« Le Dernier Pharaon », SCHUITEN, VAN DORMAEL, GUNZIG, DURIEUX

Il aura fallu que François Schuiten, talentueux dessinateur des Cités Obscures, dans les méandres desquelles je me suis toujours aventurée avec bonheur depuis leur émergence dans le paysage BD il y a maintenant quelques décennies, s’en mêle pour que je lise enfin une aventure des célèbres Blake et Mortimer.
C’est à Jacobs que l’on doit la paternité de ce célèbre duo. Après sa mort, divers dessinateurs et scénaristes ont été invités à prolonger son œuvre (qui, vous l’avez compris, ne m’avait jamais attirée, un blocage sur le graphisme, trop marqué BD d’une autre époque ; au point que, n’ayant jamais lu un Blake et Mortimer, j’ignorais que Philip Mortimer était physicien et que ses aventures, à lui et son comparse le capitaine Francis Blake, du MI5, relevaient souvent du domaine de la SF). Le dernier en date a donc été le belge François Schuiten : après avoir été longtemps sollicité en vain, il a fini par se décider lorsqu’il a eu connaissance d’un projet de Jacobs tournant autour du Palais de Justice de Bruxelles, auquel il s’est toujours intéressé (je sais tout cela pour l’avoir entendu de la bouche de l’intéressé himself à l’occasion d’une rencontre récente à la librairie Mollat, à Bordeaux ; il était accompagné de Thomas Gunzig , un des autres scénaristes et de Laurent Durieux , chargé de la mise en couleurs, Schuiten ayant dessiné et encré l’album).

Le scénario s’affranchit ici des codes en vigueur dans la série, tant sur le plan du graphisme, car Schuiten n’imite pas le trait de Jacobs mais conserve le sien (d’où mon intérêt pour l’album), que sur le plan du scénario (mais la narration garde une touche rétro, avec des petits encarts en haut de certaines cases pour raconter ce qui est en train de se passer) : nos deux héros n’évoluent plus dans les années 50 mais ont été vieillis et projetés dans les années 80. Ils partagent le devant de la scène (enfin Blake a un rôle secondaire) avec le Palais de Justice de Bruxelles.
Au début de l’histoire, Mortimer est invité par un certain Henri à le suivre dans les sous-sols de l’édifice, d’où émane un étrange rayonnement électromagnétique provoquant une panne de tous les appareils électriques à proximité. Des travaux viennent de mettre au jour le bureau de l’architecte, Poelaert, jusque-là muré. Mortimer y découvre des hiéroglyphes évoquant le chaos et un passage, ainsi que le plan initial du bâtiment, avec une pyramide à son sommet. Avant qu’il ait le temps d’intervenir, Henri, armé d’une masse, abat alors la cloison séparant le local de « quelque chose d’énorme » révélé par une sonde. Et là, tout se précipite : l’homme disparaît alors que le rayonnement s’intensifie et explose dans toutes les directions autour du bâtiment.
La ville de Bruxelles finira par être fermée et interdite à la population, avant que soit envisagée, compte tenu de la menace représentée par le rayonnement sur l’ensemble des ondes électriques et électroniques (sous son emprise, plus rien ne fonctionne), une solution plus radicale … Blake appellera Mortimer à la rescousse, pour tâcher d’éviter l’apocalypse nucléaire.

Je ne vous en dirai pas davantage, vous laissant le soin de découvrir la suite de cette aventure dense et rythmée, mêlant SF et fantastique ésotérique, sur fond d’Egypte du temps des pharaons : le Palais de Justice présente en effet des aspects architecturaux qui lui sont liés et l’histoire elle-même est connectée aux deux tomes de la série intitulés « Le Mystère de la Grande Pyramide » (que je n’ai pas lus), à l’issue desquels les deux héros avaient perdu la mémoire de ce qu’ils y avaient vécu.
A noter, toujours au sujet du Palais de Justice, que les scénaristes se sont amusés à évoquer au passage, en le faisant apparaître sous la forme d’une immense cage de Faraday, l’invraisemblable échafaudage entourant depuis des années le monument bruxellois (opérations de restauration s’enlisant …).

« Le dernier Pharaon » offre à Blake et Mortimer une sortie de route originale, après laquelle plus rien ne sera comme avant, habilement construite autour du Palais de justice de Bruxelles, monument hors du commun et qui vaut à lui seul le détour.
Le dessin de Schuiten est, à mon sens, une réelle plus-value (et ceux qui connaissent son œuvre la verront rappelée par quelques clins d’œil). La mise en couleurs a été effectuée par Laurent Durieux , illustrateur et graphiste qui s’est trouvé embarqué dans l’affaire sans que ce soit initialement prévu et le résultat est remarquable.
J’ai d’abord lu l’album en numérique, puis je n’ai pas résisté au plaisir d’acheter la version papier (bien meilleur rendu !) : de toute façon, j’étais obligée, vu que je collectionne les albums de Schuiten !

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« Le Dernier Pharaon » : scénario Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et François Schuiten ; dessin François Schuiten ; couleur Laurent Durieux
Editions Blake et Mortimer (91 p)
Paru en mai 2019

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12 commentaires sur “« Le Dernier Pharaon », SCHUITEN, VAN DORMAEL, GUNZIG, DURIEUX

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      1. On sera moins fier de l’horrible échafaudage qui entoure depuis des décennies le Palais de Justice de Bruxelles ! Mais paraît que les auteurs nous donnent l’explication de cette horreur métallique. Chouette.

        J’ai lu dans un interview d’eux que la salle des pas perdus a le plus haut plafond du monde et qu’il y a des couloirs qui ne mènent à rien.

        Poelaert, c’était vraiment un « skieven architek » comme on dit chez nous à Bruxelles (architecte de guingois, pas droit) ! 😆

        J’ai lu bon nombre de Blake et Mortimer et je compte me laisser tenter par celui-ci qui se déroule chez moi.

        Aimé par 1 personne

        1. Cette histoire d’échafaudage, je l’ai découverte en écoutant Schuiten à la librairie Mollat, parce qu’en lisant la BD je n’avais pas saisi qu’il partait d’une situation existante … et je peux te dire qu’il n’était pas tendre sur la question !
          C’est marrant, ce que tu dis sur Poelaert, ça me donne envie d’en savoir davantage sur lui !
          Quant à Blake et Mortimer, va quand même falloir que j’aille un de ces jours à la rencontre des personnages d’origine, ça manque à ma culture BD 😉 .

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  1. Moi j’aimais bien Blake et Mortimer ! Lu quand j’étais ado, il y a déjà un petit moment… Mais je n’ai pas lu les récents, que ceux « d’origine » ! Je lirai peut-être celui-ci s’il croise ma route.

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    1. ça devrait être intéressant, pour toi, de voir la manière dont les auteurs se sont appropriés l’œuvre de Jacobs ! Et pour ce qui est de ne pas aimer, c’était vraiment un a priori, car je ne me souviens pas avoir jamais essayé d’en lire un, alors que j’ai lu les Tintin. Mais faut dire aussi qu’ils ne figuraient pas dans la bibliothèque familiale, donc ça n’a pas aidé.

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  2. Bonjour Brize, je l’ai acheté sur un coup de tête, attirée par la couverture et par le fait que c’était recommandé par « France Inter ». Je l’ai commencé dans le bus quand je revenais chez moi: j’ai beaucoup aimé. Et pourtant cela n’a rien à voir avec les dessins de Jacobs et les autres dessinateurs. Toute l’histoire est prenante. Un bel album. Bonne journée.

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