Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« D’après une histoire vraie », Delphine DE VIGAN

Daprès-une-histoire-vraieDelphine, la narratrice, raconte comment, après la parution de son dernier roman, elle a été victime d’une panne d’écriture, qui se manifestait par une véritable panique dès qu’elle s’approchait d’un document Word. Et elle précise :
« Aujourd’hui je sais que L. est la seule et unique raison de mon impuissance. Et que les deux années où nous avons été liées ont failli me faire taire à jamais. »
Le récit détaillé de sa rencontre avec L., de la manière dont elles ont fait plus ample connaissance pour devenir amies, vient éclairer le propos …

« D’après une histoire vraie » est un roman au sujet duquel j’avais entendu tellement d’éloges à sa sortie que j’ai failli l’acheter, mais j’ai patienté et pu le lire grâce à une de mes chères médiathèques. J’ai bien fait d’attendre car il n’a pas été à la hauteur de ce que j’avais imaginé.

Même s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu le roman précédent auquel il se réfère, « Rien ne s’oppose à la nuit », mieux vaut savoir (c’était mon cas) de quoi il parlait pour mieux appréhender les angoisses de l’auteur après sa publication et l’effet qu’il a eu auprès de ses nombreux lecteurs. Ceci étant, j’avais cru comprendre que, avec « D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan quittait le territoire de l’autofiction, mais je m’étais trompée, puisqu’en réalité elle ne l’abandonne pas mais en fait son terrain de je(u).
Je reconnais qu’elle le fait habilement. Ainsi, alors que je pensais que tout ce qu’elle disait d’elle-même était vrai, j’ai constaté en lisant une de ses interviews qu’elle avait transformé pour le roman ses deux enfants dont l’écart d’âge est de 3 ans en deux jumeaux. On peut donc s’interroger sur la véracité de tout ce qu’elle raconte à son propos (sur l’image qu’elle a d’elle-même, ses fragilités etc.). Mais comme je me moque complètement de qui est la personne Delphine de Vigan, me contentant de m’intéresser à ce qu’elle écrit (ou au moins d’essayer), l’avalanche d’informations concernant le personnage et/ou l’auteur m’a lassée, je n’en demandais pas tant.

Il reste, grâce à l’intervention de L., tout ce qui concerne les interrogations sur l’autofiction, justement, avec une vive controverse entre l’auteur et sa nouvelle amie au sujet des attentes du lecteur contemporain, qui ne jurerait plus que par la « réalité ». L. n’y va pas par quatre chemins et affirme :
« Les écrivains doivent revenir à ce qui les distingue, retrouver le nerf de la guerre. Et tu sais ce que c’est ? Non ? Mais si, tu le sais très bien. Pourquoi crois-tu que les lecteurs et les critiques se posent la question de l’autobiographie dans l’œuvre littéraire ? Parce que c’est aujourd’hui sa seule raison d’être : rendre compte du réel, dire la vérité. Le reste n’a aucune importance. Voilà ce que le lecteur attend des romanciers : qu’ils mettent leurs tripes sur la table ».
Et parce que Delphine, dont le nouveau projet littéraire s’inscrit dans la fiction , s’insurge en manifestant et explicitant son désaccord à ce sujet, on va revenir tant et plus là-dessus, au point que j’avais la nette impression que le roman tournait en rond, c’est bon, j’avais compris de quoi il retournait, pas la peine d’enfoncer le clou (du coup, entre ce que Delphine racontait sur elle-même et ces joutes verbales répétitives/redondantes, je me suis ennuyée et suis passée en mode lecture rapide, parcourant le roman en l’espace d’une fin d’après-midi + soirée).

Heureusement, la dernière partie du récit, à laquelle je ne m’attendais pas, fut une très agréable surprise, tout comme la fin* du roman, qui m’a vivement réjouie ! Mais cela n’est pas suffisant pour améliorer mon appréciation d’ensemble (toute personnelle) de l’ouvrage, que je ne classerai sûrement pas dans la catégorie des indispensables.

J'ai aimé un peu« D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan
Editions J.C Lattès (479 p)
Paru en août 2015


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« La Part des flammes », Gaëlle NOHANT

couv part des flammesParis, mai 1897
Violaine de Raezal sollicite auprès de la marquise de Fontenilles l’autorisation de faire partie des vendeuses du Bazar de la charité qui va bientôt ouvrir ses portes. Mais la jeune et belle veuve, dont la réputation n’est pas sans tâche toute comtesse qu’elle soit, se fait éconduire.
Pour faire ses preuves en tant que dame patronnesse, elle se rend dans une maison où sont soignés des tuberculeux. Elle y croise la pieuse et dévouée duchesse d’Alençon. C’est grâce à elle que, finalement, elle peut rejoindre le Bazar de charité, au comptoir numéro 4. Sur place, elle rencontre Constance d’Estingel, sortie pour l’occasion de sa très grande réserve. Elle vient de rompre sans explication ses fiançailles avec Lazlo de Nérac, un jeune homme qu’elle avait conquis d’un seul regard, aussi désarçonné que ses parents par sa décision.

