Sur mes brizées

Où il est, surtout, question de livres !


13 Commentaires

« Il y a un robot dans le jardin », Deborah INSTALL

robot-dans-le-jardinUn beau matin, Ben découvre un petit robot dans son jardin. Pas un de ces androïdes spécialisés dans diverses tâches domestiques dont les foyers se sont équipés, non, un petit robot d’un mètre trente, qui semble avoir été construit à la va-vite avec tout ce qui serait tombé sous la main de son concepteur. Comment a-t-il atterri là ? Le robot, en mesure de s’exprimer de manière rudimentaire, s’avère incapable de répondre à cette question.
Ben se prend d’affection pour l’attachante petite créature, mais son épouse, Amy, ne l’entend pas de cette oreille et veut qu’il s’en débarrasse. Pour elle, il est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : elle n’en peut plus de Ben, trente-quatre ans et incapable de se prendre en main, son aisance financière (héritage des parents) lui permettant de faire du sur place, alors qu’elle-même travaille et réussit dans sa carrière d’avocate.
Amy quitte donc Ben, lequel décide soudain, parce qu’il a découvert que Tang, c’est le nom du robot, ne vivra plus longtemps s’il n’est pas réparé, de partir avec lui à la recherche de son mystérieux créateur.
Voilà donc nos deux héros embarqués pour un long périple par-delà les mers, qui va non seulement les rapprocher mais permettre à Ben d’avancer dans sa propre vie …

Si j’ai bien accroché au départ, car le ton est tonique et réjouissant, rien à dire du côté du style, c’est réussi, j’ai dû au bout d’un moment aller relire le billet enthousiaste de Lune, chez qui j’avais repéré le roman, pour me remotiver et poursuivre ma lecture. Je m’y ennuyais en effet un peu, j’attendais plus au niveau du rythme et des péripéties proprement dites, peut-être aussi que je m’étais imaginé autre chose, davantage SF que mignon (ce qui ne signifie pas manquant d’intelligence, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Ce léger passage à vide franchi, j’ai néanmoins continué sans déplaisir à découvrir les aventures de Ben et de celui qui, sous son allure de robot, ressemble en réalité fort dans son comportement à un petit garçon (et pour Ben qui ne voulait pas d’enfant, voilà qui est intéressant). Il y a certaines choses bien vues et qui peuvent gentiment ou malicieusement donner à réfléchir, au fil du parcours de Ben et Tang. Une jolie histoire, pleine de tendresse, du genre de celles qu’on verrait volontiers adaptées par les studios Disney, d’ailleurs vous pouvez la partager avec votre progéniture.

J'ai bien aimé !« Il y a un robot dans le jardin », Deborah INSTALL
Titre original A Robot in the Garden (2015)
Traduit de l’anglais par Sarah Gourgon
Super 8 éditions (352 p)
Paru en janvier 2017
Lu en numérique via NetGalley


16 Commentaires

« Superposition », David WALTON

superpositionNew Jersey, années 2030
Brillant physicien, Jacob Kelley a quitté l’univers de la recherche pour l’enseignement. Depuis, il mène une vie sans histoire auprès de sa femme, Elena et de leurs trois enfants, deux grandes filles et un petit garçon. Jusqu’au soir où Brian Vanderhall, son ancien collègue et ami, débarque chez lui armé de la ferme intention de lui exposer les spectaculaires résultats de ses récentes recherches et d’un pistolet pour étayer sa démonstration : il annonce à Jacob qu’il va tirer sur Elena sans que la balle l’atteigne !
Le lendemain, Brian est retrouvé mort et Jacob inculpé de meurtre …

Si je vous dis que « Superposition » est un thriller quantique, inutile de paniquer ! Parce que, moi aussi, je n’y entravais rien, au monde quantique (j’ai même laissé tomber la BD éponyme que j’avais empruntée à la bibli, en espérant y voir plus clair). Sauf que « Superposition », ce n’est pas la-physique-quantique-pour-les-nuls mais plutôt la-physique-quantique-par-l’exemple et avant tout un sacrément bon roman polar-SF du genre page-turner comme je me réjouis d’en lire !
C’est Jacob qui raconte et son récit, de manière surprenante, se superpose à un autre. Le ton est familier (c’est un récit de lui à nous) et alerte, comme le rythme, et les principaux protagonistes n’ont aucun mal à susciter notre sympathie. L’histoire est pour le moins originale et on se demande où elle va nous mener (vers un dénouement pas décevant, si vous voulez tout savoir).
Je suis sortie du bouquin ravie d’avoir passé un aussi bon moment de lecture et, cerise sur le gâteau, d’avoir ENFIN compris (un petit) quelque chose au monde quantique !

N.B. : la postface de Roland Lehoucq, « Physique et réalité », abandonnée au bout de quelques pages en me disant que j’y reviendrais (hum …) m’a toutefois rappelé, si besoin était, que je ne maîtrisais pas encore complètement le sujet 😉 .

J'ai beaucoup aimé !« Superposition », David WALTON
Editions ActuSF (408 p)
Paru en 2016

Repéré chez Lune.
Elles ont aimé aussi : Lhisbei , Vert


23 Commentaires

Livres (aussi) lus en 2016 (2ème semestre) : pour mémoire

Le temps passe et, visiblement, il y a un certain nombre de livres lus au cours du deuxième semestre 2016 que je ne chroniquerai pas sur ce blog.
Comme je souhaite néanmoins garder la trace de ces lectures (mon blog me servant d’aide-mémoire), voici la liste de ces ouvrages, avec juste quelques annotations les concernant. J’ai indiqué pour chacun d’eux la date de parution (entre parenthèses) et essayé de les mettre dans l’ordre dans lequel je les ai lus.

quinze-premieres-vies-dharry-august_2841« Les quinze premières vies d’Harry August », Claire NORTH (2014)
Une uchronie personnelle (mais pas que) repérée grâce au Guide de l’uchronie. Vraiment beaucoup aimé.

« Plaguers », Jeanne-A DESBATS (2010)
De l’auteur, j’avais lu « La vieille Anglaise et le continent », un coup de cœur.
Ce titre-ci ne m’a pas autant emballée. Qui plus est, bien qu’il ne soit pas paru dans une collection spécifique Young Adult, pour moi il relève de cette catégorie (ce qui ne me gêne pas forcément, mais là, si). J’ai trouvé que le postulat de base (des jeunes gens exerçant un pouvoir, plus ou moins contrôlé, sur l’un ou de l’autre des quatre éléments, dans une terre qui se meurt) relevait davantage du fantastique que de la SF et j’ai eu du mal à croire à l’histoire, même si son aspect merveilleux est séduisant.

« L’incandescente », Claudie HUNZINGER (2016)
De l’auteur, j’avais adoré « La langue des oiseaux ».
La magie n’a pas opéré avec ce roman-ci, les tourments de l’héroïne et sa manière d’appréhender la vie ne me parlaient guère. J’étais davantage intéressée par la figure, évoquée seulement en filigrane, de son amie (la mère de Claudie Hunzinger).

« La terre bleue de nos souvenirs », Alastair REYNOLDS (2015)
Premier tome des « Enfants de Poséidon ». Space opera lu sans déplaisir, avec certaines choses qui m’ont beaucoup plu. Mais la narration a une structure en mode de quête façon jeu vidéo (d’un indice à l’autre) qui m’a gênée car je l’ai trouvée artificielle.
Je ne me suis pas laissée tenter par la suite, parue en 2016.

defaite-des-maitres-et-possesseurs« Défaite des maîtres et possesseurs », Vincent MESSAGE (2016)
Tellement difficile d’en parler sans trop en dire que j’ai fini par y renoncer (pour une fois que j’avais une bonne excuse !) !
Un conte philosophique (c’est ainsi que le qualifie l’auteur) dont l’écriture autant que le propos m’ont captivée. Je ne saurais trop vous en recommander la lecture

« Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l’intelligence des animaux », Frans de WAAL (2016)
Un essai intéressant repéré grâce à l’émission La tête au carré sur France Inter, à laquelle l’auteur était invité. Bon point de situation sur la question de l’intelligence animale.

« Le Nexus du docteur Erdmann », Nancy KRESS (2016)
Premier livre que je lis de la nouvelle collection des éditions Le Bélial, Une Heure Lumière (livres au format court de type novella) et ce ne sera pas le dernier –
Un ancien professeur de physique, maintenant en maison de retraite, ressent un beau jour une soudaine douleur au cerveau … et d’autres pensionnaires à leur tour vont être affectés. Plaisant et bien mené, même si le dénouement ne m’a pas plus convaincue que cela. Ce qui ne m’empêchera pas de lire, de cet auteur que je découvrais ici, « L’une rêve et l’autre pas », repéré depuis un moment.

« Le tropique des serpents », Marie BRENNAN (2016)
Deuxième tome des Mémoires de Lady Trent (j’ai chroniqué le premier ici). Toujours aussi agréable à lire mais Apophis avait raison, la recette reste un peu trop la même, donc pas sûr que je me laisse tenter par la suite.

« Une porte sur l’été », Robert HEINLEIN (1957)
Premier livre de Robert Heinlein que je lis. Une histoire menée tambour battant, avec un inventeur génial (mais pas très malin par ailleurs), entouré d’une belle et d’un ami pas trop fiables et qui va chercher à oublier ses déboires en se faisant cryogénéiser pour faire un bond dans le futur … Récit très plaisant (dans le genre lecture détente) et dont la construction est top !

« De chant et d’amour », Virginie THARAUD (2016)
Récit romanesque évoquant l’histoire d’Adélaïde de Beaumesnil et qui permet de découvrir le milieu de l’opéra parisien autour de 1766. Des choses très intéressantes mais j’ai eu l’impression que l’auteur se laissait déborder par la masse d’informations qu’elle détenait sur le sujet (spécialiste universitaire), ce qui nuit un peu à l’ensemble.

« Existence », David BRIN (2016)
De l’auteur, j’avais déjà lu et bien aimé « Jusqu’au cœur du soleil » et je savais qu’ « Existence » était quelques bonnes coudées au-dessus + hard SF, bref tout pour me plaire (avec d’excellentes critiques lues à son sujet).
J’ai donc plongé dans la lecture de ce pavé (737 pages !), persuadée que je serais conquise … mais je me suis rarement autant ennuyée dans une lecture (ça m’a rassurée de constater sur Goodreads que je n’étais pas la seule). Parvenue (eh oui, j’ai tout bien lu !) au bout, j’ai eu en plus une impression de « Tout ça pour ça » (genre cerise sur le gâteau inversée) et pas le courage d’aller argumenter-justifier ce ressenti dans un billet. Si nombre d’éléments présents dans le roman m’ont intéressée, j’ai trouvé que la narration était particulièrement hachée (avec en plus ces extraits divers concluant de courts chapitres qui ont fini par me devenir insupportables tant ils nuisaient au rythme déjà insuffisant à mon goût), sans réelle tension narrative et j’ai regretté que les personnages ne réussissent pas à capter plus que cela mon attention.
Peu auparavant, j’avais heureusement (ça aurait été dommage d’être déçue deux fois par des œuvres de SF arrivant chez nous avec une belle réputation) beaucoup aimé « Le problème à trois corps ».

« Les plus qu’humains », Theodore STURGEON (1953) – relecture d’un classique SF que j’avais énormément aimé adolescente. Très bien (mais un tout petit cran en dessous de mon souvenir).plus-quhumains

cristal_qui_songe« Cristal qui songe », Theodore STURGEON (1950) – comme pour « Les plus qu’humains », relecture d’un classique SF lu adolescente et que j’avais adoré. Aussi bien que dans mon souvenir !

 

« La peste », Albert CAMUS (1947)
Même pas une relecture (ou alors, ma mémoire n’a rien enregistré de la lecture initiale, qui remonterait à quelques décennies …), donc il était temps de découvrir ce classique.


9 Commentaires

Une fois n’est pas coutume …

Parce que :challenge-lunes-dencre
– je ne peux pas résister au logo (j’adore les couvertures des anciens pulps de SF !)
– le Défi SFFF & diversité de Lhisbei va très bientôt s’achever (et je m’y suis pas mal débrouillée)
– le blogueur-organisateur, A.C de Haenne, participe régulièrement à mon propre challenge (Pavé de l’été)
– je connais et apprécie la collection Lunes d’encre, dont j’ai déjà lu pas mal de titres

(vous avez vu comment j’éprouve le besoin de me justifier !)

je m’inscris au Challenge Lunes d’encre dudit blogueur (inscription pour laquelle ce petit billet est nécessaire) qui consiste à lire des livres publiés dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël, dans leur version d’origine (il y en a beaucoup dans les médiathèques que je fréquente) ou dans leur reprise en format poche (Folio SF, là aussi il y a matière à). Et on a toute l’année 2017 pour réussir le challenge.

