initialement d’une novella qui a ensuite été transformée (étirée ?) en roman, je ne me suis pas ennuyée. J’étais curieuse de comprendre ce qui avait pu se passer pour changer le cours historique d’une nation et comment celle-ci fonctionnait maintenant, curieuse aussi de ce qu’il en était de ces îles du soleil (mais là, je trouve qu’on reste un peu sur sa faim, de toute façon le voyage de Brook ne dure pas, on revient vite à Oxford, dont j’ai aimé l’évocation), puis je me suis demandée où l’auteur voulait en venir … et ça, je ne l’avais pas vu arriver.

« Les îles du Soleil » est un roman impressionnant, écrit comme un classique et soucieux de brosser, autour du quotidien d’un héros sans qualité, le tableau de ce qu’un pays, au fil des choix effectués, peut devenir, le monstrueux se dissimulant sous une propreté de façade. Le récit et le tour qu’il finit par prendre interpellent le lecteur et tout est d’une remarquable finesse d’analyse.

Extrait :

Ce soir, comme presque tous les dimanches soirs, un message de ma relation m’attend sur le mur du troisième box des toilettes publiques pour hommes de Christ Church Meadow. Il fut un temps où nous testions la craie, mais tout est nettoyé si régulièrement, de nos jours, qu’on nous l’effaçait souvent. Depuis, nous nous débrouillons en plantant l’ongle du pouce dans la peinture moelleuse. […]
Une traînée de marques du même genre court à travers le mur du box ; elle représente de nos jours ma vie sexuelle tout entière. Y figure la semaine de février où, terrassé par la grippe qui me tourmente toujours, je me suis relevé en titubant de mon lit de mort – à ce qu’il me semblait – pour venir apposer l’empreinte croisée de mon ongle destinée à informer ma relation qu’il ne se passerait rien. (Il m’eût certes suffi de m’abstenir de laisser le moindre signal puis d’oublier le rendez-vous, mais pour être déviants, nous n’en sommes pas moins hommes. Ma connaissance se fût inquiétée et donné du mal inutilement.) Et voilà – ah, jours heureux, jours dangereux ! – la triple marque particulière qui représente la chambre d’hôtel discrète d’un propriétaire compatissant quoique inquiet, cela va de soi. Ce bon vieux Larry Black, du Crown and Cushion. Il a disparu, le pauvre, bien sûr. Discrètement emmené, une nuit, pour être offert aux électrochocs et aux seringues des centres de soins de Ramsey ou d’Onchan, sur l’île de Man. Il en a tellement disparu, à présent, que les derniers d’entre nous ressemblent à des fantômes, vaquant silencieux et invisibles aux ultimes reliquats de leurs rituels.

J'ai beaucoup aimé !« Les îles du Soleil », Ian R. MacLeod
Titre original The Summer Isles (2005)
Traduit de l’anglais par Michelle Charrier (2005)
Editions FolioSF (413 p)


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Quelques séries TV made in England

logo mois anglais 2Le mois anglais (où tout ce qui est anglais est permis, pas seulement les livres) m’offre aujourd’hui une bonne excuse raison pour évoquer quelques séries anglaises (et ce d’autant plus facilement que je suis une grande sériephile (pour ne pas dire sérievore)) que j’ai aimées, un petit best of, en somme (cliquez sur les titres des séries pour accéder au synopsis).

Il y a eu (impossible de ne pas la nommer, elle est tellement anglaise !) Downton Abbey, que j’ai cependant laissée tomber après avoir vaguement tenté le début de la saison 4 (mais le cœur n’y était plus …).

sherlockLa désormais incontournable Sherlock , qui revisite-actualise les aventures du fameux détective, en y intégrant brillamment (dans le fond et la forme) la technologie moderne. C’est la série qui a rendu célèbre un acteur au nom imprononçable (devant lequel, non, je ne me pâme pas, son visage est décidément trop spécial) et j’ai vraiment aimé. Avec Benedict Cumberbatch, il y a eu aussi Parade’s End, dont on a moins parlé, de facture classique et efficace. Lire la suite


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« Le manoir de Tyneford », Natasha SOLOMONS

manoir de tynefordAu printemps 1938, la jeune Elise Landau est envoyée par ses parents  loin de Vienne, où la menace sur les juifs se fait de plus en plus pressante. Elle rejoint le manoir de Tyneford, sur la côte anglaise du Dorset, pour y occuper un emploi de domestique, chargée de tâches que ses conditions de vie privilégiées (sa mère est cantatrice et son père écrivain, tous deux connus) l’avaient jusque-là dispensée d’accomplir.
Malgré les difficultés de sa nouvelle existence, Elise apprécie la beauté des lieux (et les passages qu’y fait Kit, le fils du maître). Mais l’angoisse de savoir ses chers parents toujours retenus à Vienne dans l’attente d’un visa pour les Etats-Unis, que sa sœur aînée a déjà pu rejoindre avec son mari, la mine …

C’est Elise la narratrice, une dame maintenant âgée qui remonte le fil de ses souvenirs. Et si, rapidement, j’ai pressenti ce qu’il adviendrait à la fin du roman, peu importe, j’étais dans de bonnes dispositions, toute prête à embarquer pour un séjour sur la côte anglaise, avec un manoir et des paysages romanesques à souhait.
La vie de la domesticité est d’autant plus efficacement représentée qu’elle est vue au travers du regard d’Elise, passée de l’autre côté, dans ce monde des serviteurs qu’elle n’imaginait même pas. On s’attache immédiatement à cette jeune fille spontanée et volontaire, qui ne s’apitoie pas sur elle-même alors qu’elle a perdu tout son confort matériel, car la chose qui lui tient le plus à cœur, ce sont ses parents qu’elle aime et admire.

« Le manoir de Tyneford » est certes un roman un peu convenu, mais pourquoi pas à l’occasion, quand le naturel est tel qu’on a l’impression d’y être, partageant au quotidien les émotions (et parfois les émois …) d’Elise et prenant au passage un bon bol de cette Angleterre aussi typique qu’on se l’imagine.

Extrait :

« C’était l’un de ces matins parfaits de juin qui vous donnent la certitude que le paradis était un jour d’été dans le sud de l’Angleterre. Le carillon de l’église qui résonnait sur la colline s’accordait à celui produit par les clochettes des moutons dispersés dans le pré, à côté du cimetière. Sur un mur de pierre, un chat noir aux yeux avides regardait des canetons jaunes barboter dans la mare. Je pris une profonde inspiration et emplis mes poumons de l’essence de l’été. L’air était chargé du parfum de milliers de fleurs sauvages et le soleil teignait en rose vermillon les gueules-de-loup et les digitales des jardins. Le paysage tout entier était une palette de couleurs. Le ciel d’un bleu intense vibrait au-dessus des prairies parsemées de boutons d’or.[…] Au loin, la mer scintillait, de l’écume s’écrasait sur la grève. »

J'ai bien aimé !« Le manoir de Tyneford », Natasha SOLOMONS
Titre original The Novel in the Viola (2011)
Traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum (2012)
Editions Le Livre de Poche (519 p)

Repéré chez Aifelle.  Les avis de Keisha et Lou. Le beau billet enthousiaste de Galea. Ce qu’en ont pensé Choupynette de Restin, Luocine, Hélène, FondantOchocolat, La Chèvre grise, Malice, missbouquinaix, SD49 … et encore d’autres avis sur Babelio.