L’incendie du bazar de la Charité aura un impact déterminant sur le destin chaotique de ces trois personnages féminins …

Avant même de le commencer, j’étais persuadée que ce roman dont j’avais eu d’excellents échos dans la presse et sur des blogs (avec des bémols, voir in fine) allait m’emballer. Ce ne fut hélas pas le cas.
Les personnages ne m’ont pas séduite plus que cela, il n’y a qu’à la fin du roman que je les ai, du moins pour un tout petit nombre d’entre eux, trouvés plus convaincants car davantage fouillés. Les relations qui lient les trois principales protagonistes, fortuites, m’ont paru artificielles. Qui plus est, le fait que ces trois femmes apparaissent en position de victimes m’a agacée car j’y trouvais un aspect systématique rebutant (même s’il reflète une facette réelle de la société de l’époque). Il a été nuancé par la suite, heureusement, et d’autres figures féminines sont venues compléter et enrichir ce tableau initial, mais l’impression reste tenace.
Surtout, je me suis longtemps demandée quand l’histoire allait réellement démarrer … au point que, alors que j’avais déjà passé le cap des 200 pages, j’ai plusieurs fois reposé le livre en me disant que j’en resterais là. Un reliquat de curiosité concernant certaines parts d’ombre des personnages et aussi le désir de comprendre ce qui avait pu autant plaire à d’autres lecteurs, m’ont cependant aidée à parvenir au bout d’un livre qui, à aucun moment, ne m’a captivée.
Je savais qu’il y serait question de l’incendie du Bazar de la Charité (sur lequel je suis maintenant incollable), mais j’ignorais que cet événement occuperait une place aussi importante, au détriment du reste (l’Histoire prenant le pas sur l’histoire). Je croyais que j’allais lire « une histoire follement romanesque » (promise par la quatrième de couverture), je m’étais laissée dire qu’on avait affaire à un roman populaire mais j’ai vainement espéré les rebondissements en mode feuilleton qui vont de pair (allez, il y a quelques épisodes dans la dernière partie qui ressortent du genre, mais il faut de la patience pour y arriver).

Bref, « La Part des flammes » est sans conteste un roman de bonne facture, intéressant d’un point de vue historique (l’incendie déjà évoqué, la société de la fin du XIXème siècle avec notamment ce qui reste de l’aura de la noblesse, la vie de la duchesse d’Alençon, le pouvoir des aliénistes …), mais je n’y ai pas trouvé ce à quoi je m’attendais et me suis plutôt ennuyée.

J'ai aimé un peu« La Part des flammes », Gaëlle NOHANT
Editions Héloïse d’Ormesson (493 p)
paru en mars 2015
Prix France bleu – Page des libraires

Des avis élogieux chez : Yueyin (bêta-lectrice de l’auteur), Karine , Tamara, La chèvre grise
Une Comète  et Micmélo ne partagent pas cet enthousiasme. Tasha a « passé un agréable moment de lecture, sans plus« .


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« Ceux du Nord-Ouest », Zadie SMITH

ceux du nord ouestDans la banlieue du Nord-Ouest de Londres vit toute une population cosmopolite, caractérisée par la pauvreté et la précarité.
Leah Hanwell, une jeune femme d’origine irlandaise, a choisi de continuer à y habiter, en occupant un emploi à vocation sociale. Son compagnon est un français de souche africaine, auquel elle dissimule le fait que, contrairement à lui, elle ne veut pas d’enfants.
L’amie d’enfance de Leah, Natalie Blake, de famille jamaïcaine, a renoncé à son ancien prénom, Keisha, est devenue avocate, s’est mariée et a des enfants. Bref, elle a « réussi », mais pourtant l’impression désagréable de porter des vêtements d’emprunt lui colle à la peau.
Felix Copper a tourné le dos à la drogue et décidé de tracer son chemin, sérieux cette fois-ci, avec sa nouvelle copine.
Trois personnages, sans compter Nathan, régulièrement évoqué et qui apparaîtra à la fin, traversent le roman, illustrant à leur manière les difficultés matérielles mais aussi les désarrois de toute une tranche de la société anglaise.

De Zadie Smith, je n’avais lu que « De la beauté », à sa sortie il y a maintenant sept ans, et ce roman où humour et humanité faisaient bon ménage fut un coup de cœur. C’est donc avec enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de « Ceux du Nord-Ouest ».

