Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


5 Commentaires

« Une histoire naturelle des dragons – Mémoires, par Lady Trent , tome 1 », Marie BRENNAN

brennan_vol1.indd« Une histoire naturelle des dragons », c’est le titre de l’ouvrage de référence que leur a consacré Sir Richard Edgeworth et que la jeune Isabelle Camherst connaît sur le bout des doigts, tant elle développe une passion pour ces créatures d’exception. Bien des années plus tard, celle qui est maintenant une vieille dame célèbre, connue sous le nom de Lady Trent, s’attelle à la rédaction de ses mémoires, dont ce volume est le premier tome. Le lecteur y découvrira une enfant puis une adolescente rétive aux usages qui convenaient à son rang et à son sexe, préférant se consacrer à l’étude des lucions, insectes ressemblant à des dragons miniatures et qu’elle collectionne. Viendra pourtant, dès seize ans, le moment où elle se verra contrainte de penser au mariage … la première des nombreuses aventures qui l’attendent !

Ce premier tome des Mémoires de Lady Trent (qui n’oblige pas à lire sa suite, il a une fin en bonne et due forme) se lit avec plaisir. Le monde imaginaire qu’a créé Marie Trennan ressemble à l’Angleterre victorienne … avec des dragons en plus, mais ce sont là les seules créatures fantastiques présentes dans ces pages, on n’est pas dans un roman de fantasy avec gnomes, elfes etc.. La jeune Isabelle est dotée d’un tempérament volontaire et indépendant : une telle modernité d’esprit, en décalage par rapport aux mœurs de son temps, ne lui rend pas la vie facile. Si on pourra, à plusieurs reprises, lui reprocher un certain manque de discernement dans les actions qu’elle entreprend, n’oublions pas qu’elle est encore toute jeune et fort inexpérimentée. Il reste que la demoiselle est vive et attachante, tout en ne manquant pas d’humour (son moi plus âgé non plus). Son enthousiasme pour les dragons est communicatif au point que j’ai regretté que, tout compte fait, on n’en apprenne pas tant que cela à leur sujet (mais il y a encore quatre tomes à venir). Il n’empêche que, grâce à eux, nous suivons les pas de notre héroïne bien loin de son pays d’origine, dans le cadre d’un voyage où les péripéties ne manqueront pas !

Le récit est dépaysant et bien mené, porté par une écriture de qualité (la traduction est de Sylvie Denis, une référence en la matière) et agrémenté de quelques belles illustrations (j’ai lu le livre en numérique, mais j’ai aperçu et apprécié en librairie l’objet dans sa version papier). Un bon moment de lecture.

Extrait :

C’est … C’est comme s’il y avait un dragon femelle en moi. Je ne sais pas quelle taille elle a ; il se peut qu’elle soit encore en train de grandir. Mais elle a des ailes, et de la force et … et je ne peux pas la garder en cage. Elle en mourrait. J’en mourrais. Je sais que ce n’est pas humble de parler ainsi, mais aussi que je suis capable de plus que ce que la vie dans les Scirland m’autorise. Les femmes peuvent étudier la théologie, ou la littérature, mais rien d’aussi brut [que les dragons ]. C’est pourtant ce que je veux. Même si c’est difficile, même si c’est dangereux. Je m’en moque. J’ai besoin de savoir où mes ailes peuvent m’emporter.

J'ai bien aimé !« Une histoire naturelle des dragons – Mémoires, par Lady Trent – tome 1 », Marie BRENNANDéfiSFFFPetitMle
titre original A Natural History of Dragons (2013)
traduit de l’anglais par Sylvie Denis
éditions de l’Atalante (349 p)
paru en mars 2016

Les avis de : SBM, Lune, TashaElbakin, Xapur …


6 Commentaires

« Les enfermés », John SCALZI

enfermés scalziQuatrième de couverture :
Un nouveau virus extrêmement contagieux s’est abattu sur la Terre. Quatre cents millions de morts. Si la plupart des malades, cependant, n’y ont réagi que par des symptômes grippaux dont ils se sont vite remis, un pour cent des victimes ont subi ce qu’il est convenu d’appeler le « syndrome d’Haden » : parfaitement conscients, ils ont perdu tout contrôle de leur organisme ; sans contact avec le monde, prisonniers de leur chair, ils sont devenus des « enfermés ».
Vingt-cinq ans plus tard, dans une société reformatée par cette crise décisive, ces enfermés, les « hadens », disposent désormais d’implants cérébraux qui leur permettent de communiquer. Ils peuvent aussi emprunter des androïdes qui accueillent leur conscience, les « cispés », voire se faire temporairement héberger par certains rescapés de la maladie qu’on nomme « intégrateurs »…

Haden de son état, Chris Shane est aussi depuis peu agent du FBI. A sa première enquête, sous la houlette de sa coéquipière Leslie Vann, c’est justement sur un intégrateur que se portent les soupçons. S’il était piloté par un haden, retrouver le coupable ne serait pas coton.
Et c’est peu dire : derrière une banale affaire de meurtre se profilent des enjeux colossaux, tant financiers que politiques.

C’est par le biais du personnage de Chris Shane (dont j’étais persuadée qu’il ne pouvait s’agir que d’un jeune homme, jusqu’à ce que j’aperçoive sur un des rabats de couverture une mention précisant que l’auteur ne connaissait  pas son sexe … et effectivement, il n’y a pas d’indication à ce sujet ) que le lecteur découvre ce qu’est un « enfermé ». L’approche est particulière, cependant, car Shane a été enfermé alors qu’il (j’en reste au pronom masculin, tant pis) n’avait que deux ans, il n’y a donc pas vraiment eu d’ « avant » et « après » pour lui, car il ne se souvient pas de cet avant. Shane est aussi un cas spécifique, on le comprend dès les premières pages, puisque c’est une célébrité dans son genre : enfant d’un riche sénateur, il a en effet été érigé tout petit comme symbole positif de la condition haden. Ces précisions ne sont pas sans importance car elles définissent aussi le rapport que Shane entretient avec son nouveau métier, qui ne lui est pas vital mais lui permet de quitter le cocon familial et le regard que les autres portent de prime abord sur lui.

L’enquête démarre presque immédiatement (juste après deux pages de présentation du syndrome Haden en guise de préambule). Le récit, tout en nous permettant d’appréhender ce que la société est devenue avec l’apparition des cispés dans la vie quotidienne, est mené de manière très efficace et je l’ai lu avec plaisir. Il déborde le cadre de la résolution d’un simple crime pour s’ouvrir sur des problématiques plus larges qui touchent justement à la manière dont est envisagée la place des hadens.
Shane en est le narrateur, à la première personne, ce qui lui confère une tonalité très spontanée, avec quelques pointes d’humour. L’ensemble revêt pourtant, et ce malgré les références régulières au corps de Shane, dans la nacelle où il est conservé, et son implication physique par le biais de son cispé (qui va en voir de dures) un côté désincarné assez troublant : on n’a pas l’habitude d’un héros dont les possibilités d’interactions avec les personnages qui l’entourent sont ainsi restreintes. Et ce n’est pas l’Agora, espace virtuel où se retrouvent les Hadens, qui peut compenser. Ceci étant, le personnage de Shane suscite la sympathie (je dirais même l’empathie) et on s’intéresse non seulement à l’enquête mais à lui personnellement.

« Les enfermés » est suivi d’un second texte (de 70 pages) intitulé « Libération – Une histoire orale du syndrome d’Haden », dont j’ignorais qu’il avait été écrit avant le roman proprement dit. Je l’ai abordé sans enthousiasme, craignant de m’y ennuyer mais cette chronique socio-historique, ponctuée de témoignages de divers spécialistes ou autorités, s’est avérée dynamique et passionnante.

