Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Brooklyn », Colm TOIBIN

BrooklynEn Irlande, dans les années 50, le taux de chômage est tel que la mère et la sœur de la jeune Eilis Lacey la poussent à émigrer aux Etats-Unis, lorsqu’une opportunité de travail se présente pour elle à New York, grâce à la recommandation d’un prêtre ami qui s’y est installé. Et voilà Eilis arrachée à la petite ville d’Enniscorthy, où elle se sent si bien. La première étape, à savoir la traversée de l’Atlantique dans la 3ème classe d’un paquebot, s’avère déjà difficile. La suite le sera aussi, car si Eilis s’en sort dans son travail de vendeuse à Brooklyn, elle est en proie à un terrible mal du pays …

Avec Colm Toibin, auteur dont j’ai découvert ici la plume talentueuse, on n’assiste pas à ce qui arrive à Eilis, non, on est au plus près de ce qu’elle ressent, dans son cœur et dans son corps. L’émoi de la jeune fille lorsqu’elle doit partir tout en cachant à sa mère et à sa sœur ce qu’elle vit, pour ne pas aggraver leur désarroi qu’elle devine, est parfaitement rendu. Quant à son mal de mer sur le paquebot, j’en avais la nausée avec elle, pour vous dire. La qualité de la restitution était telle que j’ai fini par me languir un peu avec Eilis, car je trouvais qu’il ne se passait pas grand-chose, une fois la jeune fille installée à Brooklyn, dans sa pension de famille et dans son grand magasin. C’est le moment qu’a choisi un nouveau personnage pour faire irruption dans sa vie. Et comme Colm Toibin est un auteur sans doute un peu sadique (à défaut d’être réaliste, parce que c’est quand même un peu too much, son affaire), il réussit à entraîner Eilis dans une direction dont je ne peux pas vous parler pour ne pas divulgâcher (on en revient toujours là) … juste que je l’ai un peu maudit, ce cher auteur, de nous avoir tricoté une histoire pareille ! Du coup, je suis quasiment certaine que je m’en souviendrai, tant par certains côtés elle m’a agacée !

« Brooklyn », Colm TOIBINJ'ai bien aimé !
Titre original Brooklyn (2009)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson
Editions Robert Laffont – collection Pavillons (314 p)
Paru en janvier 2011

Repéré chez Kathel


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« La chute d’Hypérion », Dan SIMMONS

chute-dhyperionQuatrième de couverture :
La guerre fait rage dans le ciel d’Hypérion. Mais l’affrontement entre l’essaim d’Extros et les Forces de l’Hégémonie n’est que le début d’une conspiration à l’échelle galactique.
Alors que sur Tau Ceti Central, le pouvoir de la Présidente Meina Gladstone vacille, sur Hypérion, les sept pèlerins rejoignent les Tombeaux du Temps. Pour chacun d’entre eux, le moment est venu de la confrontation avec l’abominable Gritche.
Bientôt, les Tombeaux s’ouvriront dans un maelström de temps et révéleront les véritables enjeux du futur…

Parvenue à la fin d’ « Hypérion », qui m’avait emballée mais un peu frustrée puisqu’on y laissait nos pèlerins du Gritche au moment où ils arrivaient aux Tombeaux du Temps, j’ai embrayé sur cette suite, deuxième volet du cycle « Les Cantos d’Hypérion ».
Si elle ne m’a pas enthousiasmée comme l’avait fait le premier volet par la richesse et la variété de ses histoires et des tons employés, elle m’a permis de répondre à la plupart des questions que je me posais (ce n’est toujours pas très clair pour le Gritche) tout en apportant son lot de péripéties et de révélations. Les connexions que l’on devinait dans le premier tome se sont précisées et le panorama d’ensemble s’avère plus qu’intéressant. Il y a quelques aspects un peu plus nébuleux que d’autres (je pense aux discours de certaine IA), même si on comprend en gros et des tableaux ou scènes saisissants, voire fascinants. Le cycle d’Hypérion est sans conteste une œuvre d’envergure (dont je ne pense pas toutefois poursuivre la lecture, mais le diptyque représenté par ces deux premiers tomes peut se suffire à lui-même me semble-t-il).

