« Le nageur et ses démons », Gilles BORNAIS

L’eau est votre élément ? Vous nagez et savez en quoi consiste un entraînement, pour en avoir vécu vous-même, que vous soyez nageur-nageuse de compétition ou nageur-nageuse sportif-tive cherchant à s’améliorer ? Alors cet essai est pour vous !
L’auteur, Gilles Bornais, est né en 1958. Il a chopé rapidement le virus de la natation, mais à une époque et dans des circonstances qui ne lui ont sûrement pas permis de développer tout son potentiel en compétition (même s’il s’en est pas mal tiré et continue à se distinguer chez les Masters). Il a aussi été entraîneur, journaliste sportif et écrivain, le tout sans jamais cesser de s’entraîner. Vous l’aurez compris, il fait partie de cette catégorie de battants qui ne lâchent rien (y compris lorsque leur propre corps les lâche, j’y reviendrai in fine) et ont à cœur de partager leur passion.

C’est ce qu’il fait dans « Le nageur et ses démons », où son expérience de nageur traverse le livre. Sans avoir rien de nombriliste, elle est donnée comme une illustration de ce qu’il évoque et de ce que vivent les nageurs. L’autobiographie se met ainsi au service d’un propos riche et varié : l’auteur papillonne (c’est sa nage de prédilection, le papillon) du côté des figures de légende de la natation, décrit les sensations aquatiques, de celles du simple « baigneur » aux émotions ressenties par les nageurs de compétition dopés par la volonté de gagner, aborde la physiologie du compétiteur et les aspects techniques de la nage, le crawl en particulier, et de son perfectionnement. Enfin, il s’intéresse tout au long de l’ouvrage à la natation dans l’hexagone, telle qu’il l’a connue dans sa jeunesse puis telle qu’elle est devenue.
Il revient sur l’histoire de ce sport ces cinquante dernières années, comparant ce qui se pratiquait en France par rapport à l’étranger et ne mâche pas ses mots, stigmatisant l’inaction initiale des pouvoirs publics jusqu’à ce que, après la débâcle des Jeux Olympiques de Rome en 1960, des mesures commencent à être prises. Il sait de quoi il parle et à l’occasion le ton se fait polémique, quand il n’hésite pas à épingler telle sommité du milieu. Sans être pour ma part dans les arcanes de ce sport au niveau de la compétition, j’ai trouvé son éclairage pertinent dans ce qu’il donne à voir des coulisses.

Écrit pour des passionnés par un passionné toujours en quête d’excellence (« quand on ne progresse pas, on régresse »), « Le nageur et ses démons » est un essai mêlé d’autobiographie alerte, dont la plume élégante se coule avec bonheur dans le propos. Il s’achève sur une belle leçon de ténacité et de courage face à un corps que la maladie a attaqué.

Extraits :

A la lumière de mon humble expérience, ces pages décriront les pratiques natatoires, en loueront les mérites et les vertus, préviendront de ses pièges et en déjoueront les mensonges. Elles relèveront la grandeur des nageurs, croqueront leurs héroïsmes, diront que la natation, mieux qu’une science, est un art. Elle fait davantage qu’élever ses disciples ; elle unit l’air et l’eau dans la beauté d’un geste.

Aussi vite qu’il oblige à la persévérance, l’exercice de la nage enseigne l’acceptation de ses limites.

[…] le nageur vaut, malgré toutes ses dispositions naturelles, par le volume et la qualité de l’entraînement auquel il se soumet. L’eau n’est pas notre monde et les aptitudes qu’il faut développer pour s’y propulser sont à la fois spécifiques, éminemment techniques et sensitives.

Nager, c’est sculpter le flot ; le crawl est une esquisse mille fois recommencée. Le plaisir couronne la satisfaction de bien œuvrer, quand le coude et l’épaule tracent la juste ligne projetée par l’esprit. Le muscle se réjouit autant que le cerveau, tout ici est intérieur. On nage dans son corps, au milieu de ses résonances et des mille impressions qu’il nous livre.

