« La saga Vorkosigan – Intégrale – tome 1 », Lois McMASTER BUJOLD

La saga Vorkosigan est une œuvre de science-fiction écrite par l’auteure américaine Lois McMaster Bujold. Les éditions Nouveaux Millénaires en ont publié une intégrale en 5 volumes regroupant les différents romans qui la composent en suivant non pas leur ordre de parution mais la chronologie interne au cycle.
Cela faisait un moment que je l’avais repérée (chez Cuné, merci à elle !) et j’ai fini par me lancer.

Le volume 1 de l’intégrale rassemble les trois romans suivants : Chute libre, L’honneur de Cordelia, Barrayar.

Attention, pour présenter le troisième roman, je serai obligée d’évoquer le dénouement du précédent (le premier roman, lui, est pour le moment indépendant).

Chute libre (Operation Cay) :
Titre original Falling Free (1988)
Traduction française 1997

L’ingénieur Leo Graf, de la compagnie GalacTech, est envoyé sur une station spatiale en orbite comme instructeur spécialisé dans les opérations de soudure. Sur place, il découvre que ses élèves possèdent une anatomie modifiée grâce à des manipulations de bio-ingénierie : leurs membres inférieurs ne sont pas des jambes mais une paire de bras supplémentaires. De quoi leur permettre d’évoluer et, surtout, de travailler au mieux en apesanteur, puisque c’est dans ce milieu qu’ils vivent.
Les quaddies, c’est ainsi qu’ils sont appelés, représentent une population d’environ mille personnes, tous âges confondus. Leur statut légal est celui de biens appartenant à la compagnie GalacTech, laquelle les a éduqués de façon à ce qu’ils obéissent sans rechigner aux ordres qu’on leur donne.
Tout semble, au moins en apparence, aller pour le mieux. Jusqu’au jour où un élément nouveau amène GalacTech à reconsidérer la situation de ses quaddies …

Difficile, à l’image de Leo Graf, incapable de respecter les consignes qu’on lui a données à ce sujet, de ne pas s’attacher aux quaddies. Intelligents, ils le sont sans conteste, mais ils ont été élevés en vase clos, à l’écart des turpitudes du monde et, de ce fait, conservent en eux une certaine forme d’innocence. Leur confrontation avec une réalité qui prend soudain des couleurs sordides n’en est que plus douloureuse.
Chute libre est un roman prenant, mettant en scène des personnages forts. Le cas des quaddies, tel qu’il est posé, illustre les questions éthiques soulevées par les manipulations opérées sur le vivant. Il questionne aussi ce qui a trait à l’éducation et au développement de la conscience de soi. Mais c’est avant tout un formidable roman d’aventures !

L’honneur de Cordelia :
Titre original Shards of Honor (1986)
Traduction française 1994

Le capitaine Cordelia Naismith, de la colonie de Beta, est responsable d’une mission d’exploration scientifique au cours de laquelle son camp de base est détruit par des forces barrayaranes. Elle est capturée par l’amiral Aral Vorkosigan, officier barrayaran lui-même dans une position délicate, comme elle ne tarde pas à le comprendre. Ils se retrouvent à devoir coopérer pour s’en sortir…

Dans L’honneur de Cordelia (comme ce sera aussi le cas pour l’opus suivant), l’intime et le politique se mêlent de manière particulièrement réussie. C’est autour de Cordelia que le récit, en deux temps bien distincts, s’organise. Avec elle, dans la seconde partie du roman, nous tâchons de démêler ce qu’il en est des manœuvres internes retorses des dirigeants de Barrayar : incapables de mener une guerre en faisant abstraction de leurs luttes intestines, on pourrait même dire qu’ils asservissent celle-là à celles-ci. Péripéties et rebondissements abondent et on ne s’ennuie pas une seconde à suivre les aventures de Cordelia et l’évolution de ses relations avec Vorkosigan.

Barrayar :
Titre original Barrayar (1991)
Traduction française 1993

Cordelia a quitté l’armée et sa planète pour rejoindre son époux Aral Vorkosigan, maintenant à la retraite. Devenue Lady Vorkosigan, elle s’apprête à couler des jours paisibles sur Barrayar, où la nature, à défaut des habitants, ne cesse de l’éblouir. Mais c’est compter sans la situation géopolitique, laquelle évolue subitement, si bien que Vorkosigan se retrouve régent pour une durée de seize ans, en attendant la majorité du petit prince héritier âgé de quatre ans.
Voilà qui change fondamentalement la donne pour Cordelia ! Elle est obligée de fréquenter la classe aristocratique dirigeante Vor, que son éducation démocrate betane ne lui rend pas sympathique a priori. Quant à Vorkosigan, elle le voit s’éloigner d’elle, absorbé à longueur de temps dans la complexité des alliances politiques. Et alors que Cordelia est enceinte (ce qui ne serait pas arrivé sur Beta, où l’embryon se serait développé dans un réplicateur utérin), le risque de se trouver, avec lui, la cible d’un attentat, devient de plus en plus réel …

Barrayar est un roman qui cache bien son jeu. Il commence tranquillement, en déroulant le quotidien de Cordelia, passée des fonctions de capitaine à l’état d’épouse d’un dignitaire de haut rang, et on se dit qu’il va bien falloir, comme elle, s’y habituer, en s’intéressant aux jeux de pouvoir à l’œuvre.
Mais l’auteur nous surprend, sans quitter ce terrain de la politique intérieure, avec un virage brutal dans le récit qui fait voler en éclats le relatif équilibre de la situation initiale. De quoi donner à nouveau à Cordelia l’occasion de montrer qui elle est, dans des circonstances stressantes.