J'ai bien aimé !« La chute d’Hypérion », Dan SIMMONSsummer star warspavé2016moyen
Titre original The Fall of Hyperion (1990)
Traduit de l’américain par Guy Abadia (1992)
Editions Pocket (736 p)


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« Le dernier des nôtres », Adélaïde de CLERMONT-TONNERRE

dernier-des-notresDans le New York effervescent des années 70, Werner Zilch, jeune géant blond aux yeux bleus, croque la vie et les femmes avec enthousiasme, en même temps que, avec son associé Marcus, il monte ce qu’il espère être les prémices d’un empire immobilier en construisant des gratte-ciel. Mais le jour où il croise Rebecca, son cœur jusque-là à prendre marque le pas. Il n’hésite pas à emboutir sa voiture pour la revoir, décrète en moins de 24 H qu’elle est LFDMV (la femme de (s)a vie) et entreprend de conquérir la belle. Ce qu’il est alors loin d’imaginer, c’est que cette rencontre fera dramatiquement remonter à la surface un passé dont lui, l’enfant adopté à l’âge de trois ans, ignore tout, excepté le nom qui lui avait été donné…

Si vous cherchez un page turner romanesque à souhait pour quelques heures de lecture agréables, « Le dernier des nôtres » est pour vous ! Ce qui se passe à New York en 1969 est narré par notre héros, Werner, jeune homme un peu brut de décoffrage mais d’un naturel fort sympathique (lui et son gros chien Shakespeare font la paire, du genre attachant tous les deux) et qui a la bonne idée d’être accompagné d’un ami plus tempéré que lui, Marcus. Son histoire alterne avec une autre, qui nous ramène 24 ans en arrière en Allemagne, au moment de sa naissance. Comment les deux récits se rejoindront-ils ? Voilà, bien sûr, ce qui constitue le moteur du livre.
Le contexte des deux époques est brossé de manière efficace : d’un côté, le New York du flower power ; de l’autre, l’Allemagne de 1945, avec Dresde anéantie sous les bombes, la débâcle et ce qu’il advient des scientifiques nazis faisant partie du projet V2. Le rythme est enlevé et l’auteur nous entraîne sans difficulté sur les chemins semés de péripéties qu’elle a tracés. La comédie romantique initiale s’assombrit quand les atrocités du passé rejaillissent sur le présent et le lecteur se demande ce qu’il va advenir de la love story Werner-Rebecca.

Un roman que je verrais bien décliné en film, d’ailleurs je décerne d’ores et déjà les prix :
– du meilleur premier rendez-vous à celui mis en scène par Werner, spectaculaire à souhait
– du meilleur personnage secondaire à Loren, la sœur cadette de Werner, dont j’ai aimé les réactions entières et le parcours très en prise sur son époque (prix à partager avec le chien Shakespeare, mais j’ai déjà parlé de lui)
– du meilleur décor pour le Sandmanor, demeure de rêve sur la côte des Hamptons (je veux la même !)

J'ai bien aimé !« Le dernier des nôtres », Adélaïde de CLERMONT-TONNERRE
Editions Grasset (496 p)
Lu en numérique via NetGalley


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Pavé de l’été : plus que 15 jours !

