Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


20 Commentaires

« L’Idiot », DOSTOIEVSKI

idiotLe prince Mychkine (26 ans) rentre en Russie, après plusieurs années de séjour en Suisse. Il y soignait son épilepsie, maladie qui, un temps, l’a fait passer pour un idiot. Il lui arrive d’ailleurs encore d’être considéré comme tel, car loin de se plier aux usages du monde, il parle sans détours et son naturel et sa franchise étonnent, quand ils ne détonnent pas.
Dans le train vers St Petersbourg, il fait la connaissance d’un individu haut en couleurs, Rogojine, et entend parler d’une certaine Nastassia Philippovna, femme d’une extrême beauté dont Rogojine est passionnément épris.
D’elle, il découvre le soir-même le visage, alors qu’il s’est rendu chez le général Epantchine, dont l’épouse lui serait parente. L’émotion qu’il ressent en contemplant ce portrait n’est que le prélude de celles dont il sera la proie au cours des jours et des mois à venir, plongé au milieu d’une succession de scènes où se côtoient et s’affrontent des personnages aux caractères complexes et aux desseins difficiles à pressentir, parfois y compris pour eux-mêmes…

Quel étonnant roman, très proche du théâtre, tant les dialogues y tiennent le haut du pavé, avec son lot de péripéties, de bruit et de fureur et cette manière bien à lui d’être parcouru par de puissants mouvements d’âmes !
Jamais je n’ai lu quelque chose d’aussi fouillé au niveau de la psychologie des personnages, car c’est vraiment là, à mon sens, ce qui caractérise le plus fortement cette œuvre. Certes, la société russe de l’époque, ou du moins une partie d’entre elle, y est dépeinte au travers des protagonistes et l’auteur parsème son roman de notations et d’analyses quant à la Russie actuelle et à l’âme russe. Mais cela ne s’effectue jamais au détriment de l’intrigue, au point que le roman ne m’a pas paru pesant à lire (comme ce fut par moments le cas avec Anna Karénine), excepté lors du long passage consacré à l’ « explication » d’Hippolyte. Il faut dire aussi qu’on s’attache instantanément à ce héros doux, sincère et bon, en un mot aimable au sens propre, donc rien de ce qui lui arrive ne nous laisse indifférent.

« L’Idiot » démontre de manière magistrale la complexité des êtres, la difficulté qu’il y a à appréhender leur caractère et leurs motivations, quand bien même on s’avèrerait un narrateur a priori omniscient. Car l’auteur, tout présent qu’il s’affiche auprès de son lecteur, confesse parfois lui-même cette difficulté qu’il y a à cerner l’essence d’une personne.

C’est le premier roman que je lis de Dostoïevski, auteur dont je me suis tenue jusque-là éloignée, peut-être en raison du nombre de pages ou bien parce que, dans ma jeunesse, l’échec de lecture rencontré avec « Guerre et paix » (abandon) m’avait dissuadée de poursuivre plus avant dans la littérature russe. Bref, il était grand temps de combler ce manque !

Marquant !« L’Idiot », DostoïevskiPavé 2014 petitMle
Traduction et notes d’Albert Mousset
Editions Folio (975 p)


20 Commentaires

Où je relis « Jane Eyre » !

Attention, je n’ai aucun scrupule à spoiler, donc si vous n’avez pas lu Jane Eyre, zappez ce billet !

La nouvelle adaptation cinématographique de Jane Eyre a conduit Papillon à relire le roman et elle m’a donné envie d’en faire autant (alors que je repousse toujours d’éventuelles relectures, la faute aux sirènes des nouveautés).
Il faut dire que ma lecture remontait à… (oups !) plus de 30 ans ! C’est pas rien et ça laisse largement le temps d’oublier bien des choses, comme j’ai pu m’en rendre compte, même si l’essentiel de l’intrigue m’était resté présent, tant le récit est marquant.
Il n’empêche que je n’avais, tout compte fait, retenu que la partie médiane du roman : à la trappe, l’enfance de Jane et, plus surprenant encore, toute la dernière partie, après sa fuite du manoir de Thornfield, large tranche de l’histoire dont je n’avais strictement aucun souvenir (ça fait peur), n’ayant conservé en mémoire que l’épilogue (quand même) !
Bref, cette relecture fut aussi une redécouverte. Et, certes, je ne pouvais plus ressentir la tension dramatique de l’œuvre, frémir en entendant les rires fous traversant le manoir la nuit et lire fébrilement dans l’attente de ce qui allait bien pouvoir arriver à notre chère Jane, mais je m’attachais à savourer l’histoire et ses personnages, tout en me faisant les remarques ou les réflexions ci-après.

Lire la suite