« Sheppard Lee », Robert Montgomery Bird

Philadelphie, début du 19ème siècle
Sheppard Lee est un gentleman farmer vivant confortablement des revenus de ses terres, dont il ne s’occupe pas personnellement car il est trop paresseux pour cela. Ne s’employant à rien, il essaie vainement de trouver quelque occupation pour ne pas s’ennuyer à longueur de temps.
Son régisseur finit par le dépouiller de ses biens et, dans une tentative désespérée pour recouvrer la richesse, Sheppard Lee perd la vie. L’occasion pour lui de constater qu’il est certes mort mais capable de se projeter dans le corps d’un quidam défunt pour l’animer à nouveau ! Cette découverte et les péripéties qui s’ensuivront le conduiront à jouer successivement divers rôles dans la société américaine. Il y occupera le corps de personnages aussi différents qu’un dandy ou un esclave noir, pour ne citer qu’eux, toujours en quête d’un bonheur qui semble s’acharner à le fuir…

La présentation de l’éditeur (voir ici) m’avait incitée à tenter ma chance lors de la dernière opération Masse Critique de Babelio et bien m’en a pris !
J’ai plongé dans le récit autobiographique des tumultueuses aventures de Sheppard Lee et je n’ai pas tardé à avoir le sourire aux lèvres (lorsqu’il raconte, au tout début, les circonstances tragico-comiques dans lesquelles ses jeunes frères et sœurs ont trouvé la mort, nous offrant un avant-goût de cet humour noir dont le roman est friand). Pas de temps mort dans ces pages pourtant copieuses, ponctuées de ces titres « où l’on vous donne un aperçu de ce qui va arriver », car notre narrateur évite au maximum les digressions, soucieux de maintenir l’intérêt de son lecteur et pour ce qui me concerne, il y est parvenu sans difficulté.

La léthargie naturelle de Sheppard Lee s’efface à chaque fois qu’il « occupe » un nouveau corps, puisque c’est le tempérament du défunt qui vient remplacer le sien, au point qu’il en épouse toutes les appétences et ne conserve plus qu’en toile de fond la conscience de celui qu’il est réellement, de quoi affirmer implicitement la primauté du corps sur l’esprit.
Croyant gagner au change avec son premier nouveau corps, car l’homme est riche au possible, Sheppard Lee ne va pas tarder à déchanter (il se découvre affligé de la goutte et d’une insupportable épouse) et ses déboires ne s’arrêteront pas là. Il se retrouve régulièrement dans des situations qui vont d’inconfortables à périlleuses et tombe ainsi de Charybde en Scylla, à croire qu’il lui est impossible de se trouver un corps source de bonheur. Point de ton larmoyant pour autant car le registre reste en mode caustique. L’auteur épingle au passage la politique, les journaux, les spéculateurs boursiers, entre autres, usant de mordantes petites incises quand il ne développe pas davantage. S’il épouse parfois les travers de son époque (des clichés sur l’esclave noir, l’usurier au nom juif), il n’en demeure pas moins pourvu d’une plume fort acérée pour dépeindre l’impitoyable société américaine d’alors.

« Sheppard Lee » est un réjouissant roman satirique mené tambour battant. Paru en 1836 et donc écrit dans cette langue du 19ème siècle qu’il m’a été plaisant de goûter à nouveau, c’est la première fois qu’il est traduit en français. L’érudite postface de son remarquable traducteur, Antoine Traisnel, en offre une analyse très intéressante, permettant d’appréhender au mieux les lectures qui peuvent être faites de l’œuvre.

« Sheppard Lee, écrit par lui-même », Robert Montgomery Bird
Titre original Sheppard Lee Written by Himself (1836)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Antoine Traisnel
Editions Aux Forges de Vulcain (433 p)
Paru en septembre 2017

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8 commentaires sur “« Sheppard Lee », Robert Montgomery Bird

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    1. Oui, c’est rare ! Ici, j’ai hésité avec 3 parts (= j’ai beaucoup aimé), mais j’ai l’impression que je n’oublierai pas ce roman de sitôt, donc le 4 parts lui va plutôt bien (= marquant !).

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