Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« L’imprévu », Chris BOHJALIAN

imprevuRichard Chapman, banquier quadragénaire auquel tout a réussi, participe à l’enterrement de la vie de garçon de son frère cadet dans sa propre demeure, qu’il a obligeamment prêtée pour l’occasion. La soirée, copieusement arrosée, s’échauffe encore avec la présence de deux jeunes stripteaseuses russes, accompagnées de leurs gardes du corps … et finit par déraper tragiquement, de la manière la plus imprévisible qui soit.
En état de choc, Richard téléphone à son épouse pour lui raconter le drame qui s’est déroulé chez eux, et ne parvient pas à passer sous silence la manière dont il s’est, de son côté, un peu trop laissé aller.
La tempête médiatique déchaînée par les événements risque alors de tout emporter sur son passage : son emploi dans une banque respectable, qui craint pour sa réputation, et sa famille, car sa femme et sa petite fille lui en veulent de ce qui leur arrive.
La chronique de cette soudaine traversée du désert, telle que chacun d’eux la vit, croise le récit d’Alexandra, une des deux jeunes stripteaseuses qui sont en réalité victimes d’esclavage sexuel.

Remarque liminaire : il m’a fallu accepter que Richard Chapman ait pu offrir sa maison comme cadre de l’enterrement de vie de garçon de son frère, quel manque de circonspection de sa part quand on connaît le caractère dissipé du frangin, mais de toute façon je n’avais pas le choix car sans cette soirée, pas d’histoire.

Même si, excepté dans la dernière partie, il n’y a pas d’enjeu narratif autre que l’évolution psychologique des différents protagonistes, directement liée aux répercussions du drame dans leur vie quotidienne ( = comment leur environnement familial, amical et professionnel réagit), je n’ai pas pu lâcher ce roman, tant j’y étais immergée. Tout y sonne juste, aussi bien la peinture des caractères que le récit d’Alexandra, pour lequel l’auteur s’est dûment documenté et qui illustre la manière dont peut fonctionner l’esclavage sexuel en Russie. On lit, et on souffre avec les personnages (y compris celui de Richard, un homme droit qui n’en méritait pas tant), sans avoir la sensation d’être voyeur : l’auteur n’a en effet pas cédé à la facilité puisqu’il ne s’autorise aucune scène de sexe, alors que c’est bien le sexe qui est le moteur du roman.
Un roman sombre et prenant.

J'ai bien aimé !« L’imprévu », Chris BOHJALIAN
Titre original The Guest Room (2016)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas
Editions Le Cherche Midi
Paru en mars 2017
Lu en numérique via NetGalley


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« Agatha Raisin enquête – La quiche fatale », M.C BEATON

agatha-raisin-et-la-quiche-fataleA cinquante-trois ans, l’énergique Agatha Raisin a décidé de laisser tomber Londres et la florissante agence de relations publiques qu’elle dirige, pour se retirer dans un charmant cottage dans les Costwolds : elle vient de l’acheter et de le faire aménager, réalisant ainsi un rêve qu’elle nourrissait depuis fort longtemps.
A peine installée, elle décide d’accélérer son intégration villageoise en participant au concours gastronomique local et, comme elle est incapable de cuisiner, file acheter une quiche chez un traiteur réputé à Londres. Manque de chance : non seulement, sa quiche ne gagne pas, mais elle fait une victime par empoisonnement !
Le remords et la curiosité aidant, Agatha Raisin commence à fourrer son nez un peu partout, ce qui n’est pas du goût de tout le monde …

Il a fallu un énième billet sur ce livre (merci Kathel) pour que je me décide enfin à ne pas le zapper : je l’avais pourtant vu fleurir sur les blogs il y a quelques mois, mais le titre et la couverture ne m’avaient pas donné envie d’aller y regarder de plus.
J’ai donc fait la connaissance de cette chère Agatha Raisin, je dis chère parce que je l’ai bien aimée, avec son côté pète sec / brut de décoffrage mais pas irrécupérable non plus, il y a bien un cœur qui bat sous l’enveloppe plutôt revêche de cette robuste femme d’âge mûr au physique quelconque. La voir chercher à faire son trou dans son nouvel habitat est réjouissant : elle y met la pugnacité qui a fait son succès professionnel mais ça ne marche pas forcément et elle en vient à s’interroger sur sa décision d’exil loin de Londres.

