« Maïté Coiffure », Marie-Aude MURAIL

Quatrième de couverture :
Louis Feyrières doit faire un stage d’une semaine, comme tous les élèves de troisième. Où ? Il n’en sait rien. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’aime pas l’école et qu’il ne se sent bon à rien.
« J’ai ma coiffeuse qui prend des apprentis, dit Bonne-Maman, lors d’un repas de famille. Stagiaire, c’est presque pareil. »
Coiffeur ? c’est pour les ratés, les analphabètes, décrète M.Feyrières qui, lui, est chirurgien. Louis se tait. Souvent. Mais il observe. Tout le temps. Comme il n’a rien trouvé d’autre, il entre comme stagiaire chez Maïté Coiffure. Et le voilà qui se découvre ponctuel, travailleur, entreprenant, doué !
L’atmosphère de fièvre joyeuse, les conversations avec les clientes, les odeurs des laques et des colorants, le carillon de la porte, les petits soucis et les grands drames de Mme. Maïté, Fifi, Clara et Garance, tout l’attire au salon. Il s’y sent bien, chez lui.
Dès le deuxième jour, Louis sait qu’il aura envie de rester plus d’une semaine chez Maïté Coiffure. Même si son père s’y oppose.

J’avais déjà lu quelques romans de Marie-Aude Murail mais pas celui-ci, alors qu’il fait partie des plus connus. Il a suffi cependant que j’apprenne que mon neveu (pas vraiment un fan de lecture) le lisait au collège (et l’appréciait) pour que j’aille à sa découverte.

Avec Marie-Aude Murail, on fait irruption chez les Feyrières et c’est comme si on la connaissait depuis toujours, cette petite famille où chacun joue déjà, un peu trop, son rôle, sans doute parce qu’on ( = le père, véritable pater familias doté de toute l’autorité parentale… enfin, au moins au début) le lui a assigné. Véra (elle, elle a même été renommée, puisqu’elle s’appelle Véronique) est la femme au foyer (j’allais dire la potiche , parce que j’ai vu le film pas plus tard que la semaine dernière), Louis le garçon renfermé et pas doué en classe et quant à Floriane, sa petite sœur, toutes les fées se sont penchées sur son berceau.
Sauf que… Floriane, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, n’est pas une petite peste mais adore son grand frère et ne perd jamais une occasion de voler à son secours. Véronique est toute prête à sortir de son sentier tout tracé et n’a aucune honte à rappeler que sa mère était boulangère. Bref, tout n’est pas joué d’avance pour Louis…mais tout ne sera pas facile non plus, loin de là (ne jamais oublier qu’il y a ce fichu  principe de réalité , celui que M. Feyrières se plaît à rappeler).
J’ai, comme toujours chez Marie-Aude Murail, savouré la vivacité de l’écriture et des dialogues, cette manière de croquer les gens, les situations, les dits et les non-dits, avec justesse et humour et cette capacité à inscrire le roman dans des problématiques bien réalistes et contemporaines, au cœur desquelles le regard encore dépréciatif porté par la société sur les métiers manuels mais aussi la violence domestique.
La plupart du temps, l’auteur adopte le point de vue de Louis et nous montre le salon Maïté coiffure à travers son regard d’adolescent qui accroche soudain à quelque chose, s’attache à un environnement et aux personnes qui le composent. J’ai d’autant plus apprécié le moment où, changeant radicalement la perspective, elle nous le donne brièvement à voir à travers le père de Louis, crûment, tel que nous le percevrions sans doute, un petit salon de coiffure sans envergure, avec chacun dans son rôle un peu caricatural et attendu. Et je me suis dit que, trop souvent, nous jugeons des choses et des gens ainsi, en restant totalement à l’extérieur.
J’ai beaucoup aimé aussi, car je crois que nous avons tous, à un moment ou un autre, rencontré des adolescents mutiques, cette façon qu’a l’auteur de montrer la parole de Louis comme bloquée, prisonnière en lui, il aurait tant à dire parfois mais ne peut l’exprimer (comme après son premier jour de stage « […] c’était compliqué. Tout un autre monde à expliquer. ») et ces mots-là manquent particulièrement quand il s’agit de dire les choses qui comptent pour lui.

Un petit roman qui file à toute allure, avec son lot de rebondissements, pas toujours drôles, mais qui donne la pêche !

« Maïté Coiffure », de Marie-Aude Murail
Editions L’école des loisirs, collection Médium (178 p)
Paru en 2004

8 commentaires sur “« Maïté Coiffure », Marie-Aude MURAIL

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  1. Je l’avais acheté à sa sortie pour le CDI du collège où je travaillais et je le proposais souvent à mes élèves car il y a beaucoup d’aspects intéressants dans ce roman.

  2. J’adore Marie-Aude Murail qui, depuis mes 13-14 ans, est un de mes auteurs jeunesse préférés. Celui-ci, je l’ai trouvé éminemment sympathique, mais surtout important dans le sens qu’ils ne sont pas si nombreux que ça les livres jeunesse à, à la fois, casser les préjugés sexuels et mettre en avant un travail considéré comme un choix « à défaut de » pour beaucoup, en le valorisant. Utile et agréable à la fois, que demander de plus? ^_^

    1. Pour le « à défaut de », il se vérifie malheureusement auprès d’une partie des intéressées : une apprentie coiffeuse me l’avait dit, en évoquant le manque de motivation de la plupart de ses camarades du CFA, qui avaient pris cette orientation parce qu’elles ne savaient pas quoi faire alors qu’elle-même était passionnée par ce métier.

    1. Il se prête tout à fait à une lecture de ce type (et je suis persuadée qu’il plaît même à ceux qui n’aiment pas trop lire… donc vive les profs qui, comme toi, suscitent le goût de la lecture ainsi 🙂 !).

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