« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle », Stuart TURTON

Il se retrouve perdu en pleine forêt, appelle « Anna », la voit au loin poursuivie par un homme et entend tirer un coup de feu. Le même homme s’approche de lui par derrière et glisse une boussole dans sa poche en lui disant d’aller vers l’est.
Lui, c’est Sebastian Bell, un nom qu’il réapprend car il a perdu la mémoire, lorsqu’il rejoint la demeure des Hardcastle : y sont réunis nombre d’invités, dans la sinistre commémoration du meurtre de Thomas Hardcastle, alors âgé de sept ans, qui eut lieu dix-neuf ans plus tôt, alors qu’ils étaient déjà tous rassemblés là.
La demeure est vétuste, elle n’a pas été habitée depuis longtemps et l’ambiance délétère. Sebastian reçoit un message mystérieux lui disant de se méfier d’un valet de pied, croit découvrir des traces de la fameuse Anna et apprend d’Evelyn Hardcastle, trente ans, la sœur de Thomas, qu’il est certes docteur mais surtout pourvoyeur de drogues de toutes sortes.

Il ne va pas tarder à découvrir, et le lecteur avec, que la petite voix intérieure qui le guide est celle de Aiden Bishop, son véritable moi, appelé à occuper successivement le corps de huit différents hôtes afin d’élucider le meurtre d’Evelyn Hardcastle qui aura lieu le soir-même. Résoudre cette énigme est le seul moyen pour lui de quitter les lieux et la boucle temporelle dont il reste, sinon, prisonnier …

Voilà un roman (couvert d’éloges) qui ne manquait pas d’ingrédients pour me plaire et j’ai, dans un premier temps, été emballée par sa lecture : sans être totalement novateur, le concept de la boucle temporelle est ici décliné de manière originale et, n’ayant que peu idée de ce dont il retournait, j’ai aimé découvrir progressivement et, dans un premier temps au moins en partie, les tenants et aboutissants de l’affaire. Les hôtes qu’habite successivement Aiden sont approchés d’une manière qui ne manque pas d’intérêt : si leur âme est maintenue en retrait par la présence de Aiden, leur esprit n’en demeure pas moins là, avec ses compétences et ses habiletés exploitables mais aussi ses goûts et travers à tendance parfois envahissante. Car Aiden se révèle de plus en plus autant envahi qu’envahisseur, un autre des drames de son existence coincée dans le domaine de Blackheath.
A mi-chemin de ce (long) parcours, des bribes du passé se dévoilent et il était temps pour moi, qui commençais à me lasser de ce jeu d’énigmes (oui, je ne suis pas du genre patient). Et puis, il m’était difficile, sur le fond, de m’attacher à Aiden, tiraillé entre l’esprit de ses hôtes successifs et dont on ne connaît finalement pas grand-chose, pas plus que ce qu’il connaît de lui-même, c’est-à-dire quasiment rien.
Le fin mot de l’histoire est, quant à lui, satisfaisant car il apporte les réponses attendues, tortueuses et torturées comme il se doit, on n’est pas dans le registre polar pour rien. Il ne creuse pas pour autant dans certaines directions qu’on aurait pu aimer voir approfondies : on reste dans une forme d’esquisse allusive pour ce qui concerne l’aspect fantastique du récit.

Quelles que soient mes réserves à son sujet (y compris relatives à son écriture, la surabondance des métaphores ayant fini par devenir une pierre d’achoppement pour moi, j’en venais à tiquer chaque fois qu’il en surgissait une), « Les sept vies d’Evelyn Hardcastle » est un roman brillant, aucun doute là-dessus. Peinture de mœurs efficace, il offre le tableau corrosif d’une classe aisée aux nombreux travers. Sa construction savante et labyrinthique égare à l’envi son lecteur : il doit d’abord accepter d’y être aussi perdu que son principal protagoniste jusqu’à ce que, soucieux comme lui d’appréhender avec soin le contour des différentes pièces du puzzle, il parvienne peu à peu à les ajuster les unes aux autres pour composer, enfin (le roman m’a paru long, malgré sa tension dramatique, heureusement que la curiosité était la plus forte), le vaste dessin (et dessein) de l’ensemble. Un exercice de style hors du commun et réussi, même s’il y a manqué, pour moi, un supplément d’âme.

« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle », Stuart TURTON
Titre original The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle (2018)
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
Editions Sonatine (540 p)
Paru en 2019
Vient de sortir en poche (10/18)

Les avis de : Gromovar, Célindanaé, Lune, Yogo, TmbM, FeydRautha, Tigger Lilly, Baroona, Lorhkan, Eva , Belette

dimension parallèle ou timeline divergente

26 commentaires sur “« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle », Stuart TURTON

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  1. Tes réserves sur ce roman (les premières que je lis) me renvoient à celles que j’avais eues pour Le Complexe d’Eden Bellwether qui était encensé partout. Du coup, je suis douché et moins impatient désormais de me frotter à ces 7 morts.

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    1. Je pense que tu apprécierais son côté casse-tête (et puis, contrairement à moi, tu n’as pas de difficultés avec les bouquins un peu pavés 😉) !

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  2. Des avis donnent envie, mais j’ai surtout l’impression qu’il faut être bien concentrée pour le lire correctement. Or, en ce moment, c’est un peu compliqué la concentration pour bien lire 🙂

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    1. C’est vrai qu’il ne faut pas lâcher l’affaire, d’ailleurs j’ai lu le roman assez rapidement, pour tout garder bien en tête.
      Donc il faut trouver le bon moment, je te rejoins là-dessus : je l’avais déjà emprunté une fois à la bibliothèque, où je l’avais rapporté sans l’avoir lu … je n’étais finalement pas d’humeur à m’attaquer à la bête. Du coup, j’ai profité tout récemment d’une belle promo numérique pour l’acheter et le lire dans la foulée, motivée par le Mois Anglais.

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    1. Pour ce qui est de s’y perdre, non, si tu te tiens à ta lecture, comme je le disais en répondant au commentaire précédent. Ma lassitude est venue du fait que le livre est assez long et ça n’avançait pas assez vite pour moi. Mais, pour ce qui concerne le nombre de pages d’un bouquin, j’ai l’impression que rien ne te fait peur 😉, peut-être aussi que tu lis plus vite que moi, ça joue.

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    1. Aaaah ! On est tout à fait en phase 🙂 ! C’est super bien fichu, mais ça n’a pas suffi pour m’enthousiasmer (enfin autant qu’ont pu l’être d’autres lecteurs).

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  3. Je l’ai abandonné en route (comme beaucoup d’autres romans ces temps ci…), ma lecture était trop hachée pour que je m’y retrouve à chaque fois que j’y retournais…

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    1. Je comprends car c’est tout à fait le genre de lecture à laquelle il faut se tenir si on ne veut pas perdre le fil (pour ne pas dire les fils, bien embrouillés qui plus est !).

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  4. Je suis tombée sur ce livre à la librairie… et j’ai été super tentée de le prendre. Puis, à la pensée de ma PAL diminuante (efforts facilités par le confinement), je me suis dit que j’allais le reposer gentiment et attendre d’en lire un peu à son sujet. La couverture et le résumé sont hyper attractifs, mais j’avais peur de cette emballage si joli!
    Ton avis m’est d’un grand secours!!
    Je pense que j’irai sans doute l’acheter (sauf si ça me passe d’ici là), et je sais maintenant à « quoi m’attendre » (plus ou moins » ;-))
    Autant ne pas avoir des attentes énormes et en ressortir satisfaite… plutôt que l’inverse!

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    1. Merci pour ton commentaire, il me fait bien plaisir car je dois toujours me forcer pour rédiger un billet quand je n’ai pas apprécié un livre autant que je l’espérais (je préfère passer du temps à dire du bien d’une lecture plutôt que d’essayer de décortiquer/cerner ce qui ne m’a pas convenu).
      Mais c’est vrai que, comme toi, j’apprécie de lire les avis moins favorables, au moins ça me permet de diminuer mon niveau d’attente (voire de renoncer à la lecture en question, selon les arguments exposés). Quand j’ai des doutes, il m’arrive d’aller sur Babelio pour ne jeter un oeil que sur les critiques les moins bonnes, histoire d’avoir une idée des aspects qui pourraient coincer.

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      1. OUf oui je te comprends… et encore, parfois j’ai du mal avec ceux que j’ai adoré… parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur du plaisir procuré 😉 LOL
        Je trouve ça bien d’avoir des avis différents, ça aide aussi à cerner si une lecture peut nous plaire ou pas.
        Bien souvent, si j’ai pas aimé, je le dis et j’essaye d’expliquer le pourquoi… mais je dis aussi si ça peut plaire à tel ou tel type de lecteur.
        Parce que finalement, souvent, c’est une histoire de goût. (sauf quand c’est vraiment de la daube 😉 AHAHAH)

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  5. Bonjour Brize, tu n’as pas l’air totalement convaincue semble-t-il. J’ai hésité à l’acheter.Je n’aurais peut-être pas du. C’est vrai qu’il faut que je me mette au pavé de plus de 600 pages. Je n’ai pas encore choisi. Bonne fin d’après-midi.

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    1. Je n’ai pas été entièrement conquise, mais tant d’autres l’ont été que tu n’as pas de regrets à avoir, d’autant que c’est un roman original qui mérite le détour !
      Et oui, l’été a commencé, mais tu as encore largement le temps de trouver le bon pavé (toujours une tâche ardue).
      Bonne semaine, Dasola.

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