C’est davantage les heurs et malheurs du personnage et le microcosme (le village avec son pub, ses dames patronnesses + quelques figures hautes en couleur) ainsi que la région (très l’Angleterre-telle-qu’on-se-la-représente) dans lesquels il évolue qui m’ont intéressée que l’ « enquête » à proprement parler. Celle-ci se poursuit au demeurant tranquillement au fil des pages, sans qu’Agatha y prenne toujours une part active. Il faut dire que Billy Song, jeune policier qui a su d’emblée passer outre la rugosité de son caractère, est inquiet pour elle et n’arrête pas de chercher à la dissuader de poursuivre ses investigations.

Premier volet des aventures d’Agatha Raisin, enlevé et amusant, « La quiche fatale » est un sympathique divertissement !

J'ai bien aimé !« Agatha Raisin enquête – La quiche fatale », M.C. BEATONyear-in-england
Titre original The Quiche of Death (1992)
Traduit de l’anglais par Esther Ménévis
Editions Albin Michel
Paru en juin 2016 (320 p)


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« Une illusion d’optique », Louise PENNY

illusion-doptique« Dans cette affaire de meurtre, il est question de contrastes, dit Gamache d’une voix douce. De sobriété et d’alcoolisme. Des apparences et de la réalité. De changement, en bien ou en mal. De jeux d’ombre et de lumière. » J’ajouterais qu’il est aussi beaucoup question de pardon.
Three Pines, les amateurs de Louise Penny (pour ma part, je n’en suis qu’à ma deuxième lecture de l’auteur, après « Révélation brutale ») ont pu le constater comme l’inspecteur-chef Gamache, est un petit village perdu du Québec (inutile de le chercher sur une carte, on a oublié de l’y faire figurer) où régulièrement, la mort s’invite sous sa forme la plus violente.
Ici, le meurtre est celui d’une inconnue, découverte dans le jardin de Clara Morrow, artiste peintre dont une exposition au Musée d’art contemporain de Montréal venait enfin de reconnaître le talent. Dans son prolongement, une fête avait eu lieu chez elle, mais aucun des participants ne reconnaît la mystérieuse victime assassinée cette nuit-là.
Gamache mène l’enquête, aidé de son bras droit, l’inspecteur Jean-Guy Beauvoir. Celui-ci peine davantage encore que son chef à se remettre des événements tragiques évoqués dans l’épisode précédent (« Enterrez vos morts », que je n’ai pas lu et dont je découvre a posteriori qu’il formait un diptyque avec « Révélation brutale », trop tard puisque maintenant je sais tout). Les séquelles sont là et le trouble qu’elles génèrent chez lui parcourra tout le roman (au point de me donner envie de ne pas rater l’épisode suivant pour savoir ce qu’il adviendra de Jean-Guy et de l’investigation relative à certaine cassette vidéo, mais je m’éloigne du sujet proprement dit).
« Une illusion d’optique » est un roman policier de facture classique (avec une scène finale de résolution de l’énigme à la Agatha Christie) que je qualifierais de reposant, parce qu’il n’y a rien de glauque (bon, OK, il y a quand même un meurtre, mais pas avec une mise en scène macabre, des mutilations et autres réjouissances dont le polar actuel est friand). On navigue dans le monde de l’art, où c’est une critique dans la presse qui est capable d’assassiner un artiste. Au point que, sa vie détruite, il peut finir par se retrouver aux Alcooliques Anonymes. Ces deux environnements, nous les fréquenterons pour les besoins de l’enquête et ils ne manquent pas d’intérêt.
Gamache, la cinquantaine bien sonnée (il n’est pas loin de la retraite) est un policier intelligent et bienveillant (pas de héros torturé chez Louise Penny, encore que Jean-Guy dont je parlais plus haut en prenne le chemin) qui mène ses investigations de manière posée et méticuleuse. Le roman tisse tranquillement sa toile autour du lecteur. Même si on est curieux de la découvrir, l’identité du meurtrier (les candidats sont nombreux et il n’y aura pas de révélation ébouriffante lors du dénouement) importe moins que l’examen attentif d’un petit groupe d’individus (dont le couple Clara et Peter) dont on se souciera tout du long.

