« Sirènes », Laura PUGNO

Dans un environnement de fin du monde, l’humanité s’éteint massivement, victime du cancer noir, un cancer de la peau contagieux provoqué par l’ardeur d’un soleil devenu meurtrier. Les privilégiés se sont retirés dans les zones protégées sous-marines comme Underwater et les quelques secteurs d’activité qui réussissent à se maintenir sont sous la coupe de la yakusa.
Les sirènes ont été découvertes avant que l’épidémie se déclenche, puis, lorsque celle-ci est apparue et alors qu’elles ne peuvent contracter la maladie, ce fut l’Hécatombe, phénomène demeuré inexpliqué : des centaines de sirènes quittèrent soudain les océans pour s’échouer et mourir sur les plages. Ces sirènes sauvages, en voie d’extinction, sont protégées par la loi et l’exploitation de l’espèce prohibée. Du moins théoriquement car la yakusa n’a que faire des interdictions allant à l’encontre des goûts du consommateur.
Considérées comme des animaux, les sirènes sont donc droguées, élevées et engraissées dans des parcs marins sur des plateformes au large et leur viande est très recherchée. On procède à leur reproduction en les faisant saillir par des mâles s’apparentant à des dugongs, qu’elles tuent aussitôt après l’accouplement, comportement sauvage inné qui leur est resté. Elles font aussi l’objet d’un commerce sexuel dans des bordels spécialisés fréquentés par de riches amateurs.
Samuel, jeune homme profondément meurtri par la perte de sa compagne, Sadako, qui vouait une admiration sans bornes aux sirènes, est employé dans un parc d’élevage de sirènes. Un jour, il décide de s’unir à l’une d’elles. A sa grande surprise, une sirène naît de ce rapport entre les deux espèces. Il l’appelle Mia …

L’auteure s’est emparée du mythe de la sirène pour l’accommoder dans une version trash bien éloignée du Disney gentillet et autres légendes romantiques. Les sirènes ont un côté féroce monstrueux, avec le carnage de leurs partenaires mâles, même si elles fascinent une partie de la population au point de faire l’objet d’un culte. Car lorsqu’elles ont surgi des océans, elles sont apparues comme des créatures merveilleuses et puissantes … jusqu’à ce que l’homme les transforme en des sortes de vaches de mer.
Le récit permet, grâce à ses retours en arrière, de retracer ce que fut la vie de Samuel et celle de Sadako, marquées par les exigences d’un monde où les êtres, quand ils ne rejoignent pas la cohorte des contaminés bannis avant d’être terrassés par la maladie, sont souvent broyés sans merci. Il est sous tension car on y guette les faits et gestes de Samuel, un homme brisé mais qui nage dans les eaux troubles de ses regrets et de ses pulsions, et aussi l’évolution possible du comportement de Mia, dont on se demande quelle sera la part d’humanité.

Aussi noir que le cancer de la peau décimant l’humanité, ce court et efficace roman n’est jamais là où on l’attend et nous plonge par moments dans des abysses de cruauté. Prenant et surprenant, il marque les esprits de son empreinte désespérée et invite incidemment à s’interroger sur notre rapport à ceux qui, comme nous, peuplent la terre et ses océans.

« Sirènes », Laura PUGNO
Titre original Sirene (2007)
Traduit de l’italien par Marine Aubry-Morici
Editions Inculte (172 p)
Paru en juin 2020

L’avis de Justaword

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Auteur d’Europe méridionale

 

10 commentaires sur “« Sirènes », Laura PUGNO

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    1. C’était son premier roman, publié en Italie en 2007. Et je ne connaissais pas du tout non plus cette auteure, c’est le thème qui m’a attirée (dans la dernière Masse Critique, avant le confinement … si bien que je viens juste de recevoir le roman).

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