J’ai tout d’abord été surprise par son écriture, très différente de celle de « De la beauté », avec une volonté manifeste d’expérimentation, en mêlant notamment bribes de réalité extérieure et flux de conscience, pour un résultat qui m’a plu : j’appréciais ce recours à la Littérature pour décrire une réalité sociale actuelle. Elle nous est présentée au travers de trois personnages. Le premier est celui de Leah Hanwell. Son parcours se laisse découvrir mais Felix Cooper, évoqué ensuite, a davantage retenu mon attention.
Il reste qu’arrivée au milieu du roman, et alors même que la forme utilisée continuait à me convenir (cette fois, l’auteur optait pour une narration traitée en une longue suite de séquences numérotées), l’ennui est insidieusement venu s’installer, tandis que l’auteur revenait très longuement (150 pages) sur le troisième personnage principal, celui de Keisha/Natalie, l’amie de Leah.
C’est là que j’ai commencé à me rendre compte que, si j’étais séduite par l’écriture et par certaines remarques ou considérations captées ici ou là, il n’y avait guère qu’au personnage de Felix que j’avais un peu accroché : Leah et Natalie, quel que soit le nombre de lignes et de mots qui leur était consacré, demeuraient à distance, des personnages auxquels je ne croyais pas vraiment, si bien que leurs histoires m’apparaissaient comme manquant singulièrement de densité. Bref, tout ça pour ça …

« Ceux du Nord-Ouest » est un roman dont je crains qu’il ne me reste pas grand-chose, hormis la certitude d’avoir lu une œuvre à l’écriture particulièrement travaillée portant sur une banlieue londonienne dépeinte avec précision et réalisme. Je n’y ai, en tout cas, pas retrouvé la tonalité qui m’avait tant plu dans « De la beauté ».

J'ai aimé un peu« Ceux du Nord-Ouest », Zadie SMITHDialogues Croisés
Titre original NW (2012)
Traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Arronson
Editions Gallimard (408 p)
Paru en mars 2014

Un avis différent chez Clara, que ce roman a totalement convaincue.


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« Rainbow Warriors », AYERDHAL

rainbow warriorsQuatrième de couverture :
Mis à la retraite sur requête du Bureau ovale, le général de division Geoff Tyler se voit proposer par l’ancien secrétaire général des Nations Unies de prendre la tête d’une armée privée financée par des célébrités de toutes obédiences.
Objectif : renverser le dictateur d’un Etat africain et permettre la tenue d’élections en bonne et due forme. Ses moyens : l’agent n’est pas un problème. Son effectif : un encadrement d’une centaine de professionnels et 10.000 soldats dont il faut parfaire la formation. Jusqu’ici tout va bien. Il y a toutefois un détail. Cette armée est presque exclusivement constituée de LGBT. Lesbian, Gay, Bi, Trans.

Cela faisait un moment que je voulais découvrir Ayerdhal, auteur français de SF dont la réputation n’est plus à faire et, parce que le thème me tentait et que je n’avais lu que des critiques élogieuses à son sujet, mon choix s’est porté sur « Rainbow Warriors ».
Ce n’est pas un roman de SF, Ayerdhal, que j’ai rencontré aux Halliennales alors que je venais juste de commencer ma lecture, m’a d’ailleurs dit que les libraires ne savaient pas très bien où le classer et finissaient par le mettre sur la table centrale. Ce roman faisait cependant partie de ceux sélectionnés pour le Prix Utopiales  Européen 2013 , prix qui concerne les littératures de l’imaginaire en général. L’auteur, pour en revenir à lui, est fort sympathique. Nous avons un peu échangé sur deux romans de SF, « Exodes » et « La fille automate », au sujet desquels nous étions d’accord sur un certain nombre de points (mais non, ce n’est pas pour cela que je l’ai trouvé sympathique !).
Tout ça pour dire que j’aurais bien aimé apprécier davantage « Rainbow Warriors »...

Dans « Rainbow Warriors », j’ai tout d’abord été séduite par le ton, l’impression de lire quelque chose qui, sous couvert de ne pas se prendre au sérieux, avec ses personnages pour certains aux noms à peine camouflés (l’ancien Secrétaire d’état s’appelle Koffane…), ses dialogues vifs et ses pointes d’humour, allait mine de rien aborder des sujets d’actualité d’importance, le droit d’ingérence en particulier. De ce côté-là, je ne peux pas dire que le message (surtout dans la seconde partie) ne soit pas passé, mais la forme m’a, au fil de ma lecture, de moins en moins convaincue. Ce que j’avais apprécié a fini par m’apparaître superficiel et lacunaire (dans la mesure où je ne pense pas que l’auteur ait voulu s’en tenir au registre de la parodie), les personnages, nombreux, se bornant à rester des noms, certes caractérisés (trop parfois, Pilar est une super espionne en mode jeu vidéo ) mais pas assez creusés pour moi, je suis restée à distance (allez, je ferai une petite exception pour Jean-No, le mieux saisi à mon avis). La thématique de l’armée LGBT ne donne pas lieu à un traitement déplacé, ce qu’on aurait pu craindre, mais finalement elle n’est qu’effleurée. Enfin, pour en terminer avec les personnages, on ne se trouve jamais dans la tête de l’un d’entre eux (alors que c’est un sacré privilège que le livre détient par rapport au film), pourtant j’aurais été extrêmement curieuse d’entendre, au fur et à mesure des événements, les pensées de Koffane …
Les événements en question sont nombreux et le roman ne souffre d’aucun manque de rythme (c’est moi qui ai souffert d’un manque d’intérêt). Finalement, on est dans un roman politique, de guerre et d’espionnage, mais autant j’ai pu en lire et en aimer (pas récemment, c’est vrai), autant celui-ci m’a laissée en position de spectatrice guère impliquée, je crois que j’aurais préféré voir tout cela au cinéma car mon attente n’est pas la même pour un film.

