« Les anges et tous les saints », J. COURTNEY SULLIVAN

Nora vient de perdre son fils aîné Patrick, mort à cinquante ans dans un accident de voiture. Elle décide de téléphoner à sa sœur Theresa pour lui faire part de ce décès. De Theresa, qui a choisi de vivre dans un couvent et qu’elle n’a pas vue depuis très longtemps, Nora n’a jamais parlé à ses enfants. Elle se souvient de l’année 1957, quant Theresa et elle, venant d’Irlande, ont débarqué aux États-Unis, à Boston. Nora était promise à un homme qu’elle n’aimait pas. Theresa, elle, n’avait que dix-sept ans et débordait d’appétit de vivre …

« Les anges et tous les saints » est le quatrième roman de Courtney Sullivan paru en France, après « Les débutantes », « Maine » et « Les liens du mariage », que j’ai tous aimés et celui-ci n’a pas fait exception à la règle. J’y ai retrouvé avec bonheur la plume d’un écrivain habile à saisir la vérité de ses personnages, même ceux qu’elle ne fait qu’esquisser , un écrivain dont les observations, souvent, nous renvoient à notre propre vécu. Elle immerge ici son lecteur dans une histoire que les allers-retours entre présent et passé permettent de facilement reconstruire mais sans nous en livrer tout de suite les moments-clés, ceux qui l’éclairent, ni nous divulguer le chemin qu’elle va maintenant prendre.
Plonger dans le passé de Nora et Theresa permet de se rappeler comment, faute de libertés depuis conquises, des destins de femmes pouvaient se jouer. Mais au-delà de ce qui fut subi, il y a les choix de chacune : ils témoignent de leur personnalité et de son évolution et se répercutent aussi sur leurs relations.
Ces deux portraits de femmes s’avèrent intéressants à plus d’un titre (celui de Theresa m’a davantage touchée). Ils sont insérés dans l’évocation de l’environnement immédiat de chacune d’elle, ses quatre enfants pour Nora, avec leurs trajectoires individuelles, et la communauté religieuse pour Theresa, dépeints avec réalisme et sensibilité.

Extraits :

« Au fil des ans, il y eut des moments où l’un des trois autres enfants accaparait ses pensées. A mesure qu’ils grandissaient, Nora les connaissait mieux. C’est une chose que personne ne vous dit jamais. Qu’il vous faudra apprendre à connaître vos propres enfants. »

« Elle parla aussi du poids de la technologie. Pas une seule novice ces dernières années n’avait passé la porte du couvent sans mentionner à quel point elle serait heureuse de ne plus avoir de messagerie, de téléphone portable. Le mot qu’elles utilisaient toutes était le bruit. Elles pouvaient à peine supporter le bruit. La vie en était devenue trop pleine. Plusieurs moniales dans la hiérarchie de l’abbaye mettaient en doute cette motivation. Certaines pensaient qu’elle démontrait un manque de dévotion, mais mère Cecilia n’était pas d’accord. Chaque génération était arrivée à l’abbaye chargée de ses propres fardeaux. Chaque religieuse était un produit de son époque, comme tout un chacun. »

« Les anges et tous les saints », J.COURTNEY SULLIVAN
Titre original Saints For All Occasions (2017)
traduit de l’anglais (américain) par Sophie Troff
               Éditions Rue Fromentin (414 p) – Paru en mars 2018

13 commentaires sur “« Les anges et tous les saints », J. COURTNEY SULLIVAN

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  1. Je l’ai commencé hier et aime beaucoup pour l’instant. Comme toi, j’ai lu les 3 romans précédents de cette auteur, avec une nette préférence pour « Maine ».

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  2. Très tentant !
    Mais petite crainte quand même. ..J’ai lu « Maine » il y a quelques années et j’ai pas du tout accroché. C’est dans la même veine ?

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    1. Disons que, là aussi, l’auteur brosse le portrait de différents personnages au sein d’une même famille. Si tu n’as pas accroché à la « voix » de l’auteur, je ne sais pas si tu apprécieras davantage celui-ci, même s’il est bien sûr différent, puisque c’est une autre histoire.

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  3. J’avais très envie de lire Maine lorsqu’il est sorti et j’ai complètement oublié, il va falloir que je découvre cet auteur, 4 livres et tu les a tous aimés, ça commence à faire.

    Aimé par 1 personne

  4. J’ai « Les Débutantes » depuis des années, et sans ton billet je ne pense pas que j’aurais été intriguée par celui-ci. J’aime beaucoup la couverture (très profond, je sais).

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