J'ai bien aimé !« Une illusion d’optique », Louise PENNY
titre original A Trick of the Light
traduit de l’anglais (Canada) par Claire Chabalier et Louise Chabalier
éditions Actes Sud – collection Actes Noirs (428 p)
paru en novembre 2017


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« La maison où je suis mort autrefois », Keigo HIGASHINO

maison où je suis mortUn an après la mort de son père, Sayaka Kurahashi trouve dans ses affaires une étrange clé à tête de lion et un plan. Elle comprend qu’il s’agit du lieu mystérieux où il se rendait occasionnellement, seul et contacte l’homme avec lequel elle vécut naguère pour lui demander de l’accompagner sur place. Sayaka espère y découvrir la raison pour laquelle elle n’a aucun souvenir de son enfance avant l’âge de huit ans …

J’ai fait la connaissance de Keigo Higashino avec « L’équation de plein été », dont je garde un bon souvenir (assez précis, curieusement, alors que tant de livres s’effacent). J’étais donc curieuse de découvrir ce titre, le plus connu de l’auteur je crois. Le roman est court, raison pour laquelle je me suis abstenue de vous délivrer trop d’informations en vous le présentant (il y en a beaucoup plus sur la quatrième de couverture), autant vous laisser le plaisir de la découverte. Il démarre assez lentement, en particulier lors de l’exploration des différentes pièces de la maison, que je commençais à trouver un peu fastidieuse (oui, je ne suis pas très patiente quand je lis un roman noir, j’attends que ça avance plus vite dans ce type de littérature). Mais ma réserve est tombée au fur et à mesure que, comme les deux jeunes gens dans les lieux, je tâchais de rapprocher les indices fournis par la maison pour reconstituer ce qui s’y était joué.

L’atmosphère est pesante et la personnalité perturbée de Sayaka, qui se révèle au fil des pages, finement abordée. « La Maison où je suis mort autrefois » est un (bref) roman sombre à souhait qui méritait bien un détour !

J'ai bien aimé !« La Maison où je suis mort autrefois », Keigo HIGASHINO
Titre original Mukashi hokuga shinda ie (1994)
Traduit du japonais par Yutaka Makino
Editions Actes Sud (254 p)
Paru en 2010


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« Une disparition inquiétante », Dror MISHANI

disparitionLorsque, un mercredi soir, l’inspecteur Avraham Avraham reçoit Hannah Sharabi, venue signaler l’absence de son fils Ofer qui n’est pas revenu du lycée, il essaie de la convaincre qu’il est encore trop tôt pour parler de « disparition inquiétante ». Mais quand celle-ci est avérée, l’enquête s’enlise tant elle bute sur une totale absence de piste.
Pendant ce temps-là, le voisin habitant l’appartement en dessous des Sharabi paraît extrêmement perturbé et concerné par ce qui est en train de se jouer …

Commençons tout de suite par faire un sort à ce qui m’a déplu dans ce roman made in Israël, à savoir la figure de l’inspecteur Avraham Avraham, notre « héros » guère perspicace (à deux reprises, il a des trucs évidents sous le nez et ne les voit pas !). Je m’interroge sur le dessein de l’auteur à ce sujet. Déjà, il a choisi d’affubler son personnage d’un prénom + nom identiques en sachant pertinemment que c’était ridicule (un agent d’un autre service se moque de lui à ce sujet). En outre, A.A. s’affiche comme un lecteur assidu de romans policiers étrangers (car selon lui le polar en Israël ne peut guère exister pour la raison suivante : « Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. ») et en tant que tel capable d’en déceler toutes les failles et d’y repérer le vrai coupable (sic !). Mais dans la réalité ses capacités en la matière ne sont pas manifestes du tout. Enfin, à 38 ans, il a toujours besoin de se sentir rassuré par son chef féminin Ilana (avec laquelle, pourtant, il semblerait avoir déjà résolu nombre d’affaires). Bref, l’inspecteur et l’homme me laissent plus que dubitative.

