« Police », Hugo BORIS

PoliceVirginie, Aristide, Erik, trois flics parmi d’autres. Une histoire de corps (à défaut de cœur) entre les deux premiers. Virginie est mariée, a déjà un enfant, et va avorter le lendemain de celui conçu dans leur liaison. Mais avant, une mission qui n’est normalement pas de leur ressort leur est assignée : escorter jusqu’à Roissy un immigré clandestin tadjik, qui va être renvoyé chez lui. Apostrophée par un membre d’une association lorsqu’ils récupèrent l’homme, Virginie jette un œil au dossier de ce demandeur d’asile. A partir de ce moment-là, elle commence à s’interroger sur le bien-fondé de ce renvoi …

Que se passe-t-il lorsqu’un grain de sable vient gripper toute une organisation bien huilée ? Le grain de sable, ici, c’est Virginie. Virginie qui met en question un ordre donné et dont l’attitude interpelle ses deux collègues : Aristide, le beau gosse musclé, macho sur les bords, qui joue en permanence à l’amuseur public avec ses vannes à deux balles (un personnage qui frôle la caricature, mais il doit bien y en avoir, des comme lui) et n’est pourtant pas du genre à trop réfléchir ; Erik, leur chef, le plus âgé et a priori le plus clairvoyant.
Chronique d’une nuit hors du commun, à l’issue incertaine, « Police » embarque le lecteur dans le véhicule qui transporte les trois policiers, leur homme et leurs doutes éventuels. Il y a de la tension et des péripéties dans ce roman au thème original et très actuel. Des maladresses aussi (dont la dernière phrase du livre), mais qu’importe : l’histoire, qui permet au passage de braquer le projecteur sur le quotidien éprouvant et ingrat des policiers, est portée par un bel élan, celui de Virginie, jeune femme capable d’envisager une sortie de route alors que les chemins à suivre sont tout tracés.

Extrait :

(Erik)
En service, il n’était déjà plus étanche d’une intervention à l’autre, désormais incapable de remettre les compteurs à zéro. Après trois heures d’insultes, il ne savait plus écouter patiemment la vieille dame suivante sans lui faire payer des injures dont elle ignorait tout. Après l’interpellation d’un mari violent qui frappait sa femme devant ses gosses, recueillir sans trembler une plainte pour vol d’enjoliveurs. Il avait quinze ans de fond. Quinze ans qu’il enterrait ses désirs, que la vie lui passait à côté. Quinze ans qu’il préparait vaguement sa mutation, son retour en Bretagne, épuisé comme une sentinelle qu’on a oublié de relever. Il s’était laissé mécaniser, abîmer par le métier, ne donnait plus aux gens que de la technique. Il commençait à tirer sur la bête. Au point que ses cheveux avaient blanchi précocement. Il n’avait plus de couleur à la bouche. Quand il regardait maintenant son visage dans la glace, ses cicatrices d’acné mal soignées, il voyait un homme triste.

J'ai bien aimé !« Police », Hugo BORIS
éditions Grasset (198 p)
paru en août 2016
lu en numérique via NetGalley

18 commentaires sur “« Police », Hugo BORIS

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  1. Le thème est intéressant, mais je ne vais pas en faire une priorité. Je commence à voir partout NetGalley, c’est une sorte de Babelio numérique non ?

  2. Un.billet qui présente très bien un roman qui a sûrement le merite de suivre notre actualité de très près.

    1. C’est une dernière phrase qui doit vouloir faire sourire, parce que c’est de l’humour, mais à mon sens trop balourd pour que j’y sois réceptive.

  3. J’aime bien l’idée du livre, malgré les maladresses, je vais attendre un peu, mais je le lirai probablement. Merci de me tenter, j’adore ! 😉

  4. Je l’ai lu aussi, et apprécié. Je l’ai trouvé solide, dans le sens où on sent que l’auteur s’est vraiment documenté, avec du style et de l’énergie dans le récit. Pas un coup de cœur vraiment, mais une belle lecture. Billet à venir…

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