« Seules les bêtes », du film (Dominik Moll) au livre (Colin Niel)

Une femme, Evelyne Ducat, a disparu en montagne, dans les causses : au cours d’une randonnée solitaire, elle aurait été surprise par une tempête de neige et se serait égarée, voire serait tombée dans une crevasse. Les gendarmes la cherchent, tout en menant l’enquête pour en apprendre davantage à son sujet.
Tel est le point de départ du film de Dominik Moll, « Seules les bêtes » , qui prend le parti (exactement similaire à celui du roman de Colin Niel dont il est l’adaptation, comme je le constaterai en le lisant ensuite) de suivre tour à tour cinq personnages : on découvrira progressivement les liens qu’ils entretiennent, plus ou moins directement, avec la disparue.
Le premier d’entre eux est Alice, assistante sociale débordant d’énergie pour venir en aide aux oubliés de ce milieu rural rude, en particulier les agriculteurs. Parmi ceux qu’Alice visite, il y a Joseph, un taiseux isolé tenant sa ferme à bout de bras et dont Alice a forcé les barrages pour devenir la maîtresse. Parce qu’avec son mari, Michel, agriculteur lui aussi, ça fait longtemps que les liens affectifs se sont distendus.
Ce jour-là, celui où la disparition d’Evelyne Ducat fait la une, Joseph a un comportement étrange, refusant de laisser Alice entrer chez lui, prétextant seulement qu’il est occupé et lui demandant de partir …

C’est par curiosité que j’ai regardé ce film sur le petit écran, sachant qu’il avait fait l’objet de bonnes critiques et était tiré du roman d’un auteur dont je n’avais encore rien lu, lui aussi apprécié.
Rien à dire sur le jeu des acteurs, tous très justes, ni sur la réalisation dans son ensemble, soignée, dans des paysages magnifiques. Pour ce qui est de l’histoire, je ne prétendrai pas qu’elle m’ait emballée, mais il faut dire qu’elle se déroule dans une atmosphère plutôt plombante, reflet des conditions de vie et du moral de plusieurs des protagonistes. Elle m’a cependant suffisamment accrochée/intriguée pour que je n’aie pas envie de la laisser en chemin et j’ai aimé l’habileté de sa construction, les pièces du puzzle finissant par reconstituer l’image d’ensemble en résolvant l’énigme de la disparition.

Il reste que certains points dans le comportement d’au moins deux des personnages m’avaient paru trop curieux, pour ne pas dire bizarres, pour que je ne continue pas, le film achevé, à m’interroger à leur sujet. En me disant qu’il pourrait répondre à mes questions, je me suis donc tournée vers le roman d’origine, ce que j’évite en général quand l’intrigue tient une part prépondérante dans le récit (je ne m’amuse pas à aller lire le polar après avoir vu le film qui en a été tiré, dans l’autre sens ça ne marche pas non plus, j’ai testé, ça manque de fun de tout savoir déjà d’avance !). La lecture de la première page du roman (c’est Alice qui parle) m’a convaincue de franchir le pas :

« Les gens veulent toujours un début. Ils s’imaginent que si une histoire commence quelque part, c’est qu’elle a aussi une fin. Que l’orage a cessé, qu’ils peuvent revenir à leur routine, épargnés qu’ils ont été. Ça se tient, je dis pas. Et puis ça rassure un peu. Il faut bien parce que ce qui s’est passé cette année-là, ça en a inquiété plus d’un. Ceux d’en bas dans la vallée, sur les marchés, dans les foires, ils la racontent encore, cette histoire. Ils inventent la moitié d’ailleurs, chacun a ses petits détails qu’il a rajoutés, qu’il peaufine les mois passant. A leur place je ferais pareil : ça fait des choses à dire, tout le monde cherche des choses à dire, sinon on n’existe pas. C’est humain. Bref. Lorsque les gens reparlent de tout ça, leur début à eux, c’est celui de la télé. »

L’écriture m’a en effet séduite d’emblée, cette manière de coller au réel dans la façon de parler, mais en y ajoutant un supplément d’âme, une réflexion tirée de ce même réel, un petit pas de côté qui fait la différence. Alors tant pis si je connaissais déjà l’histoire, j’allais me retrouver au plus près des personnages comme je le souhaitais et la petite musique du style me convenait.
En passant ainsi de l’autre côté du miroir, plongeant dans la matière brute du texte exploitée par le réalisateur du film, j’en ai effectivement appris bien plus au sujet des divers protagonistes que le film ne pouvait en donner à voir. Et pourtant, ce que j’avais trouvé chez deux d’entre eux pour le moins bizarre a continué à me demeurer opaque, tant il est difficile d’appréhender ce qui se situe aux marges de la raison, il faut l’accepter, c’est tout.
Pour le reste, j’ai trouvé que le film adaptait le roman très fidèlement, au moins globalement car il y a une différence de taille quant au devenir d’un des personnages (enfin, on pourrait dire qu’elle est seulement formelle, dans un sens …). Bien sûr, la construction très réussie du roman n’était plus une surprise pour moi puisque j’avais vu le film, mais ça ne fait rien, le livre m’a plu.

Découvrant Colin Niel, je me suis dit que je n’allais pas en rester là. Dans la foulée, j’ai donc attaqué le premier de ses opus précédents, des romans policiers se déroulant en Guyane, puis le deuxième et le troisième, car quand on aime on ne compte pas (en gros, à une exception près, j’ai lu du Colin Niel pendant quinze jours 😁 !) … mais ceci est une autre histoire !

10 commentaires sur “« Seules les bêtes », du film (Dominik Moll) au livre (Colin Niel)

Ajouter un commentaire

  1. Un auteur que j’ai envie de lire depuis longtemps. Je crois que j’en ai un dans ma PAL (pour te dire la difficulté maintenant de faire le tri dans les tas qui m’attendent …)

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai eu le parcours inverse, d’abord le roman, puis le film assez longtemps après pour ne plus me souvenir de tous les détails, qui me sont revenus au fur et à mesure. J’ai adoré les deux !
    Et je compte continuer avec l’auteur, j’ai d’ailleurs Entre fauves dans ma PAL de bibliothèque.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai lu le roman, en décembre, j’attends donc pour voir le film, si je me décide à le regarder. J’ai accroché au roman, à la plume de l’auteur, je le relirai ( même si je suis bien moins rapide que toi ).

    Aimé par 1 personne

  4. Tu as dû être très intriguée pour lire le livre après avoir vu le film
    Si tu y as trouvé de l’intérêt c’est que le roman apporte autre chose que le suspens.

    Aimé par 1 personne

  5. je n’ai pas vu le film mais j’avais adoré le livre. Colin Niel que j’ai découvert grâce aux conseils de ma libraire avec Obia , est un de mes auteurs chouchou!!!!
    Peut-être sauterais-je le pas de regarder le film maintenant que j’ai lu votre article

    Aimé par 1 personne

  6. Moi aussi, j’ai fait le chemin inverse, j’ai dévoré le livre, dont la construction est étonnante, puis dans la foulée, j’ai voulu voir le film … Et cela n’a pas fonctionné ! Je n’aurais dû enchaîner, je pense Tu as lu le même auteur pendant quinze jours, c’est un vrai cri du coeur …

    Aimé par 1 personne

Un commentaire ? N'hésitez pas !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :