« Dans la lumière », Barbara KINGSOLVER

Quatrième de couverture :
Dans les Appalaches, au cœur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n’ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres.
Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l’Amérique se met à observer ce coin isolé ancré dans des traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papillons vont bouleverser sa vie, et peut-être l’ordre du monde.

Séduite par cette quatrième de couverture et conquise d’avance parce qu’il s’agissait du dernier ouvrage de Barbara Kingsolver, auteur que j’apprécie, j’ai plongé avec enthousiasme « Dans la lumière » … pour, hélas, vite déchanter, me dire ensuite qu’il fallait sans doute laisser à l’histoire le temps de démarrer, constater qu’au bout de 200 pages ça ne démarrait toujours pas et achever péniblement la lecture de ce (long) roman.

La déconvenue a commencé dès le premier chapitre. On y accompagne Dellarobia (prénom qui a rapidement eu le don de m’agacer, autant que celle qui le porte), jeune femme mère de deux enfants, cheminant littéralement sur le sentier qui la mène vers l’adultère et, alors que je suis pourtant sensible aux analyses psychologiques des personnages, là, je l’avoue, les états d’âme de notre héroïne disséqués en long et en large ont eu raison de ma patience. Pourtant ils n’occupent qu’une poignée de pages et permettent de la découvrir, avec son histoire personnelle (mariée-trop-jeune-car-enceinte-à-un-homme-gentil-mais-qui-ne-lui-convient-pas) mais je crois que, dès ce moment, mon empathie a refusé de se déclencher pour Dellarobia, coincée dans un bled et une situation qu’elle subit. La vision des papillons (enfin, elle ignore que ce sont des papillons parce que, coquetterie oblige, elle n’a pas mis ses lunettes) est venue, tant mieux pour moi, mettre un terme à cette promenade existentielle (dont notre randonneuse ne manquera pas de se souvenir ultérieurement lorsqu’elle envisagera, enfin, d’agir sur sa vie).
La suite nous permet de partager le quotidien pas folichon de Dellarobia, accaparée par les tâches familiales et ménagères, quand elle n’est pas réquisitionnée par sa (trop présente) belle-mère et voisine pour donner un coup de main dans leur exploitation (élevage de moutons). La découverte des myriades de papillons (des monarques) venus chercher refuge sur une des parcelles de leurs terres va bouleverser ce pénible train-train car une équipe de scientifiques, dirigée par le (séduisant mais bien marié, lui) professeur Ovid Byron, s’installe sur place pour les étudier.
Et heureusement qu’il est là, Ovid ! Parce que, grâce à lui, Dellarobia prend conscience d’un tas de choses qu’elle ignorait comme, par exemple, le réchauffement climatique ! Et comme sa méconnaissance est grande (ce qui ne l’empêche pas de tout capter très vite, elle a oublié d’être bête, Dellarobia, c’est juste qu’il y a des choses qui n’ont pas pénétré jusqu’au fin fond des terres et des consciences de l’Amérique profonde, apparemment), eh bien, il faut qu’il explique, Ovid ! Et il s’en donne, du mal, pour expliquer ! Ça lui (nous) prend des pages et des pages, un vrai documentaire écologico-environnemental, pas inintéressant bien sûr mais de quoi plomber le roman qui, malgré un vague suspense quant au devenir des papillons (je ne parle même pas de celui de Dellarobia, vous aurez compris que je m’en suis désintéressée), manque sérieusement de rythme.

Si cette lecture s’est avérée pesante, je n’ai rien zappé pour autant, je voulais être sûre de ne pas passer à côté de passages remarquables. D’ailleurs j’ai beaucoup aimé la scène sur laquelle le livre se clôture (non, mauvaises langues, ce n’est pas parce que je voyais que j’allais tourner la dernière page !). Mais au final, malgré un fond pertinent, « Dans la lumière » a été une déception à la hauteur de mes attentes.

Un constat et une interrogation, pour conclure.
Je constate (même si j’enfonce des portes ouvertes) que les bonnes intentions (ici, sensibiliser au devenir de notre planète) ne font pas forcément les bons romans. Barbara Kingsolver échoue là où des auteurs de SF, entre autres, réussissent brillamment. Dans un registre différent, en revanche, celui du récit biographique, elle avait pleinement atteint le même but (de sensibilisation environnementale) avec « Un jardin dans les Appalaches », paru en France en 2008, où elle décrivait avec une irrésistible verve comment elle et sa famille étaient devenues locavores (je l’ai lu juste avant « Dans la lumière » et je vous en parlerai prochainement).
Par ailleurs, je m’interroge sur le lectorat que l’auteur a ciblé. Il me semble en effet que ceux qui vont lire ce roman sont, à mon image, d’ores et déjà persuadés qu’il est urgent d’agir pour que notre planète (sur)vive : c’est justement parce que le thème les interpelle qu’ils n’hésiteront pas à se lancer dans un ouvrage de plus de 500 pages. Or nombre de ces pages paraissent s’adresser à une population de rednecks, pour reprendre le terme utilisé (l’équivalent de nos péquenauds), qu’il convient d’éclairer et de convaincre et que je m’imagine difficilement attirés puis captivés par le roman …

J'ai aimé un peu« Dans la lumière », Barbara KINGSOLVER
Titre original Flight Behavior (2012)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martine Aubert
Editions Payot et Rivages (555 p) août 2013

Une lecture commune avec Valérie (dont j’ai cru comprendre qu’elle n’avait pas été passionnée non plus, mais je vais aller voir ce qu’il en est !).