Heureusement, j’ai quand même bien accroché à l’histoire et n’ai eu aucune difficulté à suivre l’affaire jusqu’à son dénouement (en deux temps, le second in extremis, imprévu et subtil, qui projette sur l’histoire, rétrospectivement, un autre éclairage). La figure du voisin, Zeev Avni, dont les réactions et agissements sont présentés en contrepoint de ceux de A.A., donne au récit un relief tout particulier dont l’originalité m’a séduite.

Pas grand-chose à attendre, en revanche, pour l’aspect découverte du pays où se passe le roman. L’intrigue se déroule à Holon, une banlieue au sud de Tel-Aviv, dont on aura un vague aperçu (des immeubles et des dunes de sable). De la vie en Israël on notera, si on l’ignorait, que la semaine démarre le dimanche, après la journée du shabbat du samedi. Quant à la question arabe, elle ne sera évoquée qu’une seule fois, mais justement pour la mettre de côté, car elle n’a pas de rapport avec l’histoire en question.

Un bilan en demi-teinte, donc, mais un bon moment de lecture malgré tout (toutefois la personnalité de l’enquêteur ne me donne pas envie de l’accompagner dans la suite de ses aventures, puisqu’il s’agit là du premier d’une série : le deuxième est paru en France en 2015 sous le titre « La violence en embuscade »).

J'ai bien aimé !« Une disparition inquiétante », Dror MISHANILire-le-monde-icone
Titre original Tik N’Edar (2011)
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Editions du Seuil (321 p)
Paru en 2014


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« Un père idéal », Paul CLEAVE

père idéalA 9 ans, Edward Hunter a vu son père arrêté et incarcéré à perpétuité pour avoir tué une dizaine de prostituées.
A 29 ans, tout semble aller bien pour lui : il a une femme qu’il aime, Jodie, et une petite fille, Sam. Mais Jodie et Edward se retrouvent dans une banque au moment de son braquage et Jodie est tuée.
Edward va-t-il obéir à cette étrange voix intérieure qui le pousse à se venger ?

Voilà, de manière lapidaire, le pitch de ce polar dont la couverture, à sa parution, m’avait tellement rebutée que j’avais zappé les billets le concernant. Du coup, j’étais persuadée qu’il s’agissait plutôt d’humour noir (c’est l’impression que me donnait cette couverture) que de noir tout court, or certes il y a de l’humour noir, mais au final c’est le noir qui domine, et lorsqu’un bibliothécaire spécialiste en littérature du genre me l’a conseillé (j’avais une soudaine envie de polars), je me suis laissée tenter. Bon, je ne peux pas dire que je regrette cette lecture, en tout cas je n’ai pas eu envie de la lâcher, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi sombre …

Après le braquage, qui intervient dès le début du roman, le rythme est relativement lent, le lecteur partage le choc et le deuil d’Edward. Puis les événements s’enchaînent et le tempo s’accélère, en même temps que l’atmosphère du roman s’alourdit de plus en plus.
Les événements sont racontés (sans qu’il y ait de doublon) d’une part par Edward, à la première personne, d’autre part via l’enquête menée par l’empathique inspecteur Schroder. Ils se déroulent à la veille de Noël, en Nouvelle-Zélande, dans la ville de Christchurch, la deuxième plus importante du pays (merci Wikipédia) et je peux vous assurer que la découvrir ne donne pas envie d’aller faire du tourisme là-bas (ou alors, on se rendra directement sur les lieux de tournage du Seigneur des Anneaux). Côté météo, le dépaysement est garanti puisqu’il fait 27 ° dès le matin et 35° l’après-midi (inutile de se demander s’il y aura de la neige à Noël). Pour le reste, la ville nous est dépeinte comme bruyante, polluée et surtout gangrénée par les délits et crimes en tous genres, au point d’être jugée totalement irrécupérable. Les journalistes ainsi que le commun des mortels, ceux qui se complaisent à regarder le plus insoutenable, y sont aussi brocardés. Je pense en particulier à ce passage, lorsqu’Edward découvre les informations télévisées rapportant le braquage :

« On voit des images enregistrées par les caméras de sécurité. D’autres tournées après les événements par les équipes de journalistes. Et aussi une vidéo filmée au moyen d’un téléphone portable par une personne trop paniquée pour intervenir mais suffisamment courageuse pour filmer ce qu’elle peut. L’angle de prise de vues me rappelle les adolescents affublés de capuches, et je suis à peu près sûr qu’ils sont les auteurs de ce film. Je me demande combien il leur a rapporté, à quel point tout ça les a excités. La vidéo montre Jodie qu’on entraîne hors de la banque, et même si je connais la suite, je prie pour que les choses se passent différemment. Et alors on me voit sortir à la poursuite des hommes, cinq d’entre eux dans la camionnette, le sixième avec son arme, et, les nouvelles de la nuit étant ce qu’elles sont en ces temps où la morale s’est suffisamment relâchée pour qu’on puisse jurer en direct sans être censuré, on peut aussi voir ma femme se faire descendre, parce que la vidéo ne s’arrête pas, elle continue, car les taux d’audience sont plus importants et certainement plus lucratifs que l’éthique, alors tout le pays peut voir le sang jaillir de Jodie comme j’ai pu le voir aujourd’hui, tout le monde peut la voir tomber, se mettre à ma place et voir ce que j’ai vu sans ressentir ce que j’ai ressenti, et après la scène repasse au ralenti, le téléphone portable capturant tout à la manière d’un téléphone portable – pas de la grande qualité, mais de la qualité quand même. »

Un polar efficace, avec certaines « surprises » qui m’ont beaucoup plu, mais quand même très noir.

J'ai bien aimé !« Un père idéal », Paul CLEAVELire-le-monde-icone
Titre original Blood Men (2010)
Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau
Editions Sonatine (406 p)
Paru en 2011

L’avis de Belette (qui voit davantage le côté humour noir que le noir tout court, normal pour un Cannibal Lecteur 😉 ) .


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« Intérieur nuit », Marisha PESSL

intérieur nuitQuatrième de couverture :
Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses d’un même œil.
Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances entourant le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’œuvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, McGrath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre plus encore …

De Marisha Pessl, j’avais lu à sa sortie « La physique des catastrophes » qui, malgré ses 150 à 200 pages de trop (à mon avis) m’avait bluffée et laissé un excellent souvenir.
En abordant « Intérieur nuit », récit à la première personne des investigations menées par le journaliste Scott McGrath, j’ai été surprise par la propension de l’auteur à mettre en italiques des mots ou des fragments de phrases sur lesquels l’accent était porté. Pour tout dire, je n’ai pas tardé à être plus qu’agacée par ce tic de langage et mon agacement a duré tout au long de ma lecture, qui en a été parasitée : j’avais l’impression d’entendre quelqu’un me parler à l’oreille en forçant régulièrement son intonation, comme si j’étais incapable sans cela de comprendre ce qu’il voulait dire ou encore sous-entendre (bon, j’arrête là les italiques, mais vous avez vu ce que ça fait ?!).

