Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Un bruit étrange et beau », ZEP

un-bruit-etrange-et-beau-couvertureWilliam s’est retiré dans le monastère de La Chartreuse de la Valsainte depuis maintenant 25 ans. Il y est devenu Don Marcus, un moine dont la vie silencieuse et contemplative, strictement encadrée par les règles de son ordre, est consacrée à la prière. La mort de sa richissime tante, Elise Tumelle, qui n’a jamais accepté ce qu’elle considérait comme une fuite du monde, le contraint à refaire une incursion dans celui-ci : parce que le monastère manque de ressources, Marcus doit aller prendre possession de ce qui lui a été légué …

Il a fallu qu’une sympathique bibliothécaire, lors d’une non moins sympathique rencontre autour des nouveautés BD, présente cet album pour que je me décide enfin à y jeter un œil (eh oui ! je m’étais arrêtée à « Ouais, c’est Zep … », en plus la couverture ne m’attirait pas plus que ça). Quand elle l’a évoqué, le sujet m’a tout de suite séduite et la BD aussi, à peine ouverte. Le dessin délicat, en nuances de couleurs claires, est au diapason d’une approche sensible mais qui n’exclut pas l’humour, d’un personnage et d’une situation atypiques : un moine chartreux saisi dans son quotidien, hors duquel il est soudain propulsé. De quoi remettre en question ses choix antérieurs ?

Tout m’a plu dans cette histoire, originale et profondément humaine, qui peut trouver écho chez le lecteur (en tout cas elle en a trouvé un très fort en moi). La démarche consistant à s’enfermer dans une cellule (le mot en représente bien la réalité) monacale en se vouant à un silence hors du temps, nous est étrange et étrangère, à l’opposé de ce que nous vivons. Lorsque William reprend pied dans notre quotidien, il nous semble soudain plus proche, plus accessible. Mais comprenons-nous pour autant les choix qu’il fait ? Peut-être, dans la mesure où au final sa quête rejoint la nôtre, quand nous cherchons à donner un sens à notre existence.
Un album, mêlant (notre) attachement au terrestre et (notre) besoin de transcendance, que j’ai trouvé magnifique !bruit-etrange-page-miroir

Marquant !« Un bruit étrange et beau », Zep
Editions rue de Sèvres (84 p)
Paru en octobre 2016

L’avis de Noukette.


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« Nos âmes la nuit », Kent HARUF

nos-ames-la-nuitUn beau jour, Addie vient frapper à la porte de Louis, qui habite non loin de chez elle, pour lui demander s’il accepterait de dormir en sa compagnie, pour le seul réconfort que cette présence à ses côtés lui apporterait. Louis donne suite à cette requête surprenante et c’est ainsi que commence, entre ces septuagénaires veufs tous les deux, une relation inattendue et qui leur fait du bien …

D’habitude, je fuis les romans mettant en scène des personnes âgées (enfin, tout est relatif, disons plus âgées que 50/60 ans), car j’ai l’impression que nombre d’entre eux s’acharnent à se vouloir décalés/truculents alors que je ne trouve rien de drôle, a priori, au fait de vieillir. J’ai fait une exception pour ce roman-ci, qui m’avait été recommandé et dont je ne savais pas grand-chose (j’ai zappé la quatrième de couverture).
J’ai été séduite par sa petite musique toute simple, autant que son histoire. Le style est sans fioriture, avec une majorité de dialogues. Chacun, en s’exposant au fil d’un récit de soi en forme de confidences de part et d’autre du lit partagé, offre à l’autre ce qu’il a été, sans fard. Leurs couples respectifs n’ont pas été heureux, on le comprend au fur et à mesure de ce qu’ils en révèlent. Chronique quotidienne d’une rencontre entre deux adultes qui ont déjà longtemps vécu et se découvrent (ils se connaissaient à peine) en s’appréciant, « Nos âmes la nuit » fait chaud au cœur en montrant que, tant que la vie n’est pas finie, elle peut encore surprendre et apporter à certains ce qu’ils n’ont pas connu.