J'ai bien aimé !« Les enfermés » suivi de « Libération – Une histoire orale du syndrome d’Haden », John SCALZIDéfiSFFFPetitMle
Titre original « Lock In – Unlocked : An Oral History of Haden’s Syndrome » (2014)
Traduit de l’anglais par Mikaël Cabon
Editions de l’Atalante (379 p)
Paru en février 2016

Repéré chez Lune.
L’avis de Yogo.


12 Commentaires

« Membrane », Chi Ta-Wei

membrane« Momo tendit la main pour caresser la tapisserie jaune. Elle croqua dans la peau rose et délicate d’une pêche cultivée sous serre, le jus ruissela à travers. Mais elle n’aurait su dire avec certitude si c’était bien les terminaisons nerveuses de son épiderme à elle qui avaient effleuré à nu la tapisserie, et si ses papilles avaient réellement saisi le goût sucré de la chair du fruit — n’y a-t-il pas toujours entre un objet et un corps une frontière impossible à franchir ?
Une membrane. C’est l’impression que lui donnait le monde. Momo avait trente ans et elle avait toujours considéré qu’il existait une membrane entre elle et le monde, en tout cas au moins une enveloppe. »

Ainsi commence « Membrane », qui raconte la vie de Momo, esthéticienne en 2100 dans une de ces villes sous-marines créées par les hommes quand le réchauffement climatique a rendu la terre inhabitable.
Momo exerce son métier avec talent mais un mal secret la ronge : celui de ne pas avoir vu sa mère (toujours évoquée sous l’appellation de « Maman »), célèbre directrice des relations publiques d’un grand groupe informatique, depuis maintenant 20 ans. Or voilà que celle-ci annonce sa venue …

Je ne vous en dirai pas plus car il serait dommage de trop en révéler au sujet de ce court roman qui, jusqu’au bout, surprend son lecteur, en nous contant l’histoire inhabituelle d’une petite fille devenue une jeune femme solitaire.
Un texte dont j’ai aimé le caractère imprévisible autant que la grande sensibilité qu’il dégage.

Chi Ta-wei (né à Taipei en 1972) est auteur de romans et de nouvelles, dont plusieurs de science-fiction. Il est par ailleurs une figure importante des mouvements de défense de la cause homosexuelle et « queer » à Taiwan. Membrane […] est sa première œuvre littéraire traduite en français.
(extrait de la 4ème de couverture)

J'ai beaucoup aimé !« Membrane », Chi Ta-WeiDéfiSFFFPetitMle
Première édition en chinois traditionnel à Taiwan 1996
Traduit par Gwennaël Gaffric
Editions L’Asiathèque (213 p)
Paru en 2015

Les avis de : Lhisbei, Yueyin


8 Commentaires

« La Ménagerie de papier », Ken LIU

ménagerie de papierLes éditions Le Bélial ont réuni dans ce recueil dix-neuf nouvelles de l’auteur américain d’origine chinoise Ken Liu (né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d’émigrer aux Etats-Unis à l’âge de onze ans – titulaire d’un doctorat en droit, programmeur, il est aussi traducteur du mandarin en américain). Certaines sont inédites, d’autres ont été publiées entre 2004 et 2014. 
Je ne vous présenterai pas ces nouvelles (dont quatre sont des textes courts, qui font de 2 à 4 pages) de manière exhaustive, en vous donnant le pitch de chacune, mais n’hésitez pas à cliquer sur les billets en liens ci-dessous car d’aucuns l’ont fait. Sachez cependant que si certaines sont d’un abord aisé et ont de grandes chances de vous plaire que vous aimiez ou non la science-fiction, parce qu’elles se situent aux franges du normal ou bien traitent de questions contemporaines qui ne manqueront pas de vous interpeller, d’autres sont plus difficiles d’accès et exigeantes (voire absconses comme « L’Erreur d’un seul bit ») et à réserver à un lectorat SF averti.