Ça, c’est fait !


14 Commentaires

« Le problème à trois corps », Liu Cixin

Avec une couverture magnifique (© YOOZOO pictures) !

Avec une couverture magnifique (© YOOZOO pictures) !

« Le problème à trois corps » est le premier tome d’une trilogie SF qui arrive en France précédée d’une belle réputation à l’étranger, en Chine (il y est paru en 2006) autant qu’aux Etats-Unis, car Ken Liu (l’auteur de « La ménagerie de papier ») l’a traduit et il a recueilli le prix Hugo en 2015.
Lire la version anglaise étant trop ardu pour moi, je me demandais quand un Français s’attellerait à la traduction. Merci à Gwenaël Gaffric d’avoir saisi l’œuvre à bras le corps (c’est le cas de le dire !) : je ne connais rien au chinois mais la version française qu’il nous offre ici est un bonheur de lecture (tout comme l’était « Membrane », dont il était aussi le traducteur).
J’avais tout oublié de ce que j’avais pu lire au sujet de ce roman et, comme j’ai zappé la quatrième de couverture (surtout, ne la lisez pas si vous ne voulez pas en savoir trop : elle résume les 3/4 du livre !), je suis partie à la découverte.

Chine 1967, en pleine révolution culturelle. La jeune astrophysicienne Ye Wenjie est la spectatrice impuissante de la mise à mort de son père (scène terrible qui donne un aperçu de la folie de l’époque), professeur de sciences accusé de véhiculer des idées contre-révolutionnaires. Un peu plus tard, la jeune femme, objet d’accusations similaires, est invitée à rejoindre Cote Rouge, une base militaire de transmissions secrète, dont elle pense qu’elle ne sortira jamais. Il lui faudra du temps pour découvrir ce qui s’y trame réellement …
De nos jours, Wang Miao, expert en nanomatériaux, est convié à une réunion mêlant militaires et scientifiques à l’échelle internationale, sans qu’on lui explique le fond du problème et pourquoi sont évoqués une guerre et de grands chamboulements qui seraient imminents. Il apprend que l’ennemi vise la communauté scientifique, victime d’une soudaine vague de suicides. Peu après, Wang Miao constate l’apparition d’un compte à rebours sur des photos qu’il a prises et développées, compte à rebours qui vient ensuite occuper le plein centre de son propre champ de vision, jusqu’à ce que, paniqué, il obtempère à une injonction qu’il reçoit concernant ses travaux.
S’étant rapproché de la Société des frontières de la science, comme cela lui a été demandé lors de la réunion, il se met à jouer à un jeu vidéo exigeant intellectuellement, dont ses membres sont de fervents adeptes. Le joueur se retrouve projeté sur une planète au climat étrange : les ères régulières alternent avec des ères chaotiques invivables au point que les habitants y sont déshydratés et stockés en attendant la suite. Ce jeu s’intitule « Les trois corps », en référence à un problème bien connu des mathématiciens.
En même temps qu’il participe au jeu, Wang Miao, soutenu par le commissaire Shi Quiang (une figure celui-là : vulgaire et malpoli comme c’est pas permis mais diablement perspicace !), continue à fréquenter le milieu de la recherche scientifique, soudain théâtre de deux crimes …
Et je vais arrêter là ma présentation, pour vous laisser la surprise du reste (vous savez à quel point je rechigne à divulgâcher) et croyez-moi vous ne serez pas déçu !

Alors oui, c’est ce qu’on appelle de la hard SF, c’est-à-dire de la SF avec pas mal de science dedans. Mais, bon, l’auteur donne à voir les concepts en question de manière suffisamment parlante pour que le commun des mortels dont je fais partie, qui n’entrave rien à la physique, soit capable de comprendre de quoi il retourne (même si, faut pas pousser non plus, je ne me verrais pas vous faire un exposé là-dessus !). Et quand je dis « donne à voir », ce n’est pas qu’une métaphore, il y a des scènes saisissantes !

Ce qui se passe dans le jeu est spectaculaire et le lien avec la réalité, où l’histoire présente centrée sur Wang Miao croise régulièrement le récit au passé de Ye Wenjie, finira par apparaître au joueur comme au lecteur, aussi intrigué que lui.
Liu Cixin ancre ses personnages, auxquels on croit, dans une réalité historique (la Chine pendant la révolution culturelle) et contemporaine qui affecte directement leur comportement. Au final, son roman s’avère refléter crûment les préoccupations de notre temps et l’inquiétude qu’on peut nourrir quant au devenir de l’humanité.