J'ai aimé un peu« Rainbow Warriors », AYERDHAL
Editions Au Diable Vauvert (523 p)
Paru en mai 2013

Les critiques sont toutes très positives :
dans la presse : Elle, Télérama, L’Express
sur les blogs : Lhisbei et bien d’autres sur Babelio


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« Dans la lumière », Barbara KINGSOLVER

Quatrième de couverture :
Dans les Appalaches, au cœur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n’ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres.
Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l’Amérique se met à observer ce coin isolé ancré dans des traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papillons vont bouleverser sa vie, et peut-être l’ordre du monde.

Séduite par cette quatrième de couverture et conquise d’avance parce qu’il s’agissait du dernier ouvrage de Barbara Kingsolver, auteur que j’apprécie, j’ai plongé avec enthousiasme « Dans la lumière » … pour, hélas, vite déchanter, me dire ensuite qu’il fallait sans doute laisser à l’histoire le temps de démarrer, constater qu’au bout de 200 pages ça ne démarrait toujours pas et achever péniblement la lecture de ce (long) roman.

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« L’échelle de Darwin », Greg BEAR

L'échelle de DarwinQuatrième de couverture :
Au fond d’une caverne des Alpes, un paléontologue découvre trois corps préservés par le froid depuis plus de dix mille ans. Une famille… Mais tandis que le couple est néandertalien, l’enfant semble moderne… Kaye Lang, généticienne de génie, découvre que la partie silencieuse de nos gènes recèle d’anciens virus et une surprenante machinerie qui vient de s’enclencher. Alors qu’une maladie terrifiante, le syndrome de SHEVA, se met à frapper les femmes. L’humanité va-t-elle disparaître ? Ou bien va-t-elle accomplir un nouveau bond sur l’échelle de Darwin, la voie de l’évolution ?

Cela faisait un moment que j’avais repéré ce roman au thème prometteur, écrit par un auteur de SF renommé dont je n’avais encore rien lu. Mais j’attendais l’été pour me plonger dans ce pavé, dont je me disais qu’il allait me passionner… ce en quoi je me trompais ! La lecture a fini par virer au fastidieux mais j’étais trop avancée pour abandonner (et puis zut, je voulais que ce titre figure dans ma petite liste de « pavés de l’été » 2013).
Pourquoi un tel ennui alors que le fond du roman avait tout pour me séduire ?

La théorie développée est effectivement captivante et suffisamment étayée (même si je ne comprends les explications scientifiques qu’en gros, n’ayant pas de connaissances spécifiques dans ce domaine) pour paraître vraisemblable. Donc cette idée me convenait tout à fait, de même que la manière dont elle pouvait être perçue, par le corps des scientifiques d’une part et par la population d’autre part.
Mais, et c’est là que le bât (pour moi) a blessé, Greg Bear a choisi de se positionner exclusivement du côté des décideurs, à savoir les politiques, conseillés par les scientifiques (pas toujours d’accord entre eux) et (dés)orientés par l’industrie pharmaceutique. Quant à la population, elle est présente, certes, mais quasi-exclusivement sous la forme d’une masse (réactive) et non pas d’individus, les différents protagonistes du roman ne faisant pas partie de ce commun des mortels.
Cela nous donne des intrigues en forme de jeux de pouvoirs tournant autour de questionnements pertinents bien sûr (Kaye Lang, avec d’autres, cherche à comprendre de quoi il retourne ; les politiques se demandent comment se comporter dans une situation qui les dépasse) mais elles occupent tellement de place dans le roman qu’elles grippent la mécanique narrative et le récit n’avance que (trop) lentement. Et puis, ces problématiques sont endossées par des personnages manquant de chair (excepté à la toute fin du roman) (je me suis d’ailleurs dit que Robert Charles Wilson s’en serait bien mieux sorti), ce qui est quand même le comble puisque c’est précisément l’humain qui est au cœur de l’affaire.

Une déception, donc, qui ne m’a pas donné envie de poursuivre avec Monsieur Greg Bear.

J'ai aimé un peu« L’échelle de Darwin », Greg BEARpavé de l'été LOGO 2013 V2rd180
Titre original Darwin’s Radio (1999)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Daniel Brèque
Editions Le Livre de Poche (798 p)
Prix Nebula 2000

L’avis beaucoup plus positif du Cafard Cosmique.