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« La fontaine pétrifiante », Christopher PRIEST

fontaine pétrifianteCoup sur coup, Peter Sinclair, vingt-neuf ans, a perdu son père, son travail, puis Gracia, celle qu’il aimait. Mais la chance met sur son chemin un ancien ami de la famille, Edwin Miller. Celui-ci l’invite à venir s’installer gracieusement dans un cottage qu’il vient d’acheter, à charge pour le jeune homme d’en assurer la remise en état.
Peter prend possession des lieux, commence à nettoyer la maison et le jardin, puis repeint la grande pièce du rez-de-chaussée. Dans celle qu’il appelle désormais sa « pièce blanche », il entreprend de mettre de l’ordre dans sa vie en s’adonnant à la rédaction de ses mémoires :
« J’étais devenu vague et diffus. Je ne pouvais regagner le sens de mon identité qu’à travers mes souvenirs ».
Mais le tour que prennent ses écrits ne lui convient pas, l’ensemble est trop fragmenté pour s’avérer porteur de sens. En réalité, se dit-il, « La vie est désorganisée, elle manque de forme, elle manque d’intrigue ».
Il décide donc de passer par le prisme de la fiction et des trucages qui vont avec pour la présenter. Et le résultat est là : « La vérité était servie aux dépens de l’exactitude des faits, mais c’était une forme plus haute, plus précieuse de vérité. » De quoi lui permettre, juge-t-il, d’apprendre à mieux se connaître.
Mais alors qu’il n’est qu’à dix pages de la fin de son manuscrit, sa sœur Félicité fait irruption dans son refuge…

Je ne vous ai présenté ici que les 50 premières pages du roman. Sa suite vous entraînera, notamment, sur les chemins imaginaires qu’a empruntés l’autobiographie du narrateur : Londres n’y existe pas mais il y est question de Jethra et de l’Archipel du Rêve, au sein duquel fourmillent nombre d’îles surprenantes. L’une d’elles, Collago, sera la destination de Peter, heureux gagnant d’une loterie extraordinairement prisée…

Etrange périple que cette immersion dans « La fontaine pétrifiante« , où le lecteur finit par s’égarer d’une réalité à l’autre, ne sachant plus qui ou quoi croire. Le narrateur est-il fiable (il n’est pas interdit de s’interroger sur sa santé mentale) ? Des récits qui nous sont livrés, lequel est « vrai » (mais qu’est-ce que le vrai, au juste ?) ? Les réalités qui nous sont données à voir se font écho, la mise en abyme se prolonge à tel point qu’on s’interroge sur leur possible coexistence.
J’ai beaucoup aimé la construction troublante du roman, l’histoire inventée s’imbriquant dans l’histoire initiale au point qu’on doute du point de vue qu’il convient d’adopter car les fils narratifs ne cessent de s’emmêler. L’aperçu sur les îles, au nombre infini, données comme des espaces hors du temps où le voyageur doit pouvoir se trouver lui-même, est fascinant.

« La fontaine pétrifiante » est un roman qui, sous couvert de nous entraîner dans les labyrinthes de l’imaginaire, fait la part belle à l’introspection. C’est là son principal intérêt, mais aussi, pour ce qui me concerne, sa limite, car je pensais (vous savez, ma mauvaise habitude de rêver le livre avant de le lire !) qu’il aurait une dimension autre, plus socio-politique (grâce aux pérégrinations à travers les îles), alors qu’il est avant tout centré sur un individu et sa quête de lui-même, en même temps que sur sa difficile relation avec Gracia.
Il reste que j’ai eu plaisir à me perdre auprès de suivre Peter Sinclair dans le cours tourmenté de son (ses) existence(s). De l’auteur, je préfère cependant les romans que j’avais lus avant (« Le Prestige » et « Le monde inverti« ), mais c’est une affaire de goût.

J'ai bien aimé !« La fontaine pétrifiante« , Christopher PRIESTLogo le mois anglais
Titre original The Affirmation (1981)
Traduit de l’anglais par Jacques Chambon
Gallimard Folio SF (367 p)

L’avis de Cachou.