Il m’a été impossible de comprendre, en revanche, la réaction des voisins et des habitants de la petite ville où vivent Addie et Louis, qui tiquent en les voyant se rapprocher (de quoi se mêlent-ils ?). Impossible aussi d’accepter la réticence de la fille de Louis (pourquoi ne se réjouit-elle pas de voir son père heureux ?) et j’ai trouvé le comportement du fils d’Addie, Gene, inacceptable. De quoi me rendre difficilement supportable le dénouement du roman : j’ai eu l’impression que, pour sacrifier à un réalisme dans lequel je ne me reconnais pas (non, je ne suis pas comme ces gens qui sont ici représentés et je ne pense pas être la seule, tout le monde n’est pas mesquin à ce point), l’auteur privait le lecteur du bonheur d’un happy end. Dommage pour un roman qui aurait sans cela pu se classer dans la catégorie de ceux qui font du bien (bon, ne me faites pas non plus dire ce que je n’ai pas dit, la fin n’est pas tragique, juste très triste).

J'ai bien aimé !« Nos âmes la nuit », Kent HARUF
Editions Robert Laffont (168 p)
Paru en septembre 2016

Les avis de : Keisha, Jérôme, Belette (Cannibal Lecteur) …


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« LES ROBOTS FONT-ILS L’AMOUR ? Le transhumanisme en 12 questions », Laurent ALEXANDRE et Jean-Michel BESNIER

les-robots-font-ils-lamourCe titre racoleur (le choix de l’éditeur, disent les auteurs) recouvre un essai percutant sur le transhumanisme, repéré grâce à l’émission de vulgarisation scientifique « La tête au carré » sur France Inter.
Le transhumanisme, pour ceux d’entre vous qui l’ignoreraient, c’est un « projet inédit, prométhéen, sans précédent […] : modifier l’homme, l’améliorer, l’augmenter. Le dépasser. » Il est rendu possible « par la convergence de quatre disciplines qui évoluaient jusque-là séparément : les nanotechnologies, qui manipulent la matière à l’échelle de l’atome ; les biotechnologies, qui modèlent le vivant ; l’informatique, en particulier dans ses aspects les plus fondamentaux ; et enfin les sciences cognitives, qui se penchent sur le fonctionnement du cerveau humain. » On appelle cet ensemble les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Cognitique).
Du domaine de la science-fiction (où il m’était déjà familier), le transhumanisme est passé à celui de préoccupation de nos sociétés modernes. Enfin, disons qu’il devrait l’être ! Au cours de l’émission à laquelle je faisais allusion ci-dessus, les auteurs déploraient en effet (ils y reviennent dans l’ouvrage) que le pouvoir politique, dénué de vision prospective, ne s’empare pas de ce qui constitue un des principaux enjeux de notre avenir.
Pour porter ce débat hautement sensible dans la sphère publique, ils ont publié ce petit livre en forme d’entretiens entre eux deux, autour de 12 questions clés, qui vont de « Faut-il améliorer l’espèce humaine ? » à « Doit-on craindre un « meilleur des mondes » ? », en passant par « Le transhumanisme est-il un eugénisme ? » et « L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’homme », pour ne citer qu’elles. Leurs positions divergent ou convergent, c’est selon, en tout cas elles sont argumentées et abordent les problèmes sous leurs différents angles. Il faut dire que Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier ont des profils complémentaires : le premier est chirurgien et spécialiste des biotechnologies et le second philosophe spécialiste des nouvelles technologies.