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Où je lis des livres qui ne sont pas pour moi…

  … par curiosité (lorsque je suis appâtée par de nombreux avis positifs lus sur les blogs) ou parce que je me dis que, ma foi, un peu de légèreté ne peut pas me faire de mal (mais il y a légèreté et légèreté, nos perceptions en la matière diffèrent d’un lecteur à l’autre).
Histoire d'Alice

A l’enterrement de sa mère, Paul fait la connaissance de la sœur de celle-ci, Alice, âgée de 73 ans. Parce qu’elle s’était, très tôt, éloignée de sa famille, il ne l’avait jamais rencontrée. A peine en avait-il vaguement entendu parler par sa mère qui correspondait avec elle. Mais il ignorait à quel point la vie d’Alice avait été incroyable, plus précisément le nombre incroyable de fois où elle avait été mariée !
Cela, il le découvre au fur et à mesure de leurs conversations quotidiennes autour d’une tasse de thé, propices à des confidences où Alice se livre telle qu’elle est, spontanée, tout entière dans l’instant vécu, se (re)posant d’un amour à l’autre, quels que soient les coups du sort que le destin ne lui épargne pas…

Si Paul, visiblement, est d’emblée fasciné par cette tante surgissant soudain dans sa vie, il n’en a pas été de même pour moi. Est-ce son côté « qui ne pensait jamais à rien » auquel le titre fait explicitement référence qui m’a gênée ? Je ne sais trop mais il est vrai que j’ai eu l’impression qu’Alice se laissait porter par les rencontres qu’elle faisait, se laissait aimer sans se poser de questions et je n’y ai pas cru. Je pense aussi que je m’attendais à un roman du style de « La délicatesse », où les événements les plus primesautiers sont présentés de manière si pétillante que le lecteur en est ravi.
Point de ravissement pour moi, ici (mais « La délicatesse » n’a pas non plus ravi tout le monde !). La vie d’Alice, lestée de bon nombre de drames, est narrée de façon alerte et légère, mais cette légèreté m’a donné une impression d’inconsistance : j’attendais du champagne et je n’ai eu que les bulles…

« Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) », Francis DANNEMARK
Editions Robert Laffont (185 p)
Paru en avril 2013
Keisha, Cachou et Anne viennent aussi de le lire et ont beaucoup aimé.

L'île des beaux lendemains
A 73 ans, Jacqueline décide un beau jour de laisser (provisoirement ?) son mari Marcel, avec lequel elle a vécu plus de 50 ans d’un mariage bourgeois, sans amour ni enfant, pour aller retrouver, sur l’île d’Yeu, une cousine qu’elle n’a pas vue depuis ses 17 ans, Nane.
Ce sont les papillons et les vents qui narrent l’histoire de cette échappée jointe à de tardives retrouvailles avec, entre autres, les contrecoups qu’elles ont sur la vie de Marcel.

Ce livre fait l’objet de nombreux billets enthousiastes chez mes copines blogueuses (billets auxquels je vous renvoie pour faire bonne mesure avec le mien). Malgré tout, je craignais qu’il ne soit pas pour moi… et mon intuition ne m’avait pas trompée.
Le parti pris d’avoir recours aux papillons et aux vents pour présenter le récit ne m’a pas convaincue car je l’ai trouvé artificiel. Le procédé consistant à repousser au plus loin les révélations quant aux motivations de Jacqueline m’a paru trop visible et, surtout, le personnage (comme la plupart des autres, d’ailleurs) m’a semblé trop daté pour que sa situation et ses états d’âme m’interpellent. Certes, ce roman s’appuie sur l’idée (positive en soi) que, même âgé, l’individu peut se remettre en question ou réaliser ses rêves, mais j’ai eu du mal à y croire (en plus de ne pas m’y reconnaître personnellement (je me vois mal attendre d’avoir plus de 70 ans pour faire ce qui me tient à cœur, si c’est matériellement envisageable) ). Et le fait que l’héroïne, si longtemps figée dans son mode de vie bourgeois, ne suscitait aucune once d’empathie chez moi, n’a rien arrangé.

« L’île des beaux lendemains », Caroline VERMALLE
Editions Belfond (245 p)
Paru en mars 2013


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« Karoo », Steve TESICH

Présentation de l’éditeur :
[…] Ce roman est l’odyssée d’un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul « Doc » Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et « sauve » le travail des autres. En tant qu’homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d’alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d’intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité. Même s’il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu’à ce qu’une occasion unique se présente à lui : en visionnant un film, il fait une découverte qui l’incite à prendre des mesures extraordinaires pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter. Si Karoo est bien l’ambitieux portrait d’un homme sans cœur et à l’esprit tordu, c’est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C’est cynique. C’est sans pitié. C’est terriblement remuant. C’est à la fois Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow.