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« Une vie après l’autre », Kate ATKINSON

une vie après l'autreUrsula Todd est née le 10 février 1910 … ou plus exactement elle a bien failli naître : l’enfant qui est venu au monde était morte, étranglée par le cordon ombilical.
Ce n’est que le début des péripéties que connaîtra l’existence de ce bébé, chaque « et si … » correspondant à un nouvel embranchement sur le chemin des possibles de sa vie (voire de l’humanité, si la jeune femme qu’elle devient tire un coup de feu dans une brasserie à Munich en 1933).
Si Ursula n’a pas tout de suite conscience de son histoire bégayante, elle pressent par moments, avec angoisse, que tout peut basculer, au point de chercher à donner aux événements la direction adéquate …

Le roman s’ouvre sur le prologue auquel j’ai fait allusion ci-dessus en parlant de ce qui se passe à Munich. Il se poursuit avec l’évocation sautillante de l’enfance d’Ursula, un écheveau dont le lecteur doit démêler les fils mais chaque fragment est daté et accompagné d’un titre récurrent, ce qui évite de se perdre, avec des allers-retours entre l’épisode (les épisodes) de la naissance puis d’autres moments clés, voire des bonds en avant vers le futur et la mort (les morts) d’Ursula. J’ai adoré cette construction éclatée et en cascade Ses souvenirs ressemblaient à une cascade d’échos », se dit Ursula à un moment), un puzzle dynamique et truffé d’humour (les petites notations in petto ou à voix haute de Sylvie, la mère d’Ursula, en particulier), même si les événements racontés ne sont pas forcément drôles. Progressivement, Ursula perçoit la figure de palimpseste de sa vie, qui s’écrit et se réécrit.

« Une vie après l’autre » m’a donc tout d’abord emballée, puis agacée car j’ai eu un peu de mal avec l’histoire de l’escalier (je ne peux pas en dire plus pour ne pas spoiler) qui m’a paru invraisemblable et ses conséquences sur la vie (c’est-à-dire, si vous avez bien suivi, sur une des vies possibles) d’Ursula (celles-ci présentant cependant l’intérêt de montrer Sylvie sous toutes ses facettes …).
Par la suite, alors que la partie consacrée à l’Allemagne a retenu toute mon attention, j’ai trouvé trop longs les passages consacrés au Blitz, même s’ils sont très bien vus (l’auteur s’est beaucoup documentée sur la question). Le rythme initial, très enlevé, s’alourdissait et cela m’a gênée. Mais il faut dire que le tragique devient de plus en plus prégnant dans les destinées individuelles comme dans celle de toute une nation. M’a gênée aussi le dénouement, car je n’ai pas compris comment il pouvait s’inscrire dans la logique de la construction d’ensemble (cf le prologue), au point que les prémisses en forme de promesse ne m’ont pas semblé avoir été déclinés jusqu’au bout.

Il reste que « Une vie après l’autre » brosse un tableau remarquable de l’Angleterre sur quelques décennies, bouleversées par deux guerres mondiales. Fox Corner, la demeure où habitent Sylvie, Hugh et leurs enfants, y représente un havre dans lequel chacun peut se réfugier, que ce soit en réalité ou en s’y évadant par la pensée. A travers elle, c’est aussi une certaine image de l’Angleterre que l’auteur a voulu peindre : le roman dans son ensemble est une évocation de ce que ce pays représente pour ses habitants et de la vision que ceux-ci ont d’eux-mêmes, comme l’auteur le dit sur son site :

« People always ask you what a book is « about » and I generally make something up as I have no idea what the book is about (it’s about itself) but if pressed I think I would say Life afer Life is about being English (on reflection, perhaps that’s all my books were about). Not just the reality of being English, but also what we are in our own imaginations. »

« Les gens vous demandent toujours le « sujet » de votre livre et j’invente en général quelque chose car je n’ai aucune idée du sujet du livre (il est au sujet de lui-même), mais si on insiste, je pense que je dirais qu’ Une vie après l’autre a pour sujet le fait d’être anglais (à la réflexion, peut-être que c’était le sujet de tous mes livres). Pas seulement la réalité d’être anglais, mais aussi ce que nous sommes dans notre propre imaginaire. »

Le roman, qui peut se lire en tant que tel (pas de suspense de folie à la dernière page, au contraire) est suivi d’un autre volume consacré au jeune frère d’Ursula, Teddy : « A God in Ruins » est paru début mai (pas encore disponible dans sa traduction française).

