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Où il est, surtout, question de livres !

« Le dîner », Herman KOCH

27 Commentaires

Deux couples sont réunis autour d’un dîner dans un restaurant chic, dîner provoqué pour discuter de quelque chose de grave commis par leurs fils adolescents.
Mais de ce quelque chose il ne sera question qu’au bout d’une centaine de pages.
Pour le moment, on sait seulement que le narrateur , Paul, père de Michel (un des deux garçons), a été choqué par une video surprise sur le téléphone portable de son fils juste avant de partir pour la soirée. Dans la foulée, Paul détaille par le menu (facile, je sais, mais je n’ai pas pu résister) le repas qui les rassemble lui, sa femme Claire, son frère Serge, politicien très en vue briguant le poste de Premier Ministre aux prochaines élections, et son épouse Babette. Sur ce dîner, Paul jette un regard aussi caustique que celui posé sur son frère Serge, un « abruti », selon lui, dont la seule qualité est de savoir littéralement « rayonner » lorsqu’il est en contact avec le public.
Après une première partie consacrée à démolir ainsi avec brio à la fois son frère, les menus tarabiscotés, le service qui va avec etc., Paul en vient à l’objet de la rencontre proprement dit.
Et là, au fur et à mesure qu’il dévoile le problème que les couples ont avec leurs fils, il se raconte : dans un cas comme dans l’autre, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises…

Si le début du dîner m’a paru un peu long car je trouvais qu’on n’avançait pas dans l’histoire à proprement parler, il était suffisamment acide pour me donner envie de poursuivre. Cette étape passée, le récit est rythmé par une série de révélations qui ne concernent pas que les faits mais aussi la psychologie des personnages, Paul en particulier car on apprend à le connaître de mieux en mieux, mais Claire, in fine, nous étonnera à son tour.

ALERTE SPOILERS (paragraphe à réserver à ceux qui ont déjà lu le roman et ont donc aussi le droit de spoiler dans les commentaires, vous voilà prévenus :)) :
Plusieurs fois, en cours de lecture, j’ai pensé à « Il faut qu’on parle de Kevin » puisqu’il est à nouveau question ici d’une tragédie ayant pour origine des dysfonctionnements familiaux. Dans « Il faut qu’on parle de Kevin », cependant, le comportement de Kevin était pour moi davantage lié à ce qu’il était, foncièrement, qu’à son éducation. Dans le cas présent la personnalité très perturbée du père, Paul, est déterminante pour l’évolution de celle de Michel, même si l’auteur use aussi clairement d’une explication physiologique complémentaire concernant à la fois Paul et Michel.
Ceci dit, je n’ai pas parlé de Claire et là, il n’y a strictement aucune justification physiologique apportée à son comportement, qui m’a littéralement sidérée.

J’ai dévoré ce roman, impressionnant par la maîtrise de son analyse d’une famille (comme les autres ?). « Le dîner » a quelque chose de morbide et fascinant pour le lecteur-entomologiste, observant le décorticage méticuleux et implacable de l’enchaînement des faits. Une comédie humaine version microcosme familial qui, malgré ses spécificités (telles que je n’ai eu aucune difficulté à tenir cette histoire à distance… mais peut-être, tout simplement, parce qu’il y a des choses auxquelles je n’arrive pas à ou ne veux pas croire…), s’inscrit dans un contexte social et peut pousser à s’interroger sur l’éducation au sens large et les vertus (…) de la famille en particulier.

« Le dîner », Herman KOCH (traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin)
Editions Belfond (330 p)
Paru en mai 2011

Les avis de : Amanda, Clara, Cuné, Emeraude, Ys …

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27 réflexions sur “« Le dîner », Herman KOCH

  1. Un roman que j’ai bien envie de découvrir.

  2. Je suis sortie de cette lecture totalement désarçonnée : lu depuis 1 mois et je suis encore en train de me demander s’il m’a plu ou pas.Puisqu’on en est aux spoilers, allons-y ! Le narrateur m’est finalement apparu abject, et le frère polticien pas tant que çà ! Qu’en penses-tu ? Je me suis beaucoup ennuyée au début, et je me demande aussi si le 4ème de couverture n’en dit pas trop … Voilà 🙂

