Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Silo », Hugh HOWEY

siloIl n’y a pas d’autre choix que de vivre dans le silo, 144 étages immergés sous la terre, car l’air est devenu irrespirable à la surface du globe. On peut se rendre compte de l’état de la planète lorsqu’on se trouve à la cafétéria du dernier étage : des capteurs extérieurs permettent de projeter la vue d’un paysage post-apocalyptique sur d’immenses écrans semblables à des baies vitrées. Les habitants du silo qui mettent en question l’ordre établi sont affectés au nettoyage de ces capteurs. Un nettoyage dont ils ne reviennent pas.
Le shérif Holston, lui, a demandé expressément à sortir du silo, comme l’avait fait sa femme, trois ans auparavant, pour de mystérieuses raisons. Cette manifestation séditieuse le condamne d’office au nettoyage…

Ainsi commence cette chronique d’une société enterrée, « Silo », premier tome d’une trilogie annoncée. Holston, sur lequel le récit se focalise dans un premier temps, est un personnage marquant, pour lequel le lecteur ressent une sympathie immédiate. Ce sera aussi le cas pour les deux protagonistes qui le suivront, j’ai nommé madame le maire, Jahns, et le shérif adjoint, Marnes, pas des gamins, ces deux-là, plutôt des sages ayant déjà bien roulé leur bosse dans le silo, pour lequel ils veillent toujours à agir au mieux.
C’est par l’intermédiaire de ces trois figures profondément humaines que nous découvrons le silo, sa structure physique, avec sa répartition en étages dédiés aux diverses fonctions, ainsi que son organisation interne, qui ne tolère aucun écart. Il émane une grande force de toute cette partie du récit, qui m’a beaucoup plu.
En avançant, on s’intéresse à d’autres personnages, Juliette en particulier, jeune femme douée travaillant aux Machines, dont la curiosité sera à l’origine d’une cascade d’événements. Car, dans un milieu où le secret semble être cultivé à dessein, puisque toute trace d’histoire récente est gommée, il n’est pas bon de (se) poser trop de questions : derrière elles se profile le spectre de l’insurrection possible, qu’il faut à tout prix éviter pour préserver le silo.

L’immersion au sein du silo est réussie et le récit fonctionne efficacement. Action et suspense sont au rendez-vous, agrémentés de quelques surprises. En même temps que je voulais savoir ce qu’il allait advenir de Juliette, j’étais désireuse de découvrir dans quel contexte exactement on avait construit ce silo et les secrets que dissimulaient ses intolérables règles de fonctionnement. J’ai donc tourné les pages sans difficulté, enfin presque, parce que je reconnais qu’arrivée aux 2/3, j’ai eu un sérieux coup de mou, pas si captivée que ça. J’avais l’impression de regarder une bonne série américaine, mais qui prendrait son temps pour détailler certaines péripéties, en retardant le moment de nous délivrer quelques-unes des informations cruciales que nous attendons. Bon, les informations en question finissent par arriver et ce premier tome s’achève donc en nous ayant quand même révélé des éléments importants (et sans nous laisser en plein suspense, si bien qu’on peut attendre la suite posément… très posément en ce qui me concerne).

« Silo » est un bon roman de SF, voire un bon roman d’aventures tout court, tant il me paraît d’abord aisé pour les lecteurs qui ne sont pas des habitués du genre. C’est avec lui que les éditions Actes Sud inaugurent leur nouvelle collection, Exofictions.
A noter (ce à quoi je n’avais pas pris garde avant lecture) que ce roman a initialement fait l’objet d’une autopublication via internet, sous forme d’épisodes payants et que c’est son succès phénoménal sur la toile qui l’a conduit à être repéré par les éditeurs, américains dans un premier temps.

J'ai bien aimé !« Silo », Hugh HOWEY
Titre original Wool (2012)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gentric et Laure Manceau
Editions Actes Sud (558 p)
Paru en octobre 2013

D’autres avis chez : Lune, Lorhkan, Gromovar, Anudar, Cachou, Lhisbei, Escrocgriffe …


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« Un cantique pour Leibowitz », Walter M. MILLER Jr.

Un cantique pour LeibowitzDans l’Abbaye de Leibowitz sont conservés les précieux Mémorabilia : ces écrits, rares, portent traces d’un lointain passé d’avant le Grand Déluge de Feu, les retombées et la destruction des livres au cours de la période de Simplification qui suivit. Maintenant, seule une infime partie de la population sait lire et écrire et, dans ce moyen-âge d’un nouveau genre où perdurent chez certains individus les monstrueuses traces physiques du cataclysme, sciences et techniques sont à redécouvrir.
Frère Francis, un novice de l’abbaye astreint à jeûner dans le désert, met par hasard au jour d’étonnants fragments qui pourraient bien provenir du fameux Leibowitz, le fondateur de cet ordre qui se chargea de préserver la mémoire de l’ancienne culture …

Voilà un classique de la science-fiction dont le titre m’était évidemment connu, mais c’est précisément lui qui m’en tenait éloignée : une histoire d’abbaye et de moines … pas pour moi !
Force m’est de constater que je me trompais car ce livre fut tout à fait à mon goût.
Certes, sa préoccupation majeure, l’apocalypse nucléaire, s’ancre dans l’époque de guerre froide pendant laquelle il a été écrit (à l’heure actuelle, c’est le réchauffement climatique et ses conséquences qui sont à l’ordre du jour dans la SF post-apocalyptique). Mais le traitement de l’ensemble, en trois volets autonomes qui défient les siècles, lui donne la couleur d’une fable intemporelle sur la vanité humaine et sa désespérante capacité à oublier les tragiques erreurs du passé. Et puis il y a le style, extrêmement vivant, avec des situations ou des passages drôles (mais oui !) que je ne m’attendais pas à trouver dans ce type d’histoire. Quant aux personnages principaux, variant d’un récit à l’autre (le roman se compose de trois nouvelles initialement publiées sur plusieurs années), nul besoin de partager leur foi ou leurs convictions pour apprécier leur vérité, tant l’auteur sait les faire vivre pour nous. Le regard qu’il porte sur eux est étonnant, car sa capacité à les comprendre pour ainsi dire de l’intérieur n’exclut pas la distance, amusée ou très critique, de l’observateur penché sur ces trop prévisibles créatures que sont les hommes.

Au final, « Un cantique pour Leibowitz » s’est avéré une lecture tonique, souvent caustique, pas ennuyeuse pour un sou et diablement bien vue.

J'ai beaucoup aimé !« Un cantique pour Leibowitz », Walter M. MILLER Jr.
Titre original A Canticle for Leibowitz (1960)
Traduit de l’américain par Claude Saunier
Edition Folio 2013 (464 p) revue et complétée par Thomas Day
Prix Hugo 1961