EDIT du 8/09 pour vous donner les liens vers des billets parus après le mien et tous plus positifs : Clara « en attendai[t] peut-être un peu plus mais finalement […] ne regrette pas de l’avoir lu« ; Dominique évoque « une belle lecture de fin d’été » et pour Lucie c’est « un coup de cœur« .
De quoi vous donner éventuellement envie de vous faire votre propre opinion.

34 commentaires sur “« Dans la lumière », Barbara KINGSOLVER

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  1. Une très fine analyse d’un roman qui me tentait mais là brusquement, je sens que cela ne va plus être une priorité. Les bons sentiments et les bonnes intentions ne font pas souvent les bons livres…

  2. Billet demain ( il est déjà écrit, une première!) et que de longueurs inutiles ! Comme toi , je me suis demandée à quel lectorat s’adressait ce livre. Le personnage de Dellarobia m’a agacée par son comportement à se plaindre constamment et par son côté quiche-naïve.

  3. Tu as tout à fait pour le problème que tu soulèves concernant le lectorat. C’est un livre moralisateur qui ne sera lu que par des convaincus.

    1. « Un jardin dans les Appalaches » m’a beaucoup plu, mais je l’ai lu tranquillement (à petites doses) : j’ai trouvé passionnant de partager cette expérience !

  4. je n’ai pas du tout le même avis, j’ai aimé ce livre qu’à l’inverse de Val par exemple je n’ai pas trouvé moralisateur
    j’ai aimé qu’on y entende le point de vue des pequenauds comme tu le dis mais plutôt pour équilibrer le tout écolo qui est parfois ridicule et pesant
    Ce n’est pas son meilleur roman mais j’ai passé un bon moment

  5. Zut, j’étais très tentée par ce roman mais ton avis ralentit un peu mon enthousiasme… J’ai par contre « Un jardin dans les Appalaches » dans ma PAL qu’il faut absolument que je ressorte !

  6. Mazette, j’aurai pu écrire ta première phrase. Curieuse quand même, sans précipitation, d’autant qu’on est à la limite du pavé ( j’aimerai lire l’avis de Dominique du coup aussi )

  7. Je ne pensais pas le lire, d’autres de l’auteure m’intéressent davantage. Si j’ai bcp aimé l’arbre aux haricots, celui qui m’a le plus impressionné est Les yeux dans les arbres.

  8. Je n’ai jamais été une fervente de cette auteure, même si j’ai lu quelques uns de ses romans… Il me semble que mon préféré a été Les yeux dans les arbres. Là, je vais suivre ton avis et passer.

  9. J’ai beaucoup aimé ce roman pour ma part, je ne l’ai pas trouvé moralisateur et le côté écolo me semble secondaire : on y suit surtout le parcours d’une femme qui est passée à côté de sa vie, et qui va finalement beaucoup changer à cause justement du changement climatique. J’ai été très touchée par le personnage de Dellarobia, elle m’a émue. Et le style de Kingsolver est toujours aussi beau (pas lu la traduction, en revanche, je ne sais pas ce qu’elle vaut).

    1. Je ne l’ai pas non plus trouvé moralisateur mais trop démonstratif, oui (l’auteur a un message à faire passer).
      Comme Dellarobia n’a pas réussi à retenir mon attention (ni à gagner ma sympathie), je ne me suis pas intéressée à son parcours personnel. J’ai même eu l’impression qu’il n’était là que comme prétexte, le but de l’auteur étant de sensibiliser ses lecteurs aux problèmes environnementaux (à l’inverse de toi, le côté écolo ne m’a pas paru secondaire).

  10. Dellarobia? Really? Non mais on se demande à quoi la mère d’un tel personnage a pu penser. Je ne trippe pas sur Barbara Kingsolver et je passerai volontiers sur celui-ci.

  11. Je suis content de lire ton avis. Ce livre fait partie du match de la rentrée littéraire sur Priceminister. Je peux donc l’éliminer.
    J’hésite beaucoup sur le titre susceptible de me plaire.
    Bonne soirée.

  12. Moi aussi j’aime Kingsolver et là, tu es dure!! mais tu me convaincs! pas du tout envie de découvrir le livre. Décidément, elle l’a raté et tu n’es pas la seule à le dire. C’est vrai que l’on ne fait pas de bon livre avec de bons sentiments et de toutes façons si l’auteur est trop démonstratif, il se plante!

  13. Moi, je pense qu’il est trop tard pour agir 😉 Très intéressée par le sujet, je constate que peu de gens sont conscients de l’état de la planète et que surtout les gouvernements nous mentent (modification des rapports des scientifiques pour ne pas « effrayer » la population …) Et surtout, nous ne sommes pas près de modifier notre façon de consommer pour la sauver. Les gens préfèrent se voiler la face ou penser qu’ils font ce qu’ils faut car ils font le tri des déchets.
    Pour en revenir à l’auteure, elle m’avait ennuyée avec « Les yeux dans l’arbre » mais je veux lui donner une autre chance. Peut-être pas avec celui-ci !

    1. Je n’avais pas non plus accroché aux « Yeux dans les arbres », ce qui m’avait d’autant plus contrariée que je l’avais acheté à sa sortie (et j’ai fini par le donner, faute d’avoir jamais pu l’achever).
      Je te recommande « Un autre monde » (ma critique est accessible en cliquant sur la couverture du livre, dans la colonne de droite du blog).
      Quant à l’état de la planète, on est toujours en plein « Syndrome du Titanic », hélas …

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