Dans ce volume, Cordelia découvre Barrayar et, si elle est sensible à la beauté de la planète et de ses habitations (rien à voir avec la colonie betane dont elle est originaire), elle constate avec stupéfaction l’existence d’une frange de la population marginale, incapable de subvenir à ses besoins et abandonnée à son sort sans que quiconque s’en offusque : c’est une réalité qui dépasse son entendement car sur la colonie de Beta, la misère n’existe tout simplement pas, elle n’est pas concevable. Ce passage paraît anecdotique mais représente bien le gouffre entre les mentalités et façon de vivre betanes et celles de Barrayar : les Betans considèrent les Barrayarans en gros comme des brutes attardées (mais il faut dire que ces derniers ont, pendant un temps, été isolés et n’ont donc pas connu la même évolution, ce qui explique le maintien chez eux d’un régime aristocratique) ; à l’inverse, les Barrayarans se méfient des Betans et de leur ouverture d’esprit, pour eux synonyme de dégénérescence des mœurs.

Le tome 1 de l’intégrale de la Saga Vorkosigan s’est avéré un redoutable page-turner (excellente source d’évasion en cette période de confinement). L’auteure n’a aucun mal à nous gagner à la cause de ses personnages principaux, qu’elle entoure de personnages secondaires eux aussi dignes d’intérêt. Leurs aventures individuelles s’intègrent dans un cadre qui les dépasse, que le lecteur découvre au fur et à mesure, et on se passionne pour l’ensemble. Une saga que je ne devrais pas laisser trop longtemps en plan, compte tenu de plaisir que j’ai eu à en lire les trois premiers romans !

« La saga Vorkosigan – Intégrale – tome 1 », Lois McMASTER BUJOLD
Editions J’ai lu – collection Nouveaux Millénaires (1050 p)
Paru en 2011

Hors système solaire

8 commentaires sur “« La saga Vorkosigan – Intégrale – tome 1 », Lois McMASTER BUJOLD

Ajouter un commentaire

  1. Ah, les quaddies… Il me semble qu’on ne les croise qu’une seule autre fois dans le cycle et je l’ai bien regretté : ils agrippent l’attention tout de suite, hein. Sinon tu verras, un ensemble de romans qui ne déçoivent jamais. Un super cycle, bien détendant et dépaysant, avec beaucoup d’humour. Et tu n’as pas encore rencontré « le » Vorkosigan qui mérite le plus le détour 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Donc je vais continuer à attendre mes quaddies au détour d’un roman 🙂 ! Et pour « le » Vorkosigan, ça y est (j’ai lu le tome 2 de l’intégrale en moins d’une semaine… mais il ne fait « que » 850 pages + confinement), j’ai fait connaissance du loulou ^^, d’ailleurs les touches d’humour sont plus fréquentes avec lui (mais faut dire qu’il a la tchatche, en plus de l’intelligence !) !

      J'aime

    1. Ah oui, quinze ans, quand même ^^ ! De mon côté, j’avais rentré dans ma PAL, tout récemment et en prévision de l’été, ce tome 1 de l’intégrale, acheté d’occasion. Dans la foulée de sa lecture en début de confinement (je suis en train de rattraper des chroniques en retard … ), j’ai commandé le tome 2 (et tout récemment le 3) via un site de librairie. C’est une lecture vraiment OK pour moi en ce moment, je lis ces romans comme je regarderais une bonne série, ça change bien les idées …

      J'aime

  2. Merci pour cette chronique! Que pensez-vous de l’ordre français des romans, avec l’inversion des deux premiers tomes? Est-elle judicieuse pour accrocher à l’histoire?

    Aimé par 1 personne

    1. Bienvenue « Sur mes brizées », Chéradénine 🙂 !
      Et je réponds par l’affirmative, sans hésitation, à ta question. D’une part, parce que ça respecte la chronologie interne de la saga, le premier roman se situant environ 200 ans avant la naissance de son futur héros. Du coup, il apparaît pour l’instant assez indépendant par rapport aux deux suivants, puisqu’on n’y retrouve aucun de ses protagonistes.
      D’autre part, parce que c’est un roman très accrocheur, une histoire qui fonctionne bien, avec des personnages pour lesquels le lecteur ressent tout de suite de l’empathie. Vraiment un chouette livre, excellente porte d’entrée dans la saga !
      Après, les romans 2 et 3 de ce tome 1 se suivent directement, chronologiquement parlant.

      J'aime

  3. Ravie que tu aimes la saga Vorkosigan, ça fait partie de mes sagas préférées aussi ! Je n’ai pas encore lu Opération Cay par contre, je suis avec les anciennes éditions ^^

    J'aime

Un commentaire ? N'hésitez pas !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :