Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Amelia », Kimberly McCreight

ameliaAmelia a 15 ans et tout va pour le mieux dans le lycée de prestige où elle étudie. Intelligente et sportive, elle s’entend parfaitement avec sa mère, Kate, qui l’élève seule et regrette de n’avoir que peu de temps à lui consacrer en dehors de celui qu’elle passe dans son important cabinet d’avocats.
Pourtant, un jour, accusée de tricherie, elle se suicide en sautant du toit de son établissement scolaire.
Dévastée par le chagrin, Kate est  aussi dévorée de culpabilité, jusqu’au jour où elle reçoit un SMS lui affirmant : « Amelia n’a pas sauté » …

J’avais repéré ce titre sur les blogs et n’ai pas hésité lorsque je l’ai vu sur le présentoir de la médiathèque : bonne pioche, car je l’ai lu quasiment d’une traite !
Certes, on connaît dès les premières pages l’issue fatale de l’histoire, mais tout l’intérêt réside dans la résolution de cette question : que s’est-il passé exactement sur ce toit d’où Amelia aurait sauté ? Et pour répondre à cette interrogation, ce sont les semaines précédant l’événement que Kate va explorer au travers des traces qui en restent (SMS, emails) et des témoignages de ceux qui ont côtoyé sa fille, reconstruisant ainsi des aspects de son existence qui lui avaient totalement échappé. Le récit de son enquête croise celui d’Amelia.

« Amelia » est le portrait réussi d’une adolescente dont la petite vie sans histoire a pris un virage imprévu. Les circonstances en cause et leur enchaînement sont présentés de manière crédible car fondés sur la psychologie des divers protagonistes, plutôt bien étudiée. Le seul élément qui m’y est apparu comme une facilité un peu trop marquée faisait partie des fausses pistes vers lesquelles j’ai apprécié que l’auteur nous mène.

Un roman à suspense qui tient ses promesses, autour des deux personnalités attachantes d’une fille et de sa mère.

J'ai bien aimé !« Amelia », Kimberly McCREIGHT
Titre original Reconstructing Amelia (2013)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elodie Leplat
Editions du Cherche-Midi (523 p)
Paru en août 2015

Les avis de : Cathulu, Cuné, Keisha, Stephie


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« Vie animale », Justin TORRES

Ils sont trois frères : dans l’ordre, le benjamin (qui est le narrateur actuel) âgé de 7 ans, Joël, deux ans de plus et Manny, d’un an son aîné. Trois garçons métis unis dans le tohu-bohu d’une vie à la va comme je te pousse, auprès de parents qui ont eu le premier trop jeunes (Ma avait 14 ans et Paps 16), elle petite et blanche et lui un gaillard portoricain. A côté d’eux, présents-absents entre les galères de leurs jobs respectifs et la nécessité de survivre au quotidien, les garçons croissent comme des chardons sauvages, quelques fleurs pour quantité de piquants autour. Ils sont prompts à la castagne, un peu fous parfois, souvent à la limite de ce qui est toléré. C’est une famille en mode animal, mais dont la tendresse et le rêve ne sont pas exclus.

Succession syncopée d’instantanés d’une sidérante vitalité, quand ce n’est de bruit et de fureur car les liens familiaux se conjuguent fréquemment sur le mode du pugilat, « Vie animale » atteint le lecteur de plein fouet. Placé à la hauteur du jeune narrateur dont le « je » s’efface régulièrement derrière le « on » du trio de frères, il recueille ses éclats de souvenirs comme autant de fragments d’un miroir brisé. Parfois, c’est un rayon de soleil qui s’y reflète en un éblouissant scintillement. A d’autres moments, l’éclat est si coupant qu’on s’y entaille la chair profondément.
Le livre s’achève sur une séquence en quatre temps marquant le passage à l’âge adulte du narrateur : vingt pages inattendues, en nette rupture avec ce qui précède et dont on sort littéralement groggy.

