« Le Carnaval des ombres », R.J. ELLORY

Etats-Unis 1958
Tout juste promu agent spécial senior du FBI, Michael Travis, 31 ans, est dépêché dans la petite ville de Seneca Falls pour prêter main forte au shérif des lieux : le corps d’un homme non identifié vient d’y être découvert sous le manège d’un cirque arrivé en ville deux jours auparavant. Il semblerait que le crime soit du ressort fédéral, du moins est-ce ce que Travis devra dans un premier temps déterminer.
Sur place, il découvre l’étrange population du cirque en question et, son enquête à peine démarrée, se retrouve confusément renvoyé vers les ombres de son passé, celles qu’a fait ressurgir l’entretien avec un psychologue qu’il a dû subir préalablement à sa promotion …

Je ne lis plus souvent de romans policiers mais mon attention a été attirée vers celui-ci car il vient d’être chroniqué deux fois, très positivement, dans le cadre du challenge Pavé de l’été. De quoi me donner envie de l’emprunter lorsque, comme par hasard, je l’ai aperçu juste après sur le présentoir de la médiathèque ! En outre, il me semblait n’avoir jamais lu l’auteur … mais, vérification faite car j’avais un vague doute, c’était chose faite en 2002 avec « Les anonymes » (lu dans le cadre du challenge Pavé de l’été), roman qui ne m’avait donc pas laissé un souvenir impérissable !

J’ai immédiatement accroché à la tonalité du récit, une manière de happer le lecteur en lui laissant entendre qu’il y aura à découvrir derrière ce qui, de prime abord, se laisse voir, et au personnage de Michael Travis.
Alors que l’enquête ne fait que commencer, des pans de son passé remontent à la surface. Prenants, ils ne nuisent pas au rythme de la narration et tendent à éclairer celle-ci sous un jour particulier. Car le regard posé par Michael sur les choses et les gens n’est pas anodin : il semble, au-delà des compétences acquises lors de sa formation, posséder une acuité toute personnelle pour sonder les gens et chercher la vérité. Mais la sienne, de vérité, quelle est-elle ? Il s’imagine avoir hérité la violence de son père, cette Terrible Rage qui conduisit sa mère à un geste fatal et, depuis le traumatisme des événements qui ont suivi, est la proie de rêves récurrents aussi troublants qu’inquiétants. Son enquête, déterminante pour la suite de sa carrière, ne risque-t-elle pas d’être perturbée par ces souvenirs réapparaissant pour le tourmenter sans qu’il parvienne à en contrôler le flux ?
Rarement un personnage aura suscité en moi une aussi forte empathie que celui de Michael. Peut-être parce que, de façon exacerbée compte tenu de son adolescence chaotique, il porte en lui tant de caractéristiques de ce qui fait notre humanité, à sa manière singulière, avec notre difficulté à être à nous-mêmes et aux autres.
J’ai aimé sa manière de communiquer, lors de l’enquête, avec ses différents interlocuteurs : professionnel, certes, c’est-à-dire respectueux des lois et des codes, mais sans morgue et avec un humour pince-sans-rire qu’il n’hésite pas à exercer à ses dépens. Ses investigations ne m’ont jamais ennuyée, sans doute parce que le narrateur non seulement les parsème de notations intrigantes un peu hors du commun mais aussi parce qu’il les a croisées habilement avec la trame du récit de l’histoire passée du héros : cela rompt le côté linéaire et fastidieux qu’elles pourraient revêtir (et qui me tient éloignée de certains romans policiers, dès lors que l’auteur n’y ajoute pas d’ingrédients bien à lui, comme un style et des personnages inimitables chez Fred Vargas par exemple).

Plus le roman avance, plus se confirme l’aura mystérieuse entourant le cirque Diablo et Travis se trouve régulièrement assailli d’étranges migraines lorsqu’il s’y rend. Les ombres ne sont pas seulement autour de lui, un « homme d’ombres », comme le qualifie Doyle, le propriétaire du cirque. Elles rôdent autour des artistes du cirque, la plupart ayant derrière eux une histoire mouvementée, marquée par les guerres et les conflits récents en Europe.

Sous-jacent au récit, il y a une autre histoire, celle du FBI, créé en 1932 par Hoover (que Travis rencontrera en personne), avec ses méthodes spécifiques et novatrices et son objectif ultime, comprendre l’esprit criminel afin de s’en prémunir et avec toutes les affaires auxquelles il a déjà été confronté jusqu’en 1958, année où se déroule la nôtre.

« Le carnaval des ombres », à mon sens, est bien plus qu’un polar, rudement bien écrit soit dit en passant : il n’y a pas qu’une enquête mais aussi une quête, un cheminement personnel à la faveur de rencontres de gens qui semblent lire en Michael Travis. Il m’a captivée pendant les 4/5èmes de sa durée. Puis j’ai ressenti un coup de mou au moment où le récit annonce clairement la couleur en balisant le chemin (à mon sens plus convenu, au-delà de l’aspect paranormal de l’affaire) qu’il décide d’emprunter : là, des explications sont nécessaires (elles auraient gagné à être plus succinctes et aboutissent au moins une fois à une théorie qui m’a laissée plus que dubitative) et apparaissent sous forme de pans entiers de commentaires nuisant à l’action. Mais après cette baisse de rythme, ça redémarre jusqu’au dénouement (que j’ai trouvé à mon goût). Au final, un bilan plus que positif !

Récapitulatif ici .

« Le carnaval des ombres », R.J. ELLORY
titre original Carnival of Shadows (2014)
traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
éditions Sonatine (605 pages)
paru en juin 2021

Les avis de Mimipinson et Belette.

11 commentaires sur “« Le Carnaval des ombres », R.J. ELLORY

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  1. Comme toi, j’ai lu Les anonymes et d’autres titres de cet auteur (3, je crois) dont Seul le silence, qui n’est pas un polar, et est un excellent roman. J’ai à chaque fois aimé mes lectures, je ne ais pas trop pourquoi je ne reviens pas plus souvent vers Ellory, mais je note ce titre, cela peut être l’occasion !

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  2. J’avais adoré les premiers romans de cet auteur, puis, j’ai eu quelques déceptions à partir des « Neuf cercles » et j’ai laissé de côté. Tu me donnes envie d’y revenir avec ce nouveau titre, mais j’attendrai sagement la sortie en poche … Sinon, pour moi, Seul le silence reste son meilleur titre.

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  3. Je suis en train de le lire et je suis vraiment happée par cette histoire. Merci pour ta chronique qui m’a donné envie 😊 De cet auteur j’avais lu « Seul le silence » qui avait été également une lecture addictive !

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  4. Je n’ai lu qu’un seul titre de cet auteur, que j’avais trouvé sympa, mais pas au point de comprendre pourquoi il est tant encensé, mais celui-ci me dit bien. Dommage pour la fin ceci-dit.

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