« La dame en blanc », Wilkie COLLINS

Jeune professeur de dessin, Walter Hartright est embauché grâce à un ami par un certain Mr Fairlie : il doit le rejoindre dans sa propriété de Limmeridge House, dans le Cumberland, pour quelques mois, afin d’y enseigner son art aux deux jeunes filles de la maison.
Une nuit peu avant son départ, alors qu’il rentre à pied de chez sa mère et sa sœur vers Londres, il rencontre sur la route déserte une jeune femme tout de blanc vêtue. Très agitée, elle requiert son soutien. Il l’accompagne aux portes de la ville et, toujours à sa demande, la met dans un fiacre. Peu après, il constate que deux personnes sont à sa recherche, car elle s’est enfuie de leur asile, mais il fait mine de ne l’avoir jamais vue.
Arrivé à Limmeridge, Walter ne va pas tarder à découvrir que les traits de la dame en blanc sont étonnamment similaires à ceux de Laura Fairlie, la plus jeune et la plus belle des deux demoiselles dont il est le professeur. C’est grâce à sa demi-sœur, Marian Halcombe, qu’il apprend l’identité de l’inconnue. Il ignore à ce moment-là qu’il la croisera à nouveau : elle jouera un rôle déterminant dans les événements qui vont venir bouleverser le cours de son existence …

Le récit de Walter est, le lecteur en est informé dès qu’il l’entreprend, le premier des témoignages « présenté[s ] au tribunal par plusieurs témoins dans un seul et même but : montrer clairement et sans détour où est la vérité ; chaque expérience personnelle, relatée ainsi successivement, et fidèlement, permet aux juges de relier un fait à un autre fait et d’arriver enfin à établir toute l’affaire telle qu’elle s’est réellement passée. »

Je n’ai eu aucun mal à plonger dans ce gros roman victorien qu’est « La dame en blanc », dont j’avais entendu vanter les mérites, largement pourvu d’ingrédients que j’apprécie dans ce type de lecture : manoir, campagne anglaise, folie, double, amours contrariées, manipulations avec de mystérieux complots et comploteurs autour de sordides histoires d’héritage, intrigue à tiroirs …
Le procédé narratif est original : pas de narrateur omniscient mais une suite de témoignages, au moins pendant les deux premières parties, allant du plus long, celui de Walter Hartright déjà évoqué, aux plus lapidaires, reçus de témoins de moins en moins affectés et parfois très modestes. Le lecteur ignore tout de l’« affaire » qu’il est ici question de résoudre et s’interroge bien sûr à son sujet.

J’ai cependant accusé un petit coup de mou en milieu de lecture : j’en avais assez de me demander en quoi consistait le « secret » sans cesse évoqué d’un des principaux personnages, les révélations tardaient à venir, j’avais l’impression qu’on piétinait un peu, avec toujours cet horizon funeste qu’on nous laisse deviner depuis le début. Comme un enquêteur, mais, en ce qui me concerne, sans en avoir la patience, on rassemblait donc les éléments fournis par les témoignages, afin de pouvoir ensuite démêler le vrai du faux.
Heureusement, après ce passage à vide (enfin, pour moi), les affaires ont repris et je n’ai plus eu à me plaindre du rythme du roman, dont la seconde moitié recèle son lot de surprises.

Un mot au sujet des personnages, pour lesquels je trouve à redire. Walter Hartnight est un parfait gentleman… mais son comportement, dans un premier temps, n’aura pas l’utilité escomptée, au contraire. Mr Fairlie, l’oncle et tuteur de Laura, dépeint comme un hypocondriaque à la puissance dix mille (le Malade Imaginaire est un petit joueur, à côté), m’est apparu grotesque et pas crédible. Laura elle-même, comme souvent dans les romans de l’époque, n’a guère de recours, face aux difficultés, que les larmes et, bien que clairvoyante, s’avère assez falote. Heureusement, il reste Marian Halcombe, sa demi-sœur : silhouette gracieuse mais sans le visage qui va avec, elle est dotée de toutes les qualités « masculines » (dixit l’un des protagonistes) (eh oui, toutes les fées ne se sont pas penchées sur son berceau : elle est intelligente, mais elle est moche !), ne manque ni d’allant ni de ressources et c’est d’elle que je conserverai le meilleur souvenir.

« La dame en blanc » fut cependant, malgré mes quelques réserves, un agréable moment de lecture, qui m’a permis de découvrir un ouvrage de référence de la littérature anglaise, paru en 1860 et considéré comme un des premiers romans policiers.

« La dame en blanc », Wilkie COLLINS
Titre original Woman in White (1860)
Lu en numérique dans l’élégante version proposée par Bibebook

29 commentaires sur “« La dame en blanc », Wilkie COLLINS

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  1. Ah oui je me souviens de ces deux héroïnes, soit belle et un peu nunuche, soit intelligente mais pas terrible aucun choix, quoi! ^_^
    Wilkie collins quand même c’est idéal pour les pavés, tiens. ^_^

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  2. Lu il y a quelques années.
    J’étais bien partie dans ma lecture mais comme toi vers le milieu, j’ai commencé à m’ennuyer ferme ! Et j’ai fait ce que je déteste. ..passer des pages pour arriver au dénouement ! Il me reste quand même le souvenir d’un « vrai » méchant qui si mes souvenirs sont bons jouait avec des souris !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, ton souvenir est exact 🐁😃 !
      Je n’ai pas lu en diagonale, de mon côté, bien que ça m’arrive dans ce genre de cas, mais je me depêchais d’avancer dans ma lecture ! En tout cas, ton ressenti similaire au mien me rassure 😉.

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    1. Oui, tu ne t’en souviens pas forcément, je te dis cela parce que, tout récemment, j’ai constaté qu’entre le souvenir que j’avais d’une lecture remontant à dix ans et ce que j’en avais dit alors (juste après ma lecture) sur mon blog, il y avait une petite différence (en gros, les années passant, ma mémoire avait filtré et je n’avais conservé que ce qui était bon).

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  3. Je sais que j’avais été déçue par ce livre, mais je ne m’en souviens plus du tout donc je ne pourrais pas argumenter. Cela fait très longtemps que je n’ai pas relu Wilkie Collins.

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    1. Je n’ai pas noté le nombre de pages car, selon les éditions (et donc les mises en page) il diffère : ça va de 476 pages aux éditions du Masque à 847 chez Archipoche, en passant par 672 chez Libretto. Mais pas de quoi effrayer un bon lecteur, c’est facile à lire (il faut juste accélérer un peu si, comme moi, on trouve que ça traîne au milieu ^^).

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  4. Je l’ai lu durant le confinement et je l’ai trouvé brillant. Il est super prenant et très élégamment écrit. Marian est effectivement le personnage le plus remarquable; j’ai eu un (tout petit) coup de mou dans la deuxième moitié parce que le récit de Walter semble presque fade après son journal à elle. Et quel antagoniste!!

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      1. C’était sa collection de timbre ou de pièces, qu’il adorait ?? Je ne sais plus ce que ce pleutre adorait faire dans sa chambre. Lui, le confinement, il ne l’aurait même pas vu 😆

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