Utopiales (session 2015)

Utopiales
affiche réalisée par Manchu

Pour la deuxième fois, j’ai eu le plaisir de me rendre aux Utopiales qui se déroulaient à Nantes du 29 octobre au 2 novembre, autour d’un thème aux déclinaisons plurielles : Réalité(s). Ce coup-ci, j’avais proposé à ma fille aînée de m’accompagner. Il me semblait que ce festival, qui croise avec bonheur science et littérature de science-fiction, au travers notamment de rencontres mêlant des scientifiques et des auteurs, pouvait lui plaire à elle aussi, qui a lu des classiques de la SF et fait des études d’informatique (pour la partie « réalités augmentées »). Je ne m’étais pas trompée !

Nous avons donc écumé les allées et les salles de la cité des congrés du vendredi en milieu d’après-midi au samedi soir (le dimanche, ce fut tourisme), avec au programme des expos, des films, des conférences.

Parmi les expositions présentées, je citerai l’impressionnante rétrospective consacrée au dessinateur Manchu (qui avait réalisé l’affiche), dont tout lecteur de SF connaît les illustrations de couvertures de romans.
Nous avons aussi pu admirer (enfin, façon de parler, car certaines bestioles ne suscitent pas vraiment l’admiration) les créatures imaginées par le paléontologue Sébastien Steyer et le sculpteur Marc Boulay dans le cadre de leur vision prospective d’un bestiaire possible dans dix millions d’années : « Demain, les animaux du futur ».

Sarah Scaniglia, quant à elle, a intégré quelques aspects emblématiques de Nantes (le clocheton de l’ancienne biscuiterie LU devenue le Lieu Unique, le château, les anneaux de Buren… ) dans un univers SF/fantastique, grâce à de remarquables collages photographiques qui nous invitent à décaler notre regard vers une réalité adjacente : ça s’appelle Le Passage Errant et c’est magnifique.

Le Voyage de Lu, Sarah Scaniglia (publié avec l'aimable autorisation de l'auteur)
Le Voyage de Lu, Sarah Scaniglia (publié avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Côté films (versant du festival que je n’avais pas expérimenté lors de mon premier passage aux Utopiales), nous en avons vu deux qui étaient en compétition. « Brand New U » était esthétiquement très réussi, mais lent et long, avec une histoire dont on se dit à l’arrivée « tout ça pour ça ! ». « Evolution » nous a davantage plu, mais avec là aussi l’impression que le scénario tiendrait sur un timbre-poste. A croire que les réalisateurs comptent sur la seule atmosphère pour masquer les faiblesses de l’histoire.

Workshop Denis Bajram
Workshop Denis Bajram

Le vendredi, après notre séance de cinéma, qui avait succédé à une déambulation dans la librairie organisée pour l’occasion (autour de spots d’éditeurs très attractifs, mais j’ai résisté) et parmi les expos, nous sommes tombées sur le workshop de Denis Bajram, qui était déjà commencé. Denis Bajram est l’auteur de la fameuse série de bandes dessinées Universal War One (6 tomes), avec une suite démarrée depuis, Universal War Two (2 tomes parus). J’ai offert il y a une paire d’années l’intégrale à mon cher et tendre mais ne l’ai toujours pas lue (après tout, c’était pour lui !). Equipé d’une tablette, Denis Bajram dessinait à main levée et avec les outils (pinceaux et couleurs) de Photoshop, un vaisseau spatial imaginé à partir d’un objet confié par le public, à savoir un porte-monnaie ! On a donc assisté en direct à l’émergence de ce vaisseau improbable et c’était rudement bien, parce que Denis Bajram ne se contentait pas de dessiner (ce qui est déjà pas mal, compte tenu du défi) mais commentait au fur et à mesure (raison pour laquelle, a-t-il expliqué in fine, le dessin ne pouvait être que raté), en parlant abondamment et avec beaucoup d’humour de sa technique et en répondant aux questions de la salle, un vrai régal ! Bref, après une prestation aussi sympathique, je me suis dit qu’il faudrait que je lise ses BD.

