« La chose perdue », Shaun Tan (livre + DVD)

Il était une fois une chose perdue, toute seule sur la plage.
Arrive un jeune homme (le narrateur) qui, au moins, s’intéresse à elle.
Il joue avec elle, décide de la ramener chez lui, donc chez ses parents.
Mais là n’est pas, non plus, sa place, ils le lui font comprendre.
Reste donc à trouver, dans cette ville grise où chacun vaque à ses occupations sans regarder autour de lui, où tout est organisé, normé, contrôlé, un lieu pour cette chose si différente…

Le livre :

L’auteur de cet album (jeunesse, mais pas que !) n’est autre que Shaun Tan, que j’avais découvert avec l’extraordinaire (au sens propre) bande dessinée sans parole : « Là où vont nos pères » (prix du meilleur album au festival d’Angoulême 2008).
Je me suis replongée, avec « La chose perdue », dans son univers inclassable, l’étrange peut y faire irruption dans la routine quotidienne d’un monde aseptisé, sous la forme par exemple de petites ou grandes créatures bizarres, souvent nées de la juxtaposition insolite d’éléments matériels et organiques.
Le narrateur le précise à la fin de l’ouvrage, lorsqu’il se remémore cette drôle de rencontre et comment il avait cherché un endroit où la chose perdue aurait sa place, il n’y a pas de morale à son histoire. Du moins pas de morale affichée. Mais chacun, à l’aune de sa propre sensibilité, ressentira ou comprendra ce que l’auteur a pu suggérer. Car dans cette anecdote emblématique, il interroge notre rapport à l’autre et plus généralement notre manière de vivre (notre vision du monde, au sens propre).
De fait, si le récit semble d’une grande simplicité, il s’avère au fond très dense et le graphisme est à l’avenant. Sautent en effet aux yeux des marqueurs visuels forts, comme l’étonnante anatomie de la chose ainsi que l’environnement lourdement urbanisé où vit le jeune homme. La couleur grise domine dans cette ville, si bien que la chose y fait littéralement tache avec sa carapace rouge qui détone. Mais ces éléments de premier plan ne doivent pas occulter les détails parsemés tout autour. Et le lecteur, curieux et amusé, a de quoi farfouiller au sein de chaque page pour y repérer plein de petites bizarreries ou anomalies (dessinées ou écrites, y compris dans les mentions éditoriales) qui sont souvent autant de clins d’œil humoristiques ou satiriques de l’auteur.


Le DVD :

Après avoir lu l’album, paru à l’origine (en langue anglaise) en 1999, j’ai découvert le court-métrage figurant dans le DVD joint qui en est l’adaptation, récente, réalisée par l’auteur.
Eh bien il est … génial !
Pour tout vous dire, j’avais beaucoup aimé le livre et je ne m’attendais pas à ce que le film d’animation me plaise autant (pourtant, j’aurais dû m’en douter, puisque il a obtenu l’Oscar du court-métrage en 2011). Mais j’ai été emballée par ce passage de la version papier à la version animée car tout colle parfaitement à l’atmosphère que j’avais ressentie en découvrant l’album (mention particulière à la voix du narrateur et à l’ambiance musicale). Et puis, la manière de se mouvoir de la chose est fort bien trouvée (on voit le travail effectué à ce sujet dans un des bonus du DVD), elle a une démarche très parlante  ! Finalement, j’en suis presque venue à préférer le court-métrage (déjà vu trois fois, à force de vouloir le montrer autour de moi), parce que les couleurs y sont plus vives, lumineuses, que dans la version papier (mais l’album est superbe tel quel, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Au final, voilà un album + DVD qu’il ne faut pas hésiter à offrir (ou à s’offrir) et ça tombe bien quand la période de quête de cadeaux de fin d’année approche !

« La chose perdue », Shaun Tan (album et DVD)
Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Krief
Editions Gallimard Jeunesse (32 pages)
Paru en septembre 2012
Prix : 22 € 50

16 commentaires sur “« La chose perdue », Shaun Tan (livre + DVD)

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  1. Toi, on peut dire que tu sais t’y prendre pour faire envie ! Le « pack » album+dvd semble indispensable. J’ai retrouvé dans la planche que tu dévoiles tout l’univers (mais en couleurs et un peu en mots, cette fois-ci) qui m’avait tant enchanté dans « Là où vont nos pères ».

    1. Ravie que mon billet ait atteint son but 😉 ! Et je suis certaine que tu seras conquis, comme tu l’avais été avec « Là où vont nos pères ».

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