« D’après une histoire vraie », Delphine DE VIGAN

Daprès-une-histoire-vraieDelphine, la narratrice, raconte comment, après la parution de son dernier roman, elle a été victime d’une panne d’écriture, qui se manifestait par une véritable panique dès qu’elle s’approchait d’un document Word. Et elle précise :
« Aujourd’hui je sais que L. est la seule et unique raison de mon impuissance. Et que les deux années où nous avons été liées ont failli me faire taire à jamais. »
Le récit détaillé de sa rencontre avec L., de la manière dont elles ont fait plus ample connaissance pour devenir amies, vient éclairer le propos …

« D’après une histoire vraie » est un roman au sujet duquel j’avais entendu tellement d’éloges à sa sortie que j’ai failli l’acheter, mais j’ai patienté et pu le lire grâce à une de mes chères médiathèques. J’ai bien fait d’attendre car il n’a pas été à la hauteur de ce que j’avais imaginé.

Même s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu le roman précédent auquel il se réfère, « Rien ne s’oppose à la nuit », mieux vaut savoir (c’était mon cas) de quoi il parlait pour mieux appréhender les angoisses de l’auteur après sa publication et l’effet qu’il a eu auprès de ses nombreux lecteurs. Ceci étant, j’avais cru comprendre que, avec « D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan quittait le territoire de l’autofiction, mais je m’étais trompée, puisqu’en réalité elle ne l’abandonne pas mais en fait son terrain de je(u).
Je reconnais qu’elle le fait habilement. Ainsi, alors que je pensais que tout ce qu’elle disait d’elle-même était vrai, j’ai constaté en lisant une de ses interviews qu’elle avait transformé pour le roman ses deux enfants dont l’écart d’âge est de 3 ans en deux jumeaux. On peut donc s’interroger sur la véracité de tout ce qu’elle raconte à son propos (sur l’image qu’elle a d’elle-même, ses fragilités etc.). Mais comme je me moque complètement de qui est la personne Delphine de Vigan, me contentant de m’intéresser à ce qu’elle écrit (ou au moins d’essayer), l’avalanche d’informations concernant le personnage et/ou l’auteur m’a lassée, je n’en demandais pas tant.

Il reste, grâce à l’intervention de L., tout ce qui concerne les interrogations sur l’autofiction, justement, avec une vive controverse entre l’auteur et sa nouvelle amie au sujet des attentes du lecteur contemporain, qui ne jurerait plus que par la « réalité ». L. n’y va pas par quatre chemins et affirme :
« Les écrivains doivent revenir à ce qui les distingue, retrouver le nerf de la guerre. Et tu sais ce que c’est ? Non ? Mais si, tu le sais très bien. Pourquoi crois-tu que les lecteurs et les critiques se posent la question de l’autobiographie dans l’œuvre littéraire ? Parce que c’est aujourd’hui sa seule raison d’être : rendre compte du réel, dire la vérité. Le reste n’a aucune importance. Voilà ce que le lecteur attend des romanciers : qu’ils mettent leurs tripes sur la table ».
Et parce que Delphine, dont le nouveau projet littéraire s’inscrit dans la fiction , s’insurge en manifestant et explicitant son désaccord à ce sujet, on va revenir tant et plus là-dessus, au point que j’avais la nette impression que le roman tournait en rond, c’est bon, j’avais compris de quoi il retournait, pas la peine d’enfoncer le clou (du coup, entre ce que Delphine racontait sur elle-même et ces joutes verbales répétitives/redondantes, je me suis ennuyée et suis passée en mode lecture rapide, parcourant le roman en l’espace d’une fin d’après-midi + soirée).

Heureusement, la dernière partie du récit, à laquelle je ne m’attendais pas, fut une très agréable surprise, tout comme la fin* du roman, qui m’a vivement réjouie ! Mais cela n’est pas suffisant pour améliorer mon appréciation d’ensemble (toute personnelle) de l’ouvrage, que je ne classerai sûrement pas dans la catégorie des indispensables.

J'ai aimé un peu« D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan
Editions J.C Lattès (479 p)
Paru en août 2015

37 commentaires sur “« D’après une histoire vraie », Delphine DE VIGAN

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  1. ahn l’autofiction. un genre casse gueule! la théorie de L. me semble à la fois juste et fausse. oui, les lecteurs aiment des auteurs qui ont une vraie puissance narrative, autant sur le fond que sur la forme. mais honnêtement, à moins que ce soit un facho, je me fiche de savoir ce qu’est/fait l’auteur. Sauf peut-être si un qui a fait sien le ‘fais ce que je dis, pas ce que je fais ».
    J’ai entendu tout et son contraire par rapport à ce texte. je t’avoue qu’il me tente encore moins qu’avant…

    1. L’autofiction est ce qui m’a, longtemps, tenue éloignée de la littérature française pour lui préférer l’anglo-saxonne. Quant à ce qu’est/fait l’auteur, je trouve qu’on y accorde beaucoup trop d’importance (cf une certaine pipolisation des écrivains les plus médiatisés), alors que c’est le texte qui prime.

  2. Personnellement, je me suis régalée à la lecture de ce livre, et j’ai aimé être ainsi manipulée par l’auteur. Je trouve que Delphine de Vigan accorde un rôle très actif à son lecteur, et je trouve ça vraiment extra !