Pour ce qui est des conférences, nous en avons vu plusieurs le samedi. Elles sont toujours aussi courues (au point que le critère j’ai-une-place-assise-et-j’y-reste a parfois influé sur mon choix, parce que m’asseoir par terre, non merci). Contrairement à ce qui se passe au Festival America, les interprètes, au moins pour les intervenants anglophones, ne sont pas présents sur scène mais travaillent en coulisses : les spectateurs ne comprenant pas l’anglais sont invités à s’équiper d’un dispositif audio qui leur permet d’entendre la traduction simultanée, ce qui rend les échanges très fluides. Pour ma part, pas d’écouteurs of course, c’était une bonne occasion de tester mon anglais (autrement qu’en regardant des séries).

"Je t'aime, je t'aime", Alain Resnais
« Je t’aime, je t’aime », Alain Resnais

La conférence « L’homme qui rétrécit » et autres films qui ont changé notre perception du réel avait pour modérateur Daniel Tron, dont j’ai apprécié la culture cinématographique. Grâce à lui, j’ai découvert que « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » était un remake de « Je t’aime, je t’aime », d’Alain Resnais, un film que j’aime énormément. J’étais surprise (les deux films sont très différents, même si j’ai compris pourquoi, avec le second, il m’avait semblé toucher à quelque chose de vaguement familier) et je suis allée à la fin de la séance demander des précisions à D. Tron (il n’en demeure pas moins que, moi, je préfère « Je t’aime, je t’aime ») (et pas seulement parce qu’il y a Claude Rich). Sinon, il est apparu que, pour certains, la science-fiction actuelle semble se porter mieux du côté des séries (« Black Mirror », pour ne citer qu’elle) que du côté des films. Pourtant des films comme « Inception », tout en sacrifiant à certains codes des blockbusters pour obtenir les financements nécessaires, resteront.

D’autres rencontres m’ont permis, en plus d’écouter des échanges globalement intéressants sur des thématiques variées (du bestiaire de l’imaginaire à et si la réalité dépassait la fiction, en passant par et si le futur avait commencé plus tôt et les représentations de la vie politique dans la SF), de revoir quelques auteurs mais aussi de mettre un nom-une voix-une présence sur d’autres que je connaissais pour avoir lu (sans forcément les chroniquer) certaines de leurs œuvres mais que je n’avais pas encore croisés : Sylvie Lainé (dont j’ai beaucoup aimé « L’opéra de Shaya »), Norman SpinradIl est parmi nous »), l’historien et romancier Stéphane PrzbyiskiLe château d’un million d’années »), Thierry Smolderen (BD « L’empire de l’atome »).

Hommage à Robert Silverberg
Hommage à Robert Silverberg

Robert Silverberg, un grand nom de la SF (âgé de 80 ans), faisait partie des invités de marque de cette édition et une des tables rondes lui a rendu un hommage auquel j’étais ravie d’assister. De quoi me donner envie de lire d’autres romans de lui (déjà à mon actif, « L’homme dans le labyrinthe » et « Les monades urbaines »).

