« La Ménagerie de papier », Ken LIU

ménagerie de papierLes éditions Le Bélial ont réuni dans ce recueil dix-neuf nouvelles de l’auteur américain d’origine chinoise Ken Liu (né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d’émigrer aux Etats-Unis à l’âge de onze ans – titulaire d’un doctorat en droit, programmeur, il est aussi traducteur du mandarin en américain). Certaines sont inédites, d’autres ont été publiées entre 2004 et 2014. 
Je ne vous présenterai pas ces nouvelles (dont quatre sont des textes courts, qui font de 2 à 4 pages) de manière exhaustive, en vous donnant le pitch de chacune, mais n’hésitez pas à cliquer sur les billets en liens ci-dessous car d’aucuns l’ont fait. Sachez cependant que si certaines sont d’un abord aisé et ont de grandes chances de vous plaire que vous aimiez ou non la science-fiction, parce qu’elles se situent aux franges du normal ou bien traitent de questions contemporaines qui ne manqueront pas de vous interpeller, d’autres sont plus difficiles d’accès et exigeantes (voire absconses comme « L’Erreur d’un seul bit ») et à réserver à un lectorat SF averti.

Mes cinq nouvelles préférées sont (dans leur ordre d’apparition) :
« Les Algorithmes de l’amour » : la conceptrice d’une poupée qui parle explore et décortique tous les schémas de pensée, ce qui n’est pas sans conséquence pour elle … Réflexion brillante, sous couvert du récit d’une anecdote percutante, sur les mécanismes de notre cerveau et plus généralement, ce qui nous définit.
« Trajectoire » : analyse très sensible du parcours atypique de la (longue …) vie d’une femme
« La Ménagerie de papier » : très belle nouvelle (multiprimée : Hugo – Nebula – Word Fantasy), où il est question d’une mère qui faisait autrefois des pliages de papier représentant des animaux pour les offrir à son fils (le narrateur) et ces pliages prenaient vie, jusqu’à ce que … Un regard juste et émouvant sur les relations d’un fils à sa mère, le passé venant éclairer le présent.
« Le Journal intime » : une femme qui veut lire le journal intime de son mari voit les mots lui échapper, au sens propre du terme … Un basculement à côté de la réalité (sur)prenant et bien vu.
« Mono no aware » : signifie la sensibilité à l’éphémère (celle qu’on retrouve dans les haïkus). Nouvelle qui illustre à quel point « Ce sont les places que nous occupons dans l’existence des autres qui nous définissent », au travers de l’histoire de l’Espérance qui, tractée par une voile solaire, emporte les derniers humains loin de la terre.

Parmi les autres nouvelles, certaines ne manquent pas d’humour, comme « Emily vous répond » (variation maligne, en mode courrier du cœur, sur les effets indésirable du gommage de mémoire) ou « Le Golem au GMS » (Dieu demande à la jeune Rebecca de façonner un Golem pour attraper tous les rats du vaisseau spatial qui sinon vont mettre à mal la planète vers laquelle il se dirige). « Faits pour être ensemble » s’amuse à décliner jusque dans les détails de la vie privée, amour compris, l’incidence que pourrait avoir l’utilisation que nous faisons des moteurs de recherche (Tilly, l’Intelligence Artificielle au service de Sai, l’aide dans tout ce qu’il fait au quotidien, gestion de ses relations personnelles incluse). « La Plaideuse » m’a rappelé les enquêtes du Juge Ti (Van Gulik), avec ici un soupçon de fantastique puisque ce sont les esprits d’un foyer qui vont aider la jeune Plaideuse dans son enquête.
« La Forme de la pensée » voit le vaisseau Rapu Nui arriver sur une planète habitée par les Kalathanis qui « parlent » avec le bout lumineux de leurs doigts. La mère, ethnologue et le père, militaire, conviennent que leur petite fille Sarah, qui a 6 ans, sera élevée avec les Kalathanis pour parvenir à les comprendre. Cette nouvelle traite avec brio de l’altérité (comme « Renaissance ») et aussi du langage (thématique présente dans d’autres textes du recueil, notamment « Nova Verba, Mundus Novus » ou « Le Livre des diverses espèces ») car « Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir un langage unique, ni un seul mode de pensée ». Elle évoque à nouveau la filiation, les liens de naissance et ceux que l’on crée.

Dans ses nouvelles, Ken Liu nous offre des histoires (plus ou moins) en décalage par rapport au réel (il n’y a pas que de la SF). Elles interrogent ce que nous sommes et questionnent nos vies éphémères (ou pas) avec une grande sensibilité, tout en se révélant pleines de surprises, pour le plus grand plaisir du lecteur. Une belle découverte !

J'ai beaucoup aimé !« La Ménagerie de papier », Ken LIUDéfiSFFFPetitMle
Recueil de nouvelles sans équivalent en langue anglaise.
Coédition Le Bélial’ & Quarante-deux (438 p)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et harmonisé par Pierre-Paul Durastanti
Paru en 2015

Les avis de : Gromovar, BlackWolf, Lune, Lohrkan, Tigger Lilly, Shaya, Cornwall, EfelleLhisbei …

8 commentaires sur “« La Ménagerie de papier », Ken LIU

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  1. « Réservé à un lectorat SF averti », heu, je n’entre pas tout-à-fait dans cette catégorie-là, même s’il y en a de plus abordables, je passe.

  2. La science fiction est un genre qui parfois me seduit complètement car il permet de reflechir sur notre société mais parfois je trouve ça gratuit , comme les films avec trop d’effets spéciaux.

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