« La brillante destinée d’Elizabeth Zott », Bonnie GARMUS

« Elizabeth Zott, qui avait été une chercheuse en chimie, était une femme à la peau impeccable et à l’allure caractéristique de quelqu’un qui n’était pas ordinaire et ne le serait jamais. »
A la suite d’un concours de circonstances ayant impliqué son passage impromptu sur un plateau de télévision, Elizabeth Zott se retrouve propulsée comme animatrice d’une émission culinaire, destinée à combler le créneau vacant de début d’après-midi. On attend d’elle, avec son physique attrayant, qu’elle fasse grimper la courbe d’audience et donc les recettes publicitaires, point final. Mais ce serait mal connaître Elizabeth Zott, qui ne correspond en rien au stéréotype de la gentille ménagère des années 60 : c’est en effet, avant tout, une brillante chimiste et elle ne permettra à personne de l’oublier. C’est aussi une célibataire de trente ans, mère d’une petite fille qui a l’air aussi douée que sa maman, j’ai nommé Madeline, cinq ans, les deux escortées d’un chien tout sauf bête, j’ai nommé Six-trente.
Si le cours de son existence l’a amenée à connaître maintenant des difficultés financières, Elizabeth n’a pas l’intention de laisser au vestiaire ses convictions quant à ce qui est bon à entendre et à apprendre pour les mères au foyer …

Elizabeth Zott est une sacrée personnalité et son franc parler autant que ses convictions personnelles concernant la place de la femme dans la société ne manquent pas de faire tache, tant les préjugés dominent. Résolue à se battre pour mettre en avant ses talents de chercheuse malgré les obstacles qu’elle doit affronter, elle a eu la chance de croiser en chemin un homme hors du commun, scientifique comme elle. Malheureusement, leur parcours ensemble aura été de courte durée.

Les drames vécus par Elizabeth (le premier m’a profondément choquée) ne la détruisent pas : battante dans l’âme, elle ne baisse jamais les bras face aux injustices et aux médisances, haut-les-cœurs et en avant pourrait être sa devise.
La narration est résolument enlevée, avec un parti pris positif et l’humour y affleure en permanence. Non qu’Elizabeth soit drôle mais c’est justement le décalage entre le sérieux de son attitude et de ses entreprises (l’émission de cuisine comme vecteur d’apprentissage des bases de la chimie, par exemple) ou entre la radicalité de ses propos et la perception qu’en a son environnement qui génère des situations amusantes. Car Elizabeth ose tout : refuser de se-marier-prendre-le-nom-de-son-mari-avoir-des-enfants (1), apprendre l’aviron, enseigner un nombre croissant de mots à son chien, installer un laboratoire de chimie en lieu et place de sa cuisine. Elle se moque du qu’en dira-t-on et agit en fonction de ce qui lui semble correct car conforme à ce qu’elle pense, or elle est très, voire trop en avance sur son temps. Pour autant, elle n’est pas non plus wonder woman : sous la carapace endossée pour affronter le monde, les émotions sont là, contenues mais l’irriguant tout entière.

Si Elizabeth est le personnage principal du roman, d’autres figures y tiennent une place importante. Madeline, charmant petit prodige à laquelle sa maman a appris à lire à trois ans et qui, du haut de son jeune âge, comprend déjà beaucoup de choses (par exemple, qu’il vaut mieux passer pour illettrée à l’école afin de s’intégrer, ce que sa mère n’a pas su faire). Harriet, la voisine chargée de la garder et toujours prompte à venir à leur domicile pour échapper à son mari. Le chien Six-trente, aussi clairvoyant que malin. Et bien sûr le chercheur Calvin Evans, qui fut déterminant dans le passé proche d’Elizabeth.

Le récit croise la vie d’Elizabeth maintenant et les retours en arrière permettant de retracer son itinéraire. S’y mêle un fil narratif en mode secret de famille concernant Calvin, aspect qui ne manque pas de titiller notre curiosité et alimente notre espoir quant à la suite des événements. Le tout est mené tambour battant, si bien que j’ai dévoré ce petit pavé : une excellente tragi-comédie, divertissante et piquante !

(1) « Je n’ai jamais compris pourquoi, quand une femme se marie, on s’attend à ce qu’elle troque son ancien nom comme une voiture d’occasion, en perdant son nom de famille et parfois même son prénom – Mme John Adams ! Mme Abe Lincoln ! – comme si son ancienne identité n’avait été qu’un alias pendant vingt et quelques années avant qu’elle ne devienne une vraie personne. Mme Peter Dickman. C’est une condamnation à perpétuité. »

« La brillante destinée d’Elizabeth Zott », Bonnie GARMUS
titre original Lessons in Chemistry (2022)
traduit de l’anglais (États-Unis) par Christel Gaillard-Paris
éditions Robert Laffont (576 p)
paru en mai 2022

Repéré chez Aifelle !

4 commentaires sur “« La brillante destinée d’Elizabeth Zott », Bonnie GARMUS

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  1. Ah oui, on passe un bon moment avec Elizabeth Zott ! En plus c’est une bonne idée de l’avoir située dans les années 50 ou le statut des femmes était encore plus voyant qu’aujourd’hui. Quand j’entends des extraits d’interviews de ces années là où les hommes parlent des femmes on en croit à peine ses oreilles …

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  2. Tu donnes envie de connaître ce personnage ! Une lecture qui semble « enlevée » effectivement. Ta petite note me fait sourire, pour garder mon nom, dit de « jeune fille » mais qui est mon nom à moi, jeune fille ou pas, ça a été toute une histoire et aujourd’hui encore, (mais de moins en moins), on me demande parfois « l’autre » pour certaines démarches administratives …

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