« La liste de mes envies », Grégoire DELACOURT

A 47 ans, Jocelyne n’attend plus grand-chose que la poursuite de sa petite vie tranquille à Arras. Elle tient une mercerie, un blog aussi, sur le même thème. Elle a deux enfants adultes qui ont quitté le nid. Et un mari (le prototype du beauf NDLR) plutôt beau gosse mais, elle en a de la chance, qui l’accepte, pardon, l’aime comme elle est devenue, grosse.
Et c’est alors que, patatras, ne voilà-t-il-pas qu’elle gagne 18 millions d’euros au Loto (mais qu’est-ce qui lui a donc pris d’y jouer ? la faute à ses deux copines, qui l’ont poussée !) !
Que faire de tout cet argent ?
Parce que l’argent, c’est bien connu, ne fait pas le bonheur (la preuve, il ne fera pas revenir sa maman, morte quand Jocelyne avait dix-sept ans) : il peut tout foutre en l’air, la vie qu’on mène, les relations avec nos proches ! C’est bien simple, l’argent est capable de pourrir tout ce et tous ceux qu’il touche.
Alors, Jocelyne dresse la liste de ses envies. Oh, des petites envies toutes simples, rien de révolutionnaire, juste des achats utiles et quelques extras un tantinet luxueux, mais ce n’est pas avec ça qu’elle viendra à bout des 18 millions.
Et, en attendant, elle ne parle à personne, surtout pas à son mari, de ce gain inespéré…

Il s’est passé un truc curieux, lorsque j’ai commencé la lecture de ce livre : j’ai douté qu’il se déroule à notre époque et il a fallu que je le vérifie au travers de quelques notations (celle de l’existence du blog de Jocelyne, notamment) pour en être convaincue. Notre héroïne m’apparaissait en effet si désuète dans sa relation aux choses et aux gens (son mari en particulier auquel elle reste soumise, malgré son indépendance financière), dans sa manière de les évoquer, que je croyais que l’action se déroulait dans les années 50 ou, au mieux, 70.
Ce risque de méprise surmonté, j’ai poursuivi ma lecture et je suis allée d’étonnement en étonnement (mais pas dans le bon sens du terme). Parce que, dans cette histoire, je me demande ce que je pourrais sauver (à part, peut-être, les relations que Jocelyne entretient avec sa fille). Si j’ai tourné les pages avec curiosité, c’est que j’attendais quelque chose de la part de Jocelyne (je me disais qu’il y avait en elle un potentiel de changement, elle évoquait ses rêves enfuis etc.)… qui n’est jamais arrivé. Car la dame a l’art de tourner en rond, tricotant des listes d’envie sans envergure, zéro prise de risque dans sa vie étant l’objectif. Quant au retournement intervenant dans la dernière partie du roman, je l’ai trouvé crédible sur le fond mais invraisemblable dans la forme (pour ne pas dire grotesque : franchement, concrètement, tout ça pour ça… zut, je ne peux pas argumenter davantage au risque de spoiler). Et ensuite, quid de la résilience ? Non, décidément, non, les profils psychologiques des protagonistes ne parviennent pas à me convaincre.
Et puis, dans ce livre, ce que je vois, moi, sous couvert de mettre en avant l’essentiel par opposition au matériel, c’est une manière de faire l’éloge de l’immobilisme, du conservatisme, un refus tranquille de faire bouger les choses, de quelque manière que ce soit.
Alors, quand je lis ici ou là que Jocelyne plaît (le roman rencontre un beau succès) car elle nous ressemble, j’ai le poil qui se hérisse. Parce que je n’aimerais pas du tout ressembler à cette femme d’un autre temps. Et parce que, au fond de moi (et tant pis si on me traite d’indécrottable idéaliste), je pense qu’il y a dans tous les milieux, même les plus modestes, des gens qui n’ont d’ordinaire que leur vie et qui seraient prêts à faire de grandes choses pour peu qu’on leur en donne les moyens. Des gens qui rêvent, imaginent, inventent. Le contraire de Jocelyne, quoi !

« La liste de mes envies », Grégoire DELACOURT
Editions J.C. Lattès (186 p)
Paru en mars 2012

P.S : siouplait, copines-blogueuses-qui-ont-aimé-ce-livre : PAS (trop) TAPER !

41 commentaires sur “« La liste de mes envies », Grégoire DELACOURT

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  1. Comme je n’ai pas été hyper emballée, je ne vais pas te taper dessus. Bon, il ne faut pas que je spoile, mais n’empêche que Jocelyne à la fin, c’est pas terrible hein ?? Et moi, un mec comme le sien, je lui mets sa valise devant la porte et il dégage (je suis une vieille bique). J’ai tout de même aimé le ton, sans croire une seconde à l’histoire (donne moi dix huit millions je ne vais pas me poser de questions existentielles, tu peux toujours en reverser les trois-quarts aux nécessiteux).

