« Le Grand Monde », Pierre LEMAITRE

A Beyrouth, en 1948, Louis Pelletier fait partie des notables en tant que propriétaire d’une savonnerie florissante. Il a cherché, sans succès, à faire de son fils aîné son successeur dans les affaires. Mais Jean ne manifestait décidément aucune disposition en ce sens : il a fini par partir à Paris avec son exigeante épouse Geneviève ; jusqu’à présent, malgré les aides financières paternelles, il n’a pas trouvé sa voie et vivote. François, le deuxième fils, a lui aussi rejoint la capitale et dit y avoir réussi le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. Étienne, quant à lui, l’avant-dernier de la fratrie, vient de s’envoler pour Saigon afin d’y rejoindre Raymond, son beau légionnaire. Il ne reste finalement à la maison, avec Louis et son épouse Angèle, qu’Hélène, dix-huit ans, qui ronge son frein entre ses deux parents et n’aspire elle aussi qu’à quitter le nid familial…

C’est entre Paris et Saigon que navigue le roman, circulant d’un lieu et d’un personnage à l’autre avec une fluidité remarquable, mais tout est remarquable dans « Le Grand Monde », à commencer par les notes d’humour qui parsèment la scène introductive, cette savoureuse procession commémorative savonnière menée par Louis Pelletier, de quoi me ferrer derechef et m’embarquer avec bonheur pour une lecture au long cours où je n’ai pas vu défiler les pages.
Lemaitre a l’art de croquer les uns et les autres en quelques traits aussi efficaces que ses dialogues saisis sur le vif et que ses descriptions (les rues de Saigon, notamment), jamais envahissantes mais toujours intégrées dans le fil d’une narration rythmée de bout en bout. L’Indochine s’offre au lecteur intensément (voire terriblement avec, dans un premier temps, une incursion en territoire viet-minh qui demande d’avoir le cœur bien accroché …) vivante : odeurs, couleurs, bruits, moiteur, tout est dépeint de telle sorte qu’on s’y croirait, quant aux trafics et dangers en tous genres inhérents au pays, ils font partie du récit.
A Paris, c’est le monde de la presse et du fait divers auquel on s’intéresse, avec un meurtre défrayant la chronique. Les retombées de la guerre se font encore sentir et constitueront un autre élément moteur d’une des intrigues en jeu. Car c’est là toute la force de l’auteur, qui ancre ses histoires dans une réalité socio-historique solide, fournissant ainsi matière à piquer la curiosité de son lecteur mais sans jamais lui asséner un exposé quelconque sur les sujets évoqués, tout est tissé dans la trame du récit et se confond avec lui, de la belle ouvrage, il n’y a pas à dire (il réussit même, astucieusement, à relier son nouveau roman aux précédents !).

Un mot sur les personnages, enfin.
Si Étienne m’a paru le plus attachant, j’ai aimé la niaque de François et me demande comment Hélène, pour le moment un peu falote par rapport aux autres membres de la fratrie, poursuivra son chemin. Quant à Jean et Geneviève, deux personnalités pour le moins spéciales, eh bien, je me contenterai de dire qu’il n’y en a pas un pour racheter l’autre ! Enfin, il serait dommage de négliger les époux Pelletier : ce couple à l’allure de petits-bourgeois plan plan peut réserver des surprises et s’avérer disposer de ressources inattendues quand il s’agit de venir en aide à sa progéniture, certains passages en ce sens sont touchants.

« Le Grand Monde » inaugure ce qui devrait être une tétralogie. Porté par une plume alerte, dépaysant et sans temps mort, ponctué de scènes fortes et riche en émotions, il témoigne à nouveau du talent de conteur de Lemaitre : je me suis régalée à le lire !

« Le Grand Monde », Pierre LEMAITRE
éditions Calmann Lévy (579 p)
paru en janvier 2022
emprunté à la médiathèque

19 commentaires sur “« Le Grand Monde », Pierre LEMAITRE

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  1. Je viens de le terminer et c’est un énorme ❤️. Triste d’avoir refermé le livre.
    L’auteur nous réserve aussi une très belle surprise vers la fin pour ceux qui ont lu « Au revoir là-haut » 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Elle ne m’a pas échappé (j’avais lu le roman) et j’y fais allusion dans mon billet 😉.
      Comme toi, j’aurais aimé que cette lecture dure encore plus longtemps tant je l’ai appréciée 😎 !

      J’aime

    1. J’avais aimé « Au revoir là-haut « mais sans avoir envie de lire les volets suivants (et indépendants). Là, je suis ravie de ma lecture et je poursuivrai l’aventure, aucun doute là-dessus, d’autant qu’il devrait s’agir de « vraies » suites, ce coup-ci.

      J’aime

  2. j’avais adoré la trilogie précédente et ce premier tome est à la hauteur d’un vrai bonheur de lire ! Le personnage de Geneviève est extraordinaire ! Hélène est un peu falote, effectivement, mais elle a un sacré potentiel romanesque … Vivement la suite !

    Aimé par 1 personne

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