« Le nageur et ses démons », Gilles BORNAIS
éditions François Bourin (234 p)
paru en juin 2019

8 commentaires sur “« Le nageur et ses démons », Gilles BORNAIS

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  1. J’avais la piscine en horreur, réminiscence des cours scolaires où après nous avoir forcé à mettre la tête sous l’eau en CP, on nous emmenait en plein hiver déshabiller nos corps pudiques d’adolescentes dans des vestiaires collectifs, pour partager ensuite cette pénible atmosphère chlorée et assourdissante. Et l’an dernier, face à l’incapacité de continuer à pratiquer la course à pieds, j’ai renoué avec la natation, guère convaincue au départ.. Cela fait maintenant des mois que j’y vais toutes les semaines, et j’ai même pris des cours pour apprendre à nager le crawl (et j’envisage, pourquoi pas, de réitérer à la rentrée pour apprendre le papillon !)…
    Bon je te raconte un peu ma vie, là…
    Tout cela pour dire que je doute que cet essai soit pour moi, malgré mon revirement, je reste une pitoyable amatrice… Mais j’en conclus que tu dois toi-même être une nageuse émérite… bravo, j’ai toujours été épatée par les pratiquants de ce sport exigeant, et je le réalise encore plus aujourd’hui, extrêmement technique, et requérant un sacré souffle.
    Du coup, je viens de me rappeler ce roman de Lidia Yuknavitch, en grande partie autobiographique, qui évoque entre autres sa passion pour la natation, et qui te plairait peut-être (bien que de mémoire, il soit un peu trash) : https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2014/10/la-mecanique-des-fluides-lidia.html

    Bon dimanche..

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    1. T’inquiète, je suis toujours intéressée par les anecdotes liées à l’apprentissage de la natation (je n’avais qu’une trouille, quand mes filles étaient gamines, c’est qu’un maître-nageur stupide (il en existait au moins un à la piscine qu’elles fréquentaient alors dans le cadre scolaire) vienne fiche en l’air le goût pour l’eau que je leur avais transmis, donc je compatis à ce que tu as vécu en CP !
      En ce qui me concerne, je suis bonne nageuse (et j’adore le papillon, ça vaut le coup que tu l’apprennes) mais n’ai connu les joies des entraînements piscine que de manière très occasionnelle (et ces cinq dernières années, où j’étais le vétéran de ma ligne ^^!), avec d’autres nageurs sportifs (tous meilleurs que moi) et non compétiteurs. Mais ce que je préfère, c’est la nage en eau libre (lac, océan).
      Et pour le roman que tu évoques, il m’a l’air surtout consacré à prendre à bras le corps des problèmes personnels, donc pas sûr que j’y trouverais mon compte pour l’aspect natation, mais merci pour la référence.

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  2. J’ai peur de l’eau. A la piscine, il faut que j’ai pied. Je regarde avec envie les gens qui nagent .
    Traumatisée par mes premières années à la piscine avec l’école.
    Bref, je ne lirai pas cet essai !

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  3. La nage, j’adore, mais pas en piscine, trop de bruit et de chlore ! En mer, en lac, en rivière, c’est dès que j’en ai l »occasion. Je pratique aussi très régulièrement le longe côte en mer, les termes, les parcours aquatiques …. Bref, dès qu’il y de l’eau, je patauge. Sinon tu connais le livre de Chantal Thomas, ? https://aleslire.wordpress.com/2018/12/31/souvenirs-de-la-maree-basse-chantal-thomas/
    Je l’avais trouvé magnifique.

    Aimé par 1 personne

    1. Comme toi, je préfère la nage hors piscine … mais la piscine a bien des avantages : ce serait mieux que l’eau soit traitée avec autre chose que du chlore (il y a des solutions alternatives, moins agressives pour notre peau), mais au moins elle est propre et on ne peut pas en dire autant de nos cours d’eau, mer, océan, hélas ; nager au sein d’un groupe, dans le cadre d’un entraînement, c’est à la fois sympathique, tonique et exigeant (ça oblige à se dépasser) et très profitable sur le plan technique, bref j’aime beaucoup.
      Oui, j’ai entendu parler du livre de Chantal Thomas, il faudra que je le feuillette à nouveau à l’occasion.

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    1. Paul Morand, je connais de nom, bien sûr, mais je n’ai jamais rien lu de lui. Il faudra que je j’aille regarder ce titre, si je le trouve en bibliothèque (pas sûr, il me semble qu’on ne le lit plus guère et les biblis sont obligées de « désherber » régulièrement leurs rayonnages pour y faire de la place).

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