Ce que je sais de Véronique Ovaldé

Véronique Ovaldé, je l’ai découverte avec « Et mon cœur transparent », un coup de cœur pour son écriture. Depuis, j’ai retrouvé avec bonheur cette écriture dans « Ce que je sais de Vera Candida » et, tout récemment, « Des vies d’oiseaux ».
Je savais qu’elle serait l’invitée, à Lille, de la librairie Le Bateau Livre, alors j’ai évité jusque là les interviews qu’elle a pu donner au sujet de ce dernier opus. Et puis j’aime bien me faire mon idée sur un livre avant de savoir ce que l’auteur a voulu y mettre, même si, a posteriori, comparer ses intentions en tant qu’ « émetteur » et la manière dont j’ai, moi,    « reçu » son œuvre, ne manque pas d’intérêt.

 La rencontre a donc eu lieu hier soir, ils ont un peu poussé les étagères, au Bateau Livre, pour faire de la place au public, mais ils ont laissé le canapé moelleux, celui où les acheteurs potentiels peuvent vérifier, à la lecture des premières pages, que le livre choisi devrait leur convenir. Véronique Ovaldé a gaillardement pris place sur un de ses accoudoirs, histoire d’être un peu plus haut perchée pour qu’on l’entende mieux, elle était souriante, à l’aise et diserte, un vrai bonheur d’interviewer !

La majeure partie des échanges ont porté sur « Des vies d’oiseaux », dont l’auteur a tout d’abord lu un passage, choisi pour bien rendre compte de la couleur du livre, passage qui s’achevait justement sur l’extrait que j’avais sélectionné pour mon billet !
L’auteur a présenté son livre comme l’histoire de personnages ayant renoncé à quelque chose et s’étant résignés, s’en accommodant, des êtres tous assez mélancoliques. Mais les rencontres qui se produisent dans le récit vont, en créant un moment de désordre, de chaos, celui où se place le roman, les ouvrir à d’autres possibilités. Elle aime décrire « sans faire de portrait psychologique », montrer l’individu au travers de ce qu’il fait, créer des ambiguïtés aussi, les personnages n’étant pas toujours forcément ce qu’ils paraissent.
Pour ce qui concerne l’écriture du roman, elle lui a pris deux ans. Le roman n’a pas eu tout de suite la forme qu’il revêt maintenant mais, dès le départ, comme pour chacun de ses livres, l’auteur sait où elle va et elle a son schéma d’ensemble. Et elle en sait très long sur ses personnages, puisqu’elle a d’abord écrit un roman de toute leur histoire. Elle cite Adolfo comme exemple, personnage dont elle connaît tout pour l’avoir préalablement écrit, ensuite elle a énormément coupé.
Je me suis dit, lorsqu’elle a évoqué cette manière de procéder, que cela expliquait à quel point elle paraissait, au travers de ce qu’elle disait, avoir une connaissance intime de chacun de ses personnages.
Dans une version initiale, l’auteur s’est d’abord essayé à donner la parole à chacun de ses personnages : cinq voix pour cinq narrateurs. Mais elle a fini par trouver le procédé artificiel, à la fin du roman elle s’est rendu compte qu’elle n’était plus là et elle a tout réécrit avec sa propre voix.
Concernant la ville d’Irigoy, cette ville de « ferrailleurs dépressifs », l’auteur dit qu’elle s’est inspirée de son enfance en Seine Saint Denis, où elle était toujours surprise par l’omniprésence des épaves dans le paysage urbain.
Bien que travaillant dans l’édition, elle ne se positionne plus du tout comme telle quand elle écrit et même si ses trois derniers romans ont été directement rédigés à l’ordinateur et non plus comme auparavant manuscrits, elle précise que ses brouillons, dans leur forme très… brouillon, sont un vrai cauchemar pour son éditrice !
Une fois la rédaction des chapitres du livre achevée, leur mise en place respective a encore été sujette à modifications : l’auteur a fait essai sur essai, pour voir ce qui fonctionnait le mieux quant au rythme du récit et au positionnement des indications/révélations qu’elle y distille progressivement.
Choisir le titre de tous ces chapitres, qui représentent autant de petites vignettes, presque des nouvelles, fut un plaisir, en revanche, trouver le titre du livre s’avère toujours beaucoup moins aisé dans la mesure où ce choix n’est pas anodin.

Pas de côté surréel dans « Des vies d’oiseaux », contrairement à ce qui pouvait se passer dans les romans précédents, mais l’onirisme reste présent, à la mesure de l’imagination des personnages.

« J’avais six ans quand j’ai décidé que je serais écrivain », sans doute à cause d’un « imaginaire encombrant », nous a précisé Véronique Ovaldé et « j’ai écrit la liste des romans que j’écrirais ». « J’ai vécu dans la bibliothèque municipale », ajoute-t-elle (les livres ne faisaient pas trop partie de son décor familial, d’après ce que j’ai compris). « J’écrivais des histoires que je ne montrais à personne et quand je dis des histoires, c’étaient des romans de trois cents pages », que sa mère a gardés mais qu’elle-même ne veut surtout pas relire !
Véronique Ovaldé, avant d’en faire son métier, a toujours lu énormément. « Je me définirais avant tout comme lectrice », déclare-t-elle, « je fais partie de ces gens qui ont besoin de lire », besoin d’avoir toujours un livre avec eux : on la comprend !

9 commentaires sur “Ce que je sais de Véronique Ovaldé

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  1. Merci de nous faire partager cette rencontre. Pour avoir croisé la route de Véronique Ovaldé plusieurs fois en cette rentrée littéraire (lors de remise de prix), je trouve que c’est une jeune femme au charisme incroyable.

    1. C’est quelqu’un qui communique très aisément… et ce n’est pas donné à tous les auteurs (ce n’est pas ce qu’on leur demande, d’ailleurs, mais c’est un plus qui n’est pas désagréable).

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