La dernière conférence était suivie de la remise des différents Prix attribués à l’occasion des Utopiales. Comme nous avions fini par nous retrouver, grâce à de savantes manœuvres bondissantes, au tout premier rang, nous avons décidé de rester pour y assister (en espérant que les discours préalables ne seraient pas trop longs et ils ne le furent pas). Un rang de chaises a été déployé entre nous et l’estrade et parmi les personnes (ou personnalités) venues s’y installer, il y a eu, juste devant moi, une (belle) jeune femme dont je me suis dit qu’elle ressemblait vraiment beaucoup à Julie Gayet … normal, puisque c’était elle, comme j’ai pu le constater lorsqu’elle a été appelée sur scène (et le pire c’est que j’avais bien remarqué sur le programme qu’elle présidait le jury cinéma !).
Après les petits discours des uns et des autres (dont celui du représentant du conseil général, qui a évoqué sa rencontre avec Pierre Bordage l’année précédente et le fait que, l’été suivant, il s’était plongé dans un gros roman de l’auteur (son Pavé de l’été ?), petite anecdote personnelle qui m’a bien plu), Daniel Tron est intervenu à son tour et a ponctué ce qu’il avait à nous dire d’extraits de films, c’était super !
Parmi tous les prix qui ont été décernés (en plus des autres prix remis aux Utopiales, à savoir le Prix Julia Verlanger et le Prix Planète SF des blogueurs ), le film « Evolution » a obtenu celui du Jury. Le roman « Humains », de Matt Haig (que j’ai souvent aperçu sur les blogs) a été choisi pour le prix Utopiales européen jeunesse (le jury était composé de jeunes lecteurs). C’est « L’Autre Ville », du tchèque Michal Ajvaz (entendu lors des conférences) qui a remporté le prix Utopiales européen. Je venais justement de l’emprunter en bibliothèque et j’avais dit que je le lirais s’il obtenait le prix (bon, entre ce que je dis et ce que je fais … mais je lirai au moins le début pour voir si j’accroche).Soucoupes
Enfin, dans le domaine de la BD, si le jury a distingué Les Ogres-Dieux, tome 1, Petit, de Hubert et Bertrand Gatignol, le public (= lecteurs de la médiathèque de Nantes) a, au sein de la même sélection d’albums, décerné la palme à Soucoupes, de Obion et Arnaud Le Gouëfflec. Et ça, voyez-vous, ça me met en joie parce que cet album, ma fille cadette me l’a offert pour mon anniversaire (il y a de cela quelques mois), je n’en avais jamais entendu parler et je l’ai beaucoup aimé (OK, je ne lui ai toujours pas consacré un billet sur mon blog, mais ce n’est pas faute d’avoir évité de ranger l’album dans ma bibliothèque, pour ne pas oublier de le faire). J’ai donc profité du cocktail (où nous furent offertes plein de petites choses délicates et bonnes, que les organisateurs en soient remerciés !) qui a suivi pour aller féliciter les auteurs et leur dire tout le bien que j’avais pensé de leur livre.

Ainsi se sont achevées ces Utopiales, au moins pour nous. Le dimanche fut consacré au tourisme local (mais c’est une autre histoire, dont je vous parlerai peut-être, j’ai déjà de la chance si vous m’avez lue jusqu’au bout), avec une petite prolongation Utopiale malgré tout. Nous sommes en effet allées voir, au Lieu Unique, l’exposition consacrée dans le cadre du festival à Jules Verne au cinéma.

Exposition Jules Verne Grand Ecran au Lieu Unique
Exposition Jules Verne Grand Ecran au Lieu Unique

Conclusion ? Cette fois encore, j’ai passé d’excellents moments aux Utopiales et, cerise sur le gâteau, je les ai partagés avec ma chère grande fille 🙂 ! You know what ? I was happy !

8 commentaires sur “Utopiales (session 2015)

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  1. Je me sentirais complètement perdue dans ce genre d’endroit, mais tu as dû t’y sentir comme un poisson dans l’eau ! Ça a l’air très bien conçu comme festival et régalant pour les afficionados.

  2. J’ai relevé quelques noms connus quand même, en tout cas ton compte rendu est épatant! J’ai l u des romans de Le gouefflec, quel talent!
    Tu pourras toujours être au festival America, même si tu habites plus loin?

    1. Je pense que j’irai au Festival America, même si mes deux expériences dans le domaine ont été très différentes : à la première, j’ai été emballée et à la seconde, je me suis trop souvent ennuyée ! Comme les rencontres sont alourdies par la traduction qui n’est pas simultanée, pour peu que les intervenants manquent de peps, les débats s’en ressentent.

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