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Où il est, surtout, question de livres !


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« La nostalgie heureuse », Amélie NOTHOMB

NostalgieEn 2012, Amélie Nothomb est contactée par France 5, qui veut lui consacrer une émission de sa série « Empreintes » : elle se déroulerait au Japon, où l’écrivain vécut enfant et retourna jeune fille, comme elle le raconte dans certains de ses livres.
C’est ce tournage qu’évoque « La nostalgie heureuse ».

J’avais regardé cette émission d’ « Empreintes » avec ma fille cadette (la miss a lu l’œuvre d’Amélie Nothomb dans son intégralité) lorsqu’elle était passée à la télé. Je me souviens surtout du passage, bouleversant, où Amélie retrouve son ancienne nourrice, Nishio-san.

C’est donc avec curiosité que j’ai à nouveau suivi l’auteur sur ce chemin japonais et j’ai apprécié cette incursion de l’autre côté de l’écran, dans les pensées d’Amélie-filmée, car on en apprend finalement bien davantage sur elle que dans le documentaire.
L’écrivain se livre en toute sincérité, avec par moments un zeste d’autodérision, et nous fait partager ses réactions et ses émotions, au fil des situations et des rencontres (et quelles rencontres ! celles de Nishio-san et de Rinri sont inoubliables et la dernière ne figurait pas dans l’émission). Elle parsème ce récit d’elle à nous de réflexions d’ordre personnel ou à portée plus générale suggérées par l’expérience, formulées avec son art coutumier de l’aphorisme ou des considérations piquantes. Et, au détour d’une page, c’est une de ces remarques qui trouve une résonance chez le lecteur, quand il ne reconnaît pas, confusément, dans l’une ou l’autre des manières d’être d’Amélie ou dans un de ses désarrois, un écho des siens.

Découvrir le livre dans sa version audio a été un vrai plus (je le souligne car je suis plutôt difficile dans ce domaine et ma dernière expérience, non relayée ici, s’était soldée par un raté) : la voix vive et enjouée de la comédienne, Cathy Min Jung, dont le timbre m’a un peu rappelé celui d’Amélie Nothomb, est parfaitement adaptée, un vrai bonheur d’écoute.

Echappée à la fois exotique et intime, « La nostalgie heureuse » est un (tout petit) opus autobiographique, mais jamais l’écrivain Amélie Nothomb, en tant que personne, ne m’a semblé aussi proche, voire touchante, que dans ce texte.

Et si vous souhaitez une séance de rattrapage, notez que l’émission « Empreintes » dont il est question fait l’objet d’une rediffusion sur France 5 jeudi prochain 19 septembre à 21H40.

J'ai bien aimé !« La nostalgie heureuse », Amélie NOTHOMB
lu par Cathy Min Jung
Audiolib – 2CD audio, durée 2H33
Paru en août 2013


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« Barbe bleue », Amélie NOTHOMB (deux avis !)

Saturnine, jeune Belge professeur à l’école du Louvre, postule pour une colocation idéale : une chambre de 40 m2 dans le 7ème arrondissement, pour 500 € par mois ! Alors, certes, le propriétaire, un noble Espagnol répondant au nom de don Elemirio Nibal y Milcar, s’avère quelque peu mystérieux et lui signifie qu’il lui en cuirait de franchir la porte de sa chambre noire, mais qu’importe : l’affaire est trop tentante et avoir incidemment appris que huit femmes l’avaient précédée pour disparaître depuis ne l’effraie pas.
Saturnine prend donc possession de son nouveau logement. Dès le premier soir, elle est invitée à dîner par don Elemirio, qui rompt ainsi avec son habitude de vivre en ermite. Il ne tarde pas à tomber sous le charme de l’impudente (et pas du tout charmée) jeune femme, au fil d’une série de rencontres autour de mets choisis bientôt accompagnés de champagne …

Mon avis :