A la lecture de leur essai, on prend conscience de ce que les progrès récents laissent entrevoir de notre proche futur. Dans le domaine médical, l’ingénierie joue un rôle de plus en plus important, au point qu’on peut s’interroger sur la place qui sera dévolue au médecin, exécutant au service de la machine, incapable sans son aide de trier les innombrables données que celle-ci lui fournira. Quant au patient, son corps est pris en charge, mais « l’humain n’est pas simplement un vivant dont il faut assurer la survie » et cette approche mécanique, qui ne le considère pas dans toutes ses dimensions, ne correspond pas à ce qu’il attend lorsqu’il est soigné.
Pour rester dans le domaine de la santé, la diminution spectaculaire du coût du séquençage ADN va le rendre de plus en plus accessible. De là à vouloir sélectionner en amont le bébé idéal, ce que la fécondation in vitro (qui d’après les auteurs, s’universalisera) permet déjà de manière discrète, puisqu’il s’agit de trier des embryons en éprouvette, il n’y a qu’un pas. Vous avez dit eugénisme ? Revers de la médaille (si médaille il y a), « notre patrimoine génétique a vocation à se dégrader continûment sans sélection darwinienne. Cela veut-il dire que nos descendants vont tous devenir débiles en quelques siècles ? Evidemment pas ! Les bio-technologies vont compenser ces évolutions délétères. » On le voit, une question en entraîne une autre et d’aucuns sont déjà prêts à y répondre à notre place, sans craindre de nous embarquer malgré nous dans un cercle vicieux, voire de nous transformer en cyborgs, ces mélanges composites homme-machine qui nous permettraient de prolonger sans cesse notre vie. Nombre de têtes pensantes de la Silicon Valley, dont certains dirigeants de Google, sont en effet des transhumanistes convaincus, passionnés par l’essor des NBIC auquel ils contribuent. Ils soutiennent notamment le développement exponentiel de l’intelligence artificielle (IA), qui n’est pas sans danger :
« A cours terme, l’arrivée de cerveaux faits de silicium est un immense challenge pour la plupart des professions : comment exister dans un monde où l’intelligence ne sera plus contingentée ? Jusqu’à présent, chaque révolution technologique s’est traduite par un transfert d’emplois d’un secteur vers un autre – de l’agriculture vers l’industrie, par exemple. Avec l’IA, le risque est grand que beaucoup d’emplois soient détruits, et non transférés. Même les emplois très qualifiés ! » Bref, « il faut mener une réflexion mondiale sur l’encadrement des cerveaux faits de silicium ».

On le voit, cet essai tonique, dont je ne vous ai donné qu’un aperçu, fourmille de données et d’interrogations. Nul doute qu’en éclairant le lecteur et en alimentant sa réflexion personnelle, il lui permette de devenir partie prenante de ce qui se joue, c’est la moindre des choses pour des problématiques qui nous concernent tous à plus ou moins brève échéance.

J'ai beaucoup aimé !« LES ROBOTS FONT-ILS L’AMOUR ? Le transhumanisme en 12 questions », Laurent ALEXANDRE et Jean-Michel BESNIER
Editions Dunod (137 p)
Paru en septembre 2016


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« Dans les pas du fils », Renaud et Tom François

dans-les-pas-du-filsA partir du moment où j’ai su que le dernier Laurent Mauvignier, « Continuer », s’inspirait d’une histoire vraie qui avait elle-même donné lieu à un livre-témoignage des deux protagonistes, je me suis dit que, tant qu’à faire, c’est plutôt cet ouvrage-ci que je lirais. Et comme la lecture des premières pages m’a tout de suite accrochée, j’ai accompagné Renaud (le père) et Tom (le fils) jusqu’au Kirghizstan, pour un périple équestre de trois mois censé à terme les reconnecter.

Rien n’est gagné d’avance entre ces deux-là, que la séparation du couple Renaud-Valérie, alliée aux longs déplacements à l’étranger de Renaud, a éloignés depuis un bon moment. Du côté de Tom, les signaux d’alerte sont au rouge : il redouble sa première et ne fiche rien, il est agressif avec les profs et accro à ses doses de cannabis. L’idée de Renaud, acceptée par Valérie et le corps enseignant, est donc d’extraire Tom de son milieu et de le confronter à un environnement radicalement étranger pour qu’il reprenne ses marques. Randonner à cheval mettra le père et le fils à égalité car aucun des deux n’est cavalier.
« Le contact avec la nature sauvage et la solitude m’ont renforcé dans l’idée que Tom avait besoin d’une rupture, de quelque chose d’original qui transformerait nos rapports. Une sorte de voyage initiatique, à la fois pour améliorer notre relation et pour le faire grandir, le faire passer de l’adolescence à l’âge adulte. […] Dans notre société déconnectée du monde réel où l’argent a remplacé les rêves, où l’on parle d’écologie comme d’un concept, nous sommes nombreux à chercher des solutions d’éducation alternative pour aider nos enfants à devenir adultes, à affronter le monde et à vivre heureux. »