Challengers du Pavé de l’été, je vous rappelle que vous avez jusqu’au 30 septembre pour publier votre avis sur le Pavé que vous avez lu cet été (ou dont vous êtes en train d’achever la lecture).
A ce jour, le taux de réussite s’élève (pile !) à 50 %. Je sais déjà qu’il y a eu quelques abandons de pavés ennuyeux (n’hésitez pas à en parler dans les commentaires, c’est pour ma liste noire perso de pavés-à-éviter !). J’en connais une que j’ai vue lire son pavé et qui doit être en train de rédiger sa critique😉. Et pour les autres ? Vous êtes juste un peu à la bourre ou bien c’était finalement et malgré vos bonnes intentions un été sans ?!
Les liens vers vos billets sont toujours à déposer ici 🙂.
pavé2016moyen


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« Un travail comme un autre », Virginia REEVES

travail-comme-un-autreQuatrième de couverture :
« On naît avec quelque chose dans les veines, pour mon père, c’était le charbon, pour Marie, c’est la ferme, pour moi un puissant courant électrique. »

Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout, plus grande que lui, qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit. Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie…

Le roman se situe après l’accident évoqué ci-dessus : Roscoe est incarcéré dans la prison de Kilby et les chapitres consacrés à la vie qu’il y mène alternent avec ceux retraçant le temps passé à la ferme. Dans les deux cas, l’évocation est saisissante, on est en empathie avec Roscoe dont on partage les déboires et encore le mot est faible pour ce qui concerne la prison, établissement qui se veut modèle pour l’époque mais où le sort semblera s’acharner contre lui.
Virginia Reeves signe là un premier roman, sombre (mais pas que) qui m’a embarquée tant son écriture m’a projetée dans les scènes évoquées. La personnalité de Roscoe est originale et fouillée, de même que ses relations avec sa femme Marie. Je m’inquiétais en me demandant si on allait rester jusqu’au bout dans la prison (Roscoe en a pris pour 20 ans) … mais tout ce que je peux vous dire sans divulgâcher, c’est que le virage pris dans la dernière partie du récit est aussi surprenant qu’intéressant.virginia-reeves
Un très bon moment de lecture.

J'ai beaucoup aimé !« Un travail comme un autre », Virginia REEVES
titre original Work Like Any Other (2016)
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau
éditions Stock (344 p)
parution août 2016
lu en numérique via NetGalley

Les avis (tous positifs) de Cathulu, Micmelo et Clara

Et peut-être que je croiserai Virginia Reeves au Festival America !


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« La Forêt des Renards Pendus », Nicolas DUMONTHEUIL

 

couve_foret_des_renards_pendus_webUn homme récupère les lingots d’or qu’il avait planqués dans le tas de fumier de la ferme de ses parents. Un major alcoolique prend un an de congé sabbatique. Et les deux vont se retrouver au fin fond de la Laponie, isolés dans un camp de bûcheron …

Vous avez dit bizarre ? Je vous réponds Arto Paasilinna, auteur finlandais à l’humour bien connu. Et si, pour ce qui me concerne, la première rencontre avec l’écrivain n’avait été que moyennement concluante, il n’en a pas été de même avec « La forêt des renards pendus », adaptation par Nicolas Dumontheil de son roman éponyme.

Je ne dirai pas que j’ai été immédiatement conquise, car le personnage du major m’a hérissé le poil, tant il était caricatural. Mais à partir du moment où nos deux héros se rencontrent, l’agacement a cédé la place au plaisir : chez ces deux-là, c’est à qui jouera au plus malin, pour le plus grand bonheur du lecteur. Et puis, parce qu’il y a tout de même 141 pages dans ce copieux roman graphique, il va s’en passer des choses ! D’autres personnages vont faire irruption, avec une mention spéciale pour une toute petite très vieille Lapone, absolument craquante. Il ne faudrait pas non plus oublier, en plus de notre duo d’artistes (au cœur finalement pas si endurci que cela), un sympathique renard que Nicolas Dumontheil sait rendre particulièrement expressif. Le dessinateur-scénariste a par ailleurs choisi un dessin tout en nuances de sépia qui restitue parfaitement l’atmosphère du grand nord et j’ai aimé son graphisme précis et évocateur.