Cette remarque liminaire mise à part, on a ici affaire à un roman de style policier, avec un enquêteur auquel se joignent deux acolytes plus jeunes que lui. Le journaliste Scott McGrath mène ses investigations de la manière la plus classique qui soit, le tout narré chronologiquement, au fur et à mesure des vagues découvertes d’indices, de rencontres avec des témoins-qui-ont-vu-la-victime-peu-de-temps-avant-qu’elle-disparaisse, bref un récit linéaire sans originalité dans sa forme. Certes, l’auteur insère dans cette narration divers fac-similés (extraits de journaux, copies d’écran etc.) bienvenus, mais cela ne suffit pas à faire sortir le roman de ses rails.
Le fond, quant à lui, ne manque pas d’intérêt car les révélations progressives ne permettront pas d’accéder si facilement à la vérité … mais quelle est-elle, au juste ? De ce point de vue-là, l’auteur joue habilement, et jusqu’à la dernière page, avec nos nerfs et nos sens. Malgré son talent manifeste d’orfèvre en manipulation, elle n’a pourtant pas réussi à me captiver et, si j’ai lu aisément jusqu’au bout ce long roman, c’était davantage par curiosité que parce que j’avais l’impression de découvrir le chef d’œuvre unanimement salué par les critiques et les blogs. Un bon roman, donc, mais à mon sens moins brillant que « La physique des catastrophes ».

J'ai bien aimé !« Intérieur nuit », Marisha PESSL
Titre original Night Film (2013)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Baude
Editions Gallimard (715 p)
Paru en août 2015

Les avis de : Papillon, Micmelo, Eva Sherlev
La page de Bibliosurf


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« Mauvais calcul », Anders BODELSEN

mauvais calculv2Mørk est un jeune cadre d’une entreprise danoise qui va bientôt être promu au rang de directeur. Il est heureusement marié, père d’une petite fille, et son épouse et lui sont en train de faire construire une maison.
Un soir, il escorte dans un bar des partenaires allemands avec lesquels sa société est en train de nouer un contrat. Mais au lieu de rentrer ensuite chez lui, il se laisse embarquer par des jeunes rencontrés sur place pour une soirée improvisée.
C’est en les quittant, dans une voiture d’emprunt dont les freins sont plus que défectueux, qu’a lieu l’accident : la neige tombe, Mørk ne voit pas le cycliste qui lui coupe la route et pour lequel la collision est fatale.
Mørk laisse le corps dans le fossé et s’enfuit, non sans avoir au préalable dissimulé le vélo, espérant que la neige recouvrira l’homme et que le temps jouera en sa faveur.

La neige ne dure pas, le corps est découvert et la police se met à la recherche du conducteur coupable …

C’est l’histoire d’un homme qui « comprit que sa vie à lui aussi était finie… et qu’il lui faudrait trouver un moyen de continuer malgré tout. » et je peux vous dire que, sur un thème qui m’avait pourtant un petit air de déjà lu (mais la suite ne ressemblait pas à ce que j’avais pu déjà  lire) je ne me suis pas ennuyée une seconde !
Placé en position de (au choix) voyeur/entomologiste, le lecteur observe avec une certaine fascination (qu’aurait-il fait à sa place ?) ce spécimen d’homme (dérangeant ?) qui fait le choix d’abandonner l’inconnu qu’il a tué (parce qu’après tout, il est mort, et que lui veut vivre). Dès lors, tout son comportement va s’inscrire dans cette logique et il n’aura pas droit à l’erreur … mais qui n’en fait pas ?

Je ne vous en dirai pas davantage, pas un indice sur le tour que prendra l’histoire, mais ça sonne tellement juste de bout en bout, au sens de vraisemblable, que même si on ne peut pas dire qu’on s’attache au héros (on reste en position d’observateur), on est plus que curieux de découvrir s’il va ou non s’en sortir (d’ailleurs, a-t-on envie qu’il s’en sorte ?).

Je suis tombée par hasard sur ce roman à la bibliothèque (on ne vantera jamais assez les vertus des présentoirs de nos chères biblis). J’ai découvert après lecture qu’il avait reçu en 1971 (dans sa première traduction) le Grand prix de littérature policière et cela ne m’étonne pas : dans le genre roman noir (qui n’a pas pris une ride) à forte teneur psychologique, avec un dénouement largement à la hauteur, il mérite le détour !

J'ai bien aimé !« Mauvais calcul », Anders BODELSEN
Titre original Haendeligt wheld (1968)
(précédemment paru chez Stock en 1970, dans la traduction de Raymond Albeck)
Traduit du danois par Anne Renon
Editions Autrement (376 p)
Paru en octobre 2014


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« Finsterau », Andrea Maria SCHENKEL

FinsterauPrésentation de l’éditeur :
1944. Un petit village au cœur de la forêt bavaroise.
Enceinte, la jeune et belle Afra retrouve le cadre corseté du foyer parental qu’elle avait quitté des années plus tôt pour aller chercher fortune ailleurs.

