« En attendant le printemps », Alexandra FULLER

« On raconte que Rick Overlooking Horse ne parlait pas beaucoup.
En réalité, c’était un peu plus que ça. Dès le début, même pour un Indien, son silence était presque inquiétant. Par exemple, au quatrième printemps de sa vie, lorsque You Choose Watson lui tira une flèche dans la jambe, il n’alla pas trouver sa grand-mère en gémissant comme l’aurait fait n’importe quel garçon normal. Il tourna le dos au rire moqueur de son cousin de la Rez (la « réserve » NDT) et s’éloigna en boitant vers le bas de la colline, la flèche encore plantée dans le mollet, en direction de la troisième cahute en papier goudronnée de la rangée devenue aujourd’hui la Deuxième Rue du village de Manderson. Il s’immobilisa alors dans la cuisine, toujours muet, le regard posé sur sa Parente immédiate la plus proche. »

Ainsi commence « En attendant le printemps », où l’on suivra Rick Overlooking Horse et son cousin You Choose Watson, nés dans les années 40 et élevés dans une réserve indienne des Etats-Unis, dans le sud du Dakota. Quand viendra le temps de l’enrôlement pour le Vietnam, le premier partira et sa participation au conflit aura pour lui des conséquences tragiques. Le second, toujours enclin à trouver des combines à son avantage, y échappera, mais le parcours des deux hommes se croisera à nouveau …

Je ne connaissais pas la plume d’Alexandra Fuller mais là, visiblement, elle s’est plu à mettre en adéquation le fond et la forme : l’écriture qu’elle adopte dans son roman en forme de chronique, avec ses noms de personnages imagés et improbables, a le rythme et la couleur qu’on prête à la parole de vieux Indiens discourant autour d’un feu, on y croit tant cela sonne authentique. Chaque (court) chapitre est précédé d’un titre qui en annonce la teneur. Il n’y a pas de gras dans la narration et les incidents ou événements s’y succèdent sans que le temps y paraisse long.
Au fil du déroulement des années, ce que nous apprenons des personnages nous donne beaucoup à voir sur l’environnement et les conditions de vie des Indiens d’Amérique du nord. Demeure cependant, du moins en ce qui me concerne, l’impression avec ce récit centré sur le factuel et quelle que soit la qualité de la langue, d’être restée (un peu) à côté des choses et des êtres.

« En attendant le printemps », Alexandra FULLER
Titre original Quiet Until the Thaw (2012)
Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch
Editions des Deux Terres (263 p)
Paru en octobre 2018

7 commentaires sur “« En attendant le printemps », Alexandra FULLER

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  1. Ce n’est pas son premier livre chez cet éditeur, les autres étaient plutôt autobiographiques, il me semble en avoir commencé un, mais pas accroché… A retenter, peut-être ?

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    1. J’ai moi aussi déjà tourné autour de cet auteur, du coup j’ai pensé que ce roman-ci représentait une bonne opportunité pour la découvrir, car le thème m’attirait.

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