« Karoo » raconte certes une histoire, mais qu’elle tarde à démarrer ! En attendant, la personnalité atypique de Karoo nous est exposée en long, en large et en travers. Bien sûr, la présentation se veut dynamique et prend la forme de diverses scénettes où il est confronté à ses proches et aux gens qu’il fréquente. Mais cela n’a pas suffi à retenir mon attention, une fois appréhendés les contours originaux de l’énergumène. Et si l’humour est présent, je n’y ai pas été sensible puisque même le moment de bravoure virant au grand guignol qu’est son rendez-vous médical n’est pas parvenu à me faire sourire.
J’envisageais donc un abandon pour cause d’ennui patent, quand le récit a commencé à prendre, au-delà de la farce (ou tragicomédie) qu’est la pseudo-vie de Karoo, une tournure un peu plus dramatique, avec l’épisode où notre homme emmène une jeune et jolie jeune fille, Laurie, aux yeux de laquelle il représente une respectable figure paternelle, à un dîner mondain avec le très cynique producteur Cromwell. A partir de là, l’enchaînement des événements était plus dynamique et je me suis dit (il était temps, j’atteignais les 200 pages !), que je mordais enfin à l’hameçon.
Malheureusement, je m’étais trompée et j’ai recommencé, plus loin (et là, j’avais trop avancé pour abandonner) à trouver que les choses s’éternisaient. Le style était certes alerte mais on tournait à nouveau autour des mêmes considérations, du même nombril, on piétinait avec un anti-héros se lançant dans une entreprise de réécriture de sa vie où il s’avérait toujours irrémédiablement semblable à lui-même, à savoir quelqu’un n’ayant aucune idée (je le cite) de son vrai moi, « ayant toujours senti qu’[il] pouvait être n’importe qui ».

J’ai forcé par pure curiosité : « Karoo » était apparemment devenu un phénomène éditorial, du fait de son lancement par des libraires passionnés et je ne demandais qu’à partager un tel engouement (je ne voulais pas passer à côté de quelque chose), consciente d’avoir la chance de pouvoir le lire en bibliothèque et me faire mon idée à son sujet. Mais j’ai opté, en attaquant la seconde moitié du roman, pour la lecture en mode rapide, car je n’en pouvais plus de m’engluer ainsi dans une histoire qui n’en finissait pas.
Parvenue au bout, j’ai eu la satisfaction du devoir accompli, pardon, de la curiosité satisfaite, mais c’est bien tout (oui, je le confesse, zéro empathie pour Karoo, pas d’antipathie non plus, on va dire de la compassion… mais ai-je réellement cru à ce personnage tout en faux-semblants, y compris vis-à-vis de lui-même ? en tout cas son destin n’a pas réussi à me toucher) !

« Karoo » n’est pas un roman inintéressant (on y décortique minutieusement un homme comme on le fait souvent dans les romans et cet homme essaie de changer, au travers d’événements qu’il maîtrise plus ou moins), mais il ne m’a que très modérément intéressée (tant pis pour moi). Passer autant de temps avec un individu (bien plus pathétique que détestable) qu’on parvient à cerner et qui n’évolue pratiquement pas ou si peu, m’a lassée. On n’est finalement, sinon jamais, du moins pas souvent, surpris par ce qui arrive (c’est que notre héros devient de plus en plus prévisible), malgré quelques idées de scénario (le métier de Karoo rejaillit sur moi) percutantes. Quant aux considérations sur le monde moderne (et l’individu au sein de celui-ci) que le roman peut véhiculer, elles concernent surtout un certain milieu et, à l’image du reste du propos de l’auteur, elles n’ont trouvé que fort peu d’écho chez moi (on va dire que je n’étais plus réceptive).

Il ne me reste qu’à vous renvoyer vers le billet enthousiaste et argumenté d’In Cold Blog (en le lisant, et alors que je sortais de la lecture, un rien fastidieuse, de « La conjuration des imbéciles », je m’étais pourtant immédiatement dit  que ce roman n’était pas pour moi… comme quoi il faut parfois se fier à ses premières impressions) et vers les liens qu’il indique, auxquels j’ajoute, car leurs avis sont parus ensuite, ceux de ClaraDasola et Lucie (à compléter ad libitum par toutes les critiques élogieuses qu’on peut trouver sur le net) : de quoi vous convaincre d’aller, à votre tour, vous frotter à ce fameux « Karoo » !

« Karoo », Steve TESICH
Editions Monsieur Toussaint Louverture (607 p)
Paru en février 2012


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« Barbe bleue », Amélie NOTHOMB (deux avis !)

Saturnine, jeune Belge professeur à l’école du Louvre, postule pour une colocation idéale : une chambre de 40 m2 dans le 7ème arrondissement, pour 500 € par mois ! Alors, certes, le propriétaire, un noble Espagnol répondant au nom de don Elemirio Nibal y Milcar, s’avère quelque peu mystérieux et lui signifie qu’il lui en cuirait de franchir la porte de sa chambre noire, mais qu’importe : l’affaire est trop tentante et avoir incidemment appris que huit femmes l’avaient précédée pour disparaître depuis ne l’effraie pas.
Saturnine prend donc possession de son nouveau logement. Dès le premier soir, elle est invitée à dîner par don Elemirio, qui rompt ainsi avec son habitude de vivre en ermite. Il ne tarde pas à tomber sous le charme de l’impudente (et pas du tout charmée) jeune femme, au fil d’une série de rencontres autour de mets choisis bientôt accompagnés de champagne …

