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« Quelques minutes après minuit », Patrick NESS (livre et film)

QMAM_A63593_couv.indd« Quelques minutes après minuit » est un roman pour adolescents (à partir de 10/12 ans) que j’ai lu dans l’édition publiée par Gallimard Jeunesse à l’occasion de la sortie (4 janvier 2017) du film éponyme qui en est l’adaptation.
A l’origine du livre, il y a ce qu’avait esquissé l’écrivain Siobhan Dowd : « Elle avait les personnages, une ébauche, et un début ». Mais elle est morte et son éditrice a confié son idée à Patrick Ness (dont j’avais beaucoup aimé la trilogie du « Chaos en marche »). Ainsi est né « Quelques minutes après minuit », paru en 2011.

Conor O’Malley, treize ans, vit avec sa mère gravement malade. Depuis quelque temps, il est régulièrement réveillé la nuit par un cauchemar terrible.
Un soir, alors que ce funeste cauchemar l’a tiré du sommeil quelques minutes après minuit, un monstre immense et effrayant, né de l’if qui se dresse près de l’église à l’horizon, lui rend une première visite. Il se propose de lui raconter trois histoires et, quand il en aura fini, ce sera au tour de Conor de lui raconter la quatrième minutes2
Le quotidien de Conor est difficile : sa mère lutte contre une maladie insupportable ; lui-même est harcelé à l’école par trois de ses camarades ; enfin, il doit s’accommoder de sa très stricte grand-mère, chez laquelle il est contraint d’habiter quand sa mère fait des séjours à l’hôpital. Le monstre fait donc irruption auprès d’un jeune garçon en proie à des sentiments douloureux mais aussi violents, même s’il n’en a pas conscience  car il les intériorise et c’est sur ce terreau que le livre est construit. 
Je crois n’avoir jamais lu un roman jeunesse aussi déroutant que celui-ci. D’ailleurs je ne recommande ni le livre ni le film pour des enfants trop jeunes, ils passeraient à côté. Les histoires que raconte l’arbre-monstre sont, volontairement, ambiguës : leur dénouement, dérangeant, ne permet pas de saisir directement où le narrateur voulait en venir. Où donc est leur leçon, leur « morale » ? Comme dans la réalité, c’est-à-dire dans la vie en général et dans celle de Conor en particulier, les choses ne sont pas forcément faciles à comprendre, il y a ce qu’on voit et ce qui se cache en dessous. Dans « Quelques minutes après minuit », roman-conte aussi riche que complexe, le récit ne va jamais là où on l’attend. Car « Il n’y a pas toujours un gentil. Et pas toujours un méchant non plus. La plupart des gens sont entre les deux. »minutes3Le livre, agrémenté des superbes dessins de Jim Kay (repris de l’édition originale), est suivi d’un chapitre (très intéressant) portant sur la naissance du roman et d’un dossier (les deux richement illustrés) consacré à son adaptation cinématographique, dossier qui m’a donné envie de voir le film réalisé par J.A. Bayona. Et je n’ai pas été déçue ! Il est rare qu’une adaptation cinématographique corresponde parfaitement à ce qu’on s’imagine quand on lit mais pour « Quelques minutes après minuit » (scénario écrit par l’auteur et dans l’ensemble fidèle au livre, même si le personnage de Lily en est absent) c’est le cas.minutes5
Soulignons déjà le casting, tout bonnement parfait : le jeune acteur qui joue Conor est d’un naturel confondant et Felicity Jones (la mère) et Sigourney Weaver (la grand-mère) elles aussi impeccables. Quant à l’univers du roman, il est restitué de telle manière qu’en voyant le film j’ai eu l’impression d’être projetée au milieu des pages, y compris dans les séquences animées reprenant les histoires racontées par le monstre : magnifique !

J'ai beaucoup aimé !« Quelques minutes après minuit », Patrick NESS (d’après une idée originale de Siobhan Dowd)
Titre original A Monster Calls (2011)
Traduit de l’anglais par Bruno Krebs (2012)
Edition Gallimard Jeunesse (357 p)
Paru en novembre 2016