« Dans les pas du fils » est un document passionnant, autant pour les relations entre le père et le fils que pour la découverte du Kirghizstan et qui se lit comme un roman. Des semaines de préparation (où la passivité de Tom manifeste son hostilité au projet) à celles qui suivront le (difficile) retour en France, l’aventure est narrée chronologiquement par le père et le fils qui prennent la parole alternativement. Pas de langue de bois, les choses sont dites telles qu’elles ont été vécues et ressenties et tout sonne vrai. On constate à quel point le pari de Renaud était fou (c’est ainsi qu’il le qualifie) quand on mesure l’agressivité de Tom (verbale mais aussi, à un moment, physique) à son égard. On se dit qu’il va bien finir par se passer quelque chose entre eux deux (sinon il n’y aurait sans doute pas eu de livre) mais le rapprochement sera lent et, pour ce qui concerne Tom, l’éventualité d’une rechute réelle lorsqu’il réintègrera le lycée et retrouvera ses amis.

Au final, le bilan de l’expérience s’avèrera plus que positif, mais (Renaud en a conscience sur place) l’équipée était quand même à haut risque car n’importe quel accident aurait pu la faire capoter (bon, me direz-vous, si on mesurait tous les dangers courus, on ne partirait jamais à l’aventure !). Chacun en a tiré profit, non seulement le fils, mais aussi le père :
« Je n’imaginais pas à quel point cette épreuve allait le transformer et, par la même occasion, me changer et m’apaiser. Tom m’a beaucoup appris sur moi-même. Avec le recul, j’ai le sentiment qu’en ayant aidé mon fils, j’ai soigné mon enfant intérieur. »

Extraits :

– A aucun moment on ne m’a dit : si votre fils ne va pas bien, il va falloir travailler sur vous-même si vous voulez qu’il aille mieux. On charge trop le gamin, j’en suis intimement convaincu. Or cette situation est révélatrice d’une souffrance familiale. Il est donc indispensable que moi, en tant que parent, je sois directement impliqué dans cette démarche.

– Tout autour de nous, la nature fait silence et nous sommes au bout du monde en train de nous dire des vérités jusque-là truquées par les uns, par les autres et par nous-mêmes. Je rêvais de moments comme celui-ci, et il a fallu qu’on parte seuls pendant un mois pour commencer à échanger. J’espère qu’il y aura d’autres occasions car nous avons encre tant de choses à nous dire. Dans les familles, les vérités cachées, ça ne manque pas. Nous sommes nombreux à porter des masques, face à nos parents ou à nos enfants, par crainte qu’ils ne voient nos souffrances, nos peurs et nos culpabilités.

– Je reste surpris de le voir s’intégrer si facilement à la vie de ce pays, même dans les situations les moins confortables. Où est le Tom qui traînait au lit, qui refusait de se lever avant onze heures, qui languissait sur le canapé, qui refusait de participer aux activités familiales ? Ce Tom-là a disparu et je découvre une nouvelle facette de mon fils.

J'ai beaucoup aimé !« Dans les pas du fils », Renaud et Tom François (avec Denis Labayle)
Editions Kero (256 p)
Paru en mai 2016
Lu en numérique via NetGalley


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« Une illusion d’optique », Louise PENNY