Mon avis :

Que dire de ce nouvel opus d’Amélie Nothomb ?
Je crois que j’en attendais, au moins, un certain divertissement, voire une agréable surprise car l’auteur a du talent (quand elle ne cède pas à la facilité). Mais, après un début tonique et intrigant qui m’a séduite, j’ai commencé à sombrer dans un ennui de plus en plus profond et seule l’accélération finale du récit est parvenue à réveiller mon intérêt. Les échanges (une forme de marivaudage, au moins du côté de l’étrange seigneur espagnol) entre Saturnine et le propriétaire, malgré, à l’occasion, quelques considérations, aphorismes ou réparties prêtant à l’esquisse d’un sourire, quelques réflexions sur fonds d’érudition non masquée, m’ont très rapidement paru tourner à vide. Pourtant la relation évolue, j’en ai conscience, insensiblement puis de manière de plus en plus nette. Entre temps le champagne, dont on sait qu’il est cher à l’auteur, a fait son apparition et ne quittera plus le devant de la scène (mais cela suffit-il à nourrir un texte ?!).

Bref, je crois que, dans sa version papier, le livre me serait tombé des mains, malgré sa construction habile et une poignée de trouvailles pour asseoir l’histoire, le tout ne suffisant pas, à mon sens, à donner de l’étoffe au roman.
Heureusement, c’est avec lui que j’ai expérimenté l’audiolivre, donc je me suis laissée sans trop regimber conduire jusqu’au bout. J’ai apprécié les couleurs données par la voix de la comédienne, Claire Tefnin, une voix un peu haute et aux inflexions facilement ironiques dont j’ai eu l’impression qu’elle ressemblait un peu à celle de l’auteur et qui, en tout cas, se prêtait fort bien à ce texte. J’ai retrouvé avec cette écoute (et alors que je ne suis pourtant pas amatrice des « lectures », telles qu’elles sont, ces temps-ci, devenues coutumières dans les théâtres) ce plaisir d’enfance de m’entendre lire une histoire comme autrefois on me lisait un conte (et puisqu’il s’agit d’un roman intitulé « Barbe Bleue », je ne pouvais pas mieux tomber !).Enfin, j’ai été très sensible à la mise en ambiance musicale (introduction et virgules sonores entre les chapitres), écho particulièrement approprié au roman.
Conclusion ?
Avec ce roman-ci, Amélie ne m’a pas (du tout) convaincue, mais le livre audio, si !

Pour nuancer mon avis guère positif, voici celui de Miss Ariane (17 ans et ½ (c’est important, le ½ 😉 !)). Elle a lu in extenso l’œuvre d’Amélie Nothomb (c’est loin d’être mon cas) et découvert son dernier ouvrage dans sa version non pas audio mais papier.

L’avis d’Ariane :

Autant le dire tout de suite : rien ne surprendra l’habitué de Nothomb dans ce dernier roman. On y retrouve des personnages presque familiers : l’homme est amoureux fou, la femme courageuse et a les pieds sur terre. Le huis-clos et l’importance des dialogues (on pourrait presque imaginer une interprétation théâtrale du roman) sont autant d’éléments que l’auteur a déjà pu exploiter depuis « Hygiène de l’assassin », en passant par « Péplum », « Mercure » et bien d’autres. Les thèmes, eux aussi, sont récurrents dans l’œuvre de Nothomb : la fascination amoureuse, la Beauté, l’ombre du meurtre, sans oublier le champagne. En somme, un nouveau roman, oui ; un nouvel univers, non.
Cependant, j’aime l’univers de Nothomb. Et me replonger dans celui-ci, aussi familier soit-il, ne m’a pas dérangée le moins du monde. Les dialogues sont vifs, l’atmosphère légèrement angoissante. Contrairement à Brize, je n’ai pas ressenti la moindre pointe d’ennui durant cette lecture. Il me faut tout de même souligner que, si la version audio offre 2h40 d’écoute, la version papier est lue en une petite heure. Pas de grands rebondissements cependant durant ce qui semble être un dialogue presque continu. Nous demeurons les spectateurs de la relation qui se forge entre les deux personnages principaux, jusqu’à son apogée.
D’après moi, ce roman satisfera les amateurs de Nothomb à l’exigence modérée, mais décevra peut-être ceux qui s’attendaient à quelque chose de réellement novateur. Une lecture sympathique, donc, mais certainement pas un de mes « Nothomb » préférés.

« Barbe bleue », Amélie NOTHOMB
Audiolib
et aux Editions Albin Michel (180 p)
Paru en août 2012

Allez, vous reprendrez bien deux autres avis : chez Géraldine, enthousiaste et Stephie, qui ne l’est pas du tout !