« Le problème à trois corps » est le premier volume, prenant, d’une trilogie dont je ne manquerai pas de lire la suite (parution du tome 2 prévue en octobre 2017) !

J'ai beaucoup aimé !« Le problème à trois corps », Liu CixinDéfiSFFFPetitMle
Paru en Chine en 2006
Traduit du chinois par Gwenaël Gaffric
Editions Actes Sud – collection Exofictions (424 p)
Paru en octobre 2016


11 Commentaires

« La chute d’Hypérion », Dan SIMMONS

chute-dhyperionQuatrième de couverture :
La guerre fait rage dans le ciel d’Hypérion. Mais l’affrontement entre l’essaim d’Extros et les Forces de l’Hégémonie n’est que le début d’une conspiration à l’échelle galactique.
Alors que sur Tau Ceti Central, le pouvoir de la Présidente Meina Gladstone vacille, sur Hypérion, les sept pèlerins rejoignent les Tombeaux du Temps. Pour chacun d’entre eux, le moment est venu de la confrontation avec l’abominable Gritche.
Bientôt, les Tombeaux s’ouvriront dans un maelström de temps et révéleront les véritables enjeux du futur…

Parvenue à la fin d’ « Hypérion », qui m’avait emballée mais un peu frustrée puisqu’on y laissait nos pèlerins du Gritche au moment où ils arrivaient aux Tombeaux du Temps, j’ai embrayé sur cette suite, deuxième volet du cycle « Les Cantos d’Hypérion ».
Si elle ne m’a pas enthousiasmée comme l’avait fait le premier volet par la richesse et la variété de ses histoires et des tons employés, elle m’a permis de répondre à la plupart des questions que je me posais (ce n’est toujours pas très clair pour le Gritche) tout en apportant son lot de péripéties et de révélations. Les connexions que l’on devinait dans le premier tome se sont précisées et le panorama d’ensemble s’avère plus qu’intéressant. Il y a quelques aspects un peu plus nébuleux que d’autres (je pense aux discours de certaine IA), même si on comprend en gros et des tableaux ou scènes saisissants, voire fascinants. Le cycle d’Hypérion est sans conteste une œuvre d’envergure (dont je ne pense pas toutefois poursuivre la lecture, mais le diptyque représenté par ces deux premiers tomes peut se suffire à lui-même me semble-t-il).

J'ai bien aimé !« La chute d’Hypérion », Dan SIMMONSsummer star warspavé2016moyen
Titre original The Fall of Hyperion (1990)
Traduit de l’américain par Guy Abadia (1992)
Editions Pocket (736 p)


5 Commentaires

« Une histoire naturelle des dragons – Mémoires, par Lady Trent , tome 1 », Marie BRENNAN

brennan_vol1.indd« Une histoire naturelle des dragons », c’est le titre de l’ouvrage de référence que leur a consacré Sir Richard Edgeworth et que la jeune Isabelle Camherst connaît sur le bout des doigts, tant elle développe une passion pour ces créatures d’exception. Bien des années plus tard, celle qui est maintenant une vieille dame célèbre, connue sous le nom de Lady Trent, s’attelle à la rédaction de ses mémoires, dont ce volume est le premier tome. Le lecteur y découvrira une enfant puis une adolescente rétive aux usages qui convenaient à son rang et à son sexe, préférant se consacrer à l’étude des lucions, insectes ressemblant à des dragons miniatures et qu’elle collectionne. Viendra pourtant, dès seize ans, le moment où elle se verra contrainte de penser au mariage … la première des nombreuses aventures qui l’attendent !

Ce premier tome des Mémoires de Lady Trent (qui n’oblige pas à lire sa suite, il a une fin en bonne et due forme) se lit avec plaisir. Le monde imaginaire qu’a créé Marie Trennan ressemble à l’Angleterre victorienne … avec des dragons en plus, mais ce sont là les seules créatures fantastiques présentes dans ces pages, on n’est pas dans un roman de fantasy avec gnomes, elfes etc.. La jeune Isabelle est dotée d’un tempérament volontaire et indépendant : une telle modernité d’esprit, en décalage par rapport aux mœurs de son temps, ne lui rend pas la vie facile. Si on pourra, à plusieurs reprises, lui reprocher un certain manque de discernement dans les actions qu’elle entreprend, n’oublions pas qu’elle est encore toute jeune et fort inexpérimentée. Il reste que la demoiselle est vive et attachante, tout en ne manquant pas d’humour (son moi plus âgé non plus). Son enthousiasme pour les dragons est communicatif au point que j’ai regretté que, tout compte fait, on n’en apprenne pas tant que cela à leur sujet (mais il y a encore quatre tomes à venir). Il n’empêche que, grâce à eux, nous suivons les pas de notre héroïne bien loin de son pays d’origine, dans le cadre d’un voyage où les péripéties ne manqueront pas !

Le récit est dépaysant et bien mené, porté par une écriture de qualité (la traduction est de Sylvie Denis, une référence en la matière) et agrémenté de quelques belles illustrations (j’ai lu le livre en numérique, mais j’ai aperçu et apprécié en librairie l’objet dans sa version papier). Un bon moment de lecture.

Extrait :

C’est … C’est comme s’il y avait un dragon femelle en moi. Je ne sais pas quelle taille elle a ; il se peut qu’elle soit encore en train de grandir. Mais elle a des ailes, et de la force et … et je ne peux pas la garder en cage. Elle en mourrait. J’en mourrais. Je sais que ce n’est pas humble de parler ainsi, mais aussi que je suis capable de plus que ce que la vie dans les Scirland m’autorise. Les femmes peuvent étudier la théologie, ou la littérature, mais rien d’aussi brut [que les dragons ]. C’est pourtant ce que je veux. Même si c’est difficile, même si c’est dangereux. Je m’en moque. J’ai besoin de savoir où mes ailes peuvent m’emporter.

J'ai bien aimé !« Une histoire naturelle des dragons – Mémoires, par Lady Trent – tome 1 », Marie BRENNANDéfiSFFFPetitMle
titre original A Natural History of Dragons (2013)
traduit de l’anglais par Sylvie Denis
éditions de l’Atalante (349 p)
paru en mars 2016

Les avis de : SBM, Lune, TashaElbakin, Xapur …


27 Commentaires

« Hypérion », Dan SIMMONS

HypérionQuatrième de couverture :

Sur Hypérion, planète située aux confins de l’Hégémonie, erre une terrifiante créature, à la fois adulée et crainte par les hommes : le Gritche. Dans la mystérieuse vallée des Tombeaux du Temps, il attend son heure …
A la veille d’une guerre apocalyptique, sept pèlerins sont envoyés sur Hypérion. Leur mission : empêcher la réouverture des Tombeaux. Ils ne se connaissent pas, mas cachent tous un terrible secret – et un espoir démesuré.
Et l’un d’entre eux pourrait même tenir le destin de l’humanité entre ses mains.

La quatrième de couverture est plutôt énigmatique et c’est parce que je savais qu’ « Hypérion » est considéré comme un des romans majeurs de la SF des dernières décennies que je l’ai choisi pour deux challenges : le mien, celui du Pavé de l’été, et la 7ème édition du Summer Star Wars (challenge de space opera) organisé par Lhisbei, auquel je me suis enfin décidée à m’inscrire cette année. Et si je voulais faire bref, je vous dirais seulement : excellent choix !
J’ignorais cependant, en attaquant ce pavé, que si je voulais avoir le fin mot de l’histoire, il me faudrait ensuite en lire un second, « La chute d’Hypérion » (je m’étais imaginé que cette suite n’était pas indispensable, mais si, je m’en suis rendu compte en cours de route quand j’ai vu la tournure que prenait le livre). J’ai donc dans la foulée acheté le tome 2 (100 pages de plus que le premier !) et je compte bien en venir à bout. Mais revenons au numéro 1.

