« La Venin » (tomes 1 à 4), Laurent ASTIER

Tome 1 « Déluge de feu » :
1900 – États-Unis – Colorado
La jeune et belle Emily arrive dans la petite ville de Silver Creek pour y épouser Benjamin Cartridge, son aîné d’une vingtaine d’années. Elle l’a rencontré une seule fois et depuis ils entretiennent une correspondance assidue. Manque de pot, le gentleman vient de décéder.
Voilà donc Emily, sans le sou, contrainte mal gré qu’elle en ait de reprendre son ancienne profession de catin, qui fut aussi celle de sa mère. Jusqu’à ce que, quelque temps plus tard, le gouverneur Mc Grady, candidat au poste de sénateur, traverse la ville en fanfare, : Emily, de la fenêtre de sa chambre, le tient dans la ligne de mire de sa carabine et l’abat, avant de s’enfuir à bride abattue …

Commence alors une chasse à la femme mouvementée, entrecoupée de séquences remontant 13 ans plus tôt, quand survinrent les événements à l’origine des actes d’Emily. Au fur et à mesure, on commence ainsi à pressentir ce qui peut justifier sa soif de vengeance, qui semble encore loin d’être étanchée (la série comportera cinq tomes au total).

Le graphisme est classique (peut-être un peu trop, ce qui m’avait retenue jusque-là de m’aventurer dans la série) mais efficace, avec des environnements et ambiances bien rendus.
Emily est un personnage intrigant et fort : elle est douée avec un fusil, montre à cheval, bivouaque, nage, sans compter son talent pour se déguiser et s’éclipser. Elle détonne par rapport à l’esprit de son époque dans son comportement vis-à-vis des Noirs et des Indiens, qu’elle traite d’égal à égal. Enfin, elle n’hésite pas à mettre à mal la fierté de certains personnages masculins, dont la rancune va vraisemblablement la poursuivre, mais elle n’est pas à ça près. Les aperçus de son passé donnent bien sûr envie d’en apprendre davantage à son sujet. Dès l’abord, on a compris que ses relations avec sa mère, prostituée l’élevant dans un bordel, n’étaient pas de tout repos et on en vient à se demander dans quel guêpier celle-ci a pu entraîner sa fille.
Une série qui démarre sur les chapeaux de roue, si bien que j’ai enchaîné avec les trois tomes suivants.

Tome 2 « Lame de fond » (à noter que chaque tome propose en préambule un résumé des précédents) :
Le périple d’Emily la conduit d’abord à Galveston, Texas. Toujours déguisée en religieuse. Elle se rend à l’orphelinat pour filles dont elle demande à rencontrer le directeur, Allister Coyle, un révérend ma foi fort antipathique et aux regards bien trop libidineux à l’égard de ses élèves. On comprend qu’Emily en a fait partie, mais il ne la reconnaît pas…
Dans ce tome, Emily continue à jouer les anges exterminateurs. Les détectives de l’agence Pinkerton, entre autres, sont à ses trousses et sa tête est mise à prix, comme celles de Butch Cassidy et le Kid, qu’ils pourchassent aussi. Un mystérieux Indien s’attache, dans l’ombre, à ses basques et il ne sera pas le seul à veiller discrètement sur elle. Les retours en arrière permettent de comprendre que, après la disparition de sa mère, Emily a successivement atterri, avec des succès divers (on peut dire que sa jeune vie n’a pas été un long fleuve tranquille), chez les frères et sœurs de celle-ci (ce qui permettra, ultérieurement, de comprendre pourquoi elle est aussi douée pour monter à cheval et tirer).

Tome 3 « Entrailles » :
Accompagnée de la jeune orpheline Claire, Emily, toujours du côté des faibles et des opprimés et toujours poursuivie pour ses crimes réels ou supposés, arrive cette fois à Oil Town, dans l’Ohio, après avoir sauvé au passage une femme dont le mari venait d’être pendu par le Ku Klux Klan. Elle se fait maintenant passer pour la nouvelle institutrice. Sur place, Drake, l’homme qu’Emily voulait retrouver, règne en maître sur son domaine de terrils, exploités sans aucun respect pour la santé et la vie des travailleurs. Ce qu’Emily ignore, c’est que Drake a eu vent de sa campagne vengeresse et s’attendait à sa venue …
Ce tome verra Emily affronter une incroyable et bouleversante révélation, qui la déstabilisera terriblement.

Tome 4 « Ciel d’éther » :
Emily est maintenant à New York, où elle a déjà vécu. Elle retrouve un autre des hommes qu’elle cherchait, Stanley Whitman, mais, à sa grande surprise (et à celle du lecteur), les choses ne se passent pas comme elle l’avait prévu …
Quatrième tome un peu déroutant avec un comportement d’Emily auquel on ne s’attendait pas, mais qui est expliqué. Le passé de la jeune femme et ce qui s’y est joué continue à se découvrir progressivement, avec ses répercussions jusqu’à maintenant.

Ambiance western garantie avec cette série « La Venin », où une héroïne téméraire et capable d’en remontrer aux hommes de son temps, affronte ceux qu’elle considère comme responsables de ses malheurs passés.
Les différents épisodes de son périple sont à dessein (j’ai lu une interview de l’auteur à ce sujet) inscrits dans leur époque et font référence à certains événements ou faits divers marquants du temps : l’affaire Minnie Wallace (qui, contrairement à Emily, fit parler le poison et non la poudre) ; le « grand blizzard blanc » qui s’est abattu sur New York en mars 1888 ; l’ouragan désastreux qui le 9 septembre 1900 frappa Galveston, ville située sur une île du golfe du Mexique reliée au continent par un pont immense ; l’effondrement d’un derrick en Arizona en août 1890 ; la grève des tramways à Saint Louis et les luttes sanglantes qu’elles ont entraînées en septembre 1900. Ces faits sont repris à la fin de chaque volume, dans des extraits des carnets (journaux intimes) d’Emily, sous forme de fac-similés de documents d’époque, articles de journaux et photos. Le tout ancre le récit dans l’histoire du pays.

« La Venin » est une série qui plaira aux amateurs/trices d’aventures en mode western et pourrait séduire les autres grâce à l’originalité de son personnage féminin. Plus qu’à attendre le cinquième et dernier tome (dont la parution est prévue en janvier 2023) qui devrait nous fournir toutes les réponses et les éclaircissements qu’on attend, avec un dénouement, on l’espère, à la hauteur.

Rendez-vous aujourd’hui chez Moka !

« La Venin », Laurent ASTIER
éditions rue de Sèvres
4 tomes de 66 pages parus de février 2019 à janvier 2022


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