Que dire de ce nouvel opus d’Amélie Nothomb ?
Je crois que j’en attendais, au moins, un certain divertissement, voire une agréable surprise car l’auteur a du talent (quand elle ne cède pas à la facilité). Mais, après un début tonique et intrigant qui m’a séduite, j’ai commencé à sombrer dans un ennui de plus en plus profond et seule l’accélération finale du récit est parvenue à réveiller mon intérêt. Les échanges (une forme de marivaudage, au moins du côté de l’étrange seigneur espagnol) entre Saturnine et le propriétaire, malgré, à l’occasion, quelques considérations, aphorismes ou réparties prêtant à l’esquisse d’un sourire, quelques réflexions sur fonds d’érudition non masquée, m’ont très rapidement paru tourner à vide. Pourtant la relation évolue, j’en ai conscience, insensiblement puis de manière de plus en plus nette. Entre temps le champagne, dont on sait qu’il est cher à l’auteur, a fait son apparition et ne quittera plus le devant de la scène (mais cela suffit-il à nourrir un texte ?!).

Bref, je crois que, dans sa version papier, le livre me serait tombé des mains, malgré sa construction habile et une poignée de trouvailles pour asseoir l’histoire, le tout ne suffisant pas, à mon sens, à donner de l’étoffe au roman.
Heureusement, c’est avec lui que j’ai expérimenté l’audiolivre, donc je me suis laissée sans trop regimber conduire jusqu’au bout. J’ai apprécié les couleurs données par la voix de la comédienne, Claire Tefnin, une voix un peu haute et aux inflexions facilement ironiques dont j’ai eu l’impression qu’elle ressemblait un peu à celle de l’auteur et qui, en tout cas, se prêtait fort bien à ce texte. J’ai retrouvé avec cette écoute (et alors que je ne suis pourtant pas amatrice des « lectures », telles qu’elles sont, ces temps-ci, devenues coutumières dans les théâtres) ce plaisir d’enfance de m’entendre lire une histoire comme autrefois on me lisait un conte (et puisqu’il s’agit d’un roman intitulé « Barbe Bleue », je ne pouvais pas mieux tomber !).Enfin, j’ai été très sensible à la mise en ambiance musicale (introduction et virgules sonores entre les chapitres), écho particulièrement approprié au roman.
Conclusion ?
Avec ce roman-ci, Amélie ne m’a pas (du tout) convaincue, mais le livre audio, si !

Pour nuancer mon avis guère positif, voici celui de Miss Ariane (17 ans et ½ (c’est important, le ½ 😉 !)). Elle a lu in extenso l’œuvre d’Amélie Nothomb (c’est loin d’être mon cas) et découvert son dernier ouvrage dans sa version non pas audio mais papier.

L’avis d’Ariane :

Autant le dire tout de suite : rien ne surprendra l’habitué de Nothomb dans ce dernier roman. On y retrouve des personnages presque familiers : l’homme est amoureux fou, la femme courageuse et a les pieds sur terre. Le huis-clos et l’importance des dialogues (on pourrait presque imaginer une interprétation théâtrale du roman) sont autant d’éléments que l’auteur a déjà pu exploiter depuis « Hygiène de l’assassin », en passant par « Péplum », « Mercure » et bien d’autres. Les thèmes, eux aussi, sont récurrents dans l’œuvre de Nothomb : la fascination amoureuse, la Beauté, l’ombre du meurtre, sans oublier le champagne. En somme, un nouveau roman, oui ; un nouvel univers, non.
Cependant, j’aime l’univers de Nothomb. Et me replonger dans celui-ci, aussi familier soit-il, ne m’a pas dérangée le moins du monde. Les dialogues sont vifs, l’atmosphère légèrement angoissante. Contrairement à Brize, je n’ai pas ressenti la moindre pointe d’ennui durant cette lecture. Il me faut tout de même souligner que, si la version audio offre 2h40 d’écoute, la version papier est lue en une petite heure. Pas de grands rebondissements cependant durant ce qui semble être un dialogue presque continu. Nous demeurons les spectateurs de la relation qui se forge entre les deux personnages principaux, jusqu’à son apogée.
D’après moi, ce roman satisfera les amateurs de Nothomb à l’exigence modérée, mais décevra peut-être ceux qui s’attendaient à quelque chose de réellement novateur. Une lecture sympathique, donc, mais certainement pas un de mes « Nothomb » préférés.

« Barbe bleue », Amélie NOTHOMB
Audiolib
et aux Editions Albin Michel (180 p)
Paru en août 2012

Allez, vous reprendrez bien deux autres avis : chez Géraldine, enthousiaste et Stephie, qui ne l’est pas du tout !