Rencontre avec Jean-Philippe Blondel

Autant le dire, j’y suis allée un peu en traînant des pieds, à cette rencontre avec Jean-Philippe Blondel organisée aujourd’hui au Furet du Nord à Lille autour de son dernier livre, « Et rester vivant ». Je me disais que, compte tenu du thème du livre, ça risquait d’être plombant, je trouvais même un peu trop indiscret d’aller lui poser des questions sur ce récit intime : après tout, cette mise à nu avait déjà été difficile, alors pourquoi en ajouter ?
Et puis, j’ai cédé aux instances de ma fille cadette (agissant pour mon bien, n’est-ce pas !), qui ne comprenait pas que je n’aille pas à la rencontre d’un auteur dont j’avais autant aimé le livre (ce qui n’avait pas été le cas des deux autres de lui que j’avais lus avant, comme quoi il faut parfois ne pas hésiter à récidiver quand on a l’impression que, ce coup-ci, on sera réceptif).
Résultat : un excellent moment passé en compagnie d’un auteur tonique, plein d’humour, bref quelqu’un de très sympathique dont j’imagine qu’il doit être, en tant que prof d’anglais, très apprécié de ses élèves.

« Et rester vivant » occupe une place particulière dans l’œuvre de Blondel (c’est son dixième livre en 8 ans) puisqu’il s’agit, cette fois, d’un livre où tous les faits sont autobiographiques. Pour expliquer ce désir/besoin de partir en Californie, l’auteur dit que « quand il n’y a plus d’histoire, on passe à la géographie », pour voir comment les gens vivent, comment ils survivent et sentir qu’on appartient à l’humanité. En quittant la France, Blondel n’imaginait pas y revenir. Pour lui, il s’installerait aux Etats-Unis, ou bien il disparaîtrait… La destination, cette « fixette » sur Morro Bay (« à peu près aussi passionnant que le fin fond de la Champagne Ardennes ») était là parce qu’il fallait un but, parce que quand ce type de drame arrive, pour survivre on a besoin de détails, mais en voyageant on se rend compte que c’est le voyage qui est important, pas la destination. « Et rester vivant » « est un roman sur la survie […] jour après jour ». « La question centrale, toujours, et on en est tous là à un moment de notre vie, sauf que moi j’avais vingt-deux ans, c’est on en est là, pourquoi ? ».
Souvent, on se dit qu’on ferait telle ou telle chose, si on n’avait plus d’attaches. « Mais quand ça arrive, on ressent le besoin d’un ancrage ». C’est la raison pour laquelle l’auteur vit toujours dans cette même ville où il habitait, c’est elle qui lui a servi d’ancrage. Mais il avait aussi deux branches possibles pour affirmer son existence, l’écriture et créer sa propre famille.

L’écriture est arrivée depuis que l’auteur a sept ans mais là, c’est devenu quelque chose d’indispensable.
Avant d’être (enfin) publié, Blondel a reçu 273 lettres de refus (et il a dix-neuf romans qui dorment dans son grenier et des tas d’autres dans son ordinateur, qu’il n’a jamais montrés), qu’il relit parfois pour rester humble (« vos écrits souffrent d’un pathos un peu mièvre »). Le vrai succès est arrivé avec « Accès direct à la plage ».

Si ses romans témoignent d’une certaine nostalgie, Blondel, dans la vie réelle, est quelqu’un qui a la pêche (j’ai pu le constater), ce qu’a très bien perçu Véronique Ovaldé lorsqu’elle lui a, dit-il, déclaré : « Tu as quand même une façon très particulière de rire très fort au bord du précipice ».
Oui, il peut y avoir des constantes dans ses romans, mais qu’importe, Blondel comme Modiano dont il aime toujours les romans, même s’ils se ressemblent toujours un peu, fait partie de ces écrivains qui creusent leur tranchée.
« Et rester vivant », Blondel a essayé de l’écrire 14 ou 15 fois, mais il ne trouvait pas le ton, l’angle d’attaque. La dernière tentative, il l’a montrée à son éditrice et c’est celle qui a été publiée. Mais ce livre l’a, physiquement, rendu malade, avec des douleurs de dos pas possibles qui, comme par hasard, ont disparu au mois de septembre, preuve pour lui qu’il avait vraiment somatisé.