illusion-doptique« Dans cette affaire de meurtre, il est question de contrastes, dit Gamache d’une voix douce. De sobriété et d’alcoolisme. Des apparences et de la réalité. De changement, en bien ou en mal. De jeux d’ombre et de lumière. » J’ajouterais qu’il est aussi beaucoup question de pardon.
Three Pines, les amateurs de Louise Penny (pour ma part, je n’en suis qu’à ma deuxième lecture de l’auteur, après « Révélation brutale ») ont pu le constater comme l’inspecteur-chef Gamache, est un petit village perdu du Québec (inutile de le chercher sur une carte, on a oublié de l’y faire figurer) où régulièrement, la mort s’invite sous sa forme la plus violente.
Ici, le meurtre est celui d’une inconnue, découverte dans le jardin de Clara Morrow, artiste peintre dont une exposition au Musée d’art contemporain de Montréal venait enfin de reconnaître le talent. Dans son prolongement, une fête avait eu lieu chez elle, mais aucun des participants ne reconnaît la mystérieuse victime assassinée cette nuit-là.
Gamache mène l’enquête, aidé de son bras droit, l’inspecteur Jean-Guy Beauvoir. Celui-ci peine davantage encore que son chef à se remettre des événements tragiques évoqués dans l’épisode précédent (« Enterrez vos morts », que je n’ai pas lu et dont je découvre a posteriori qu’il formait un diptyque avec « Révélation brutale », trop tard puisque maintenant je sais tout). Les séquelles sont là et le trouble qu’elles génèrent chez lui parcourra tout le roman (au point de me donner envie de ne pas rater l’épisode suivant pour savoir ce qu’il adviendra de Jean-Guy et de l’investigation relative à certaine cassette vidéo, mais je m’éloigne du sujet proprement dit).
« Une illusion d’optique » est un roman policier de facture classique (avec une scène finale de résolution de l’énigme à la Agatha Christie) que je qualifierais de reposant, parce qu’il n’y a rien de glauque (bon, OK, il y a quand même un meurtre, mais pas avec une mise en scène macabre, des mutilations et autres réjouissances dont le polar actuel est friand). On navigue dans le monde de l’art, où c’est une critique dans la presse qui est capable d’assassiner un artiste. Au point que, sa vie détruite, il peut finir par se retrouver aux Alcooliques Anonymes. Ces deux environnements, nous les fréquenterons pour les besoins de l’enquête et ils ne manquent pas d’intérêt.
Gamache, la cinquantaine bien sonnée (il n’est pas loin de la retraite) est un policier intelligent et bienveillant (pas de héros torturé chez Louise Penny, encore que Jean-Guy dont je parlais plus haut en prenne le chemin) qui mène ses investigations de manière posée et méticuleuse. Le roman tisse tranquillement sa toile autour du lecteur. Même si on est curieux de la découvrir, l’identité du meurtrier (les candidats sont nombreux et il n’y aura pas de révélation ébouriffante lors du dénouement) importe moins que l’examen attentif d’un petit groupe d’individus (dont le couple Clara et Peter) dont on se souciera tout du long.

J'ai bien aimé !« Une illusion d’optique », Louise PENNY
titre original A Trick of the Light
traduit de l’anglais (Canada) par Claire Chabalier et Louise Chabalier
éditions Actes Sud – collection Actes Noirs (428 p)
paru en novembre 2017


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« Riquet à la houppe », Amélie NOTHOMB

riquet-a-la-houppeLe dernier Amélie Nothomb, celui qui revient classiquement à chaque rentrée littéraire, je n’avais pas prévu de le lire. Enfin, au moins consciemment, puisque j’avais quand même pris garde de n’en lire aucune critique ! Bref, quand j’ai vu qu’il me tendait ses petits bras sur le présentoir de la bibliothèque, je l’ai attrapé et hop, lu dans la foulée (ça se lit vite, un Nothomb).
Amélie revisite d’une plume virevoltante le conte de Perrault (que je suis allée relire dans la foulée) et c’est un vrai bonheur (même si le passage sur les oiseaux m’a paru un peu long, mon seul bémol pour ce court roman) ! J’ai adoré la manière dont le bébé Déodat appréhende le monde qui l’entoure puis, plus grand, parvient à trouver sa place auprès des autres, malgré le terrible handicap de son hideux physique. La jeune Trémière, de son côté (c’est la fille de Rose et de Lierre, vous l’aviez deviné !), en fera autant, elle dont la beauté extraordinaire constitue aussi une cible de choix, surtout quand par ailleurs la demoiselle paraît fort peu intelligente (en réalité, c’est une contemplative).
Célébration joyeuse de la différence, « Riquet à la houppe » est un joli petit plaisir de lecture !

