Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


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« Le collier rouge », Jean-Christophe RUFIN

collier rougeEté 1919, le chef d’escadron Hugues Lantier du Grez arrive dans une petite ville du bas Berry pour, en tant que juge militaire, statuer sur le sort de Jacques Morlac, naguère caporal et décoré de la Légion d’honneur, incarcéré suite à ses agissements du 14 juillet.
Il fait chaud. Dehors, un vieux chien aboie à n’en plus finir, c’est celui qui a suivi Morlac tout au long de la guerre…

Pour un peu, je ne le prenais pas, ce roman, lorsque je l’ai vu sur le présentoir de la bibliothèque ! Et tout ça parce que le bandeau de couverture, à sa parution, m’avait agacée car la photo me paraissait en dire trop, je croyais qu’elle nous révélait le fin mot de l’histoire. Mais que nenni ! Elle en disait certes trop, mais ne dévoilait pas le principal, auquel je ne m’attendais pas, si bien que ce fut une réelle surprise.
Surprise mise à part, quel bonheur que cette lecture toute en intelligence et en finesse (elle m’a rappelé pourquoi j’avais tant aimé, de l’auteur, « Rouge Brésil ») ! Le plaisir de lire une histoire dont les tours et détours permettent d’approcher, je devrais dire d’accrocher, la Grande Guerre par un pan inusuel, si bien que l’anecdote en acquiert une portée la dépassant largement. Mais Rufin reste au plus près de l’humain, comme il est au plus près de cette bourgade et de cette chaleur qui plombe tout. On accompagne Lantier du Grez, on transpire avec lui, on mange les plats en sauce (il n’y a que ça) et, surtout, on s’interroge … Car le juge refuse de se tenir à mille lieues de l’accusé, il a fait la guerre aussi, alors qu’il le veuille ou non il y a des choses qu’il comprend, voire devine, des remarques qu’il tolère, mais sans pour autant renoncer à chercher s’il n’y a pas, au-delà des faits, quelque(s) raison(s) cachée(s).

Une histoire prenante et pleine de sens, contée par un écrivain talentueux : une réussite !

J'ai beaucoup aimé !« Le collier rouge », Jean-Christophe RUFIN
Editions Gallimard (154 p)
Paru en 2014

Des tas de bonnes critiques sur Babelio.


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« 1, rue des petits-pas », Nathalie HUG

9782702144947.inddPas très loin de Verdun et alors que l’armistice de novembre 1918 a été signé il y a peu, Louise apprend auprès de deux sages-femmes, Anne et Veda, l’art difficile de l’accouchement. Leur dispensaire se situe au 1, rue des Petits-Pas.
Louise a dix-huit ans et a été recueillie deux ans plus tôt par Anne alors qu’elle avait échoué, victime de la guerre, dans un camp de réfugiés. Dans un village qui doit se reconstruire et où l’ambiance est tout sauf sereine, il ne lui sera pas aisé de trouver sa place…

En lisant la description du village, qui suit la scène d’accouchement sur laquelle s’ouvre ce roman, j’ai eu l’impression d’être projetée dans un de ces univers post-apocalyptiques qu’on découvre dans les récits de SF.
L’auteur, qui s’est visiblement documenté, dépeint avec réalisme la manière dont ce petit bourg en ruines cherche à regagner le droit d’exister (au lieu d’être purement et simplement rayé de la carte). Les habitants, parce qu’ils sont dans le besoin, vont jusqu’à exploiter les ressources « touristiques » de la guerre (vente de vestiges, visite des champs de bataille, malgré les risques encourus) pour faire entrer de l’argent dans les caisses. L’état des lieux qui nous est offert n’épargne personne. Les villageois sont mesquins, égoïstes et superstitieux (une vouivre hanterait le moulin local), les Américains roulent à tombeau ouvert et se conduisent comme en pays conquis et tout le monde couche à droite et à gauche.
Louise œuvre avec beaucoup d’humanité dans l’intérêt de cette communauté, où certains visent avant tout leur avantage personnel. C’est elle la narratrice et ses mots nous plongent au cœur de ce qu’elle vit et des difficultés auxquelles elle se heurte. Par la force des choses, elle est régulièrement amenée à procéder à des actes médicaux que la loi lui interdit. Elle tombe amoureuse mais, là aussi, elle risque de franchir la ligne. Bref, rien n’est édulcoré dans ce roman et c’est ce qui en fait toute la force. Louise fréquente et observe de nombreux personnages, s’attache à certains, mais suscite aussi l’opprobre d’autres. C’est une jeune fille volontaire et pugnace, dont j’ai suivi l’évolution avec un vif intérêt.

« 1, rue des Petits-Pas » est un roman que j’ai lu quasiment d’une traite, tant l’histoire qu’il raconte, autant que l’Histoire évoquée, s’avèrent passionnantes.
Plongée crue et saisissante dans les âpres lendemains de la Grande Guerre et dans la vie des accoucheuses, le tout au niveau d’un petit village, il mérite largement le détour !

J'ai beaucoup aimé !« 1, rue des Petits-Pas », Nathalie HUGLogo 14 18 red
Editions Calmann-Lévy (346 p)
Paru en février 2014