Entre son métier de prof et l’écriture (à laquelle il consacre une heure par jour), Blondel refuse de choisir car il adore les deux. Le rapport aux élèves est enrichissant et puis, avoir « trente personnages devant vous », ça ne se refuse pas : de quoi trouver parmi eux des sources d’inspiration… et « après, je leur dédie le livre ! ».

19 commentaires sur “Rencontre avec Jean-Philippe Blondel

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    1. S’il passe chez moi, je n’hésiterai pas à aller le voir après un billet pareil. C’est vrai que l’on est quelquefois heureusement surpris, on se fait une fausse idée de l’auteur et on se retrouve devant une personnalité que l’on n’attendait pas.

    2. @ Krol :Il fallait que le billet soit aussi sympathique que la rencontre !
      @ Aifelle : En fait, je n’avais aucune idée de la personnalité de l’auteur, mais comme la rencontre était axée sur un livre qui l’avait contraint à affronter des souvenirs difficiles, je craignais que les échanges s’en ressentent.

  1. Tu réussirais à me donner envie de lire ce livre de Blondel, pourtant je n’ai pas un très bon souvenir de celui que j’ai lu… mais quand il dit « à peu près aussi passionnant que le fin fond de la Champagne Ardennes » ça me parle ! 😉

  2. Merci pour ton billet, à lire ses romans (mais je n’ai pas vu le dernier) j’avais l’impression de quelqu’un qui sait rebondir quand même. Les auteurs viennent peu par chez moi (mais un de ses romans est dans la liste Lire en loir et cher, alors qui sait? donc je note!

  3. ahhhh quelle chance !merci pour ce billet ! j’attends le salon du livre de Paris, où je pense il viendra pour pouvoir aller le saluer et le remercier de ce roman magnifique ! Une heure d’écriture par jour, en voilà une bonne idée 🙂

  4. J’aime beaucoup cet auteur. D’ailleurs, j’ai « Le baby-sitter » qui m’attend dans ma PAL. J’aurais bien aimé me retrouver à Lille pour aller le voir en vrai. Je l’ai vu dernièrement à l’émission « La grande librairie » pour présenter ce nouveau roman (mais ce n’est pas la même chose) et je trouve que l’homme aussi est très intéressant. En effet, son amour pour son métier ainsi que pour l’écriture est assez sympathique.

  5. C’était une rencontre en petit comité et en toute simplicité aussi, mais cela, c’est directement lié à la personnalité de l’auteur.

    1. J’ai rencontré cet auteur il y a quelques mois mais pas encore lu !
      En tout cas je vois que tu vois plus de monde à Lille qu’à Paris ! Du coup, j’en profite pour te conseiller d’aller voir Valentine Goby qui passe au furet le 20 octobre ! J’aime beaucoup ses romans, elle fait de très belles lectures et l’entendre parler de la génèse de son dernier roman qui se passe au Groenland vaut vraiment le coup. bises !

  6. En fait, c’est un concours de circonstances, puisque je ne vais voir que les auteurs dont j’ai déjà lu au moins un livre (et s’ils viennent parler d’un livre en particulier, je veux l’avoir lu avant) et là il s’en est présenté deux coup sur coup.
    Et comme je n’ai rien lu de Valentine Goby (rien ne m’a tentée)… 🙂

  7. J’aimerais beaucoup rencontrer cet auteur… Et surtout pour ce livre là, qui a du être très difficile d’écrire (et d’avoir le courage de le publier) C’est très intéressant et très logique cette douleur au dos qui disparait au mois de septembre… Notre corps parle bien souvent à notre place…

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