« Le moineau rouge », Jason MATTHEWS (du film au livre)

Nathaniel Nash, 27 ans, agent de la CIA, opère à Moscou, où il est l’officier traitant de la taupe MARBRE, leur meilleure source au sein du SVR, les services secrets russes, depuis 14 ans donc avant l’arrivée de Poutine au pouvoir.
La jeune, belle et énergique Dominika Egorova, de son côté, a dû renoncer à une carrière de danseuse prometteuse suite à un accident. Sous la pression de son oncle Vania, membre haut placé du SVR, et après avoir participé à une opération qu’il veut garder secrète, elle intègre l’académie du renseignement extérieur. Elle se voit ensuite contrainte de rejoindre l’école spéciale dite des moineaux, ces espions qui utiliseront le sexe comme un piège.

Les parcours de Nathaniel et Dominika finissent par se croiser quand chacun se retrouve être la cible désignée de l’autre …

J’ai vu l’adaptation cinématographique du roman il y a environ un an, « Red Sparrow », avec Jennifer Lawrence dans le rôle – titre. Malgré son côté un peu trop trash (et racoleur) à mon goût, je l’avais appréciée (sans plus). Ce qui m’avait décidée à lire (plus tard…) le roman, c’est que j’avais appris, en me renseignant à son sujet, que l’héroïne y était présentée comme synesthète, aspect original qui m’attirait alors qu’il n’était pas du tout évoqué dans le film. Et effectivement, Dominika dès l’enfance se découvre une faculté innée d’associer sons, chiffres et lettres à des couleurs. Plus intéressant encore, du moins pour sa future carrière d’espionne (au cours de laquelle elle ne révèlera jamais ce talent dont elle dispose), elle voit les gens autour d’elle environnés d’une aura reflétant la couleur de leur disposition d’esprit.
Autre différence entre le film et le roman, et à mes yeux non des moindres : dans le roman, nos deux héros n’ont que quelques années d’écart, alors que dans le film Nat est interprété par un acteur de 14 ans plus âgé que Jennifer Lawrence (et ça se voit), donc il paraît déjà bien « installé » dans le métier, alors qu’en réalité il est très vulnérable de ce côté-là, soucieux de sa réputation et de sa carrière à venir. Et puisque je parle des états d’âme de Nat, ils n’auront aucun secret pour le lecteur, alors qu’on ne pouvait qu’essayer de les deviner dans le film, tout comme les questions que se pose Dominika, une patriote convaincue au tempérament affirmé, voire explosif, plongée dans un milieu extrêmement dur où elle doit beaucoup encaisser : de quoi rendre ces deux personnages, déjà sympathiques, encore plus attachants. Ceux qui les entourent ne sont pas non plus négligés et leur présentation, tant sur le plan du physique, car l’auteur a l’art de tirer des portraits saisissants, que de la personnalité, est toujours réussie.

J’ai trouvé le livre bien meilleur que le film, pour les raisons que je viens d’évoquer et pour beaucoup d’autres. L’auteur est un ancien officier de la CIA (son épouse aussi, c’est noté dans les Remerciements à la fin) et à ce titre a parcouru le monde pendant trente-trois ans. Il en a visiblement conçu un intérêt certain pour les gastronomies locales : on a en effet le plaisir, un peu incongru mais amusant, de découvrir à la fin de chaque chapitre une petite recette détaillant un plat qui y était évoqué (j’ai noté, pour les recettes russes, l’omniprésence de la crème aigre, dont j’ai l’impression qu’on arrose in fine tous les plats). Surtout, sa connaissance du terrain transparaît au travers des techniques et savoir-faire exposés, en particulier dans le domaine des filatures et de l’art de les esquiver, pour ne citer qu’elles (à ce propos, il y a tout un passage passionnant et là aussi plein d’humour, car le livre n’en manque pas, même si ce ne sont que des touches ici et là, sur des filatures exercées par un groupe d’anciens espions retraités capables mieux que d’autres de se fondre habilement dans la masse, un régal). Les amateurs de la série « The Americans » (dont je fais partie) auront aussi le plaisir de retrouver le « Centre » et les « Rezidentoura » dont ils ont déjà entendu parler.
Bref, notre romancier invente, certes, mais sa fiction s’appuie sur des connaissances précises tirées de son vécu. Qui plus est, littérairement parlant, il n’a rien à envie à ses homologues écrivains aguerris : « Le moineau rouge » est un premier roman dont l’écriture, maîtrisée, est de qualité.

Un dernier mot (parce que tout le monde, contrairement à moi, n’a pas vu le film 😉 ) afin de souligner l’intérêt du récit pour ce qu’il dépeint, je l’ai déjà mentionné, du monde de l’espionnage, mais aussi évidemment du contexte socio-politique. Sous tension, il est en outre très bien mené et je n’ai eu aucun mal à venir à bout de ce petit pavé. J’avais suffisamment attendu pour avoir en partie oublié le film, excepté ses scènes à mon sens trop glauques ou gore du début, reflétant en partie le contenu des pages, mais ça ne m’a pas fait le même effet, c’est plus facile de mettre à distance et de toute façon quand violence il y a, je ne l’ai jamais perçue comme gratuite : je ne me souvenais donc pas des tours et détours de l’intrigue, c’était parfait.

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu de roman d’espionnage et « Le moineau rouge », centré sur un personnage féminin original et fort, m’a beaucoup plu !

« Le moineau rouge », Jason MATTHEWS
Titre original Red Sparrow (2013)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hubert Tézenas (Le Cherche Midi – 2015)
Editions Points (640 p)

7 commentaires sur “« Le moineau rouge », Jason MATTHEWS (du film au livre)

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  1. Je n’adhère pas toujours au genre roman d’espionnage mais ce que tu dis des personnages est très tentateur, et en plus, le côté documentaire semble bien se fondre dans le romanesque. A voir pour une prochaine virée en librairie.

    Aimé par 1 personne

  2. Oui !! je l’avais lu pour le prix Folio et c’était celui que j’avais préféré… j’ai aimé aussi les recettes qui émaillent le livre ! je suis d’accord avec toi, le livre est meilleur même si l’adaptation n’est franchement pas mal…

    Aimé par 2 personnes

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