Un premier roman impressionnant !

Extrait :
Paps a mis la musique encore plus fort, si fort que même si on avait hurlé, on ne nous aurait pas entendus, si fort que Paps avait l’impression d’être très loin, presque hors d’atteinte, alors qu’il était devant nous. […]
« Dansez comme si vous êtiez riches ! » a crié Paps, sa voix puissante tonnant par-dessus la musique.
On s’est mis sur la pointe des pieds, on a haussé le nez et on a relevé le petit doigt en l’air.
« Z’êtes pas riches ! A gueulé Paps. Alors dansez comme si vous êtiez pauvres ! »
On a plié les genoux, on a serré les poings et on a tendu les bras sur le côté. On agitait les épaules et on rejetait la tête en arrière, on était sauvages, libres, légers.
« Z’êtes pas pauvres non plus ! Dansez comme si vous étiez blancs ! »
On a imité des robots raides et figés, sans un sourire. Joel était le plus convaincant : on l’avait vu s’exercer dans sa chambre.
« Z’êtes pas blancs ! a crié Paps. Dansez comme si vous étiez portoricains ! »
On s’est arrêtés un instant, le temps de souffler. Et on a dansé le mambo le mieux possible, cherchant à être souples mais sérieux, à ressentir le rythme dans nos pieds et derrière le rythme, le beat. Appuyé au comptoir, Paps nous regradait en buvant de longues gorgées de bière.
« Imbéciles ! il a crié. Z’êtes pas blancs, z’êtes pas portoricains. Regardez comme dans un vrai de vrai, regardez comme on danse dans le ghetto ! »
[…]
« Voici votre héritage ! » il s’est exclamé, à croire que grâce à cette danse, on pouvait connaître son enfance, la savoeur et le grès des immeubles de Spanish Harlem et des lotissements de Red Hook, des salles de bal, des parcs en ville, et de son père, comment il le battait, comment il lui avait appris à danser, à croire qu’on pouvait entendre parler espagnol dans ses mouvements, à croire que Porto Rico était un type en robe de chambre qui descendait bière sur bière en les levant très haut avant de les boire, la tête en arrière, sans cesser de danser, de danser et de claquer les doigts toujours en rythme.

« Vie animale », Justin TORRES
Editions de l’Olivier (139 p)
Paru en janvier 2012

L’avis d’Yspaddaden


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« Maïté Coiffure », Marie-Aude MURAIL

Quatrième de couverture :
Louis Feyrières doit faire un stage d’une semaine, comme tous les élèves de troisième. Où ? Il n’en sait rien. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aime pas l’école et qu’il ne se sent bon à rien.
« J’ai ma coiffeuse qui prend des apprentis, dit Bonne-Maman, lors d’un repas de famille. Stagiaire, c’est presque pareil. »
Coiffeur ? c’est pour les ratés, les analphabètes, décrète M.Feyrières qui, lui, est chirurgien. Louis se tait. Souvent. Mais il observe. Tout le temps. Comme il n’a rien trouvé d’autre, il entre comme stagiaire chez Maïté Coiffure. Et le voilà qui se découvre ponctuel, travailleur, entreprenant, doué !
L’atmosphère de fièvre joyeuse, les conversations avec les clientes, les odeurs des laques et des colorants, le carillon de la porte, les petits soucis et les grands drames de Mme. Maïté, Fifi, Clara et Garance, tout l’attire au salon. Il s’y sent bien, chez lui.
Dès le deuxième jour, Louis sait qu’il aura envie de rester plus d’une semaine chez Maïté Coiffure. Même si son père s’y oppose.

J’avais déjà lu quelques romans de Marie-Aude Murail mais pas celui-ci, alors qu’il fait partie des plus connus. Il a suffi cependant que j’apprenne que mon neveu (pas vraiment un fan de lecture) le lisait au collège (et l’appréciait) pour que j’aille à sa découverte.

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