Mes cinq nouvelles préférées sont (dans leur ordre d’apparition) :
« Les Algorithmes de l’amour » : la conceptrice d’une poupée qui parle explore et décortique tous les schémas de pensée, ce qui n’est pas sans conséquence pour elle … Réflexion brillante, sous couvert du récit d’une anecdote percutante, sur les mécanismes de notre cerveau et plus généralement, ce qui nous définit.
« Trajectoire » : analyse très sensible du parcours atypique de la (longue …) vie d’une femme
« La Ménagerie de papier » : très belle nouvelle (multiprimée : Hugo – Nebula – Word Fantasy), où il est question d’une mère qui faisait autrefois des pliages de papier représentant des animaux pour les offrir à son fils (le narrateur) et ces pliages prenaient vie, jusqu’à ce que … Un regard juste et émouvant sur les relations d’un fils à sa mère, le passé venant éclairer le présent.
« Le Journal intime » : une femme qui veut lire le journal intime de son mari voit les mots lui échapper, au sens propre du terme … Un basculement à côté de la réalité (sur)prenant et bien vu.
« Mono no aware » : signifie la sensibilité à l’éphémère (celle qu’on retrouve dans les haïkus). Nouvelle qui illustre à quel point « Ce sont les places que nous occupons dans l’existence des autres qui nous définissent », au travers de l’histoire de l’Espérance qui, tractée par une voile solaire, emporte les derniers humains loin de la terre.

Parmi les autres nouvelles, certaines ne manquent pas d’humour, comme « Emily vous répond » (variation maligne, en mode courrier du cœur, sur les effets indésirable du gommage de mémoire) ou « Le Golem au GMS » (Dieu demande à la jeune Rebecca de façonner un Golem pour attraper tous les rats du vaisseau spatial qui sinon vont mettre à mal la planète vers laquelle il se dirige). « Faits pour être ensemble » s’amuse à décliner jusque dans les détails de la vie privée, amour compris, l’incidence que pourrait avoir l’utilisation que nous faisons des moteurs de recherche (Tilly, l’Intelligence Artificielle au service de Sai, l’aide dans tout ce qu’il fait au quotidien, gestion de ses relations personnelles incluse). « La Plaideuse » m’a rappelé les enquêtes du Juge Ti (Van Gulik), avec ici un soupçon de fantastique puisque ce sont les esprits d’un foyer qui vont aider la jeune Plaideuse dans son enquête.
« La Forme de la pensée » voit le vaisseau Rapu Nui arriver sur une planète habitée par les Kalathanis qui « parlent » avec le bout lumineux de leurs doigts. La mère, ethnologue et le père, militaire, conviennent que leur petite fille Sarah, qui a 6 ans, sera élevée avec les Kalathanis pour parvenir à les comprendre. Cette nouvelle traite avec brio de l’altérité (comme « Renaissance ») et aussi du langage (thématique présente dans d’autres textes du recueil, notamment « Nova Verba, Mundus Novus » ou « Le Livre des diverses espèces ») car « Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir un langage unique, ni un seul mode de pensée ». Elle évoque à nouveau la filiation, les liens de naissance et ceux que l’on crée.

Dans ses nouvelles, Ken Liu nous offre des histoires (plus ou moins) en décalage par rapport au réel (il n’y a pas que de la SF). Elles interrogent ce que nous sommes et questionnent nos vies éphémères (ou pas) avec une grande sensibilité, tout en se révélant pleines de surprises, pour le plus grand plaisir du lecteur. Une belle découverte !

J'ai beaucoup aimé !« La Ménagerie de papier », Ken LIUDéfiSFFFPetitMle
Recueil de nouvelles sans équivalent en langue anglaise.
Coédition Le Bélial’ & Quarante-deux (438 p)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et harmonisé par Pierre-Paul Durastanti
Paru en 2015

Les avis de : Gromovar, BlackWolf, Lune, Lohrkan, Tigger Lilly, Shaya, Cornwall, EfelleLhisbei …