Accusée d’être une Franzosenschickse, une femme allemande qui a couché avec des soldats français, elle n’a d’autre choix que de rentrer chez ses parents. Pauvres et très croyants, ils ont honte de leur fille. Après la naissance d’Albert, les disputes deviennent incessantes. Dans le village, les médisances sur le couple et la fille vont bon train. Jusqu’au jour où Afra est retrouvée morte … Des décennies plus tard, Andrea Maria Schenkel rouvre l’enquête.

Très court roman (plutôt une novella), s’inspirant a priori d’un cas réel, Finsterau débute sur l’apparition, dix-huit ans après les faits, d’un personnage qui prétend que le meurtrier court toujours. Le procureur de la république de l’époque, toujours en activité, rouvre alors le dossier. Le roman croise les dépositions qu’il recueille et des retours en arrière permettant de reconstituer, à travers le récit morcelé des divers protagonistes, ce qui s’est passé.

Pas de suspense haletant ici, mais une certaine tension narrative car le lecteur, même s’il comprend rapidement une partie des choses, se demande si la vérité, si longtemps après, pourra être rétablie. La construction est habile et le style, impeccable, favorise l’immersion dans un microcosme familial et villageois historiquement intéressant.
Un bon moment de lecture.

J'ai bien aimé !« Finsterau », Andrea Maria SCHENKEL
Titre original Finsterau (2012)
Traduit de l’allemand par Stéphanie Lux
Editions Actes Sud – collection actes noirs (109 p)


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« Aucun homme ni dieu », William GIRALDI

aucun homme ni dieuA Keelut, trois enfants successivement ont été victimes des loups affamés. Medora Slone, la mère du troisième, envoie à Russel Core, un écrivain qui qui a écrit au sujet des loups, une lettre où elle lui demande son aide :
« Elle avait besoin qu’il lui rapporte les os de son fils et peut-être aussi qu’il abatte le loup qui l’avait pris. Personne dans le village ne partirait chasser les loups. »
Core rencontre la jeune femme puis se met à la recherche des loups, dans les solitudes enneigées de l’Alaska.
Pendant ce temps, Vernon Slone, le père de l’enfant, encore ignorant du drame, combat au loin comme soldat dans des étendues désertiques non moins sauvages que celles, glacées, qu’il a quittées.

Si j’ai apprécié que les débuts du roman m’emmènent sur des chemins inattendus, la suite m’a bien moins convaincue. L’enchaînement (pour ne pas dire l’accumulation) des événements dramatiques m’a paru particulièrement lourd (une fois qu’on a compris comment fonctionne un des personnages, on compte les points) et j’ai failli, lassée, abandonner cette route jonchée de cadavres. Je suis allée jusqu’au bout malgré tout, parce que je n’avais lu que des bonnes (ou très bonnes) critiques au sujet de l’ouvrage et que je voulais en avoir le cœur net. Alors, oui, le dénouement m’a surprise, ce n’était pas ce vers quoi j’étais certaine qu’on se dirigeait (tant mieux) et il achève d’éclairer, au moins partiellement, un pan de l’histoire. Mais ce récit noir à l’excès m’a laissée aussi froide que le paysage dans lequel il se déroule. Tout au plus y ai-je trouvé un intérêt géographique (le décor est planté efficacement et l’immersion dans un climat polaire garantie) et sociologique : il nous donne un aperçu des vies de ceux qui parviennent à y subsister, aux marges de la civilisation et de leurs semblables, qui les y ont oubliés.

J'ai aimé un peu« Aucun homme ni dieu », William GIRALDI
Titre original Hold the Dark (2014)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Mathilde Bach
Editions Autrement – collection Littératures (309 p)
Paru en janvier 2015

Les avis (tous positifs) de : Aifelle, Clara, Véronique, Jostein, Kathel