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« Les adieux à la Reine », un film de Benoît Jacquot

Le thème :
Trois jours très particuliers à la cour de Versailles, puisqu’il s’agit du 14 au 16 juillet 1789, tels que la jeune Sidonie Laborde, lectrice adjointe de la reine Marie-Antoinette et admiratrice inconditionnelle de celle-ci, les a vécus…

Pour faire simple, je commencerai en disant que, par rapport aux critiques élogieuses aperçues ici ou là, je n’ai pas été déçue (c’est toujours le risque). Je savais que Sidonie (Léa Seydoux, excellente dans le jeu tout en retenue d’une jeune fille à peine sortie de l’adolescence) tenait le rôle principal (je croyais ne connaître cette actrice que de nom, je viens seulement de constater que je l’avais pourtant vue dans « Minuit à Paris », où elle ne m’avait pas impressionnée). En revanche, je n’avais pas perçu le caractère assez secondaire (au moins en temps de présence à l’écran, parce que, dans le cœur de la reine, elle n’a rien de secondaire) de la duchesse de Polignac, jouée par Virginie Ledoyen, elle aussi très juste. Idem pour Diane Kruger, qui campe avec un naturel confondant une Marie-Antoinette dont elle a pile l’âge. Bref, un casting féminin très réussi, y compris pour les seconds rôles, que je ne vais pas énumérer ici (je n’en dirais pas autant pour certains spécimens du casting masculin, comme Louis XIV, dont les rares apparitions ne m’ont pas du tout convaincue, ou le vieil archiviste…).
La réalisation est à l’avenant, qui mise tout sur le regard (et les oreilles) de Sidonie, ce qui confère beaucoup de réalisme à la reconstitution de ce tournant historique à la cour de Versailles. Incompréhension puis sidération, notamment lorsqu’ils découvrent leurs noms parmi la liste des 286 têtes à couper, les courtisans ne savent littéralement plus ce qu’ils doivent faire face à une situation qui les dépasse totalement. Paris semblait bien loin et voilà que, soudain, Versailles n’est plus un refuge sûr face au peuple qui gronde.
Ce qui m’a étonnée, en revanche, c’est de constater à quel point Marie-Antoinette, à ces heures cruciales, pouvait continuer à être aussi futile, se préoccupant (avant, quand même, de s’intéresser aux décisions politiques à prendre) encore de ses futures toilettes, puis focalisée sur des préoccupations matérielles (emporter ses bijoux). On ne la voit qu’à un seul moment (lorsque le roi part à la rencontre du peuple à Paris) avec ses enfants. Et j’ai aussi été surprise par sa relation avec la duchesse de Polignac que je ne m’imaginais pas aussi passionnée, voire exaltée (au moins du côté de la reine).
Du coup, me demandant quelle était la part de la fiction par rapport à l’Histoire, j’ai fait quelques recherches concernant l’auteur, Chantal Thomas, puisque le film est une adaptation de son roman éponyme, et découvert qu’elle était chercheur au CNRS. Cela m’a un peu rassurée quant à l’authenticité de ce qu’elle représentait, avec un bémol toutefois puisque la transposition à l’écran peut s’éloigner du roman (lequel comme son nom l’indique n’est pas non plus un essai, donc peut aussi prendre quelques libertés avec la réalité, la première d’entre elles étant le personnage de Sidonie, création de l’auteur). J’ai aussi noté que le roman semblait présenter une peinture beaucoup plus exhaustive de la vie à la cour, et pas seulement pendant les trois jours clés évoqués ici.

« Les adieux à la reine » est un film intéressant pour ce qu’il donne à voir, la Cour mais aussi les domestiques à Versailles, dans leur quotidien sans faste (les courtisans étaient souvent mal logés, tant la place était insuffisante pour le nombre de demandes) et à un moment clé de la Révolution française, dont il brosse un tableau vivant et original. Le personnage de Sidonie, jeune fille éperdue d’amour pour sa reine, sensible et secrète, observatrice bousculée par les événements, lui confère la tonalité spécifique et efficace du récit-témoignage en immersion. Un bon moment de cinéma pour moi, qui m’a donné le plaisir de revoir Versailles (mais insuffisamment à mon goût) et l’envie, aussi, de lire le roman de Chantal Thomas.

« Les adieux à la Reine », un film de Benoît Jacquot
Durée : 1H40 mn
En salle depuis le 21 mars 2012


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Rencontre au Furet du Nord autour du film « La délicatesse » (avec David et Stéphane Foenkinos et François Damiens)


Aujourd’hui, au Furet du Nord de Lille, rencontre autour du film « La délicatesse », en présence des réalisateurs, les frères David (l’auteur) et Stéphane (le cinéaste) Foenkinos et de l’acteur jouant le rôle de Markus.
Divine surprise : des tas de jeunes étaient déjà sur place, un quart d’heure avant le début ! De quoi faire mentir, me dis-je (ô candide que j’étais) tous ceux qui disent que les jeunes ne lisent pas… jusqu’à ce que je me rende compte qu’ils étaient visiblement présents (au moins pour la plupart) pour l’acteur, j’ai nommé François Damiens, dont je n’avais jusque-là jamais entendu parler (même pas honte) alors qu’il est (bien) connu pour ses caméras cachées en tant que François l’embrouille (et quand David Foenkinos avait déjà quitté, sans difficulté, le Furet, François Damiens était encore là à signer des dédicaces).
Bref. Les trois compères (vu l’entente cordiale entre eux, on peut les appeler ainsi !) étaient donc en tournée promo et l’escale au Furet en faisait partie. Lire la suite