10 Commentaires

« Animale » tome 1 : « La Malédiction de Boucle d’Or », Victor DIXEN

AnimaleAbandonnée bébé devant la porte du couvent Sainte Ursule, celle que les sœurs ont prénommée Blonde y a vécu jusqu’alors. Nous sommes en 1832 et c’est maintenant une jeune fille de dix-sept ans un tantinet languissante, dont le regard est dissimulé derrière des lunettes aux verres bleutés, car il a été depuis longtemps décidé pour sa santé qu’elle devait se tenir à l’écart de la lumière vive du soleil et des activités de plein air.
Une nuit, un vieillard inconnu réussit à lui remettre un dossier qu’il la presse de lire car il la concerne au premier chef. Blonde se plonge alors dans la longue missive que rédigea en 1814, une certaine Gabrielle de Brances, jeune femme avec laquelle elle ne tarde pas à découvrir qu’elle entretient les liens les plus étroits …

Et si le fameux conte « Boucle d’or et les trois ours » était basé sur une histoire vraie ?
C’est l’idée de départ de Victor Dixen pour ce premier tome de la série « Animale », intitulé « La Malédiction de Boucle d’or », un livre auquel je n’avais pas prêté attention à sa parution tant la couverture me paraissait d’un kitsch rédhibitoire. Mais le tome 2 vient de sortir et son titre, « La Prophétie de la Reine des neiges » a attiré mon regard (dès qu’il est question d’un conte d’Andersen, mes antennes s’agitent), si bien que j’ai rectifié le tir en voyant l’avis positif de SBM au sujet de ces deux opus.

J’ai pris grand plaisir à la lecture de ce tome 1, que j’ai dévoré en deux soirées. On y retrouve le bonheur ressenti enfant à l’écoute d’un conte, tant il est vrai que le roman pourrait très bien commencer par « Il était une fois … ». Ici, l’histoire s’adresse à de grands adolescents (ou à des adultes). Les aventures fantastiques qui vont se jouer au présent prennent leur source dans un passé dont Blonde devra assumer, dans son corps, les étranges et terribles révélations. Rien ne sera facile pour notre héroïne (et pour sa chevelure !), autour duquel le drame rôde.
Mené tambour battant, le récit voit une jeune fille contrainte soudain de changer et d’apprendre à vivre avec ce changement. Embûches et péripéties se multiplient sur son chemin, mais l’amour y trouve aussi sa place.
Un très bon moment !

J'ai beaucoup aimé !« Animale », tome 1 : « La Malédiction de Boucle d’or », Victor DIXENDéfiSFFFGMle
Editions Gallimard Jeunesse (437 p)
Paru en 2013
Grand Prix de l’Imaginaire 2014 (catégorie roman jeunesse)


34 Commentaires

« Des larmes sous la pluie », Rosa MONTERO

larmes sous la pluieQuatrième de couverture :
Etats-Unis de la Terre, 2109. Les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu’une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour réécrire l’histoire de l’humanité. Bruna Husky, une réplicante de combat solitaire, mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n’a d’alliés que des marginaux ou des aliens, les seuls encore capables de tendresse dans ce vertige paranoïaque qui emporte la société.

Rosa Montero reprend le thème des réplicants (humanoïdes créés par l’homme) tels qu’ils apparaissent dans Blade Runner, film adapté d’un roman de Philip K.Dick (le titre « Des larmes sous la pluie » est d’ailleurs une citation d’un passage du film), pour bâtir un récit solidement ancré dans un futur dont elle nous brosse un tableau détaillé et convaincant, étayé par les extraits d’archives qui nous sont fournis
Ce n’est pas la seule force de ce roman, il y a aussi son héroïne. Elle fait partie de ces êtres inoubliables et auxquels on croit dur comme fer, tant le portrait qui nous est donné de cette techno-humaine, mélange de force et de faiblesse, en proie au tragique de sa condition (les réplicants vivent 10 ans et sont ensuite terrassés par une maladie mortelle), suscite l’empathie. Quant aux autres personnages, au moins pour les principaux, ils ont un relief certain et parmi eux une petite créature improbable s’avère rudement attachante.
Malheureusement pour moi, le parti pris d’opter pour une enquête en mode classique (Bruna Husky est détective) ne m’a pas permis d’être accrochée plus que cela par cette histoire, où les investigations sont menées sur fond de soupçons de complot, avec l’aide d’un policier, rien de bien nouveau en somme. Résultat : je n’ai pas été surprise comme j’aime l’être lorsque je lis de la SF ; pour être honnête, j’aurais même pu arrêter le livre en cours de route, mais je venais de l’acheter dans sa version poche juste parue (jamais pu le trouver dans mes médiathèques) car j’avais lu beaucoup de critiques positives à son sujet.
Bref, il y a beaucoup de choses qui m’ont plu dans ce roman … mais l’intrigue ne m’a pas captivée.

