« La Femme d’En Haut », Claire MESSUD

femme d'en haut

A 37 ans, Nora Eldrige a tout de ce qu’elle appelle « La Femme d’En Haut », celle dont la vie est en retrait par rapport aux autres, un rouage fonctionnel de la société qu’on remarque à peine, pourtant c’est encore une belle femme. Institutrice appréciée de ses élèves à l’école Appleton de Cambridge, Massachussets, célibataire et sans enfants, elle s’est dévouée au chevet de sa mère durant sa longue maladie et s’occupe maintenant de son père. C’est aussi une artiste, mais uniquement à ses moments perdus car on ne la connaît pas dans ce domaine.
L’arrivée du jeune Reza Shahid dans sa classe bouleverse l’équilibre sans doute précaire de son existence. Car dans le sillage de ce bel enfant attachant, il y a sa mère, Sirena, artiste montante qui propose à Nora de partager avec elle la location d’un atelier. Nora y poursuit ses propres travaux et se passionne pour Sirena autant que pour la réalisation du Pays des Merveilles à laquelle celle-ci s’est attelée.

Quatre ans après, c’est une Nora très en colère qui se présente au lecteur dans les premières pages du roman, avant d’entamer ce retour en arrière pour lui raconter l’histoire en détail …

Les premières pages du roman auraient pu m’arrêter car j’avais du mal à comprendre la rage de Nora, après tout, personne ne lui avait imposé l’existence qu’elle menait. J’ai mis ma réticence de côté, parce qu’il m’est apparu que quelque chose avait dû la faire sortir de ses gonds et que je finirais par le découvrir (ce sera le cas et la boucle sera bouclée en fin de roman, et de quelle manière !). Et puis j’avais trop aimé « Les enfants de l’empereur » pour ne pas avoir confiance dans le talent de Claire Messud, alors je l’ai suivie et bon sang, je ne l’ai pas regretté !
Nora apostrophe régulièrement le lecteur, le prend à partie au fur et à mesure qu’elle lui expose ce qu’elle a vécu et j’ai été embarquée dans ce récit où l’écriture est toujours à la hauteur pour nous amener au plus près du personnage principal et de ce qui l’agite. Plongée dans l’existence de Nora, j’ai certes reconnu au passage des choses qui pouvaient m’être familières mais ce n’était pas le plus important. J’ai surtout été passionnée par ce qui lui arrivait et sa manière de l’appréhender, la fougue qui couve en elle et l’habite lorsqu’elle aborde des êtres ou des choses nouvelles, son désir ardent de sortir de sa routine pour, enfin, se sentir profondément elle-même. Tous ces mouvements intérieurs s’intègrent dans une histoire où chaque personnage joue sa propre partition (y compris Skandar, le mari de Sirena, d’origine libanaise), intégrée aux tumultes de son époque. Car si les considérations et interrogations plus que pertinentes sur l’art contemporain occupent une place de choix dans le roman, il y est aussi question de l’attitude des Etats-Unis face au reste du monde, les pays du Moyen-Orient notamment.

Un roman plein d’intelligence, de profondeur mais aussi de flamme, à l’image de son personnage central, une réussite !

J'ai beaucoup aimé !« La Femme d’En Haut », Claire MESSUD
Titre original The Woman Upstairs (2013)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon
Editions Gallimard (373 p)
Paru en septembre 2014

L’avis de Cathulu.

16 commentaires sur “« La Femme d’En Haut », Claire MESSUD

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    1. Ce n’est pas un roman qui plaira à tout le monde, j’étais d’ailleurs un peu circonspecte en m’y aventurant. Mais ça vaut le coup que tu essayes !

  1. Je note car comme toi, j’avais beaucoup aimé Les enfants de l’empereur, acheté par hasard à l’époque… Bigre! une nouvelle envie de lecture.

    1. Ah ! Je suis contente que tu aies aimé « Les enfants de l’empereur » car, comme je le disais plus haut à Valentyne, il est loin d’avoir fait l’unanimité (parmi les blogueuses qui l’ont lu). Celui-ci est très différent car centré sur une personne, mais il est, comment dire, bouillonnant !

  2. Tu n’as pas les réserves de Cathulu, je le garde donc sur ma LAL, mais comme je n’ai toujours pas lu « les enfants de l’empereur », je commencerai peut-être par lui.

    1. Oui, pas de réserve chez moi 🙂 ! Mais, comme je le disais plus haut, ce n’est pas un roman qui plaira à coup sûr : j’ai vu chez Cathulu, dans les commentaires, que Cuné l’avait abandonné car il ne lui avait pas « parlé », moi c’est tout le contraire, il m’a parlé.

  3. Je trouve ton billet tres tentant. Je ne connais pas encore cette auteure mais tu donnes très envie de la découvrir.

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