Le récit, fertile en péripéties, se clôt sur une anecdote (en mode dommage collatéral) tragico-comique du plus bel effet. « La forêt des renards pendus » est un album politiquement incorrect diablement réjouissant !
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J'ai beaucoup aimé !« La Forêt des Renards Pendus », Nicolas DUMONTHEUIL
(d’après le roman d’Arto PAASILINNA)
Editions Futuropolis (141 p)
Paru en août 2016


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« Petit pays », Gaël FAYE

petit pays« Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »
Gabriel, la trentaine, né d’une mère rwandaise et d’un père français, a passé toute enfance au Burundi qu’il a dû quitter lorsque la guerre civile y a éclaté en 1993, alors qu’il était âgé de 11 ans. « Petit pays », roman de Gaël Faye fortement autobiographique, raconte ce temps préservé entouré de ses parents et de sa jeune sœur Ana. Dans la longue impasse où se tenait leur maison vivaient aussi les copains. Ils avaient les jeux et les occupations de leur âge, comme décrocher des mangues à l’aide de hautes perches pour les vendre ensuite. Même si ses parents étaient en train de se séparer, l’existence de Gaby était sereine. Son père veillait à les tenir éloignés, lui et sa sœur, de toute préoccupation politique, et les mots hutus et tutsis demeuraient pour eux une histoire de nez pas très claire (cf la scène inaugurale du roman, très drôle).
Puis ce fut le coup d’état et la guerre civile s’est déclarée dans le pays, touchant peu Gabriel, jusqu’à une bagarre dans la cour de récréation où les injures de « Sales Hutus » et « sales Tutsis » fusent :
« Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai découvert l’antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d’un camp ou d’un autre. […] La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »
Gaby connaît la peur, se réfugie dans les livres (1) avant d’être contraint d’agir, pendant que sa mère part au Rwanda à la recherche de sa famille …
Evocation vivante et tendre d’une époque et d’un lieu révolus, où l’innocence (au sens propre du terme) d’un gamin lui permettait de seulement deviner sans s’en inquiéter les tensions sous-jacentes, « Petit pays » bascule, dans sa seconde partie, dans le temps du tragique. La plume de Gaël Faye excelle à nous plonger dans l’Afrique qu’il a connue et emportée avec lui. Un premier roman vibrant qui atteint son lecteur comme jamais.

Extraits :
(1) « Il m’arrivait parfois de traverser la rue, très rapidement, pour emprunter un nouveau livre à Mme Economopoulos. Puis je revenais aussitôt m’enfoncer dans le bunker de mon imaginaire. Dans mon lit, au fond de mes histoires, je cherchais d’autres réels plus supportables, et les livres, mes amis, repeignaient mes journées de lumière. Je me disais que la guerre finirait bien par passer, un jour, je lèverais les yeux de mes pages, je quitterais mon lit et ma chambre, et Maman serait de retour, dans sa belle robe fleurie, sa tête posée sur l’épaule de Papa, Ana dessinerait à nouveau des maisons en brique rouge avec des cheminées qui fument, des arbres fruitiers dans les jardins et de grands soleils brillants et les copains viendraient me chercher comme autrefois sur un radeau en tronc de bananier, naviguer jusqu’aux eaux turquoise du lac et finir la journée sur la plage, à rire et jouer comme des enfants. »

« Une chaîne d’infos en continu diffuse des images d’êtres humains fuyant la guerre. J’observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen. Les enfants qui en sortent sont transis de froid, affamés, déshydratés. Ils jouent leur vie sur le terrain de la folie du monde. Je les regarde, conforablement installé là, dans la tribune présidentielle, un whisky à la main. L’opinon publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité. »

J'ai beaucoup aimé !« Petit pays », Gaël FAYE
éditions Grasset ( 224 p)
paru en août 2016
lu en numérique via NetGalley