    • Ça y est, Cécile, me voilà !
      De mon côté, je ne me suis pas demandé si le roman m’avait plu : il m’a plu parce que la tension narrative est forte, le récit aussi (après un démarrage trop lent, entièrement d’accord avec toi mais je trouve que ça passait quand même parce qu’il y va fort, le Paul, il dégomme à tout va) et parce qu’il m’a surprise (et j’aime être surprise).
      Bon, maintenant ALERTE SPOILERS, je vais être plus précise.
      Dans les surprises, il y a justement eu celle née de la réaction du frère politicien. J’étais sûre, compte tenu des billets que j’avais lus (mais les blogueuses sont malignes et savent taire l’essentiel), que c’était couru d’avance, le frère politicien allait vouloir étouffer l’affaire, évidemment. Donc j’ai énormément apprécié d’être « cueillie » par ce contrepied de l’homme politique résolu à s’effacer derrière l’homme tout court, soucieux d’aider son fils à franchir une étape capitale pour lui.
      Rien à voir avec Paul, le narrateur, mais là aussi, on va de surprise en surprise quand on découvre les incidents qui ont jalonné son parcours personnel et qu’on finit par se dire qu’il n’est vraiment pas net du tout du tout. Il est abject, comme tu le soulignes, mais ça va encore plus loin quand on examine ses pulsions agressives (pour ne pas dire de mort) vis-à-vis des autres, telles qu’elles peuvent se manifester dès que quelque chose ne lui convient pas (et là, ça dérape). Et quelle est la part du fantasme dans ce qu’il nous raconte ? Je pense à l’incident du proviseur : s’il lui avait vraiment fait ce qu’il dit lui avoir fait subir, il ne serait pas présent à ce dîner, il aurait été poursuivi en justice et serait en prison, non ?
      Mais le pire (si j’ose dire !), c’est que Paul, à la limite, on peut finir par se dire qu’il a de sérieux problèmes psychologiques (génétiques, apparemment et dont son fils aurait hérité : là, je ne sais pas ce que tu en penses, mais j’ai trouvé que c’était une facilité dans le récit), mais Claire ! Une femme que Paul qualifie de « bien plus maligne » que lui, qui analyse tout a priori de manière raisonnable. Et quand on voit son attitude, ses décisions, on hallucine !

  3. Un livre que je prendrai peut-être à la médiathèque s’il y est mais sinon, je crois qu’on en restera là, lui et moi…

  4. Je le prendrai à la bibliothèque quand il sera moins demandé, mais je ne vois pas vraiment de spoilers dans ton billet ..

    • Tu as bien regardé le paragraphe qu’il fallait mettre en surbrillance pour que le texte apparaisse ?
      Je trouve que ce paragraphe spoile pour quiconque ne se douterait pas du tout du coeur de l’histoire car l’allusion à « Il faut qu’on parle de Kevin » évoque clairement l’acte criminel. Et puis, en parlant de la personnalité de Paul, je déflore un aspect qui est vraiment une surprise en cours de lecture.

  5. Bizarre, j’ai l’impression d’avoir lu (mais où?) un billet qui en racontait beaucoup plus sur ce qu’avaient fait les jeunes, donc toi tu ne spoiles absolument pas. Mais alors, je me demande si je ne connais pas déjà un peu trop de ce roman?

    • Je savais moi aussi de quoi il retournait. Clara le précise dans son billet et c’est peut-être là que je l’avais lu mais franchement je ne pense pas (même si j’ai fait le choix d’en dire le moins possible) que cela soit gênant pour la lecture du roman : l’intérêt réside en effet dans le POURQUOI (et le comment) et aussi, bien sûr, dans l’analyse du comportement (des réactions) des parents face à ce qu’ont fait leurs enfants.
      On entre quand même un peu tard, à mon avis, dans le vif du sujet (j’aurais aimé que l’auteur abrège sa première centaine de pages).

  6. Ce livre est terribel, je trouve ! L’auteur laisse au lecteur le soin d’imaginer une partie de l’histoire ( les pensées des parents) et c’est effroyable. Pour moi, un très bon livre!

    • Tiens, je n’ai pas ressenti ça, pour les pensées des parents. Je trouve au contraire qu’elles sont bien retranscrites, que ce soit au travers du discours intérieur du narrateur que par l’intermédiaire des dialogues entre les quatre adultes.

  7. Billet très alléchant (mais je n’ai pas lu les spoilers ) !! Je l’avais remarqué en librairie. Je le note dans ma lal qui s’allonge de façon démesurée. Avec les biliothèques tournantes qui vont reprendre, je n’aurais que l’embarras du choix ! Peut-être y sera -t-il ?

    • Karine, si tu veux vraiment ne pas savoir de quoi il retourne dans ce livre, fais attention à ce que tu pourras en lire par ailleurs (parce qu’il est difficile d’en parler sans aborder ce qui est au coeur). Au demeurant, quand bien même tu le saurais (c’était mon cas), le livre ne perd pas de son intérêt, qui réside dans les tenants et aboutissants.
      Dans une bibliothèque tournante, hum… j’ai des doutes. Personnellement, ce n’est pas un livre que j’achèterais (pas le genre que je relirai). Mais sur le réseau des bibliothèques, je suis quasi certaine que tu le trouveras.

  8. Ben, tu veux pas me répondre ? 😦 Snif…

    • Mais si, Cécile ! J’ai même failli te faire une réponse d’attente tout à l’heure !
      Mais je veux justement prendre le temps de te répondre en détail, donc ça va être un peu long (plus long que pour mes réponses aux autres commentaires), raison pour laquelle je te gardais pour la fin (et là, je dois sortir etc. etc.). Donc, non, je ne t’oublie pas : je t’avais réservée pour un bon petit papotage (garanti plein de spoilers !).
      A PLUS !

  9. Je suis bien tentée par ce roman, je n’ai aucune idée des spoilers pourtant ! J’espère que mes bibliothèques vont se le procurer…

  10. Suite à mon billet sur les spoilers, Émeraude a laissé un message dans lequel elle dit que même « spoilé » ce Dîner ne perd pas de sa saveur. Je l’inscrit d’office sur mon menu.

    • Emeraude a entièrement raison et même si, comme elle, je me suis évertuée à en dire le moins possible, le fait de savoir de quoi il retournait plus précisément ne m’a pas empêchée de vouloir lire ce roman : comme je l’expliquais à Keisha, les faits bruts ne suffisent pas, on veut pouvoir analyser en ayant des précisions sur le pourquoi du comment.
      En revanche, je n’aurais pas aimé qu’on m’en dise davantage sur la psychologie des protagonistes car j’ai aimé la découvrir et elle représente, à mon sens, ce qui fait tout l’intérêt du roman.

  11. Ton billet, ton spoiler, et tous les commentaires qui s’en suivent sont vraiment très intéressants !!! Si je ne pense pas à ce « dîner » comme d’autres romans qu’on a dans la peau pour la vie, dès que j’en entends parler ou que je lis quelque chose à son sujet, je me rappelle à quel point c’est un roman fort…
    Je suis contente qu’il t’ait plu, contente que le débat sur les spoilers continue ici…
    Pour moi, Claire agit en tant que mère. C’est son instinct qui prend le dessus. Elle ne fait peut-être pas les choses telles qu’on les aurait faites (la réaction du frère politicien m’a aussi étonnée!), mais je pense que ce n’est que son instinct maternel qui a joué. Justement, elle est peut-être maligne mais elle ferait n’importe quoi pour son fils… C’est aussi là un sujet bien intéressant de ce dîner, qui regorge de tellement de thèmes, de controverse, de psychologie, d’explication du pourquoi du comment…
    Bref, un excellent roman (au cas où certains n’auraient pas compris ;-))

    • (SPOILERS)
      Hmm… L’instinct maternel a bon dos, je trouve (et je n’arrive pas à croire aux réactions de Claire, mais bon, ce n’est pas aussi inimaginable que je le pense… puisque l’auteur l’a imaginé !). L’instinct moral existe aussi, on le voit bien au travers de la position du politicien, homme avant d’être politique.

  12. C’est vraiment le livre qui suscite des réactions à n’en plus finir, et c’est tant mieux. Plus j’y pense, plus je trouve furieusement habile la façon dont la personnalité dérangée (bon je spoile aussi un peu…) du narrateur est peu à peu dévoilée, c’est vraiment très réussi. Mais je trouve quand même que moins on en sait, plus on apprécie, c’était mon cas, je n’aurais pas aimé en savoir trop.

    • C’est exactement sur cet aspect (la personnalité spéciale du narrateur…) que je n’aurais pas aimé être informée ( c’était moins ennuyeux de savoir ce qu’avaient fait les deux jeunes, puisque, là, les faits bruts sont insuffisants, il nous faut les tenants et aboutissants).

  13. Je viens de lire attentivement ton billet et les commentaires qui le suivent et j’en arrive à la conclusion que j’avais dès le départ : ce livre est fait pour moi ! Je sais … Mais des personnages violents, déjantés, dérangés, hors normes et qui fonctionnent « normalement » dans la société me captivent. Je retiens ce titre – et je suis sûre de ne pas l’oublier – pour le dévorer ;-D

  14. Si tu mets spoiler, hélas, je commence par lire le passage! La curiosité est trop forte! Ceci dit ton billet et tous les commentaires qui en découlent me donnent une envie foile de lire ce roman. Je le chercherai en priorité à la bibliothèque.

  15. Ma libraire m’en avait parlé, il faudrait que je lui trouve du temps à ce roman

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