J'ai bien aimé !« Des larmes sous la pluie », Rosa MONTERODéfiSFFFGMle
Titre original Lágrimas en la lluvia (2011)
Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse
Editions Métailié (2013)
Collection Suites (2015) – 404 pages

Les avis de : a Girl from Earth (pas plus captivée par l’intrigue que moi, mais nous sommes bien les seules), Keisha, SBM, Cuné, Jostein, Yueyin, Mrs Figg, Lhisbei, Miss Léo


2 Commentaires

« Trillium », Jeff LEMIRE

trillium3797 – Le virus intelligent de la crépine a traqué et décimé l’humanité dans tout l’univers connu des différents systèmes solaires. Les quatre mille survivants ne peuvent être sauvés que grâce à la trillium, or il se trouve que sur la planète d’Atabithi poussent des fleurs qui en possèdent les propriétés et grâce auxquelles un vaccin pourrait être élaboré. La scientifique Nika dispose de très peu de temps pour convaincre les Atabithiennes de les lui donner. Mais il lui faut pour cela réussir à percer les secrets du langage de cette tribu extraterrestre, dont le village se dissimule derrière de hauts murs couverts d’étranges ornements…
1921 – Dans la jungle amazonienne, le soldat William s’approche des murailles d’un mystérieux temple …

Voilà un album dont la lecture sort de l’ordinaire car sa conception n’a rien de linéaire et sa manipulation en est la conséquence directe : il faut de temps en temps retourner le volume pour lire une partie de l’histoire dans l’autre sens, ou bien suivre celle-ci d’une page à l’autre en ne se préoccupant que de la partie (haute ou basse) concernée. Rien d’insurmontable, même si j’ai cafouillé par moments faute d’indications suffisamment précises. J’ai aussi eu un peu de mal avec la police de caractère utilisée, limite pour moi, il me fallait un éclairage optimal pour compenser (raison pour laquelle je n’ai pas effectué une deuxième lecture, alors que l’œuvre l’aurait mérité).
Il reste que le jeu en vaut la chandelle car l’histoire est intéressante et le récit, parfaitement maîtrisé, fait preuve d’originalité dans sa manière de mêler habilement deux flux narratifs en les croisant puis en les amenant à se rejoindre, construction à laquelle on n’est pas habitué dans la bande dessinée, tout en jouant à se projeter dans le passé ou le futur.

Les personnages sont rapidement esquissés, mais on se préoccupe au moins du sort de l’humanité en général et de celui de Nika en particulier, héroïne attachante dont on ne peut qu’admirer la ténacité et la générosité, alors qu’il lui est si difficile de conserver le moindre repère. Le graphisme rappelle l’aquarelle et il est de qualité, autant que les couleurs utilisées, même si personnellement j’aurais préféré quelque chose de plus défini dans le trait. L’histoire mêle science-fiction et fantastique, la boucle finit par être bouclée d’une manière qu’on jugera satisfaisante ou pas, pour ma part j’ai trouvé l’approche un peu trop transcendantale/métaphysique.
Bilan en demi-teinte, donc, pour une bande dessinée faisant preuve d’une belle inventivité, mais qui n’était pas complètement à mon goût.

J'ai bien aimé !« Trillium », Jeff LEMIREDéfiSFFFGMle
Traduit de l’américain par Benjamin Rivière
Editions Urban Vertigo (216 p)
Paru en octobre 2014


8 Commentaires

« UTOPIES » (Revue 303)

utopiesPrésentation de l’éditeur :
Telle la Beauté pour Baudelaire, l’Utopie n’est-elle par un « rêve de pierre » ? Le genre humain met en elle ses espoirs, et plonge dans ses yeux « aux clartés éternelles » comme en un miroir.
De Platon à Jules Verne, de Thomas More à Le Corbusier, de l’Atlantide aux villes volantes de Vincent Callebaut en passant par la science-fiction et la bande dessinée, l’utopie sociale, architecturale, politique est de toutes les époques, de tous les pays : le rêve d’un ailleurs serait-il constitutif de la nature humaine ? Une forme de l’espoir, une façon de supporter une réalité difficile ?
Le désir d’un avenir meilleur est-il encore le moteur de toute création ? Et si l’utopie n’était plus qu’une « valeur-refuge » pour temps de crise ?
Historiens, architectes, auteurs de bandes dessinées : chacun des contributeurs à ce nouveau numéro de la revue répond à sa manière à ces questions et ajoute une pièce au puzzle qui définit l’Utopie aujourd’hui.

Ce numéro de la revue 303, je l’avais repéré à la librairie du Lieu Unique à Nantes, lors des dernières Utopiales et j’ai eu le plaisir de le recevoir en cadeau de Noël 🙂 . Je l’ai lu in extenso (moi qui suis spécialiste de l’achat de revues que je ne lis ensuite qu’à moitié, et encore à moitié c’est dans le meilleur des cas) !
Un mot tout d’abord pour souligner la qualité esthétique de la revue, un grand format à la mise en page soignée, doté d’une iconographie copieuse et superbe, avec des illustrations affichées régulièrement en pleine page, voire en double page.
Le contenu est à la hauteur de la forme et couvre un certain nombre de domaines relatifs à l’utopie, comme l’annonce la quatrième de couverture que j’ai reprise en préambule. Sans entrer dans le détail des onze articles qui composent la revue, voici un aperçu de quelques-uns d’entre eux.

Dans « Visite guidée sur les sentiers de l’avenir », Patrick Lang (maître de conférences en philosophie à l’université de Nantes) rappelle que « L’utopie s’accompagne dès le début d’un projet d’urbanisme. […] L’espace habité ne doit pas seulement être un abri : dès les origines de l’humanité, les constructions ont un sens ». Après un panorama historique de l’utopie, il s’interroge, dans sa dernière partie, sur notre époque « dominée par la pensée tragique » : « Peut-être croyons-nous tous plus ou moins clairement que l’utopie est morte, au plus tard, avec la fin de la guerre froide dans les années 1989-1991 ». Pourtant, d’après lui, « Le constat d’une crise profonde de l’économie libérale de marché […] révèle à la fois la nécessité et la possibilité d’une réflexion fondamentale et novatrice sur l’organisation et les orientations à donner à l’activité politiques et économique future » que la pensée des utopistes peut soutenir.

Ugo Bellagamba (qui était alors directeur artistique des Utopiales de Nantes) évoque ensuite « Les utopies vertes », notamment celles de l’architecte belge Vincent Callebaut (auquel les Utopiales ont consacré dans leur édition de 2013 une superbe exposition). Il prolonge sa présentation en s’intéressant aux œuvres que la réflexion concernant la place de l’homme dans la nature a pu susciter dans la littérature de science-fiction.

« Mécanique(s) du rêve », interview de trois auteurs ligériens de bande dessinée « qui flirtent avec l’utopie et la science-fiction » offre en annexe une attractive petite bibliographie de Lecture(s) de rêve avec 20 titres d’œuvres graphiques « qui sont autant de variations sur une société fantasmée ».

L’écrivain Pierre Bordage intervient ensuite avec un article au titre volontairement provocateur de la part d’un auteur de SF comme lui : « Chère science-fiction, vous n’êtes pas mon genre … », où il répond à la question du pourquoi de la science-fiction que certains (dont je ne fais pas partie) se posent, en mettant en avant « les richesses d’un genre à [s]on avis injustement méconnu ».

Avec « Utopie et critique sociale dans Les Voyages extraordinaires de Jules Verne », l’auteur Samuel Sadaune s’interroge sur cette thématique dans l’œuvre de l’écrivain (et nous donne par la même occasion quelques idées de lecture).

Roland Lehoucq, astrophysicien et président des Utopiales, nous fournit de quoi cogiter avec son article « Parlons de science grâce à la fiction », où il explique, illustrations à l’appui, comment nos représentations en matière de culture scientifique « sont aussi largement élaborées à partir des œuvres de fiction, qu’elles soient cinématographiques, littéraires ou graphiques. »

Pour qui s’intéresse à l’utopie en général et à l’architecture et l’urbanisme en particulier, ce numéro de la revue 303 offre matière à réfléchir et à rêver. L’amateur de science-fiction, quant à lui, aura aussi le plaisir d’y retrouver des références aux lectures qu’il a déjà faites ou d’y glaner des pistes pour de nouvelles.DéfiSFFFGMle

Revue 303 (site ici) – numéro 125 paru en mars 2013


20 Commentaires

Où, pour les besoins d’un défi, je relis un conte

Pour les besoins du défi SFFF & diversité lancé par Lhisbei sur le RSF Blog (item 12 : relire un conte que vous avez adoré étant enfant), je suis allée récupérer tout en haut de ma bibliothèque (ben oui, c’est classé par ordre alpha) l’intégrale des contes d’Andersen que je m’étais offerte en 1986 (à cette date, je n’étais déjà plus une gamine, ceci pour vous préciser que ce n’est pas dans ce volume, illustré de gravures sur bois de l’époque, que j’ai lu (et relu) le conte initialement). Et hop, direction « Les cygnes sauvages », un conte que j’aimais tout particulièrement quand j’étais petite.Andersen

Début de lecture un peu décevant car le style est plat et je tique sur le passage suivant :
« Quand ils [les onze princes] allaient à l’école, ils écrivaient avec des stylets de diamant sur des ardoises d’or ; […] Leur sœur, Lise, assise sur une petite chaise en cristal de roche, avait entre les mains un livre d’images qui, à lui seul, valait bien la moitié d’un royaume.
Ils étaient donc très heureux […] ».
Donc ils jettent leurs ardoises à chaque fois qu’ils ont écrit dessus (parce que quand c’est gravé, c’est gravé) ?! Et puis c’est quoi, ce message pour nos chères têtes blondes : amas de richesses = bonheur ?Andersen2

La suite, heureusement, ne tarde pas à me (re)capter (et je n’ai plus chipoté) . On y trouve, comme souvent dans les contes, une belle-mère qui s’avère une marâtre et n’a de cesse de s’en prendre aux enfants déjà présents sous le toit de son royal époux, en l’occurrence Lise et ses onze frères. La méchante reine qui n’est évidemment rien d’autre qu’une sorcière, jette à ceux-ci un sort qui les condamne à passer tout le jour sous la forme de cygnes sauvages. Ils ne reprennent forme humaine qu’une fois le soleil couché. En même temps, elle réussit à éloigner Lise du château. Ce qui se passe après, eh bien je ne vais pas vous le raconter. Si vous ne connaissez pas ce conte, vous trouverez bien un moment pour lire ces dix pages où le suspense ne manque pas, je pense à la traversée au-dessus des eaux et à la toute fin du récit, où on frémit jusqu’au bout.
L’amour occupe une place de choix, en particulier celui qui lie les membres d’une fratrie et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles j’aimais tant ce conte, outre le fait que la transformation des princes en cygnes m’apparaissait davantage comme quelque chose de merveilleux que comme la malédiction qu’elle était.
Une relecture agréable, donc. Elle a fait ressurgir des images qui m’avaient ravie et continuent de me charmer. J’ai aussi apprécié, in fine, mais là c’est vu avec mon regard d’adulte, la charge contre les ressortissants de l’église qui voient des sorcières partout (et noté la versatilité de l’opinion publique, aussi prompte à encenser qu’elle l’a été à condamner).DéfiSFFFGMle