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« L’enfant qui mesurait le monde », Metin ARDITI

enfant qui mesurait le mondeEliot Peters, qui fut architecte aux Etats-Unis, a rejoint douze ans plus tôt l’île de Kalamaki, où sa fille Dickie avait trouvé la mort. Il y a renoué avec ses racines grecques, tout en poursuivant le travail entrepris par Dickie. Il aide aussi Maraki, sa voisine qui peine à joindre les deux bouts grâce au seul produit de sa pêche, à élever Yannis : rétif aux contacts et impossible à scolariser, l’enfant entretient un rapport étroit avec les chiffres, qu’il mémorise à l’envi et à l’aune desquels il mesure l’équilibre du monde.
Cet équilibre est, pour lui, mis en péril lorsqu’une société d’investissement immobilier propose au maire de l’île de construire, dans une superbe petite baie restée sauvage, un important complexe hôtelier doublé d’une marina. Le projet a de quoi séduire les habitants, que la crise n’a pas épargnés et, dans un premier temps, semble faire l’objet d’un consensus. Jusqu’à ce que des lettres anonymes le concernant soient adressées à la presse locale …

« L’enfant qui mesurait le monde », c’est d’abord la chronique d’une île où tout le monde se connaît depuis toujours. Le récit se focalise sur Maraki, Yannis et Eliot, chacun luttant, à sa façon, pour vivre malgré tout, au-delà des difficultés qui sont les siennes. Le rythme rassurant du quotidien et la beauté des paysages adoucissent l’amertume. Divers personnages gravitent autour de l’attachant trio, témoins de l’irruption du monde extérieur sur l’île : un promoteur, une journaliste, des ministres. La narration, alerte, n’hésite pas à jouer avec bonheur sur le registre de l’humour, preuve qu’on peut user de légèreté pour parler de sujets graves. On suit les aventures de tout ce petit monde avec intérêt, curieux de savoir si l’hôtel verra ou non le jour, si Yannis devra continuer à réaliser quotidiennement les dizaines de pliages nécessaires à son sens pour restaurer l’équilibre des choses. De fait, celles-ci évolueront et pas forcément de la manière à laquelle on s’attendait.
Un petit roman sensible et intelligent.

J'ai beaucoup aimé !« L’enfant qui mesurait le monde », Metin ARDITI
éditions Grasset (304 p)
paru en août 2016
lu en numérique via NetGalley


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« Avant que tout se brise », Megan ABBOTT

avant que tout se briseChez les Knox, tout tourne depuis longtemps autour de la fille aînée, Devon, petit prodige de la gymnastique âgée de presque seize ans et à laquelle on promet un avenir olympique. Mais lorsque Ryan, le beau jeune homme à tout faire du gymnase meurt, victime d’un chauffard qui l’a fauché sur le bord de la route, l’équilibre familial autant que celui de toute l’organisation parents-coach du club des BelStars vacille soudain …

Dans la veine des romans mettant en scène des adolescents brillants, reflets du rêve américain mais en réalité plus opaques qu’il n’y paraît, en particulier aux yeux de leurs-parents-qui-croient-les-connaître, « Avant que tout se brise » m’a, je l’avoue, donné en cours de lecture une petite impression de déjà-lu. Malgré tout, j’ai lu le roman très rapidement, curieuse de savoir de quoi il retournait.
J’étais aussi intéressée par l’environnement évoqué. Le quotidien et le milieu des jeunes gymnastes sont décrits d’une manière fouillée (et ils ne font pas envie) : l’investissement personnel et financier des parents (ceux de Devon sont endettés car les inscriptions au club et aux compétitions leur coûtent une fortune) est impressionnant, autant que les heures de travail acharné et dangereux que les fillettes et adolescentes imposent à leurs corps à la croissance suspendue.
On se focalise sur le fonctionnement d’un couple, celui des Knox, marqué par un événement de l’enfance de Devon (sur lequel la narration reviendra à un moment d’une manière assez saisissante) et qui s’est tout entier construit autour de cet enfant et des espoirs qu’elle a fait naître. Katie, l’épouse, est au centre du récit : c’est sa perception qui domine, au lecteur de faire le tri et de découvrir (ou pas) la vérité avant elle. Le petit dernier de la famille, Drew, a été entraîné dans le sillage tracé par Devon et le développement de l’histoire lui accordera une place spéciale, que j’ai appréciée. La dernière partie du roman, enfin, m’a surprise (même si, là aussi, quelque chose m’a rappelé une lecture de ces dernières années (c’est ça, quand on lit trop😉 ).