  3. J’ai plus que des réticences à propos de l’autofiction, mais je comptais sur ce roman pour aller un peu vers ce genre littéraire , je pense que je vais laisser passer….

  4. J’étais comme toi hésitante à propos de ce roman, alors que le précédent, c’était clair et net, je ne voulais pas le lire… et ton avis me conforte : pas la peine de l’acheter, à peine de l’emprunter en bibliothèque… J’ai comme l’impression que ceux qui ont adoré, c’est à cause ou grâce à la fin. J’avais lu les dix premières pages sur le net, peut-être ne devrais-je lire que la fin ? 😉

  5. Un avis en demi-teinte, mais je pense le lire tout de même 🙂 Rien à voir avec le livre, magnifique photo de toi sur le bandeau de droite du blog, est-ce la dune du Pilat ?

  6. Moi, j’ai beaucoup aimé ce livre et j’ai été embarquée du début à la fin. Ce qu’elle dit sur son couple ou le départ de ses enfants m’a parlé, fiction ou pas, cela m’est égal. J’ai aimé également la réflexion sur la fiction et la théorie de L m’a fait réfléchir.

    1. J’ai surtout été gênée par tout ce qu’elle dit d’elle-même par rapport à L, dont elle admire la féminité et l’assurance, alors qu’elle doute toujours d’elle. Je ne sais pas si c’était vrai (elle sème le doute sur le vrai et le faux, après tout), mais dans la mesure où c’était peut-être le cas, je trouvais qu’elle racontait des choses trop personnelles (elle aurait pu le faire autrement, en les transposant dans un vrai personnage, au sein d’une fiction).

    1. Oui, je trouve que ça ne vaut pas tout le battage qu’on en a fait, mais peut-être est-ce que c’est parce que nous n’avons pas, chez nous, d’écrivains « manipulateurs » (comme Kasischke dans « Esprit d’hiver »), du coup ce qu’elle écrit sort du commun.

  7. Je suis contente d’avoir ton avis objectif car je sature complètement de l’auto-fiction telle qu’elle est écrite aujourd’hui (car elle existe depuis longtemps, ne nous leurrons pas) ! Comme toi « je n’en demande pas tant », l’intime de l’auteur me dérange même, alors bien que j’ai aimé (parce qu’il est impossible de ne pas aimer au moins un peu) Rien ne s’oppose à la nuit, là je ne suis pas tentée ou alors plus tard bien plus tard et encore…

    1. Je n’ai pas lu « Rien ne s’oppose à la nuit », mais je comprends « qu’il est impossible de ne pas aimer au moins un peu« , ne serait-ce que par compassion (au sens propre de « souffrir avec ») pour l’auteur.

  8. j’ai beaucoup aimé mais je te l’accorde, il y a quelques longueurs. C’était pour faire monter le suspens. L’ensemble est malin et très agréable à lire, je trouve.

  9. Je viens de le lire également.
    Je pense être plus enthousiaste que toi mais ce n’est pas non plus le coup de cœur attendu … Je suis d’accord : la dernière partie est la meilleure même si je n’ai pas (trop) souffert des longueurs d’avant … J’ai préféré « Les heures souterraines » que je viens également de lire (et dont j’ai appris dans « D’après une histoire » qu’il s’agit d’un récit autobiographique).

  10. Ca m’arrange, je n’avais pas envie de le lire. Par contre, c’est assez rare, je trouve, un roman qui déçoit mais qui est meilleur à la fin.

    1. C’est aussi que la fin a un certain écho sur l’ensemble du roman …
      (et au moins, je me suis dit que ça valait le coup d’avoir été au bout !)

  11. L’autofiction m’agace aussi la plupart du temps, mais ce ne fut pas le cas avec « Rien ne s’oppose à la nuit ». Je lirais bien certainement celui-ci malgré la toute petite part de tarte 🙂

    1. Ben oui, la gourmande que je suis n’a pas apprécié plus que cela 😉 ! Mais en tant que lectrice de « Rien ne s’oppose à la nuit », c’est certain que ce titre-ci et ses questionnements sur l’autofiction trouveront chez toi un écho particulier.

  12. ouaich donc tu es plutôt du côté des bof-bof, je crains de l’être aussi vu ce qu’en disent mes copines. j’attends que le soufflet retombe et j’attends d’oublier certaines informations que j’aurais préféré qu’on ne me dise pas. Mais globalement, l’auto-fiction comme nouveau terrain de jeu, ça ne m’intéresse pas, qu’on en soit à comparer les détails de sa vie avec ce qu’elle raconte dans son « roman » me gêne aussi, car on n’est plus du tout dans le cadre littéraire.
    Je crois que je fais partie des lecteurs qui attendent autre chose, mais je comprends qu’il ait plu aux fans du genre.
    Je le lirai quand même.

    1. « j’attends d’oublier certaines informations que j’aurais préféré qu’on ne me dise pas » : ça craint, qu’on t’en ait trop dit ! c’est toujours ce que je redoute quand je lis des critiques de bouquins, au point que j’ai tendance, sauf quand je connais le critique et sait qu’il ne divulgâche rien, à me limiter à la lecture du début et de la fin de l’article (au moins dans un premier temps).

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