« Chanson douce », Leïla SLIMANI

chanson-douceLa scène terrible qui ouvre le roman, celle où Myriam, rentrée à l’improviste chez elle trouve ses deux jeunes enfants assassinés par leur nourrice, laquelle a ensuite tenté de se donner la mort, amène la question dont nous quêterons fébrilement la réponse au fil des pages : POURQUOI ?
Le long retour en arrière qu’est « Chanson douce » égrène alors l’histoire d’un couple, celui de Myriam et Paul. Elle, avocate, met sa carrière potentielle entre parenthèses en élevant Mila. Après la naissance d’Adam, cependant, elle n’en peut plus de cette vie confinée de femme au foyer et se résout à passer outre ses réticences pour embaucher une nounou à domicile. Ainsi Louise, petite quarantaine au physique de délicate poupée blonde, s’introduit-elle dans leurs vies, où elle occupe rapidement la première place, fée domestique et Mary Poppins de leur foyer que tout le monde leur envie. Mais l’importance démesurée que Louise accorde à leur petite famille dissimule les fêlures de sa propre vie, qui finiront par se muer en gouffre …

Malgré son côté racoleur du style scénario de film à sensation / cauchemar des parents (toujours anxieux lorsqu’ils confient leur progéniture à un tiers), « Chanson douce » évite en réalité les clichés (celui-ci mis à part, encore qu’il s’agisse d’un fait divers dont l’auteur s’est emparée, comme je viens de l’apprendre après rédaction de ce billet, maintenant que je me suis permis d’aller jeter un œil aux interviews qu’elle a données). Peinture attentive et subtile d’un microcosme, il se fait révélateur des angoisses et des difficultés qu’il y a à vivre aujourd’hui, aussi bien pour Myriam et Paul, rêvant de conjuguer au mieux leurs ambitions professionnelles et leur vie familiale que pour Louise, qui fait tout pour avoir droit à un bonheur dont elle semble condamnée à être exclue. Leïla Slimani étudie ce petit monde avec finesse, sans épargner le jeune couple et son manque de clairvoyance. L’analyse de l’auteur mêle le psychologique et le sociologique mais jamais au détriment de l’histoire, tendue jusqu’au bout et ce même si nous en connaissons déjà l’issue, fatale. Il n’y aura pas de révélation fracassante mais le lecteur attentif percevra le glissement progressif de Louise vers des territoires où l’espoir n’a plus sa place. Un roman que je n’ai pas pu lâcher, tant sa mécanique est efficace !

J'ai bien aimé !« Chanson douce », Leïla SLIMANI
Editions Gallimard (227 p)
Paru en septembre 2016
Lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister

Les avis de : Cuné, Micmelo, Clara, Papillon, Valérie

39 commentaires sur “« Chanson douce », Leïla SLIMANI

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  1. pas sûre que je lise ce roman car c’est vraiment une de mes angoisses fondamentale : la peur de confier mes enfants et aujourd’hui de mes petits enfants à autrui.

  2. Plus ou moins envie de le lire (mais tes petits bémols effacent mes dernières réticences), il attendra en revanche la sortie Poche… Trop à lire pour le moment ! 😉

    1. Je ne l’ai pas ressentie comme anxiogène, peut-être parce que je ne suis plus concernée par la question de la garde d’enfants, donc je pouvais rester à distance.

  3. J’ai vraiment aimé ce roman, le premier que je lis de cette auteure, mais ce n’est pas mon préféré de cette rentrée. J’ai trouvé intéressante la réflexion sur le monde moderne et le suspense créé non pas par l’issue que l’on connaît mais par le dévoilement très progressif de la personnalité de Louise.

  4. Je l’ai emprunté et démarré hier (il avait été emprunté six semaines, donc trois de trop, je voulais donc savoir pourquoi la personne avant avait mis tant de temps!). j’ai dépassé la moitié, oui c’est prenant, bien fait et tout, mais écrirai-je un billet de plus sur les blogs? On verra s’il y a une avancée

  5. Aucun billet n’arrive à me convaincre de lire ce livre : le sujet anxiogène y est pour beaucoup, et aussi l’impression, à lire les avis, que l’auteur culpabilise ou rejette la faute sur les parents qui « ne savent pas voir »… ou qui n’intègrent pas suffisamment la nounou dans la famille…

    1. Pour avoir eu (à une époque où les mesures fiscales le rendaient possible au moins pour certains ménages) une employée de maison, je reconnais que je me souciais davantage d’elle que ne le fait Myriam (euphémisme) : il me paraissait important de savoir que ça se passait bien pour elle en dehors de chez nous, son équilibre personnel étant une condition sine qua non de son équilibre dans ce travail très particulier qui consiste à s’occuper des enfants des autres.

  6. J’ai bien aimé mais sans plus. Il avait reçu tellement d’éloges ce bouquin que je m’attendais à mieux, je crois. Et j’ai trouvé que l’auteur en rajoutais un peu trop sur le dos de Louise qui a à peu près tout raté dans sa vie, c’est vraiment le point qui m’a agacée.

  7. la construction est parfaite et comme le dit bibliblogeuse, la découverte progressive de de la personnalité de Louise est très intéressante. Je ne l’ai pas lâché ce livre durant ma lecture !

    1. Je l’ai lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister et on est peut-être pas mal à l’avoir demandé à ce titre (le bilan nous le dira).

  8. Parmi tous les titres de la rentrée littéraire, celui-là m’intrigue beaucoup d’autant plus que les avis positifs, comme le tien, se suivent … Mais quel sujet sombre !

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