« Aurora », Kim Stanley ROBINSON

« Le vaisseau interstellaire multigénérationnel qui se dirige vers Tau Ceti, à 11,9 années-lumière de la Terre, abrite deux mille cent vingt-deux personnes. Il est constitué de deux anneaux ou tores reliés par des rayons à une épine centrale. L’épine mesure dix kilomètres de long, et chaque tore est composé de douze cylindres. Les cylindres mesurent quatre kilomètres de long, contiennent chacun un écosystème terrestre différent.
Le vaisseau a commencé son voyage en l’an 2545 de l’ère commune. Il voyage depuis cent cinquante-neuf ans et dix-neuf jours. »
Telles sont les premières lignes qu’écrit l’Intelligence Artificielle du vaisseau, lorsque l’ingénieure en chef Devi lui demande de rédiger le compte-rendu de leur voyage. La réaction de l’IA à cette requête, une IA pourtant habituée depuis longtemps par Devi à converser avec elle, si bien qu’elle a appris et évolué à son contact, amène une réflexion sur la nature du langage humain (la différence entre métaphore et analogie, entre autres), un des aspects intéressants de ce livre foisonnant dans sa narration et ses thématiques.

Les cent premières pages nous permettent de faire la connaissance du vaisseau, en partie grâce à la Wanderjahr (voyage d’un an) de Freya, la fille de Devi et Badim, au sein de ses différentes parties, les douze cylindres qui sont autant de petits biotopes radicalement différents, de l’environnement polaire à la steppe, en passant par les forêts tropicales, pour ne citer qu’eux.
« Le vaisseau contient des populations de toutes les espèces terrestres qu’il était possible de transporter. Il est donc à la fois un zoo et une banque de graines. On pourrait dire aussi qu’il évoque l’arche de Noé. En quelque sorte. »
Freya a 22 ans, elle est grande (2 m 02), alors que les habitants du vaisseau ont vu leur taille diminuer au fil des générations, leurs capacités aussi, le tout lié au syndrome d’insularité. Devi s’inquiète de sa lenteur à comprendre, quand Badim affirme qu’il lui faut seulement du temps. Mais Devi, autour de laquelle le roman est d’abord centré, s’inquiète de tout, c’est son boulot qui veut ça et surtout l’état du vaisseau, qui se dégrade de plus en plus, à elle de trouver des solutions de fortune. Devi n’en finit pas d’être en colère envers ceux qui ont lancé des générations à naître dans un périple aussi risqué et aussi sans envisager toutes les restrictions que leur cadre de vie imposerait à leurs libertés.

Le vaisseau finit par arriver à sa destination, la spectaculaire Aurora, avec ses vents puissants heurtant des murs de nuage et ses longues éclipses. Une partie des colons atterrit en élément précurseur sur la planète …

Impossible d’en dire davantage sans raconter la suite de l’histoire et tel n’est pas mon but. Sachez seulement qu’elle m’a surprise en adoptant un tour auquel je ne m’attendais pas du tout. Mais « Aurora » est un roman copieux, ce qui lui laisse le loisir d’emprunter des chemins et développements imprévus, qui sont autant de nouvelles occasions de piquer l’intérêt de son lecteur. En toile de fond, la réflexion se poursuit sur des problématiques ancrées dans notre quotidien : comment voulons-nous habiter notre monde … avant d’envisager d’aller en terraformer d’autres ? quelle conscience avons-nous du poids de nos décisions (ou de nos non décisions) sur les générations futures, qui n’ont pas demandé d’en subir les conséquences ? qu’est-ce qu’une démocratie ?

Kim Stanley Robinson a la réputation d’être un auteur de hard SF et cet aspect d’ « Aurora », il faut bien le reconnaître, n’était pas le plus facile pour moi. Alors oui, les explications scientifiques me sont par moments largement passées au-dessus (j’ai ainsi survolé, sur la fin, un certain nombre de pages de trop haute volée), à d’autres, et c’était le plus souvent le cas, je comprenais le sens général du propos et ça me suffisait : pour m’émerveiller (le fameux sense of wonder) face à des phénomènes ou des réalisations hors du commun, je n’ai pas forcément besoin de les comprendre en détail.
« Aurora » est un roman fascinant et prenant : quelles que soient ses baisses de rythme, on persiste à vouloir savoir où l’auteur va mener ces humains qu’il a projetés aussi loin. Malgré ses (nombreux) aspects sombres, il s’achève sur une note d’espoir, avec une scène (un peu trop) longuement décrite que je ne risque pas d’oublier 😉 .

« Aurora », Kim Stanley ROBINSON
Titre original Aurora (2015)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Florence Dolisi
Editions Bragelonne (480 p)
Paru en 2019

Les avis de : FeydRautha, Gromovar, Yogo

6 commentaires sur “« Aurora », Kim Stanley ROBINSON

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  1. Pour moi, le même choc que Mars la rouge. KSR revient avec un roman incroyable, des questionnements incroyables.
    Bref, le grand retour du Maitre après un 2312 décevant.

    J'aime

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