« Les Disparus du Clairdelune » (« La Passe-Miroir » tome 2), Christelle DABOS

Disparus ClairdeluneDeux ans après la parution des Fiancés de l’hiver, roman qui m’avait littéralement enchantée, la magie a continué à fonctionner avec Les Disparus du Clairdelune, suite d’une saga (La Passe-Miroir – 4 tomes prévus) dont l’originalité ne cesse de me surprendre.

Christelle Dabos a inventé un univers extraordinaire, celui d’après la Déchirure, quand le globe terrestre s’est retrouvé scindé en arches indépendantes suspendues dans les airs et entre lesquelles on voyage par dirigeable. Chaque arche est placée sous l’autorité d’un esprit de famille immortel. C’est de lui que les habitants, ses descendants, tiennent leurs pouvoirs spécifiques. Sur Anima, dont est issue notre héroïne Ophélie, les habitants animent les objets qui les entourent. Ainsi les lunettes de la jeune fille voient-elles leurs verres se colorer au gré de ses émotions, quant à la vieille écharpe en laine dont elle ne se sépare jamais, elle semble dotée d’une vie propre tant elle est prompte à se manifester, pour le plus grand bonheur du lecteur ! Et ce n’est là qu’un aperçu des incessantes trouvailles dont regorge une histoire mêlant, comme le dit l’auteur, Fantasy et Belle Epoque.

Dans le premier tome, nous faisions donc la connaissance d’Ophélie au moment où elle apprenait que les Doyennes de son arche l’avaient, en accord avec celles de l’arche du Pôle, fiancée à un certain Thorn habitant ces lointaines contrées. Ce mariage arrangé n’est pas du tout au goût d’Ophélie mais elle est contrainte de quitter Anima et le musée dont elle avait la charge grâce à ses excellentes capacités de liseuse (la lecture d’un objet permet d’en retracer toute l’histoire). A noter qu’Ophélie, jeune personne qui ne paye pas de mine, timide et maladroite de surcroît, est en outre en mesure de passer à travers les miroirs, se déplaçant par ce biais d’un endroit à un autre.Les fiancés de l'hiver
Sur place, Thorn se révèle aussi impossible à supporter qu’il l’avait été lors de sa visite éclair à Anima et de toute manière il est quasiment inaccessible, accaparé par sa charge d’intendant de l’arche. Ophélie, escortée de sa tante Roseline chargée de faire office de chaperon jusqu’au mariage, découvre la rudesse du climat et des conditions de vie du Pôle, à laquelle Anima ne l’avait pas préparée. Elle se retrouve rapidement à la Citacielle, domaine de la cour, un monde où l’illusion au sens propre (celle qui habille les lieux, notamment) règne en maître, autant que la fausseté parmi ses membres. C’est en empruntant l’apparence d’un valet muet au service de la belle mais peu amène Berenilde, tante de Thorn et enceinte de Farouk, qu’elle doit y séjourner jusqu’à la date du mariage. Sa vie est en effet menacée par certaines factions qui, pour des raisons qu’elle découvrira, n’ont pas vu d’un bon œil l’annonce de son arrivée et de son union avec Thorn.
Sous ce déguisement, elle croise de nombreux personnages plus ou moins recommandables, appartenant à des clans dotés d’étonnantes facultés. Malgré la protection qu’il est censé lui apporter, elle se retrouve dans des situations qui vont de contrariantes à catastrophiques, bien loin de la petite vie tranquille qu’elle menait jusque-là.
A la fin du tome 1 et alors qu’elle a commencé à comprendre les enjeux qui se jouaient au travers de son mariage avec Thorn, Ophélie abandonne sa livrée de valet et va être présentée à la cour et à l’oublieux esprit de famille du Pôle, Farouk.

Le tome 2 est la suite directe de ce récit (pas de saut temporel). L’histoire progresse et continue à déployer l’écheveau de ses intrigantes ramifications, dans des paysages spectaculaires. Ophélie est confrontée à un Farouk obsédé par la lecture de ce Livre qui lui est indissociablement lié. Elle reçoit des lettres la menaçant de mort si le mariage avec Thorn a lieu. Dans un contexte politique tendu et propice aux complots et manipulations, d’étranges disparitions de personnages de marque surviennent…
Encore beaucoup de rebondissements dans ce tome, où le merveilleux se conjugue avec brio au suspense, sans que soit négligée la psychologie des principaux protagonistes. Confrontée à nombre d’obstacles et périls, Ophélie gagne en assurance. Ses relations avec Thorn demeurent ponctuelles et tendues et le lecteur guette les signes d’une éventuelle évolution de ce côté-là, s’interrogeant comme sa fiancée sur ce qu’il peut y avoir au-delà de l’austère et rigide apparence du jeune homme. Les trajectoires individuelles sont intégrées dans un environnement d’autant plus intéressant, celui des différents clans marqués par leur passé, qu’il est susceptible d’évoluer.
L’auteur a l’art de laisser les mystères s’épaissir, puis elle dévoile quelques pans de vérité, mais c’est pour mieux conclure en ouvrant cet univers qu’elle ne cesse d’enrichir et de complexifier sur une dimension étonnante et énigmatique, dont l’envergure dépasse les destins singuliers.
Narrée par une conteuse de talent, La Passe-Miroir est une série littéraire captivante !

J'ai beaucoup aimé !« Les Disparus du Clairdelune » (La Passe-Miroir – Livre 2), Christelle Dabos
Editions Gallimard Jeunesse (56o p)
Parution octobre 2015

13 commentaires sur “« Les Disparus du Clairdelune » (« La Passe-Miroir » tome 2), Christelle DABOS

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    1. Je ne lis plus de romans ados depuis que mes filles ont grandi, mais j’avais fait une exception pour le premier tome de cette série (très bonne critique dans Télérama) et je ne l’ai pas regretté !

  1. hiiiiiiiiiiiiii ça fait 2 ans que j’attends sa sortie! 🙂 Maintenant je vais savourer la relecture du tome 1 avant de m’attaquer au tome 2! Hâte!

    1. Je ne voulais pas relire le tome 1 … mais je l’ai fait quand même, malgré le petit résumé au début du 2ème : je voulais être sûre de ne pas passer à côté de quelque chose qui m’aurait échappé parce que j’aurais oublié un élément du premier volet.
      Mais je crois que, là, je vais me faire un petit pense-bête perso pour pouvoir lire directement le 3 quand il sortira ;).
      Bonne lecture, Amosme !

  2. bonjour, excusez moi de vous déranger, ce serait pour quel age ce roman? J’ai un neveu de 9 ans qui a adoré, le labyrinthe, harry potter … pensez vous que ça pourrait lui plaire?

    1. Vous ne me dérangez pas du tout 🙂 .
      Gallimard conseille cette série pour les ados à partir de 13 ans et je les rejoins. Pour les titres que vous citez, ils mettent en scène des jeunes présentés au sein d’un groupe de pairs, ce qui n’est pas le cas ici, où l’environnement autour de l’héroïne (en âge de se marier) est adulte.

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