« Les hamacs de carton », Colin NIEL

Présentation de l’éditeur :
Sur la rive française du Maroni, en Guyane, une femme et ses deux enfants sont retrouvés sans vie. Comme endormis dans leurs hamacs. Inexplicablement. En charge de l’affaire, le capitaine Anato débarque dans un village où les coutumes des Noirs – Marrons comptent autant que les lois de la République. Et bien qu’il soit un « originaire », un Guyanais de naissance, le prisme de la métropole où il a grandi retient les secrets du fleuve et ses traditions. Tandis que l’on ordonne les rites funéraires et que le chef coutumier s’apprête à faire parler les défunts, l’enquête officielle entraîne le capitaine à la confluence des communautés guyanaises, loin, très loin du fleuve, là où les parias rêvent d’un meilleur destin. De Cayenne aux rives du Suriname, elle le conduira à un orpailleur en deuil, un repris de justice amoureux, une fonctionnaire intransigeante. Mais le ramènera aussi, dans un troublant ressac, aux questions lancinantes qui le hantent depuis le décès accidentel de ses parents et à la compréhension de ses propres frontières.

Avec « Les hamacs de carton » première des enquêtes du capitaine Anato concoctées par Colin Niel, auteur que je venais enfin de commencer à lire avec « Seules les bêtes », on plonge directement au cœur de la Guyane, en se rendant sur la scène du crime avec notre enquêteur. La description des lieux, comme ce sera toujours le cas par la suite, s’intègre parfaitement au récit et permet de s’imaginer sur place, dans un environnement très dépaysant. On fait la connaissance du capitaine, fraîchement arrivé dans le département, où il a pris la tête de la section de recherches de la gendarmerie, et de son adjoint le lieutenant Vacaresse. Ce dernier, et ce n’est pas le seul, s’interroge sur la légitimité de ce parachuté de la métropole : il faut dire qu’Anato, s’il est d’origine guyanaise, a été élevé en France et ne fait que maintenant connaissance avec ses racines ndjuka. Qui plus est, son caractère distant ne facilite pas son intégration dans le groupe.

« Les hamacs de carton » (titre dont on comprendra la signification et la portée en cours de route) tisse avec bonheur une intrigue riche en elle-même et par tout ce qu’elle nous apprend sur la vie guyanaise. Le personnage d’Anato est loin de prendre le pas sur les autres figures du roman (et ce sera une constante dans les suivants) : ici, ce sont Monique, la nièce d’Anato (personnage s’avérant récurrent dans la série) et son compagnon, Olivier, qui en sont les héros autant que lui, sans oublier Vacaresse, dont la présence n’est pas négligeable, pour ne parler que des protagonistes vivants, car Thélia, la mère décédée, occupe aussi une place importante.
Anato, quant à lui, écrit sa propre histoire, fil rouge  reliant ses aventures les unes aux autres. En quête de la famille qui lui reste sur place, il se rend compte progressivement que son passé est plus complexe qu’il ne croyait, il ne se doutait pas, en se penchant sur lui, qu’il ouvrirait une boîte de Pandore… Notons au passage qu’il est agréable d’avoir en sa personne un héros positif (et au physique attractif, ce qui ne gâche rien) comme on n’en croise pas toujours dans les romans policiers. Certes, il connaît (et connaîtra) des difficultés d’ordre personnel, mais il n’est pas la proie d’addictions diverses et reste droit dans ses bottes (ou ses rangers), soucieux avant tout de rendre la justice.

La question de l’identité française est au cœur du roman. Il faut être en mesure de la prouver, ça peut être une question de principe ou pour bénéficier de ce que l’Etat Providence offre à ses administrés, mais la preuve n’est pas toujours facile à apporter quand les populations se sont mêlées, celle de la Guyane à celle du Suriname adjacent et quand les enregistrements écrits n’avaient pas encore la valeur qu’on leur accorde aujourd’hui.

La très intéressante interview que j’ai lue après avoir dévoré ce roman et les deux suivants (« Ce qui reste en forêt » et « Obia », qui m’ont autant convaincue) m’a confortée dans l’idée que je m’étais faite de leur conception, basée sur une intense recherche documentaire, sur pièces et sur place :
« […] la partie la plus importante et la plus longue, ce sont les entretiens. Je dois essayer de comprendre ce que les gens ont dans la tâte car j’ai beaucoup de mal à imaginer. […] Evidemment, je transforme tout en fiction, mais je puise dans cette matière. Je suis toujours impressionné par les écrivains qui disent « je prends tout en moi ». Pour moi, moins il y a de moi dans un personnage, plus je considère qu’il est réussi. […] Je suis beaucoup à l’affût des histoires de vie, des histoires individuelles, des souvenirs […] et le travail d’écriture – c’est là que ça devient rigolo – c’est d’essayer de faire en sorte que le lecteur ne s’en rende pas compte. »
Effectivement, ce que le lecteur perçoit, c’est une histoire, ou plutôt des histoires, passionnantes, qui se mêlent et tissent une intrigue pleine de tension, au travers de laquelle il découvre un département méconnu et tous les problèmes que peuvent y rencontrer ses habitants, sans que jamais la présentation ne tourne à la démonstration.

« Les hamacs de carton », Colin NIEL
éditions du Rouergue (288 p)
paru en 2012
disponible en poche chez Babel Noir

13 commentaires sur “« Les hamacs de carton », Colin NIEL

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  1. Je n’ai pas encore vraiment découvert l’auteur. Juste vu l’adaptation cinématographique de « Seules les bêtes » et j’ai beaucoup aimé ! Il me reste donc à lire un premier roman. J’avoue ne pas savoir par lequel commencer du coup !

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  2. Comme j’ai beaucoup aimé Seules les b^tes, et que j’ai du mal à trouver de bons polars en ce moment, je m’en vais noter ces titres. Et en plus, je ne connais pas trop l’histoire et la situation actuelle de ce département.

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  3. Rebonsoir Brize, je n’ai pas encore lu les romans guyanais de Colin Niel et je le regrette car j’ai aimé le film Seules les bêtes avec une fin inattendue et comme j’ai un peu visité la Guyane il y a 4 ans, je retrouverai peut-être des endroits que j’ai vus. Bonne soirée.

    Aimé par 1 personne

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