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« La conjuration des imbéciles », John Kennedy TOOLE

La Nouvelle Orléans, années 60.
A trente ans, Ignatius Reilly, après quelques années universitaires où il a pu donner libre cours à son intelligence critique, vit toujours sous le toit de sa mère. Gros, affublé en permanence d’une casquette de chasse dont les oreillettes lui permettent de se protéger prudemment des méfaits du monde extérieur, Ignatius est un personnage remarquable au sens propre du terme : hypocondriaque (à la moindre contrariété, son anneau pylorique se bloque), réfractaire au contact avec ses semblables dont l’indigence mentale consterne ce philosophe, il passe son temps à vilipender les programmes télé en se goinfrant de cochonneries (quand il ne fait pas de même dans les salles de cinéma en se gaussant à voix haute des acteurs) et en envoyant sa mère au diable. Le sol de sa chambre est couvert des feuillets sur lesquels il rédige régulièrement ses réflexions quant aux  vices d’un siècle dont il se fait le contempteur. S’y joindront des chroniques en forme d’autofiction de ses aventures personnelles dans le monde du travail.
L’histoire commence alors qu’il attend sa mère devant un magasin, où son apparence hors normes attire l’attention d’un policier…
S’ensuivent une série de péripéties avec une conséquence majeure : Ignatius doit absolument trouver un travail car les finances maternelles sont épuisées. Mais avec un tempérament comme le sien allié à une mauvaise volonté manifeste, la recherche s’avère difficile. Jusqu’à ce que Ignatius trouve une entreprise aussi exceptionnelle que lui, où il va pouvoir déployer ses talents et, qui sait, réussir à lutter contre les avanies contemporaines. De quoi montrer à son ex-camarade d’université, la très militante Myrna Minkoff, que lui aussi est capable de partir en croisade…
En parallèle aux aventures d’Ignatius, on suit celles de l’agent de police Mancuso, condamné par sa hiérarchie à revêtir chaque jour un déguisement différent pour, enfin, arrêter des suspects. Et aussi celles de Jones, un noir à la langue bien pendue qui, afin d’échapper à la prison pour vagabondage, accepte un travail sous-payé de balayeur dans un bar dont la toute puissante patronne se livre à certains agissements quelque peu suspects.

Voilà un drôle de roman (culte, réputé pour son humour iconoclaste) que je n’ai pas vraiment trouvé drôle (y compris pour ce qui concerne les personnages annexes, l’aspect comique de répétition, entre autres, ne m’ayant pas convaincue), et qui me laisse fort embarrassée au moment de le commenter…
Avant de me décider à l’emporter en vacances, j’en avais lu quelques pages qui m’avaient plu car elles me paraissaient cocasses. Rapidement, cependant, cette impression initiale a cédé la place à une certaine lassitude, au point que je me suis acquittée de ma lecture sans réel plaisir. J’étais toujours curieuse, certes, de voir ce qu’il allait arriver à cet incroyable Ignatius Reilly, mais pas passionnée , intéressée mais pas subjuguée, ne souriant que très occasionnellement en découvrant les aventures ou les méprises successives du héros.
Pourtant, le récit est habilement construit en un crescendo qui joue sur le croisement des différentes trames narratives et on se demande où il nous mènera. Mais l’accumulation en mode boule de neige de situations de plus en plus ENORMES, au lieu de retenir mon attention, mettait le roman de plus en plus à distance et même les diversions provoquées par les autres protagonistes du roman n’ont pas réussi à retenir mon intérêt.
Au milieu de cet invraisemblable amas foutraque, je peinais à démêler le bon grain de l’ivraie, les réparties frappées au coin d’une indéniable clairvoyance quant à notre mode de vie contemporain noyées au sein des élucubrations en forme de diatribes d’un anti-héros n’attirant aucune sympathie, quand elles ne sont pas imbriquées dans un raisonnement déraisonnable, dès lors qu’Ignatius essaie de se mettre à agir sur les gens et les choses .

Pamphlet nihiliste, fable avant-gardiste et absurde où la mise en oeuvre non maîtrisée de tentatives de sabotages sociétal rime avec chaos, mais aussi portrait d’un individu bouffi de lui-même, contradiction vivante entre l’intelligence voire la rouerie et l’inadaptation volontaire à un environnement honni vu au travers du prisme stigmatiseur de ses propres vues, « La conjuration des imbéciles » a bousculé tous mes repères et je demeure perplexe quant au dessein de l’auteur.
Il reste que son roman ne ressemble à rien de ce que j’aie pu lire jusque là, tout en outrance et démesure, satire décapante sur fond de pantalonnade, farce monstrueuse et dévastatrice, où l’humour côtoie en permanence le grotesque.

« La conjuration des imbéciles », John Kennedy TOOLE
éditions 10/18 (478 pages écrites bien serrées)

Au sujet de l’auteur :
John Kennedy Toole s’est suicidé, à 32 ans, en 1969, alors qu’il avait échoué à se faire reconnaître en tant qu’écrivain. C’est grâce à l’acharnement de sa mère que « La conjuration des imbéciles » fut ultérieurement publiée et le roman obtint le prix Pulitzer en 1981.
J.K.Toole est aussi l’auteur de « La Bible de néon ».