« Les monades urbaines », ou le Meilleur des Mondes version Silverberg

La Terre, année 2381.

L’existence tourne autour d’une croyance fondamentale, d’ordre religieux : les humains doivent croître et se multiplier. Les familles ont donc beaucoup d’enfants dans le cadre d’une vie sexuelle totalement libérée puisque, même si les couples existent, il n’y a aucun frein aux multiples relations hors union.

Dans cet univers clos des monades, l’homme, en paix avec lui-même et avec les autres, semble totalement heureux, absolument non désireux de se risquer à l’extérieur de sa propre ville et encore moins hors les murs.

Le premier chapitre décrit la visite d’un étranger, un « sociocomputer » de Vénus, en mission dans la monade 116, qu’il découvre en même temps que nous : appartements à la surface et aux mobiliers réduits, vie en promiscuité dans une totale impudeur, le tout légitimé par la nécessité d’utiliser au mieux l’espace disponible. Intrigué, voire choqué, le sociocomputer découvre ces pratiques, mais il n’est pas au bout de ses surprises…

Au fil du roman (dont une partie était, à l’origine, des nouvelles), l’auteur promène sa caméra dans les différents étages de la monade 116. En même temps qu’on appréhende mieux son fonctionnement, on fait ainsi la connaissance de divers personnages, qui vont ensuite se croiser.

Exceptionnellement, il peut arriver à certains d’entre eux de ressentir des difficultés à continuer à vivre dans la monade, ce meilleur des mondes…

Le tableau brossé par Silverger est impressionnant, dans son étude socio-psychologique du comportement humain en milieu clos. Il y fait d’ailleurs la part belle à l’aspect relations sexuelles, la liberté dans ce domaine engendrant l’absence de jalousie, garante de l’harmonie.

Le revers de la médaille apparaît pourtant dès le premier chapitre et la suite ne fera que confirmer ce que le lecteur pressentait : le prix à payer pour maintenir cette quiétude est élevé.

« Les monades urbaines » est le portrait glaçant d’une humanité confinée et maintenue dans une béatitude prolifique.

A cet égard, le style d’écriture utilisé par Silverberg est remarquable. Présent de l’indicatif, phrases courtes, narration relativement atone : les mots semblent à l’image de la vie dans les monades, lisse et apparemment sans surprise.

Ce livre m’a plu (même si la liberté sexuelle favorise plutôt les hommes, autorisés aux pérégrinations nocturnes… tandis que la femme reste chez elle !). Je suis contente de l’avoir lu, car c’est un classique de la science-fiction, paru en 1974, qui pose des questions originales et intéressantes.

Cependant, je suis restée sur ma faim pour tout ce qui concerne le contexte. Ainsi, il n’a pas été répondu à mes interrogations concernant les conditions d’émergence des monades et de cette nouvelle religion nataliste a priori fort peu rationnelle. De même, l’auteur n’explique pas pourquoi, conjointement aux monades, il continue d’exister des sociétés humaines à l’agencement différent, sur Terre ou sur Vénus. Sans doute s’agissait-il d’une volonté de l’auteur, qui tenait seulement à se focaliser sur les monades en elles-mêmes.

« Les monades urbaines », Robert Silverberg

éditons du Livre de poche, collection Science-fiction

(réédition d’un article paru le 24/05/2008)

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