    1. Il y a effectivement dans le ton quelque chose qui cherche la proximité du lecteur. Quant à Jocelyne, à la fin de ATTENTION SPOILERS, ça fait partie de ce qui m’a déplu : elle a changé du tout au tout (je cite : « En quelques semaines, j’y avais tué quelque chose de moi.
      Quelque chose de terrible qu’on nomme la bonté. Je l’avais laissée me quitter, comme une sanie, un enfant mort
       » ) et à mon sens, un tel bouleversement de personnalité n’est pas imaginable. Elle va jusqu’à parler de son mari comme de son « meurtrier« . Je n’y crois pas.

  2. Malgré les commentaires positifs lus ça et là, je n’avais pas très envie de lire ce roman. Après ton billet, je n’ai plus du tout envie !

  3. J’ai lu un peu tout et son contraire sur ce livre alors je crois que je vais passer mon tour. L’histoire ne m’intéresse pas plus que ça et j’ai pas mal d’autres choses à lire !

  4. Bon, je n’y croyais pas à cette lecture, les billets enthousiastes me disaient bien qu’elle n’était pas pour moi, et maintenant que je te lis, je me dis que tout va bien 🙂

    1. Au début, je zappais carrément les billets, rien que le titre (c’est un comble) ne me donnait pas envie. Puis le buzz a fait son effet, je me suis dit qu’après tout, le thème n’était pas mal et comme il était à la bibliothèque, j’ai testé.
      Et pour en revenir à toi, je pense te connaître assez pour te confirmer que ce roman ne te plairait pas (je ne crois pas qu’on chipoterait… mais sait-on jamais 😉 !).

  5. Bonsoir Brize, tu as tout à fait le droit de ne pas trop apprécié un roman ou un autre. Celui-ci, je ne l’ai pas lu donc je n’en dirais rien. Mais j’ai lu d’autres avis mitigés. Bonne soirée.

  6. Plus ça allait, plus ma curiosité pour ce livre montrait des signes de fatigue. Tu viens de lui donner l’estocade. Je passe mon tour sans regret.

    1. (« donner l’estocade », ma foi, pour quelqu’un qui est né à Dax, la métaphore tauromachique est fort bien vue !)
      Et je suis quasiment certaine que ce roman ne te plairait pas (du tout).

  7. J’avais très envie de le lire après de très bonnes critiques mais l’ayant feuilleté à la librairie, je l’ai reposé, convaincue que ce n’était pas pour moi.

  8. Celui là on en parle beaucoup et je l’ai manipulé pas mal de fois en librairie sans succomber. Ton regard est interessant.

    1. J’aime bien que tu dises « ton regard » parce que c’est exactement cela, une question de point de vue, d’optique. D’ailleurs je m’attends à ce que quelqu’un me dise que je suis allée chercher midi à quatorze heures pour une histoire qui n’en demandait pas tant : mais qu’importe, l’écrivain raconte une histoire, le lecteur la lit et libre à lui de ne pas apprécier la tournure qu’elle a prise.

  9. Pas lu, et là je crains fort que ça ne dure! Quoique, s’il me tombe dans les mains, je peux tenter, histoire de bien m’énerver!
    Je dis comme Aifelle : « accepte les 18 millions, je m’en occupe »

    1. Pas forcément histoire de bien t’énerver, mais histoire de voir exactement de quoi il retourne, car la majorité des lecteurs n’ont pas réagi comme moi.

  10. Tout à fait comme Emmyne, les billets enthousiastes me donnaient plutôt envie de laisser passer… et ton point de vue me le confirme. (tu as bien fait de spoiler en commentaires, l’extrait me semble particulièrement édifiant quand à l’invraisemblance du langage employé… rien que ça me suffit !) Merci, Brize !

  11. Ah ben heureusement qu’il y a des billets qui ne vont pas dans le même sans que les autres ! 😀 J’ai aimé, et je ne te tape pas ! Je comprends même ta réticence ! 😉

    1. C’est vrai que moi aussi, ça m’arrive, d’aimer un livre et de comprendre qu’il puisse être rejeté, ou perçu différemment, en fonction des sensibilités des lecteurs.

  12. Voilà qui est intéressant ! Je pense que le fantasme du loto joue pour beaucoup dans les réactions à la lecture de ce livre. A sa place, on n’aurait pas fait pareil…. Et du coup cela provoque des démangeaisons irritantes, très irritantes mêmes. D’où elle sort celle-là à se poser autant de questions sur ce qu’elle va faire ou pas, avec ses petites listes, ses petites envies, ses petits besoins…
    Je reprends le passage de votre commentaire plus haut : « à mon sens, un tel bouleversement de personnalité n’est pas imaginable »
    Dans la vraie vie cela arrive, vraiment.
    Il ne s’agit pas d’un « bouleversement de personnalité », mais d’une rupture comme un verre qui se casse, une douleur insurmontable qui brise les valeurs et vide de toute bonté, de toute générosité, qui rend coupant comme le rasoir. Du jour au lendemain.
    Dans d’autres conditions, j’ai vécu cela. Dans la vraie vie.
    Je peux vous assurer que chaque mot de la fin du livre résonne en moi.
    Ma surprise, est que c’est un homme qui a écrit cette histoire.
    En fait cela m’a rassurée sur le genre humain.
    Je comprends aussi, très bien, votre réaction.
    Fine.