Dans ce tome, les pèlerins se rassemblent et font route vers les Tombeaux du Temps. Ce voyage constitue la trame narrative au sein de laquelle trouvent place leurs récits individuels (chacun raconte son histoire aux autres), qui représentent l’essentiel du roman. Je ne m’y attendais pas et, du coup, j’ai conçu quelque inquiétude, en me disant qu’après tout je n’étais pas partie pour lire une espèce de recueil de nouvelles, bref, je faisais mon Schtroumpf méfiant … pour rien ! Les pèlerins forment un groupe disparate, jugez plutôt : un ancien consul, un vieil érudit (étonnamment accompagné d’un bébé !), un poète, un prêtre et un Templier, un colonel et une jeune femme détective privée, certains d’entre eux célèbres. Leurs récits, très différents à la fois sur le fond et dans leur tonalité (celui de la détective privée emprunte le style du roman noir classique), sont tous aussi intéressants les uns que les autres et je n’ai eu aucun mal à m’y plonger tant ils se sont avérés captivants !
Au fur et à mesure, on glane un tas d’informations sur l’Hégémonie en général et la planète Hypérion en particulier. L’impression initiale de débarquer en terre totalement étrangère se dissipe (c’est ce que j’aime dans la SF, la découverte d’un univers nouveau, dans lequel on est directement immergés et où, progressivement, on prend ses repères) et on commence à appréhender les enjeux en cause et ce qui semble devoir se jouer sur Hypérion. Les thématiques abordées sont variées et couvrent de très nombreux champs de la SF. Certains aspects (le Gritche, la maladie de Merlin, par exemple) m’ont paru ressortir davantage du fantastique que de la SF, mais je n’ai pas tous les éléments en main, donc la suite de l’histoire me dira si cette perception est erronée ou pas. Et puisque je parle de perception, j’ai particulièrement apprécié la manière dont un des récits nous donne à voir la réalité de l’Hégémonie.

Un roman de science-fiction dense, passionnant, réussi à tous points de vue (y compris dans son écriture) : à recommander chaudement aux amateurs du genre, aucun doute là-dessus !

Marquant !« Hypérion – Les Cantos d’Hypérion 1», Dan SIMMONSsummer star warspavé2016moyen
titre original Hyperion (1989)
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guy Abadia
éditions Pocket (638 p)


6 Commentaires

« Les enfermés », John SCALZI

enfermés scalziQuatrième de couverture :
Un nouveau virus extrêmement contagieux s’est abattu sur la Terre. Quatre cents millions de morts. Si la plupart des malades, cependant, n’y ont réagi que par des symptômes grippaux dont ils se sont vite remis, un pour cent des victimes ont subi ce qu’il est convenu d’appeler le « syndrome d’Haden » : parfaitement conscients, ils ont perdu tout contrôle de leur organisme ; sans contact avec le monde, prisonniers de leur chair, ils sont devenus des « enfermés ».
Vingt-cinq ans plus tard, dans une société reformatée par cette crise décisive, ces enfermés, les « hadens », disposent désormais d’implants cérébraux qui leur permettent de communiquer. Ils peuvent aussi emprunter des androïdes qui accueillent leur conscience, les « cispés », voire se faire temporairement héberger par certains rescapés de la maladie qu’on nomme « intégrateurs »…

Haden de son état, Chris Shane est aussi depuis peu agent du FBI. A sa première enquête, sous la houlette de sa coéquipière Leslie Vann, c’est justement sur un intégrateur que se portent les soupçons. S’il était piloté par un haden, retrouver le coupable ne serait pas coton.
Et c’est peu dire : derrière une banale affaire de meurtre se profilent des enjeux colossaux, tant financiers que politiques.

C’est par le biais du personnage de Chris Shane (dont j’étais persuadée qu’il ne pouvait s’agir que d’un jeune homme, jusqu’à ce que j’aperçoive sur un des rabats de couverture une mention précisant que l’auteur ne connaissait  pas son sexe … et effectivement, il n’y a pas d’indication à ce sujet ) que le lecteur découvre ce qu’est un « enfermé ». L’approche est particulière, cependant, car Shane a été enfermé alors qu’il (j’en reste au pronom masculin, tant pis) n’avait que deux ans, il n’y a donc pas vraiment eu d’ « avant » et « après » pour lui, car il ne se souvient pas de cet avant. Shane est aussi un cas spécifique, on le comprend dès les premières pages, puisque c’est une célébrité dans son genre : enfant d’un riche sénateur, il a en effet été érigé tout petit comme symbole positif de la condition haden. Ces précisions ne sont pas sans importance car elles définissent aussi le rapport que Shane entretient avec son nouveau métier, qui ne lui est pas vital mais lui permet de quitter le cocon familial et le regard que les autres portent de prime abord sur lui.