J'ai beaucoup aimé !« Riquet à la houppe », Amélie NOTHOMB
Editions Albin Michel (188 p)


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« Féminine », Emilie GUILLAUMIN

feminineA vingt-sept ans, Emma Linarès décide de céder à l’attrait que, depuis longtemps, l’armée exerce sur elle et s’engage. « Féminine » (nom donné aux personnels féminins de l’armée) est la chronique de l’année qu’elle y a passée, de l’entraînement militaire à l’affectation en régiment, en attendant l’éventuel départ en opération extérieure … si tant est qu’il ait lieu.

Si « Féminine » est un roman, il est plus que largement autobiographique et l’héroïne s’avère le double fictif de l’auteur, Emilie Guillaumin, dont elle retrace le parcours. A ce titre, il m’est apparu comme une forme d’auto-thérapie, retour sur une expérience pour l’analyser et la dépasser. Car si l’armée fascine Emma-Emilie, la vision fantasmée qu’elle en a, un rêve romanesque d’existence intense loin de la fadeur commune, aura du mal à s’accommoder de la réalité. L’appel de l’aventure, chez elle, ne rime pas avec l’appel des armes (elle fond en larmes la première fois qu’elle tire au fusil) et l’environnement militaire s’avère ne correspondre, maintenant qu’elle le découvre de l’intérieur, à rien de ce qu’elle est. Rapidement, elle a le sentiment de ne pas être à sa place  dans ce milieu mais, prise par le rythme effréné imposé dans le cadre de sa formation, elle préfère ne pas y penser. Ce ne sera que tout à la fin, alors que son départ en Guyane est proche, qu’elle s’accordera le temps de réfléchir à ce qu’elle est en train de faire.
Cet aspect psychologique mis à part, « Féminine » est avant tout le récit dans le détail du quotidien d’Emma-Emilie. L’auteur a été journaliste (et l’est à nouveau) et s’y entend pour croquer les gens, les situations et les ambiances. De quoi donner un aperçu vivant et haut en couleurs, sans langue de bois, de la chose militaire telle qu’elle l’a vécue.

Cette page « Féminine » tournée, l’auteur voudrait maintenant devenir écrivain. On le lui souhaite. Encore que, avec ce roman, ce soit déjà chose faite.

J'ai bien aimé !« Féminine », Emilie GUILLAUMIN
Editions Fayard (397 p)
Paru en août 2016

Repéré chez Cuné

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« Chanson douce », Leïla SLIMANI

chanson-douceLa scène terrible qui ouvre le roman, celle où Myriam, rentrée à l’improviste chez elle trouve ses deux jeunes enfants assassinés par leur nourrice, laquelle a ensuite tenté de se donner la mort, amène la question dont nous quêterons fébrilement la réponse au fil des pages : POURQUOI ?
Le long retour en arrière qu’est « Chanson douce » égrène alors l’histoire d’un couple, celui de Myriam et Paul. Elle, avocate, met sa carrière potentielle entre parenthèses en élevant Mila. Après la naissance d’Adam, cependant, elle n’en peut plus de cette vie confinée de femme au foyer et se résout à passer outre ses réticences pour embaucher une nounou à domicile. Ainsi Louise, petite quarantaine au physique de délicate poupée blonde, s’introduit-elle dans leurs vies, où elle occupe rapidement la première place, fée domestique et Mary Poppins de leur foyer que tout le monde leur envie. Mais l’importance démesurée que Louise accorde à leur petite famille dissimule les fêlures de sa propre vie, qui finiront par se muer en gouffre …

Malgré son côté racoleur du style scénario de film à sensation / cauchemar des parents (toujours anxieux lorsqu’ils confient leur progéniture à un tiers), « Chanson douce » évite en réalité les clichés (celui-ci mis à part, encore qu’il s’agisse d’un fait divers dont l’auteur s’est emparée, comme je viens de l’apprendre après rédaction de ce billet, maintenant que je me suis permis d’aller jeter un œil aux interviews qu’elle a données). Peinture attentive et subtile d’un microcosme, il se fait révélateur des angoisses et des difficultés qu’il y a à vivre aujourd’hui, aussi bien pour Myriam et Paul, rêvant de conjuguer au mieux leurs ambitions professionnelles et leur vie familiale que pour Louise, qui fait tout pour avoir droit à un bonheur dont elle semble condamnée à être exclue. Leïla Slimani étudie ce petit monde avec finesse, sans épargner le jeune couple et son manque de clairvoyance. L’analyse de l’auteur mêle le psychologique et le sociologique mais jamais au détriment de l’histoire, tendue jusqu’au bout et ce même si nous en connaissons déjà l’issue, fatale. Il n’y aura pas de révélation fracassante mais le lecteur attentif percevra le glissement progressif de Louise vers des territoires où l’espoir n’a plus sa place. Un roman que je n’ai pas pu lâcher, tant sa mécanique est efficace !