    1. J’avoue ne rien trouver à répondre quant à ce que vous dites au sujet du bouleversement de personnalité, car si je pouvais mettre en question le produit de l’imagination de l’écrivain, je ne peux que compatir à ce que vous avez vécu.
      Merci pour votre passage, Fine et pour votre témoignage, qui montre une fois de plus à quel point un livre résonne différemment en chacun des lecteurs, selon ce qu’il est et ce qu’il a expérimenté, ou non.

  13. J’avais anticipé ta déception en voyant l’extrait de ton billet dans mes fils RSS. Je me suis dit avant de cliquer sur le lien menant à ton blog « Ah, Brize, celui-ci, elle lui aura mis un quartier de tarte ». J’étais toute fière de voir que j’étais tout près du but ! 😉
    PS : impossible pour moi de commenter autrement qu’en me loguant sur twitter (pas possible de remplir les champs nom, email, url), je me demande comment les autres blogueuses s’y prennent pour parvenir à commenter sur les blogs wordpress? :-/

    1. Tu as failli avoir tout bon, car au début j’avais mis une part de tarte mais plus je listais les points négatifs, moins la part était justifiée, donc j’ai fini par l’enlever.
      Pour les commentaires sur WP, ça fait quelque temps que la plateforme a compliqué les choses, pour éviter les spams. Aifelle m’avait alors signalé des difficultés à commenter, qu’elle avait contournées en bidouillant son adresse mail. J’ai cru comprendre que ceux qui ont un Gravatar ont plus de difficultés que les autres (il y a un sujet là-dessus sur le forum WP : http://fr.forums.wordpress.com/topic/laisser-des-commentaires?replies=112). J’étais un peu inquiète lorsque j’ai su ça, mais il faut croire que, comme toi, les internautes sont pleins de ressources car je n’ai pas vu diminuer le nombre des commentaires :).

  14. Je n’ai pas l’intention de le lire mais il me semblait correspondre aux goûts de ma mère à qui je l’ai conseillé… Mais à te lire, je commence à avoir des doutes.
    Et à quand la fin des femmes soumises à leur mari aux yeux des écrivains???

    Tu pourrais me dire par mail ce qui se passe à la fin? (vu que de toute manière je ne le lirai pas et que je suis terriblement curieuse)

  15. Bonjour Brize! Je ne connaissais pas ton blog, c’est Mélo qui m’a dirigée vers toi car je viens de publier un billet élogieux sur ce livre xD
    Ce qui est très drôle de mon point de vue c’est qu’on n’a pas du tout le même ressenti sur le roman alors que je comprends très bien pourquoi tu l’as si peu aimé. Question d’angle je pense. Tu as vu Jocelyne comme la figure de l’immobilisme, et moi j’ai vu dans ce roman l’idée d’être heureux avec les petits plaisirs de la vie. Ce qui n’empêche pas d’avoir envie de faire de grandes choses, même si dans ce roman ça n’apparaît pas.
    C’est intéressant de comparer les avis en tout cas 🙂

    1. Hello Natiora et bienvenue « Sur mes brizées »… même si ça commence mal puisqu’on n’est pas du tout d’accord sur ce livre, mais non, je plaisante, car je viens de lire ton billet et tu as raison, nous n’avons pas abordé ce roman de la même façon : là où tu soulignes le goût des choses simples, je note l’incapacité de sortir de ses rails quotidiens, les deux se défendent, chaque lecteur lit son livre (une fois de plus ;)).

  16. Et bien moi… j’ai aimé. Et pourtant Je n’ai pas l’impression de faire partie de celles qui restent immobiles sur leurs « acquis » ou bien qui ne veulent pas se risquer à d’autres cieux.
    J’ai été très étonnée que ce livre soit écrit par un homme. Je trouve qu’il a très bien brossé le portrait de cette femme qui choisit de faire « avec », car finalement pour elle ça n’est pas si mal. Il a saisi son intériorité, sa solitude, ses complexes qui remontent à si loin…
    J’ai laissé Jocelyne me chuchoter son histoire à l’oreille, et me suis laissé happer.

    Le loto et son gros lot : qui sait ce que ce gain peut provoquer sur celui qui le détient ? J’ai bien aimé. Dans cette histoire, elle s’est révélé,.. et Jocelyn aussi… pour le pire ?
    Je ne vais pas aller plus loin, m’en tenant uniquement à dire ce qui m’en est resté. Je l’ai lu à sa sortie et depuis je mpe suis laissée emporter par bien d’autres !

    1. Ah ça non, Agnès, tu ne fais sûrement pas partie de celles qui ne vont pas de l’avant car, du peu que je commence à te connaître, tu adores faire bouger les choses, proposer et agir !
      Du coup, me voilà toute surprise de constater que tu as aimé ce roman, que tu as ressenti de l’empathie (enfin, c’est ce que je crois comprendre) pour l’héroïne : faudra qu’on en cause de vive voix 😉 .

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