« Avant que tout se brise » est un roman qui ne m’a pas totalement convaincue, notamment parce que tout y est un peu trop appuyé à mon goût, mais j’ai aimé l’atmosphère trouble dans laquelle il nous plonge. Il m’a permis de découvrir Megan Abbott, auteur repérée mais pas encore lue jusqu’à présent.

J'ai aimé un peu« Avant que tout se brise », Megan ABBOTTAbbott
titre original You Will Know Me (2016)
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
éditions du Masque (336 p)
paru en août 2016

lu en numérique via NetGalley


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« Police », Hugo BORIS

PoliceVirginie, Aristide, Erik, trois flics parmi d’autres. Une histoire de corps (à défaut de cœur) entre les deux premiers. Virginie est mariée, a déjà un enfant, et va avorter le lendemain de celui conçu dans leur liaison. Mais avant, une mission qui n’est normalement pas de leur ressort leur est assignée : escorter jusqu’à Roissy un immigré clandestin tadjik, qui va être renvoyé chez lui. Apostrophée par un membre d’une association lorsqu’ils récupèrent l’homme, Virginie jette un œil au dossier de ce demandeur d’asile. A partir de ce moment-là, elle commence à s’interroger sur le bien-fondé de ce renvoi …

Que se passe-t-il lorsqu’un grain de sable vient gripper toute une organisation bien huilée ? Le grain de sable, ici, c’est Virginie. Virginie qui met en question un ordre donné et dont l’attitude interpelle ses deux collègues : Aristide, le beau gosse musclé, macho sur les bords, qui joue en permanence à l’amuseur public avec ses vannes à deux balles (un personnage qui frôle la caricature, mais il doit bien y en avoir, des comme lui) et n’est pourtant pas du genre à trop réfléchir ; Erik, leur chef, le plus âgé et a priori le plus clairvoyant.
Chronique d’une nuit hors du commun, à l’issue incertaine, « Police » embarque le lecteur dans le véhicule qui transporte les trois policiers, leur homme et leurs doutes éventuels. Il y a de la tension et des péripéties dans ce roman au thème original et très actuel. Des maladresses aussi (dont la dernière phrase du livre), mais qu’importe : l’histoire, qui permet au passage de braquer le projecteur sur le quotidien éprouvant et ingrat des policiers, est portée par un bel élan, celui de Virginie, jeune femme capable d’envisager une sortie de route alors que les chemins à suivre sont tout tracés.

Extrait :

(Erik)
En service, il n’était déjà plus étanche d’une intervention à l’autre, désormais incapable de remettre les compteurs à zéro. Après trois heures d’insultes, il ne savait plus écouter patiemment la vieille dame suivante sans lui faire payer des injures dont elle ignorait tout. Après l’interpellation d’un mari violent qui frappait sa femme devant ses gosses, recueillir sans trembler une plainte pour vol d’enjoliveurs. Il avait quinze ans de fond. Quinze ans qu’il enterrait ses désirs, que la vie lui passait à côté. Quinze ans qu’il préparait vaguement sa mutation, son retour en Bretagne, épuisé comme une sentinelle qu’on a oublié de relever. Il s’était laissé mécaniser, abîmer par le métier, ne donnait plus aux gens que de la technique. Il commençait à tirer sur la bête. Au point que ses cheveux avaient blanchi précocement. Il n’avait plus de couleur à la bouche. Quand il regardait maintenant son visage dans la glace, ses cicatrices d’acné mal soignées, il voyait un homme triste.

J'ai bien aimé !« Police », Hugo BORIS
éditions Grasset (198 p)
paru en août 2016
lu en numérique via NetGalley