L’enquête démarre presque immédiatement (juste après deux pages de présentation du syndrome Haden en guise de préambule). Le récit, tout en nous permettant d’appréhender ce que la société est devenue avec l’apparition des cispés dans la vie quotidienne, est mené de manière très efficace et je l’ai lu avec plaisir. Il déborde le cadre de la résolution d’un simple crime pour s’ouvrir sur des problématiques plus larges qui touchent justement à la manière dont est envisagée la place des hadens.
Shane en est le narrateur, à la première personne, ce qui lui confère une tonalité très spontanée, avec quelques pointes d’humour. L’ensemble revêt pourtant, et ce malgré les références régulières au corps de Shane, dans la nacelle où il est conservé, et son implication physique par le biais de son cispé (qui va en voir de dures) un côté désincarné assez troublant : on n’a pas l’habitude d’un héros dont les possibilités d’interactions avec les personnages qui l’entourent sont ainsi restreintes. Et ce n’est pas l’Agora, espace virtuel où se retrouvent les Hadens, qui peut compenser. Ceci étant, le personnage de Shane suscite la sympathie (je dirais même l’empathie) et on s’intéresse non seulement à l’enquête mais à lui personnellement.

« Les enfermés » est suivi d’un second texte (de 70 pages) intitulé « Libération – Une histoire orale du syndrome d’Haden », dont j’ignorais qu’il avait été écrit avant le roman proprement dit. Je l’ai abordé sans enthousiasme, craignant de m’y ennuyer mais cette chronique socio-historique, ponctuée de témoignages de divers spécialistes ou autorités, s’est avérée dynamique et passionnante.

J'ai bien aimé !« Les enfermés » suivi de « Libération – Une histoire orale du syndrome d’Haden », John SCALZIDéfiSFFFPetitMle
Titre original « Lock In – Unlocked : An Oral History of Haden’s Syndrome » (2014)
Traduit de l’anglais par Mikaël Cabon
Editions de l’Atalante (379 p)
Paru en février 2016

Repéré chez Lune.
L’avis de Yogo.


12 Commentaires

« Membrane », Chi Ta-Wei

membrane« Momo tendit la main pour caresser la tapisserie jaune. Elle croqua dans la peau rose et délicate d’une pêche cultivée sous serre, le jus ruissela à travers. Mais elle n’aurait su dire avec certitude si c’était bien les terminaisons nerveuses de son épiderme à elle qui avaient effleuré à nu la tapisserie, et si ses papilles avaient réellement saisi le goût sucré de la chair du fruit — n’y a-t-il pas toujours entre un objet et un corps une frontière impossible à franchir ?
Une membrane. C’est l’impression que lui donnait le monde. Momo avait trente ans et elle avait toujours considéré qu’il existait une membrane entre elle et le monde, en tout cas au moins une enveloppe. »

Ainsi commence « Membrane », qui raconte la vie de Momo, esthéticienne en 2100 dans une de ces villes sous-marines créées par les hommes quand le réchauffement climatique a rendu la terre inhabitable.
Momo exerce son métier avec talent mais un mal secret la ronge : celui de ne pas avoir vu sa mère (toujours évoquée sous l’appellation de « Maman »), célèbre directrice des relations publiques d’un grand groupe informatique, depuis maintenant 20 ans. Or voilà que celle-ci annonce sa venue …

Je ne vous en dirai pas plus car il serait dommage de trop en révéler au sujet de ce court roman qui, jusqu’au bout, surprend son lecteur, en nous contant l’histoire inhabituelle d’une petite fille devenue une jeune femme solitaire.
Un texte dont j’ai aimé le caractère imprévisible autant que la grande sensibilité qu’il dégage.

Chi Ta-wei (né à Taipei en 1972) est auteur de romans et de nouvelles, dont plusieurs de science-fiction. Il est par ailleurs une figure importante des mouvements de défense de la cause homosexuelle et « queer » à Taiwan. Membrane […] est sa première œuvre littéraire traduite en français.
(extrait de la 4ème de couverture)

J'ai beaucoup aimé !« Membrane », Chi Ta-WeiDéfiSFFFPetitMle
Première édition en chinois traditionnel à Taiwan 1996
Traduit par Gwennaël Gaffric
Editions L’Asiathèque (213 p)
Paru en 2015

Les avis de : Lhisbei, Yueyin