J'ai bien aimé !« Chanson douce », Leïla SLIMANI
Editions Gallimard (227 p)
Paru en septembre 2016
Lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister

Les avis de : Cuné, Micmelo, Clara, Papillon, Valérie


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« 14 juillet », Eric VUILLARD

14-juilletBeau projet que celui d’Eric Vuillard, consistant à reconstituer la fameuse journée du 14 juillet 1789, celle que notre Fête Nationale commémore chaque année ! Pour y parvenir, pas question d’user de ces raccourcis faciles qui ont nourri nos images d’Epinal. Il décide donc de partir sur la trace de ce petit peuple qui la fit et qui l’incarna. Un petit peuple qu’il ne cesse de nommer, au point que cette énumération de noms pourtant piquants tant ils fleurent bon l’époque, finit par virer au procédé, lequel s’accompagne d’un autre, qui consiste à s’emparer du personnage nommé et pointé à un moment donné de ce jour emblématique pour nous donner à voir ce qu’il adviendra de lui dans les années qui suivront : l’auteur était-il à ce point soucieux d’utiliser tout ce qu’il avait pu obtenir comme informations au sujet de ces gens dont il avait retrouvé et suivi la trace pour se complaire dans ces projections qui entravent la marche du récit ? Certes, elles proposent un aperçu des destins d’alors et de la place qu’y tinrent les épisodes du 14 juillet, ainsi mis en perspective, mais ce n’est pas toujours le cas et elles ne m’ont pas paru indispensables.
Quel besoin aussi, de parsemer son texte de mots dont nous ne connaissons plus le sens (mandorle, casaquin, ratine, triboule …), quand c’est pour user par ailleurs de tournures familières modernes (p 42 : « Il assomma tout le monde pendant trois plombes ») ? On aura aussi droit à un portrait de la citadelle en mode envolée lyrique et érudite (p 63 : « Voici le temple d’Horus. » etc) qui m’est largement passée au-dessus (« Figure inexpressive de la vieille Egypte. Dieu de sable et de pierre. Masse énorme. Bégude. Tarasque. Bàou. On ne sait quel sens te donner, si tu fus la grande chose obscure, Orion, Cocyte, dieu du silence, âme morte, pétrifiée. ») en me donnant la sensation que l’auteur se regardait écrire. Tout cela pour dire que ce mélange de registres dans les styles adoptés ne m’a pas convaincue, pas plus que, sur presque deux pages (p 144) la longue description d’une épée (à nouveau l’impression que l’auteur voulait exploiter le matériau recueilli).

Si je n’ai pas été emportée par ma lecture tant ce que je viens d’évoquer m’a agacée ou pesé, je reconnais volontiers le talent de l’auteur pour peindre des scènes fortes (le pillage de la Folie Titon, au début, en est une parfaite illustration) et j’ai vu en filigrane l’œuvre que j’aurais aimé lire, immense fresque populaire pleine de bruit et de fureur. De fait, « 14 juillet » offre une description intéressante car très documentée de ce qui s’est joué ce jour-là. Mais elle aurait, à mon sens, gagné en efficacité et en vérité si l’auteur avait réussi à conjuguer fougue et sobriété dans l’écriture de son récit et s’il s’était mis de côté pour lui offrir la première place.

J'ai aimé un peu« 14 juillet », Eric VUILLARD
Editions Actes Sud (200 p)
Paru en août 2016

Et pour nuancer mon avis, je vous invite à lire ceux, enthousiastes, de : Sandrine, Delphine-Olympe, Jostein, Clara, Keisha, Dasola .
Mic Mélo a aimé aussi mais émet quelques réserves.