Extraits :

« Tu devrais monter à Londres, lui dit soudain Margaret. Venir passer quelques jours chez moi. On s’amuserait comme des folles.
– Mais les enfants, fit Sylvie. Le bébé. Je ne peux pas les laisser.
– Pourquoi pas ? dit Lyly. Ta nanny peut se débrouiller quelques jours sans toi tou de même.
– Mais je n’ai pas de nanny », fit Sylvie. Lily jeta un regard à la ronde comme si elle cherchait une nanny tapie dans les hortensias. « Et je n’en veux pas », ajouta Sylvie (Vraiment ?). La maternité était sa responsabilité, sa destinée. C’était, à défaut d’autre chose (et que pouvait-il y avoir d’autre ?), sa vie. Elle serrait l’avenir de l’Angleterre sur sa poitrine. On ne pouvait pas la remplacer au pied levé comme si son absence n’avait guère plus d’importance que sa présence. « Et j’allaite le bébé moi-même », lança-t-elle. Les deux femmes parurent sidérées ; Lily plaqua inconsciemment une main sur ses seins comme pour les protéger d’une agression. »

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En dessert, ils eurent du roulé à la confiture accompagné de crème anglaise, la confiture faite avec les framboises de cet été. L’été n’était plus qu’un rêve à présent, disait Sylvie.
« Du bébé mort », dit Maurice avec l’horrible désinvolture que le pensionnat n’avait fait qu’encourager. Il enfourna un gros morceau de gâteau et ajouta. « C’est comme ça qu’on appelle le roulé à la confiture à l’école.
– Tiens-toi bien, Maurice, l’avertit Sylvie. Et ne sois pas aussi ignoble, s’il te plaît.
– Bébé mort ? fit Ursula en reposant sa cuiller et en regardant son assiette d’un air horrifié.
– Les Allemands en mangent, dit Pamela d’un air sombre.
– Du dessert ? dit Ursula perplexe. Est-ce que tout le monde ne mangeait pas du dessert, même l’ennemi ?
« Non, des bébés, dit Pamela. Mais seulement les Belges. »

J'ai bien aimé !« Une vie après l’autre », Kate ATKINSON
Titre original Life after Life (2013)
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Caron
Editions Grasset (525 p)
Paru en janvier 2015

Les avis (enthousiastes) de Clara et Cathulu


20 Commentaires

Quelques vues de Londres pour saluer l’ouverture du mois anglais !

Aujourd’hui, pour la quatrième année consécutive, Titine, Chryssilda et Lou lancent en ce premier jour du mois de juin leur opération « Le mois anglais ». Logo le mois anglais
Jusque-là, j’avais suivi l’affaire avec intérêt (impossible de rater cette déferlante anglaise sur les blogs !) mais me trouvais toujours prise de cours car je n’avais pas an-ti-ci-pé ! Cette fois, je ne me suis pas laissée surprendre et serai donc en mesure de participer à cette sympathique manifestation en vous présentant au moins quelques lectures anglaises.

En attendant, je vous emmène faire un petit tour à Londres, avec une sélection de photos datant de mai 2007 (séjour spécial pour mon anniversaire …mais qui fut surtout remarquable par la quantité hallucinante d’eau qui nous est tombée dessus) et d’août 2012 (où j’ai enfin réussi à surmonter ma réticence pour les promenades pieds mouillés, mais en misant ce coup-ci sur une seule journée : bingo, la météo fut parfaite !).

Bonne balade et surtout : bon mois anglais 🙂 !

Londres en mode olympique

Londres en mode olympique

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